Variations du poids spécifique
Le poids spécifique varie suhant la qualité du terrain. Un sol profond et substantiel produit du bois plus dense, qu'un sol maigre ou mouilleux.Dans un même terrain, le poids de l'unité de volume varie aussi avec l'espèce, la \ariété, l'individu. Ainsi le chêne pédoncule est plus lourd que le chêne rouvre» et la variété tardive du premier (g. pedunculaia, var. tarais» sima) est plus lourde que le type.
La température agit également sur la densité. Les pays chauds ont l'apanage des bois denses et durs ; les pays froids, des bois tendres et légers.
Les substances colorantes, la résine. la présence de matières organiques ou inorganiques dans l'eau de constitution, sels, gommes, etc., augmentent le poids spécifique. Les bois vivement colorés des tropiques sont très lourds. L'aubier augmente de poids en passant à l'état de cœur. L'augmentation est d'environ 6 % chez le chêne sec.
L'action de la lumière exerce une influence très marquée sur la densité des feuillus. Toutes circonstances égales d'ailleurs, un chêne fortement éclairé fournit un bois beaucoup plus lourd que celui d'un chêne faiblement éclairé. Un mètre cube de branchage provenant d'arbres élevés en taillis sous futaie pèse 50 kilogrammes de plus qu'un mètre cube de branchage provenant d'arbres traités en futaie pleine.
La saison d'abatage influe visiblement sur le poids spécifique. Le bois abattu en saison morte est plus lourd que le bois abattu en temps de sève.
À l'état vert, la région la plus dense de l'arbre se trouve au niveau du collet, partie dans la souche, partie dans le fût. C'est à ce niveau, en effet, que s'exercent les plus violents efforts mécaniques et que la formation des tissus de soutien atteint son plus grand développement. La densité va ensuite en diminuant régulièrement dans le fùt,pour augmenter légèrement en approchant de la première couronne des branches basses. Cela tient au mode de croissance de la tige. On sait qu'abstraction faite des arbres dominés, les cernes >ont en diminuant d'épaisseur de bas en haut. Or, le courant d'eau se propageant également dans tout le tronc, la proportion du tissu conducteur doit être constante sur toute la longueur du fût. Il en résulte nécessairement une plus forte proportion de tissus vasculaires dans le haut que dans le bas des couches d'accroissement ; par suite, la partie supérieure de la tige es! plus légère que la partie basse.
Les branches et pointes sont plus lourdes que la partie moyenne de la tige, et les régions les plus denses se trouvent au voisinage des points d'insertion. C'est là, en effet, que l'effort mécanique du vent arrive à son apogée. Chez les résineux, le faible développement des branches force l'arbre à produire un tissu de réaction très résistant et tout spécialement adapté au travail mécanique qui nait de la surcharge par les neiges. Ce tissu, particulièrement bien développé au point d'insertion des branches sur la tige, porte le nom de bois rouge ; il est formé par des cellules à parois épaisses, combinées avec d'autres à spirales élastiques.
A volume égal, les bourrées pèsent plus que les fagots et ceux-ci plus que le bois de corde, mais moins que le bois de
culée. Les échardes, c'est-à-dire les parties ronceuses ou noueuses des bois, sont généralement plus lourdes que l'eau ; elles comptent donc parmi les régions les plus denses. Comme nous l'avons déjà dit, l'aubier dépouillé de son écorce est plus lourd que le bois parfait privé de nœuds. Le bois de jeunes perches pèse donc davantage que le bois de tige des vieux arbres. Proportionnellement à son volume, le jeune bois a plus de nœuds à l'intérieur, plus d'aubier à l'extérieur, moins de parties sèches ou mortes dans son écorce.
4. — Influence du traitement sur le poids spécifique des bois.
A. Bois résineux. — Dans les peuplements jardines, les sapins et épicéas croissent lentement dans la jeunesse à l'abri des porte-graines. Une faible insolation, une humidité constante, une protection efficace contre les vents réduisent considérablement la production des tissus conducteurs ; le bois est par suite ferme et compact. Il en est de même dans les peuplements réguliers, maintenus serrés. La faible épaisseur des cernes peut alors être considérée comme l'indice d'un poids spécifique élevé et d'un excellent bois.
Un climat sec, un air agité augmentent l'activité de l'évaporation et diminuent la qualité du bois. La culture à l'état clair ou à l'état isolé exalte l'action de la lumière, élève la production des feuilles et développe la ramure. L'arbre se charge d'une quantité d'aiguilles surabondante pour mettre en œuvre les matières minérales absorbées par les racines. La cime évapore une quantité d'eau anormale, et le tissu conducteur forme la plus grande part de la couche annuelle. On constate que le bois est alors relativement très léger et de qualité médiocre.
L'épaisseur absolue des cernes ne peut cependant donner, à elle seule, un critérium certain de la densité et par suite de l'excellence ou de la médiocrité ^ttr bois,"r%ifluence du sol étant toujours très grande. Ainsi, toutes choses égales d'ailleurs, il arrive que, de deux arbres ayant vécu l'un dans un bon et l'autre dans un mauvais terrain, le premier présente des accroissements plus forts, un bois plus dense et meilleur que le second. Chez les arbres subitement isolés
à Ja suite de coupes d'abri ou d'ensemencement, on observe, principalement chez les pins, des accroissements extraordinaires, et le bois nouvellement formé est plus dense que l'ancien. Il n'en est cependant point meilleur, car les formations nouvelles ont simplement augmenté l'épaisseur de l'aubier. Exploités immédiatement après la phase de grand accroissement, ces pins laissent un déchet considérable, et l'acheteur se trouve avoir payé sa marchandise trop cher.
Une éclaircie modérée augmente le pouvoir assimilant des feuilles proportionnellement à la force productive du sol et aux réserves en eau et en matières minérales qu'il renferme ; elle donne ainsi plus de bois et un bois plus dense et meilleur qu'il ne s'en produisait dans le peuplement non éclairci. Cela tient à ce que l'arbre peut, après qu'il a fabriqué son tissu conducteur, trouver en sus, dans le sol, une quantité suffisante de nourriture pour l'édification de nouveaux et abondants tissus de soutien. Si l'éelaircie avait été trop forte, l'arbre se serait épuisé à produire une couche poreuse; le bois, mou et grossier, serait léger et ne vaudrait rien.
En résumé, on peut dire, d'une manière générale, que, chez les résineux, plus la végétation est active et plus est forte la proportion de bois de printemps, celle du bois d'automne restant à peu de chose près constante. Or, comme la térébenthine s'élabore précisément dans le bois d'automne, il en résulte que les arbres qui ont crû lentement sont nécessairement les plus chargés en résine, donc aussi les plus lourds et les plus incorruptibles.
B. Bois feuillus. — Dans des situations et des sols identiques, les feuillus qui ont crû à l'état isolé produisent un bois plus lourd que les réserves des taillis, et celles-ci, que les arbres provenant de massifs de futaie. Cela tient à ce que l'activité de la végétation chez les feuillus a pour résultat d'augmenter la proportion du bois d'automne, formé de tissus de soutien, denses et résistants. Contrairement à ce qui se passe chez les résineux, la zone poreuse du printemps varie peu en épaisseur, quelle que soit la largeur des accroissements. On peut donc assez fidèlement, clans la pratique, juger du poids spécifique de ces bois par l'épaisseur des cernes. Les cernes minces donnent des bois
Mathey. — Exploitation des bois. I. 4
légers et tendres ; les cernes épais, des bois lourds et durs. A condition qu'elles soient toujours subordonnées à l'état et à la fertilité du sol, les éclaircies fournissent des bois de densité moyenne. Chez les essences à cœur et aubier distincts, l'isolement provoque bien un accroissement de poids spécifique, mais non un accroissement corrélatif de valeur. Comme pour les pins, et à un degré plus élevé encore, l'arbre s'enrichit surtout en aubier, ce qui augmente le déchet lors de la mise en œuvre.