‹ Traité dʹexploitation commerciale des bois;Chapitre 37 sur 194 · Avenir des bois à papier · texte numérisé non relu

Avenir des bois à papier

La consommation de pâte de cellulose est de plus en plus grande. La France fait venir de l'étranger 90.000 tonnes de pâte mécanique, 50.000 tonnes de pâtes chimiques, 200.000 tonnes de rondins résineux, représentant environ 40 millions de francs. En dehors de l'usine de Novillars, gérée par un homme de grand talent, nos pulperies françaises ont fait bien peu d'ellbrts pour utiliser nos bois indigènes. Les unes achètent leurs pAtes à la Norvège, à la Finlande, au Canada,

BOIS A DÉFIBRER 73

sur les prix approximatifs suivants (coût, assurance et fret Rouen; :

Humides U,50& 10 fr. les 100 kilos

I Sèches 10-11 »

'Mt'caniques \ Branes (f/2 chimiques) humides. 10-11 »

» » «èches . 10,50 - 1 1 »

Tremble 16-1(>,50 »

Pàtrs bisulfites écrues, sèches :

!»•« qualité 19-20 i

Ordinaires 17-18 »

2e qualité 16-17 »

^, . . y Pâtes bisulfites blanchies :

imique ^ Supérieures 27-29 »

Ordinaires 25-25 »

Pâtes à la soude :

Écrues 17,50 - 19 »

Blanchies 26-29 »

Les autres, conime Essonne, Angoulc^me, etc., utilisent le bois en biiches écorcées, venant d'Allemagne, de Norvège, de Suède et de Finlande, bûches qui sont affranchies de tous droits à Tentrée quand elles ne dépassent pas 1"',10 de longueur, et qui, rendues aux usines par voie d'eau, valent environ 15 francs le stère. L'écart entre la valeur du bois et le prix de vente de la pâte, laissant de gros bénéfices aux fabricants, on conçoit que ceux-ci, qui ont la Presse pour eux, trouvent que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais, si Ton songe à la crise qui sévit sur le bois de feu, si Ton envisage l'impossibilité où Ton sera bientôt d'écouler la production de nos taillis, le dommage considérable qui en résultera pour la fortune pul)li(|ue, on conviendra que les intérêts, si respectables soient-ils des papetiers, ne sauraient un instant entrer en balance avec ceux <le rÉtat, des Communes et des Particuliers, possesseurs de forêts, avec ceux également du commerce des bois tout entier. Il est possible et facile de conjurer la crise qui menace de tarir une des sources les plus importantes des revenus nationaux, en frappant d'un droit léger, à leur entrée en France, les pâtes d'abord, les bois à défibrer ensuite. Là, réside le salut de nos forêts françaises. On aura beau chercher, on ne trouvera pas d'autre solution au problème qui

se posera d jci quelques années avec une force telle, qu'il faudra bien s'en occuper.

Sans doute, on a parlé, on parle encore, de projets tendant à limiter l'exportation des petits bois des pays producteurs du Nord de l'Europe . Après ? En admettant même, que la Suède, la Norvège et la Finlande diminuent leurs envois, d'autres pays, comme le Tyrol, la Roumanie, les Étals-Unis, le Canada, entreront à leur tour en lice, et jetteront sur nos marches le trop-plein de leur production. Pas plus que nous, ceux qui, après Golbert, ont agité le spectre de la disette des bois, ne savent si leur prophétie se réalisera jamais. Avant de philosopher, il faut d'abord vi^Te. Pour vivre, il faut se défendre. Puisse le commerce ne pas l'oublier trop longtemps !

Page 1