PRÉFACE
Au mois de mai1843, M. Arago voulut bien, sus ma demande, présenter à l’Académie des sciences un paquet cacheté , contenant l’exposé d’une méthode nouvelle pour guérir le bésg'aiement, méthode imaginée par un mécanicien nommé Jourdant, et dont J'avais déjà pu constater l’heureuse influence sur plusieurs personnes eten particulier sur moi-même.
Je dus vivement être contrarié: d’une part, obligé que j'étais de garder le secret, sous le sceau duquel cetteméthode m'avait été communiquée, et de l’autre engagé en quelque sorte à la présenter à l’Académie Sans la rendre publique. Le secret n’est pas en effet dans nos habitudes, il n’est point scientifique , exclut tout contrôle et tout progrès ultérieur, M. Jourdant se refusait complétement à la publicité : aussi j'hésitai longtemps ; mais enfin la reconnaissance que je lui devais, le désir de lui étre utile, ainsi qu'aux bègues, que cette méthode pourrait délivrer de leur infirmité, me décidèrent, et la présentation fut faite à l’Institut.
Depuis cette époque, les choses ont bien changé: sans être connue, la méthode de M. Jourdant fut vivement attaquée : on lui reprocha d’abord le secret; mais on alla plus loin, et les auteurs de deux méthodes fort différentes l’une de l’autre l’accusérent à la fois, soit de les avoir imitées , soit même de les avoir dérobées.
Cette accusation était évidemment absurde , car une troisième méthode ne pouvait ressembler à la fois à deux autres qui différaient totalement entre elles. Mais tout absurde qu’elle füt , il n’était point possible de la réfuter par une simple dénégation ; il fallait une réponse plus noble ; j'engageai donc M. Jourdant à me laisser publier sa méthode; je lui démontrai qu'il gagnait tout à la publicité, que si sa méthode était bonne, comme je le pensais, elle n’en aurait que plus de retentissement, qu’il en auraitau moins l'honneur, et qu’il pourrait dire à ses accusateurs : « J’oyez et comparez. Vous ai-je pris quelque « chose ? Ma méthode ressemble-t-elle aux vôtres?» ; enfin qu’il me permettait de montrer que je n’avais point été une dupe. Cette accusation était en effet dirigée contre moi, qui, traité pendant douze années . par une de ces méthodes sans succès , et m'en étant occupé avec beaucoup d’ardeur, étais parvenu à être délivré de mon infirmité, après quelques jours d’application de celle de M. Jourdant ; et comment expliquer ce résultat si ces deux méthodes eussent été identiques? Quoi qu’il en soit, M. Jourdant consentit à ce que je lui demandais , et m’auorisa à publier sa
1] méthode dans un ouvrage que je méditais depuis longtemps.
Qu'on ne veuille pas croire, en effet, que le travail que jesoumets ici au public m’aitété inspiré par lui, que je veuille m’effacer complétement , et que je ne fasse que traduire ses idées en langage scientifique. Cela n’est point, et jamais je n’aurais consenti à publier un semblable travail.
Cet ouvrage est un traité du bégaiement; j'ai cherché à le rendre aussi complet que possible, à présenter l'exposé de toutes les théories, de toutes les opinions qui ont été émises sur le vice de la parole, ainsi que les traitements divers qu'on a successivement préconisés pour la guérison. En m'occupant de ces opinions, de ces méthodes de traitement, celle de M. Jourdant que j'étais autorisé à publier, se présentait nécessairement à moi en première ligne, puisque je regardais comme la plus vraie, la théorie qu'il donnait du bégaiement, et que j'adoptais tout-à- fait son mode de traitement, que je trouvais plus rationnel et presque toujours suivi de succés. Je dus donc en parler et développer ce sujet autant que possible.
Je pense en conséquence avoir rendu service aux médecins qui auront des bègues à traiter , et en même temps aux personnes affligées de bésaiement, et qui voudront faire disparaitre leur infirmité, car on trouvera dans cet opuscule les moyens d’arriver à ce double but.
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