ACTION DES EAUX
pentes d'un centimètre par mètre; aussi sortent-elles souvent de leur lit et entraînent-elles une grande quantité de galets et de débris vers les vallées plus basses et moins inclinées des grandes rivières. C'est seulement lorsque la pente des thalwegs se réduit à un millimètre par mètre, par exemple dans la vallée du Doubs à Besançon, que la navigation peut commencer à s'établir, quoique cette pente permette encore aux eaux de rouler des galets de 10 à 15 centimètres de diamètre.
Les thalwegs des fleuves, dans la zone de leur régime le plus régulier, présentent des pentes variables. Les fleuves rapides, tels que le Rhône et le Rhin, ont des pentes de 0™, 00095 à 0"\ 00050 par mètre, dans la partie supérieure de leurs cours, et de 0m, 00050 à 0ra, 00025 dans la partie moyenne. Pour les fleuves tranquilles , tels que la Seine et la Loire , les pentes nu varient guère que de 0,u,00025 à 0ra, 00010. Enfin, dans la région des deltas, les pentes commencent à 0m, 00004 et s'éteignent progressivement jusqu'à devenir insensibles au moment où les eaux du fleuve se jettent dans la mer.
Les actions érosives et sédimentaires des eaux courantes sont-elles assez énergiques pour déterminer des changements notables dans la configuration physique des continents et dans le tracé géographique de leurs contours ?
Toutes les contrées de deltas présentent des phénomènes d'empiétement des dépôts sur la mer. Ainsi, en 1630, la tour Saint-Louis se trouvait à l'extrémité du Rhône, sur le bord de la mer, et c'est de ce point que partirent les croisés pour l'Afrique. Aujourd'hui, l'embouchure du Rhône est à 4000 mètres plus loin, de telle sorte qu'il s'est produit en deux siècles une saillie de près d'une lieue.
En examinant la structure et la composition des deltas , on peut se rendre compte de tous les empiétements qui ont été produits par les atterrisse ments et qui forment en général des saillies sur les lignes littorales. Le delta du Rhône résume assez bien tous les phénomènes observés dans les autres, tels que les
i6 ' PHENOMENES SUPERFICIELS.
deltas du Rhin, du Pô et de l'Adige, du Gange, du Mississipi, etc.
Le commencement du delta du Rhône est au-dessous d'Arles, là où son cours se sépare en deux branches ; l'une est la branche principale , suivie par la navigation ; l'autre , d'un volume d'eau plus faible, est ce que l'on appelle le petit Rhône. Ces deux branches suivent un cours assez sinueux comme celui de toutes les rivières qui coulent sur des plaines horizontales. Le petit Rhône, surtout, décrit un grand nombre d'inflexions et finit par se diviser lui-même en deux artères ; l'une conserve son nom, et l'autre, plus à l'ouest, s'appelle le Rhône mort. L'artère principale se divise aussi ; d'abord à 8 kilomètres au-dessous d'Arles , par la séparation dune branche occidentale qu'on nomme le vieux Rhône; puis , au-dessous de la tour Saint-Louis , en trois canaux qui forment trois embouchures. Les six embouchures par lesquelles la masse des eaux du Rhône se jette ainsi dans la mer sont en saillie plus ou moins prononcée sur la ligue littorale.
Toutes les surfaces comprises entre les côtés extrêmes du delta et même celle des contrées environnantes, sont des plaines horizontales couvertes d'atterrissements , limons, sables ou cailloux roules ; la partie centrale comprise entre le Rhône et le petit Rhône est moins remblayée et se trouve occupée par les marais de Valcarès.
En examinant la composition et la configuration du sol de toute cette contrée , on distingue une côte rocheuse formée par des collines qui décrivent un grand arc de cercle passant par Fos et Arles, de manière à englober tout le delta. Dans cette enceinte semi circulaire les eaux du Rhône semblent avoir déversé tous les atterrissements qui l'ont comblée et qui forment la ligne des côtes actuelles.
Ces atterrissements sont de deux natures et appartiennent à deux époques différentes. Les plus anciens, qui constituent le sous-sol des sables et des limons de l'époque actuelle , sont