‹ Traité du microscopeChapitre 544 sur 578 · ASPECT SPECTRAL MICROSCOPIQUE · texte numérisé non relu

ASPECT SPECTRAL MICROSCOPIQUE

lumière en ses divers rayons formanlle spectre. Dans l'autre, le spectre lumineux, produit comme à l'ordinaire, est projeté sur le miroir qui le réfléchit sur l'objet, tous deux sont alors grandis par l'objectiCet l'oculaire du microscope.

Bien que la plus récemment imaginée (1865), celle qui est le plus employée, repose sur l'usage d'un appareil consistant en un microscope ordinaire dont l'oculaire est remplacé par unspectroscope àvision directe. \\)rèshù avoir fait subir plusieurs modifications, Sorby et J. Browiiig donnèrent à leur spectroscope oculaire la disposition représentée ici (fig. 297). Huggins fit con-

struire également un instrument sem-

Fig. 297. — Oculaire à spectre de M. Sorby, pour le microscope, avec arrangement pour produire deux spectres de comparaison (d'après \^eàla. Microscope pl. L.)

blable

On sait qu'on désigne sous le nom de spectroscopes à vision directe des spectroscopes essentiellement constitués par plusieurs prismes de substances différentes, accolés les uns aux autres. Chaque prisme ayant un pouvoir réfringent différent, on arrive par leur association à compenser la déviation que chacun en particulier ferait subir aux rayons lumineux, tout en laissant la dispersion se produire. Cette disposition des prismes réfringents imaginée et construite autrefois par Amici, s'est trouvée remarquablement applicable aux études spectroscopiques.

1005. La figure 297 montre les parties les plus importantes de l'appareil de Sorby. C'est un oculaire, adapté au tube du microscope, dont la lentille supérieure (c) a été rendue achromatique. Au point focal de cette lentille (d) est fixée l'étroite rainure dont la figure 298 donne le plan horizontal, et qui peut s'élargir ou se rétrécir en tournant le bouton de la vis (a*). Un petit prisme rectangulaii^e (c) est fixé de façon à s'étendre sur une moitié environ de la rainure et à réfléchir la lumière qui vient par une ouverture en f de la pièce attachée au côté de l'oculaire,

Fig. 298. - Disposition pour modifier la longueur et la largeur du spectre (d'à près Beale).

Huffgins, Transactions of the Microscoj'ical Society, 10 niay 1805.

1004 MICIIOSPEGÏROSCUI'K DK SUHUY.

comme on In voit dans la fif^ure 298. I/aulre moitié de la rainiirp transmet la Inmière traversant le corps principal du microscope par l'objeclif oi'dinairc. Qnand tout est convenablement disposé et éclairé, on regardant par la lentille (c) on peut voir une étroite ligne de lumière, dont une moitié a traversé un objoctir placé sur la pièce du microscopi! ol l'autre moitié a traversé tout autre objrcUr placé du côté atlaclié à l'oculaire; et si le prisme (e) a été convenablement disposé, ces deux parties se montreront parfaitement continues, sans interruption à leur jonction; mais s'il n'a pas été bien adapté, li ligne paraît brisée et donnerait de faux résultats si les spectres étaient comparés. On doit donc faire en soite que l'adaptation soit exacte. Le prisme analyseur [ai) est composé ' et s'applique sur l'oculaire comme un chapeau long. Il consiste en deux prismes rectangulaires de flint-glass, corrigés pour la réfraction par un prisme rectangulaire de crown-glass, et deux autres sous des angles d'environ 75°. Cette combinaison produit une vision directe, et une somme de dispersion admirablement appropriée au résultat pour lequel cet instrument est employé. 11 suffit en effet pour diviser toutes les bandes d'absorption qu'on voit dans les solides et les liquides colorés, et la division n'est pas assez considérable pour les répandre sur un trop large espace ni pour les rendre très-obscures, comme cela a lieu quand la dispersion est grande. Comme la lumière qui passe par l'ouverture en f ne se répand pas sur la même surface que celle qui passe par l'objectif, elle serait beaucoup trop brillante si elle n'était modifiée à l'aide d'un petit couvercle qui s'ouvre et se ferme avec une vis, Hans tous les cas il peut être aisément ajusté, de façon que la lumière venant des deux sources soit égale ou qu'on puisse la rendre variable pour quelque résultat spécial. On voit aussi dans la figure 298 un mécanisme qui permet de limiter la longueur de la rainure, de sorte que quand on examine de très-petits objets, il ne passe de lumière que celle qui vient de ceux-ci. (Beale, How to work ivHh the Microscojae, London, 1868, in-8", p. 218-228.)

1006. L'autre procédé que nous avons à décrire est le premier imaginé, celui de G. Valentin {Der Gebrauch des Spedroscopes zu physiologiscken und aerztlichen Zioecken, 1865), qui recommande de disposer le spectroscope de façon à recevoir le spectre sur le miroir réflecteur. 11 recommande même d'interposer une lentille convergente entre le réHecteur et le porte-objet, modification proposée encore par Stricker dernièrement.

MICROSPECTROSCOPE DE VALENTIN. 1005

Afin do proléger le spectre sur le porle-objet du microscope, Preyer (186G) commençait par retirer la lunette du spcctroscope ordinaire, puis il disposait son microscope près du prisme, d(! façon à recevoir le spectre sur le miroir. 11 avait soin d'ailleurs d'exclui'e le mieux possible toute luraièi'C étrangère, lùi inclinant déplus en plus le miroir, il pouvait faire tomber successivement les diverses régions du spectre sur le porte-objet et par suite sur l'objet à examiner. Preyer put s'assurer de celte façon que les globules du sang absorbaient les radiations lumineuses absolument comme le faisait leur matière colorante. Quand les globules étaient vus dans la portion du spectre comprise entre les lignes D et E de Frauenhofer, ils donnaient les deux bandes d'absorption de leur matière colorante.

En 1868, Slricker perfectionna ce procédé, en employant une lentille convergente placée entre le miroir et le porte-objet du microscope, l/emploi de la lenlille interposée augmente l'éclairage de l'appareil, et sans cela on ne peut faire d'observations à un grossissement puissant. Nous avons déjà vu l'usage de ce condensateur indiqué par Amici. (Voy. page^SS, § 578.) Il doit être placé à une distance du porte-objet sensiblemenl égale à sa distance focale. De cette façon, les radiations qui, api ès avoir été dispersées par le prisme du spcctroscope, ont une direction divergente peu éloignée du parallélisme, sont réfléchies pu' le miroir du microscope en conservant cbacune leur direction relative, puis sont réunies par la lentille convergente en une image très-petite, qui se forme trèsprès du foyer de celle lentille. On obtient ainsi un spectre microscropique sur le porte-objet du microscope. On peut alors observer au microscope, simultanément, et l'objet en expérience et le spectre microscopique qui vient se projeter sur lui. Lorsqu'on projette un spectre sur un pareil instrument, il est donc toujours-facile de le recevoir sur la lentille plan convexe, et de placer ensuite celle-ci dans une position convenable pour obtenir une image du spectre dans le plan de l'objet microscopique.

Les observations microspectroscopiques entreprises de la manière que nous venons d'indiquer, ne sont pas d'une exécution facile. Outre qu'il faut chercher en tâtonnant la position respective qu'il convient de donner au spcctroscope et au microscope, ilest encore nécessaire d'opérer dans une chambre obscure, afin d'éviter tout mélange de lumière blanche. Enfin, même avec l'emploi de la lenlille convergente, l'éclairage du microscope laisse encore à désirer.

1006 MICROSI'EGTROSCOPIE.

10U7. Supposons maintenant qu'il s'agisse d'étudier une goutte de sang au microspeclroscope. On commence par exaniinci- cette goutte sous le microscope, avec un grossissement quelconque, selon les procédés habituels. Quand le microscope donne une image nette, on retire l'oculaire et on le remplace par le spectroscope oculaire qui vient d'être décrit.

Dans le microscope ordinaire, l'œil regarde, à travers Voculaire, l'image réelle, agrandie et renversée d'un objet microscopique, formée par une première lentille convergente, l'objectif. Dans le spectroscope ordinaire, ou dans celui à vision directe, nous regardons à travers un prisme les rayons qui ont traversé la fente et qui sont amenés au parallélisme par une lentille convergente placée au foyer de cette fente. Le spectroscope ne nous permet pas d'apprécier la forme de l'objet; nous ne voyons avec cet instrument que la lumière provenant de l'objet lui-même, ou modifiée par lui et dispersée ensuite par le prisme.

Si maintenant nous combinons le microscope avec le spectroscope, en mettant celui-ci à la place de l'oculaire, il est bien évident que nous ne pourrons voir l'image de l'objet examiné. Dans ce cas, comme avec le spectroscope simple, nous ne verrons qu un spectre.

Lorsqu'on examine une membrane transparente, la membrane interdigitale des grenouilles, par exemple, le spectre observé a son plus haut degré de netteté lorsqu'il paraît strié. Des stries semblables s'observent aussi lorsque des grains de poussière se sont déposés sur les bords de la fente, ou lorsqu'on applique devant elle un mince tissu, comme du papier de soie. (Victor Furaouze.)

L'apparition de ces stries sur le spectre observé au microspectroscope indique donc que l'objet examiné n'a pas une épaisseur partout égale, qu'en certains endroits il intercepte le passage de la lumière. Or, ici, ce n'est pas l'objet lui-même qui est observé avec le spectroscope oculaire, mais son image, et comme, en d'autres circonstances, les stries se montrent toujours avec le plus de netteté lorsque les opacités de l'objet ou les grains de poussières qui les produisent sont placés sur. la fente même, on est averli par ce fait que l'image se trouve elle-même sur le plan de la fente du spectroscope oculaire. . ,

La première condition pour qu'un objet microscopique examine de cette façon donne un spectre, c'est donc que l'image formée par l'objectif du microscope ait la même largeu oue la fente du spec-

MICllOSPECTRUSCOI'lE. 1007

ti-oscope-oculaire (fig. 298). De telle sorte, par exemple, que si l'on donne à cette fente l'ouverture déjà exagérée de un quart de millimètre, un objet microscopique n'ayant que un quarantième de millimètre de largeur fournira, avec un objectif grossissant seulement dix fois, une image réelle et renversée ayant précisément un quarl de millimètre de diamètre, c'est-à-dire la largeur de la fente.

On voit ici combien ce système de microspectroscopie est simple et préférable à celui que nous avons indiqué page 1005, lorsqu'on veut observer le spectre d'objets trop petits pour occuper toute la largeur de la fente du spectroscope.

Trois cas principaux peuvent se présenter au point de vue de l'étude du sang, par exemple: 1° lorsque la quantité de sang à examiner est tellement petite qu'elle ne peut être observée au spectroscope ordinaire, cas se présentant souvent en médecine légale ; 2" lorsqu'on veut voir l'action de la lumière sur les globules rouges du sang modifiés ou non par les agents chimiques ; 3° lorsqu'on veut observer le spectre dn sang sur les capillaires sillonnant les parties transparentes du corps des animaux vivants.

1008. L'examen des liquides en général à l'aide du microspectroscope n'exigeguère de précautions particulières. Si le fluide coloré est suffisamment concentré, il suffit d'en placer une ou plusieurs gouttes sur un porte-objet plat ou à dépression centrale. Mais, dans le cas où la substance colorée se trouve entrés-petite quantité dans le liquide, il faut augmenter l'épaisseur de la couche observée. On parvient à ce résultat en examinant le fluide dans des tubes de différentes longueurs, placés verticalement ou horizontalement sur la platine du microspectroscope et examinés sous un objectif faible (n°' 0 à 2) sans qu'il y ait nécessité d'une exacte mise au point. Nous savons en effet que ce n'est pas comme éléments anatomiques, tissus, cristaux, ou toute autre partie ayant une forme déterminée que les corps agissent sur telle ou telle des diverses couleurs du spectre, mais en raison de leur état moléculaire spécifique, chimiquement parlant.

On constatera ainsi par exemple que le sang artérialisé {hémoglobine oxygénée) donne un spectre caractérisé par deux bandes d'absorptions entre D et E disparaissant par l'action des agents réducteurs (fig. 299) et remplacées alors par une large bande obscure entre D et E avecle minimum d'absorption dans la partie rouge du spectre. (Hoppe-Seyler, 1862 ; Stokes, •! 864.)

La matière colorante de l'urine {urobiline de Jaffe) présente dans

MlCnOSPECTUOSCOI'lE.

la partie verte du spectre solnire une bande d'absorption Irèsnetto placée entre les raies et F de Fraueniiofer, et ainsi des autres.

1009. Comme on l'a déjà vu (p. 991) les moyens concernant la

Fig. 299.— Bandes d'absorption produites par diverses substances.

A. Spectre indéfini de nonibrenses couleurs roses.

Page 1