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TROISIÈME PARTIE

DES MOYENS DE FIXER ET D’ENGAGER LA TÊTE FOETALE DANS LA DERNIÈRE PÉRIODE DE LA GROSSESSE, ET DE TRANSFOR- MER DÉFINITIVEMENT LES PRÉSENTATIONS DE L’ÉPAULE ET DU SIEGE EN PRÉSENTATION DU SOMMET PENDANT LA MÊME PÉRIODE.

En présence des dangers que court l’enfant lorsque, pendant l’accouchement, il se présente par l'extrémité pelvienne, en présence des accidents si graves pour la mère et l’enfant, dans la présentation de l'épaule, il n’est aucun accoucheur qui ne redoute de se trouver en présence de cas semblables. Aussi a-t-on cherché depuis longtemps déjà à faire disparaître cette léthalité, soit en perfectionnant sans cesse les opérations auxquelles on doit avoir fatalement recours dans ces circonstances, soit en essayant de trouver un traitement prophylactique, reconnaissant avec Wigand que « l'idéal de toute science et de tout art, le but de tous leurs efforts, doit être de rendre leur intervention inutile, que la vraie obstétricie ne doit pas seulement s’occuper des moyens et des méthodes propres à corriger une situation anormale, mais qu’elle doit faire un pas de plus et s’efforcer de rendre impossible cette situation anormale (1). »

Faire disparaître ces présentations : tel a été le rêve, le but de bien des accoucheurs éminents. Et je suis heureux de le

(1) Wigand, loco citalo.

dire, de le proclamer hautement, nombre d’enfants et de femmes durent la vie aux moyens préconisés par ces auteurs, moyens qui, quoique imparfaits, ont été cependant souvent employés avec succès.

Observant ce que fait la nature pour corriger quelquefois une de ses erreurs, les accoucheurs l’imitèrent : c’est ainsi que la version par manœuvres externes vit le jour. Ayant vu ce qui se passe dans les versions dites spontanées, Wigand se mit à étudier attentivement les causes de ces changements extraordinaires et remarqua que le simple décubitus latéral delà femme, la seule pression qu’elle exerce elle-même contre son ventre pendant le travail pour le soutenir et le soulever, un ou plusieurs efforts de toux ou d’éternuement, un mouvement brusque, et d’autres circonstances analogues avaient eu une très-grande influence sur la présentation de l’enfant. «Ce que j’avais vu arriver si souvent spontanément, dit-il (1), je cherchai à le produire moi-même. »

Cette belle opération, la version par manœuvres externes, était créée 1

Depuis elle fut modifiée, perfectionnée ; un homme remarquable dont la science déplore la perte récente, Hubert de Louvain, sans avoir eu connaissance des travaux de Wigand, arriva quarante ans après au même résultat - il connut la même opération, en facilita le manuel opératoire, et en ren^ dit les applications plus fréquentes.

Wigand et Hubert n’avaient en vue que la transformation des présentations de l’épaule; Matteï en France, dès 1856(2), le premier songea à la possibilité de transformer les présentait) Wigand, loco cilalo.

(2) Matteï, locO cilalo ;

tiens du siège en présentations du sommet et de la théorie passa immédiatement à la pratique avec succès. Certes, je tiens à rendre justice à tous, ainsi que le prouve le chapitre consacré à Fhistorique, mais je cite d’abord ces trois noms parce que véritablement ils méritent d’être détachés du nombre de leurs imitateurs, car ils n’ont pas seulement perfectionné, ils ont créé.

On pourrait croire que depuis cette époque la version par manœuvres externes, en raison des succès enregistrés depuis le commencement de ce siècle, s’est vulgarisée. Ce serait une profonde erreur. Elle est si peu employée qu’aujourd’hui encore, quand, dans le monde médical, on parle de version, c’est la version podalique par manœuvres internes qui apparaît immédiatement à l’esprit des médecins.

De prime abord, ce résultat semble étrange ; en y réfléchissant, il devient facilement explicable.

En effet, depuis ^igand les accoucheurs ont bien plus cherché à imiter la nature corrigeant une mauvaise présentation au moment du travail, qu’à employer les mêmes moyens alors qu’elle agit normalement, c’est-à-dire pour produire une présentation du sommet. Aussi les lignes suivantes si justes, si vraies, dues â la plume d’un homme, dont l’esprit est toujours si largement ouvert au progrès scientifique, ces lignes, dis-je, qui semblent frapper d’impuissance la version par manœuvres externes et porter contre elles un jugement sans ap^ pel, vont nous donner la vraie raison qui Fa fait délaisser ou employer seulement par hasard.

« Pendant la grossesse, alors que les contractions utérines sont encore peu énergiques, que les parois de la matrice se laissent facilement déprimer, on peut aisément changer uneprésentation vicieuse par les pressions qu’on exerce sur les

parties fœtales ; mais ces manœuvres sont impuissantes à maintenir en place la nouvelle présentation. Pour obtenir ce résultat, il faut, comme dit Wigand, d'autres forces qui, pour la plupart, ne sont pas au pouvoir de l'accoucheur, mais dépendent seulement de la matrice. Celle-ci en se contractant embrasse tellement le fœtus aussitôt que sa position est modifiée, qu’elle l’empêche de reprendre sa position première. Quand il y a absence de douleurs, ou quand elles sont irrégulières et spasmodiques, on a beau donner à l’enfant telle bonne position que l’on voudra à l’aide de manœuvres externes, il reprendra une mauvaise aussitôt qu’on les aura suspendues (1). »

En un mot, les accoucheurs ont reconnu que la version par manœuvres externes, possible, facile même, est la plupart du temps inefficace pendant la grossesse, alors que pendant le travail elle est difficile souvent, impossible quelquefois, dangereuse presque toujours.

Et la version par manœuvres externes restait enfermée dans ce cercle vicieux.

Enfin, une autre raison venait rendre les indications de cette opération extrêmement peu fréquentes, je veux parler de l’insuffisance des connaissances relatives au palper, procédé d’exploration qui seul peut renseigner l’accoucheur avant le début du travail, c’est-à-dire alors que l’auscultation et le toucher ne peuvent donner aucun résultat précis sur la situation occupée par le fœtus dans la cavité utérine.

Aujourd’hui la version par manœuvres externes 1° doit sortir du cercle vicieux signalé plus haut, car on peut la rendre efficace pendant la grossesse, alors que les meil-

(1) Tarnier. Atlas complémentaire de tous les traités d'accouchements. Paris, 1 862.

leures conditions pour la pratiquer se trouvent réalisées;

2° Elle doit devenir d’une application relativement fréquente, ou plutôt, elle doit être employée dans tous les cas où elle est nécessaire, parce que maintenant, grâce au palper, nous savons exactement, bien longtemps avant le début du travail, quelle est l’attitude du fœtus.

Dans les chapitres qui suivent je vais étudier la version par manœuvres externes au point de vue de l’historique, du manuel opératoire, des indications et contre-indications, etc., puis les moyens à employer pour la rendre efficace pendant la grossesse; enfin dans un dernier chapitre je donnerai les pièces justificatives, c’est-à-dire les observations

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