‹ Traité du paludisme (volume 2)Chapitre 131 sur 251 · Morand, Le poste de Nam-Dinh, Paris · texte numérisé non relu

Morand, Le poste de Nam-Dinh, Paris

D.utroulau signale la fréquence et la gravité de la phtisie aux Antilles.

A la Guyane, d'après Laure, il n'est pas de maladie plus fréquente, après le paludisme, que la tuberculose.

MM. Marchiafava et Ferraresi qui ont rencontré fréquemment à Rome ' la tuberculose miliaire chez des palustres, expliquent cette fréquence : 1" par la profonde débilitation qui est la conséquence du paludisme ; 2" par l'irritation que le pigment produit dans les petits vaisseaux.

Je n'ai observé, pour ma part, aucun fait pouvant être cité à l'appui de cette dernière proposition.

Paludisme et diabète -. — On a vu (p. 162) que la glycosurie, signalée par Burdel comme fréquente pendant les accès de fièvre intermittente, était en réalité très rare et qu'elle ne s'observait que chez des sujets prédisposés.

Le paludisme ne joue également qu'un rôle très secondaire dans l'étiologie du diabète.

Les fièvres palustres figurent assez souvent, il est vrai, dans les antécédents morbides des diabétiques.

Griesinger a trouvé que, sur 225 cas de diabète, la maladie s'était produite 11 fois chez des malades atteints de fièvre intermittente rebelle ou de cachexie palustre.

En 1872, alors que j'étais détaché à l'hôpital militaire thermal de Vichy, j'ai recueilli les observations de 8 officiers diabétiques; 4 de ces malades avaient eu les fièvres palustres, plusieurs accusaient le sulfate de quinine, pris pour combattre la fièvre, d'avoir provoqué l'apparition du diabète ^

Verneuil a réuni bon nombre d'observations tendant à faire croire que le paludisme est une des causes les mieux établies et les plus communes du diabète.

La fréquence du paludisme enlève à ces faits beaucoup de leur importance.

1. Marchiafava, Acad. de méd, de Rome, 31 oct. 5879. — Marchiafava et Ferraresi, Acad. de méd. de Rome, 1881.

2. Griesinger, Archiv der Heilkunde, 1859. — Verxeuil, Divers cas d'affections chirurgicales chez des sujets paludo-diabétiques, Acad. de médecine, 29 nov. 1881, et Gaz. hebdom. de méd. et de chir., 1882. — Le Roy de Méricocrt, Acad. de méd., 1881.

— Sorel, Gaz. hebdom. de méd. et de chir., 1882. — E. Galmette, Même rec., 1883.

— H. MiLLiOT, Rech. clin, sur les rapports de la glycosurie et du paludisme. Th. Paris, 1883. — Rouchard, Glycosurie et polyurie dans le paludisme, Présentation d'un travail de M. Mossé de Montpellier. Acad. de méd., 2 oct. 1888.

3. Observ. publiées par Rarudel dans un opuscule intitulé : Rech. clin, sur la goutte et la gravelle, Paris, 1873

Les observations faites clans les pays où le paludisme est endémique, sont très peu favorables à l'idée d'un diabète d'origine palustre.

En Algérie le diabète n'est pas plus commun qu'en France ; je n'en ai observé pour ma part aucun exemple sur les nombreux palustres, jeunes soldats il est vrai, qui ont passé dans mon service.

Sorel, Calmette, Milliot ont constaté également la rareté du diabète chez les palustres d'Algérie.

Sur 52 palustres, dont 29 cachectiques, Milliot n'a trouvé que 3 fois des traces de glycose dans les urines, encore s'agissait-il d'une glycosurie très passagère.

Paludisme et scorbut. — Le paludisme n'engendre jamais le scorbut par lui-même, mais les deux maladies s'associent volontiers et s'aggravent réciproquement.

Les dangers de la complication des fièvres palustres par le scorbut ont été signalés à plusieurs reprises par les médecins d'armée, notamment en Algérie et en Crimée.

Au début de la conquête de l'Algérie le scorbut, commun chez nos soldats, s'unissait souvent à la cachexie palustre; les accidents gangreneux étaient fréquents, dans ces conditions, ainsi qu'on peut s'en convaincre en lisant l'ouvrage d'Haspel sur les maladies de l'Algérie.

En Crimée les troupes qui avaient campé près de la Tschernaïa, et qui avaient été éprouvées par les fièvres palustres, eurent fort à souffrir du scorbut.

Au mois d'octobre 1878, j'ai eu l'occasion d'observer une petite épidémie de scorbut qui régnait sur les détenus du pénitencier de Bône. Le tiers des malades envoyés à l'hôpital pour scorbut avaient eu précédemment une ou plusieurs atteintes de fièvre intermittente, et chez deux de ces malades, il y eut à l'hôpital une rechute de fièvre. Cette petite épidémie avait été occasionnée, comme c'est la règle, par l'absence presque complète de végétaux et de fruits frais dans l'alimentation.

Au Congrès d'hygiène de Turin en 1880 le D'' Yicente Cabello a donné la relation d'une petite épidémie de scorbut dans l'étiologie de laquelle le paludisme a joué manifestement le rôle de cause prédisposante ^

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