INCUBATION
« J'ai vu, dit Maillot, un grand nombre de militaires ne tomber malades que 10 ou 12 jours après avoir quitté les postes voisins des marécages. » (Traité des fièvres intermit., p. 263.)
Sur les navires qui ont stationné à l'embouchure de rivières très malsaines, c'est souvent après le départ, au bout de plusieurs jours de mer, que les accidents se déclarent.
« La corvette la Sarcelle après un séjour de plusieurs mois sur la rade de Mayotte pendant la mauvaise saison de 1843, sans avoir senti les atteintes de l'endémie, lève l'ancre et voit 15 jours après éclater la fièvre parmi son équipage. Plus tard c'est la frégate la Reine Blanche qui voit se produire les mêmes faits après son départ de Sainte-Marie. Je pourrais, écrit Dutroulau, multiplier beaucoup ces citations qui toutes ont la même signification : une période de latence variable du miasme avant l'explosion de la fièvre. Jusqu'où peut s'étendre cette période? C'est ce qu'il est impossible jusqu'ici de déterminer. » (Dutroulau, Traité des maladies des Européens dans les pays chauds, 1868, p. 233.)
J'ai été témoin du fait suivant : un régiment arrivant de France débarque à Bône pendant l'été et se rend par étapes de Bône à Constantine en traversant des localités insalubres; pendant la route on n'observe aucun cas de fièvre intermittente, c'est seulement plusieurs jours après l'arrivée à Constantine, oii cependant ce régiment est caserne dans de bonnes conditions, à l'abri du paludisme, que quelques hommes sont atteints de fièvre palustre; les cas se succèdent ensuite à intervalles irréguliers; certains malades ne présentent les symptômes du paludisme qu'un mois ou plus après l'arrivée ^
M. le D' Sorel a rapporté un fait semblable- : « Le poste de Takitount, qui est à une altitude de 1051 m. et qui est situé en dehors de la zone ordinaire du paludisme, reçoit le 8 août 1881 un renfort de 18 soldats qui, débarqués à Bougie, le 3 août, avaient été mis en route le 6 août. Le 18 août, 12 hommes de ce détachement tombent malades et entrent le 19 à l'hôpital de Sétif; le 21 et le 24, 2 nouveaux malades du même détachement sont encore envoyés à l'hôpital, et chez tous on constate de la façon la plus nette les symptômes du paludisme. »
Comme le fait remarquer Sorel, il paraît évident que ces hommes avaient contracté les germes du paludisme pendant la
1. A. Laver.vx, Traité des fièvres palustres, p. 27. ■2. Sorel, Arch. de méd. milit., 1884, t. III, p. 293.
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route de Bougie à Takitonnt (un des gîtes d'étape est très malsain), ce qui donne de 7 à 9 jours comme durée de l'incubation dans la plupart des cas.
« Je me souviens, écrit M. le D"" J. Navarre, d'avoir observé en pleine mer des alizés, de violents accès de fièvre 12 jours après avoir quitté Dakar, sur des hommes qui n'avaient passé qu'environ 3 heures à terre, sans avoir commis aucune imprudence et qui n'aA^aient eu précédemment aucune atteinte de paludisme. Les anciens médecins de la marine et les médecins actuels des colonies sont unanimes à noter que la première apparition de la fièvre suit d'ordinaire de 15 à 20 jours le contact avec la terre malarienne. » (La prophylaxie du paludisme, Lyon, 1896, p. 6.)
Les faits expérimentaux relatés plus haut sont très intéressants au point de vue de l'étude de la durée de l'incubation du paludisme.
Il résulte des expériences de Mariotti et Ciarocchi, Celli et Marchiafava, Gualdi, Antolisei, Angelini et Baccelli, que lorsqu'on injecte dans le sang d'un homme indemne de paludisme du sang palustre renfermant des hématozoaires, la fièvre apparaît chez l'individu inoculé au bout de 6 à 12 jours; or, dans ces expériences, on se place dans des conditions très favorables à l'infection, puisqu'on introduit les hématozoaires directement dans le sang.
La durée d'incubation indiquée par la méthode expérimentale concorde bien, comme on voit, avec les données de l'observation.
Il existe donc pour le paludisme une période d'incubation dont la durée minima peut être fixée à 6 jours; ce chiffre est très souvent dépassé ; il ne s'agit pas en effet d'une incubation régulière comme dans les fièvres éruptives.
Pour que les faits qui tendent à démontrer que les accidents du paludisme peuvent se produire sans incubation fussent probants, il faudrait démontrer : 1° que l'individu qui est tombé malade en traversant un marais, par exemple, n'était pas sous l'influence du paludisme depuis quelque temps; 2" que les accidents observés devaient bien être rapportés au paludisme et non à d'autres causes.
Cette preuve n'a été faite jusqu'ici dans aucun cas.
L'incubation peut être très longue, mais il s'agit alors d'une période de latence plutôt que d'une période d'incubation.
Les hématozoaires du paludisme peuvent rester latents aussi bien
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