‹ Traité du paludisme (volume 3)Chapitre 11 sur 243 · Jean Léjuure, Vincent et Burot, op. ciL · texte numérisé non relu

Jean Léjuure, Vincent et Burot, op. ciL

2. Le Roy de Mékicourt, Rapport sur le travail du D' Villelte, Acad. de méd., 16 octobre 1894. — Vincent et Burot, op. cit.

3. Mali.nas, Le sanatorium de Nossi-Comba. Arch. de méd. milit., 1897, t. XIX, p. 122.

L'histoire de Tendémie palustre aux îles Maurice et de La Réunion est très intéressante. Les fièvres palustres, autrefois inconnues dans ces îles, y ont fait brusquement leur apparition sans qu'aucune modification dans les conditions météoriques ou telluriques vînt expliquer ce changement *.

Jusqu'en 4850, malgré les travaux de défrichement occasionnés par l'introduction de la culture du tabac et du café et plus tard par celle de la canne à sucre, le climat de l'île de La Réunion fut d'une salubrité parfaite.

En 1850 des cas de paludisme furent observés, d'après Le Roy de Méricourt, mais ces cas étaient assez rares pour que Dutroulau pût soutenir encore en 1868 que le paludisme n'existait pas à La Réunion et que les fièvres observées dans cette île avaient été contractées à Madagascar ou aux Comores '.

En 1864 une épidémie qui paraît devoir être attribuée au typhus récurrent règne à La Réunion.

En 1869 le paludisme éclate sous forme épidémique; depuis lors il est devenu endémique ; une nouvelle poussée épidémique a été observée en 1873. Maureau insiste sur ce fait que l'importation de la fièvre palustre a coïncidé avec l'immigration indienne.

Des faits semblables ont été observés aux îles Maurice et Rodrigue.

A Maurice l'endémie palustre, autrefois inconnue, a pris tout à coup, à partir de 1867, une grande extension.

Jusqu'en 1880 l'île Rodrigue a joui d'une salubrité incontestable. La fièvre palustre y a fait brusquement son apparition à cette époque. « Ici encore, dit Maureau, il n'y a guère que l'importation qui puisse expliquer l'explosion du paludisme. » (Maureau, Th. Paris, 1891, p. 29.)

Le paludisme est plus rare au centre de l'Afrique que sur les côtes; mais on l'observe encore, principalement sur les bords des

1. Barat, Note sur la fièvre épid. qui a régné en 1869 à Tile de La Réunion. Arch. de méd. nav.j 1869. — Bassignot, Étude sur la fièvre endém. épid. qui règne à La Réunion, même Rec, 1873. — Pellerkau, Pathologie Mauricienne. Des fièvres palus- Ires, même Uec, 1881-1882. — Delteu,, Consid. sur le climat et la salubrité de La Réunion, même fiec, 1881. — A. Le Roy de MimcouRT et A. Layet, art. Réi'mox et Ile Maurice du Dicl. encyclop. des se. méd, — Maireau, De Timportation du paludisme à rile de La Réunion, Th. Paris, 1891. — Andrew Davidso>', Pathologie des îles Mascareignes, Janus, 1897, p. 360 et 429.

2. Dutrollau, Traité des maladies des Européens dans les pays chauds, 2'' édit., 1868, p. 78.

I^vcRAN, Paladisme. 2

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rivières et dos grands lacs intérieurs : Nyassa, Victoria Nyanza, Tanganyka, Tchad (Livingstone, Barth, Stanley).

La colonie du Cap est salubre.

4^ Amérique. — Dans VAmé7*ique du Nord^ le paludisme ne s'observe guère au delà du 45" degré de latitude; inconnu au Groenland, il est très rare dans la Nouvelle-Angleterre, au Canada et dans les territoires de la baie d'Hudson; les marais, nombreux dans ces régions, ne sont pas fébrigènes.

Les fièvres commencent à se montrer sur les rives des lacs Huron, Erié et Ontario.

Aux Etats-Unis les fièvres sont très communes sur le littoral de la Caroline du Nord, dans la Pensylvanie, dans Tétat de New- Jersey, dans l'espace immense connu sous le nom de Prairie qui s'étend des bords du Missouri aux monts Alleghanys, et surtout sur les rives du golfe du Mexique (Floride, Géorgie, Alabama, Louisiane, Texas).

Le Mississipi a formé à son embouchure un delta marécageux et fébrigène.

Sur les côtes du Pacifique, la 'Californie est la région la plus éprouvée par les fièvres palustres.

On conçoit facilement que dans les deux Améric[ues la région du Pacifique, formée par une zone relativement étroite, au pied des Cordillères, soit beaucoup moins malsaine que les vastes plaines centrales et les rives de FOcéan Atlantique où viennent déboucher tous les grands fleuves.

D'après J. Metcalf les fièvres palustres ont donné lieu pendant la guerre de la Sécession à la morbidité suivante dans les armées américaines *. Région des lacs : 193 malades sur 1000 hommes d'efiectif; postes du Nord, à distance de la mer et des lacs : 181 sur 1000 ; stations du bord de la mer, du cap Delaware à Savannah : 370 sur 1000; région du Sud-Ouest (Jeflerson Barraks, forts Gibson, Smith, etc.) : 747 sur 1000; Bas-Mississipi, 385, et Floride orientale 520 sur 1000

Au Mexique les fièvres sont communes et graves sur le littoral des deux mers, dans les terres chaudes, côtes du Yucatan, de Vera-Cruz.

Dans la baie de Vera-Cruz, derrière les dunes couvertes de

1. J. Metcalf, Rapport à la Commission sanitaire des États-Unis. — Evaivs, Essais d*hygiène et de thérap. mUit., Paris, 1865.

palétuviers qui bordent la mer, s'étendent des marais fébrigènes très dangereux.

Les hauts plateaux sont, au contraire, presque entièrement épargnés par le paludisme comme par la fièvre jaune.

La ville de Mexico est très salubre bien qu'elle soit entourée de lacs et de marais et que la température moyenne y soit assez élevée (Jourdanet, Coindet).

Libermann a observé sur le plateau de Mexico deux fois plus souvent le type tierce que le quotidien*. On voit bien ici que la climatologie verticale correspond à la climatologie horizontale.

En Guatemala le paludisme est Tendémie par excellence; il règne dans une grande partie du territoire. Les départements de Retalhulen, Suchitepéquez, Escuintla sont ceux dans lesquels on observe les fièvres avec le plus de fréquence et de gravité. Vient ensuite la partie sud des départements de Santa Rosa y Jutiapa, Amatitlan et Izabal.

Le D' Echeverria ' a constaté que 2345 cas de fièvres palustres contractées au Guatemala se répartissaient de la manière suivante au point de vue des formes cliniques :

Quotidiennes 1737

Tierces 205

Quartes 30

Doubles quotidiennes 7

Doubles tierces 7

Type indéterminé 31

Continues 58

Pernicieuses 118

Larvées 68

Cachexie 80

Les rives du golfe de Honduras sont très insalubres ainsi que Panama. On. sait que les ouvriers employés sur les chantiers du fameux canal de Panama ont payé un lourd tribut au paludisme.

Aux Antilles le paludisme règne avec intensité, notamment à la Havane, à la Pointe à Pitre (Guadeloupe) et à Fort de France (Martinique); les îles d'Antigoa, de Saint-Vincent et de la Barbade sont épargnées, probablement à cause de la sécheresse du sol.

Dans l Amérique du Sud, les principaux foyers palustres sont :

1. LiBEBHANX, Des fièvrcs intermittentes dans la vallée de Mexico. Rec. mém. de méd. milit., 1864.

2. JoROB AviLA Echeverria, Le paludisme en Guatemala. Th. Guatemala, 1895.

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les Guyanes, les côtes du Venezuela et de Colombie, le bassin de rOrénoque et la Bolivie.

Dans la Guyane française, les fièvres palustres fournissent dans les années ordinaires les trois quarts du chiffre total des malades*.

Lors de l'expédition de Kourou en 1763, 12 000 colons qui provenaient pour la plupart d'Alsace et de Lorraine furent, en moins de trois ans, réduits par les maladies endémiques à 2000.

D'après Maurel on peut distinguer quatre zones dans la Guyane française :

Zone maritime comprenant les îles qui bordent le littoral : Iles du Salut, Ilet-la-mère, Ilet-le-père ; c'est la zone la plus salubre. Les survivants de la malheureuse expédition de Kourou se réfugièrent aux îles du Salut, d'où le nom donné à ces îles qui s'appelaient auparavant : Iles du Diable;

Littoral, moins salubre que les îles, moins insalubre que la troisième zone ;

Terres basses formant un vaste marais connu sous les noms de Savanes noyées, Savanes tremblantes; tous les essais de colonisation faits dans cette partie de la Guyane, inhabitable pour les Européens, ont échoué misérablement;

La zone montueuse que l'on rencontre après avoir traversé la zone marécageuse est peu connue et très peu habitée.

Au Brésil et au Pérou, les fièvres sont communes sur les côtes, dans les vallées; elles deviennent de plus en plus rares et finissent par disparaître à mesure qu'on s'élève sur les hauts plateaux.

Dans la République Argentine le paludisme règne surtout dans les provinces de Tucuman, Salta, Juguy, Corrientes et dans quelques districts fédéraux du nord, région riche en forêts; les marais sont nombreux, les eaux abondantes, la température est élevée, toutes conditions favorables au développement du paludisme. Dans la vallée de Catamarca il n'y a pas de marais, mais le sol est riche en matière organique et la température est élevée, les petits cours d'eau sont nombreux et à 2 m. de profondeur on trouve une couche d'argile et de schiste imperméable *.

Le Paraguay, l'Uruguay et La Plata présentent d'immenses plaines inondées, à l'époque des pluies, par les rivières qui descen-

1. Dl'raxd, Th., Montpellier, 1868. — Maurel, Traité des malad. paludéennes à la Guyane, Paris, 1883.

2. Canton, El paludismo y su GeograQa medica en la RepubUca Àrgentina. Buenos- Aires, 1891 (avec une carte). — S. Gâche, Climatologie de la République Argentine. Buenos-Aires, 1895, p. 635.

dent (les contreforts des Andes; les lacs, les marais sont nombreux au milieu des pampas, néanmoins le climat de ces régions est salubre, les fièvres palustres sont rares.

Le Chili a aussi un climat très salubre.

Le paludisme disparaît au delà du SS'' degré de latitude australe.

5° OcÉAKiE. — L'endémie palustre a, dans les îles de la Malaisie,

ia même intensité qu'aux Indes; Java, Sumatra, Bornéo, les

loluques, les Philippines, sont des foyers palustres redoutables.

'es îles ont des côtes basses, marécageuses, couvertes de palétu-

iers, aussi dangereuses au point de vue du paludisme que les

points les plus insalubres de l'Hindoustan.

Batavia a mérité le surnom de cimetière des Hollandais. Les accès pernicieux y sont fréquents et graves et, quand on fait relâche dans ce port, il est nécessaire de prendre, pour se protéger contre le paludisme, des mesures prophylactiques sévères.

Au contraire les autres îles de l'Océanie, malgré l'existence de nombreux marais, jouissent, au point de vue du paludisme, d'une salubrité très grande.

A la Nouvelle-Calédonie l'endémie palustre est inconnue*, « malgré l'existence de nombreux marais présentant les caractères objectifs les plus accentués des marais fébrigènes et insalubres » (DuTROULAU, op. cit., p. 96). Même dans les régions intertropicales on trouve donc des marais non fébrigènes dont les caractères apparents ne diffèrent en rien de ceux des marais fébrigènes.

En Australie, à Taïti, les fièvres sont rares et ne présentent pas, en général, de gravité.

En Tasmanie, à la Nouvelle-Zélande, le paludisme est pour ainsi dire inconnu, malgré l'existence de nombreux marais.

Les îles de la Polynésie, de la Mélanésie, de la Micronésie sont également indemnes.

L'étude de la répartition des fièvres palustres à la surface du globe met en évidence les points suivants :

1** Le paludisme règne principalement sur les côtes et le long des fleuves; les marais sont particulièrement favorables à son développement, ce qui justifie les dénominations de fièvres palustres ou de paludisme; toutefois le marais proprement dit n'est pas

1. BoLROAREL, Soc d'antliropol. , t. H, p. 3T5. — Gokullelk, Th. Bordeaux, 1888-1889.

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nécessaire ; il suffît que rhumidité du sol soit entretenue par une nappe d'eau souterraine superficielle, par exemple; d'autre part tous les marais ne sont pas insalubres, on trouve, même dans les pays chauds, des marais qui ne sont pas fébrigènes.

2** L'influence de la chaleur et de l'altitude sur le développement du paludisme est manifeste.

3** On peut trouver à peu de distance les unes des autres des localités salubres et des foyers très dangereux de paludisme.

4** Les fièvres intermittentes des types tierce et quarte dominent dans les pays tempérés, la fièvre intermittente quotidienne et la continue palustre dans les pays chauds, mais partout les différents types sont représentés; il n'y a d'exception que pour la bilieuse hématurique ou homoglobinurique dont la réjiartition à la surface du globe est plus limitée que celle des autres fièvres palustres.

5** Dans un grand nombre de localités l'endémie palustre a diminué d'intensité ou même a disparu complètement grâce aux travaux d'assainissement qui ont été opérés : dessèchement des marais ou des étangs, endiguement des cours d'eau, drainage et mise en culture du sol; au contraire sur d'autres points l'endémie . s'est étendue, des pays autrefois salubres ont été envahis.

IL Conditions météoriques ou telluiuques qui favorisent le développement DU PALUDISME OU QUI Y METTENT OBSTACLE. A. ChaUur.

— L'influence favorisante de la chaleur ressort de la répartition du paludisme à la surface du globo.

. Le soleil, dit Mahé, est en quelque sorte le régulateur du paludisme, « il semble agir sur les causes de cette vaste endémie à la façon dont il exerce sa puissance fécondante sur les germes des végétaux et môme de la plupart des animaux * ».

D'une façon générale on peut dire que le paludisme augmente de fréquence et de gravité à mesure qu'on descend des pôles vers l'équateur, mais la géographie médicale montre aussi que la chaleur ne suffit pas à provoquer l'apparition du paludisme; nous avons vu plus haut qu'il existe, même dans les zones tropicales, de vastes régions qui sont épargnées par rendémie.

L'action si manifeste des saisons prouve aussi l'influence qu'exerce la chaleur sur le développement de l'agent pathogène du paludisme.

1. Mahé, art. Géographie mêpicai-e du Diction, encf/clop, des se. méd.

Dans les pays chauds ou tempérés c'est pendant la saison chaude que se produisent tous les cas nouveaux de paludisme; pendant Thiver on n'observe que des rechutes de fièvre.

Mayer et M. L. Colin ont fait remarquer qu'à Rome les fièvres palustres de première invasion apparaissaient tous les ans presque à jour fixe, vers le 5 ou le 6 juillet *.

De même en Algérie; à Constantine j'ai constaté pendant trois

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Fig. 1. — Morbidité et mortalité dues au paludisme en 1890 dans l'arméo française.

ans de suite que les premiers cas de fièvre palustre de première invasion se produisaient vers la fin du mois de juin, les derniers dans le courant du mois de novembre; de décembre à mai, on n'observe que des rechutes chez d'anciens palustres. Pendant les mois de juillet, août, septembre, octobre, les cas de fièvre se multiplient avec une rapidité qui explique la dénomination (ïendémoépidémie.

Ainsi, pendant l'hiver, le germe du paludisme sommeille; comme les végétaux et les animaux inférieurs il a sa période hibernale,

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