De Brun, op. cit
l'œdème du tissu conjonclîf sous-cutané qui attire surtout l'attention, œdème qui fait défaut à la face et aux membres supérieurs quand Tascite est indépendante de Tanasarque et de l'albuminurie.
c. Aôcès du foie. — Les abcès du foie sont très rares chez les palustres, à moins de complication dysentérique; ils ne paraissent avoir, en somme, aucune relation étiologique avec le paludisme, tandis que leurs rapports avec la dysenterie sont évidents; j'ai toujours constaté, chez les sujets morts d'abcès du foie, que la muqueuse du gros intestin présentait les altérations de la dysenterie \
C. Complications du côté des organes génitourinaires. — a. Néphrite. — La néphrite aiguë ou chronique est une complication assez commune du paludisme *.
La néphrite a tantôt les allures de la néphrite épithéliale (les urines renferment de l'albumine en grande quantité, l'anasarque se produit et se généralise rapidement), tantôt celles de la néphrite interstitielle ou de la néphrite mixte ; cette dernière forme est, je crois, la plus commune.
La dénomination de néphrite intermittente qui a été employée quelquefois pour désigner la néphrite palustre est évidemment mauvaise.
M. le D"" de Brun a admis l'existence d'une albuminurie transitoire liée au paludisme, succédant aux accès dans le paludisme aigu ou coïncidant avec les autres signes de la cachexie, dans le paludisme chronique, et pouvant être améliorée ou guérie par la quinine et les toniques.
b. Hématurie, Hémoglobinurie. — On a vu (p. 194) que, dans certaines contrées, l'hémoglobinurie complique si fréquemment les fièvres bilieuses palustres, qu'on a été conduit à décrire comme une espèce distincte, la bilieuse hémoglobinurique.
En dehors des pays où règne cette fièvre, il n'est pas fréquent de voir le paludisme se compliquer d'hématurie ou d'hémoglobinurie '.
1. A. Laverai, Contrib. à Tanat. pathol. des abcès du foie, Arch. de physioloffie, 1879.
2. K1E.NBR, Tribune médicale, 26 aoiU et 2 sept. 1817. — E. Calmettb, Des néphrites intermittentes, Rec. mem. de méd. miliL, 1880, p. 68. — De Brun, Albuminuries palustres, Semaine méd,, 30 mars 1887. — Fkrreira, Sur l'albuminurie dans la malaria infantile, Rev, mens, des malad. de Venfance, 1893, p. 97.
3. J. HopE PoTTEH, L'hémoglobinurie dans la malaria, British med. Journ,, 1896, p. 590. — E. A. WoLDERT, Un cas d'hématurie malariale. Sew-York med, Jourti., 23 février 1895.
En étudiant le traitement du paludisme (Ch. x), nous verrons que les sels de quinine peuvent provoquer chez les palustres Thémoglobinurie; lorsque cette complication se produit, ily a donc lieu de se demander si elle est la conséquence de Tinfection paluslre ou si elle doit être attribuée à la médication.
c. Orchite. — Depuis 1883 on a publié un grand nombre de faits tendant à démontrer qu'il existe des orchites d'origine palustre '.
D'après Maurel on observe assez souvent Tépididyraite chez les palustres à la Guyane. L'épididyme se tuméfie et devient douloureux sur le déclin d'un accès de fièvre ; en général il s'agit d'une simple congestion qui disparaît rapidement, mais qui reparaît souvent lors d'une rechute ; quelquefois l'épididymite est bien caractérisée et l'induration consécutive ne disparaît que lentement.
Girerd à Panama aurait observé, sur 350 palustres, 192 fois l'atrophie d'un ou des deux testicules à la suite d'orchitesl II paraît ressortir de la lecture du travail de M. le D' Girerd que bon nombre de ces prétendues orchites ou épididymites relevaient plutôt de la blennorragie que du paludisme.
MM. Bertholon, Schmit, Charvot, Calmette, Hublé, Malinas, Coronado, Pluyette, Quennec, Planté ont observé l'orchite comme complication du paludisme.
Je résume la description que M. le D' Charvot a donnée de l'orchite dite palustre.
C'est une orchite aiguë, à début brusque; l'épididyme et le testicule sont presque toujours pris en même temps, on trouve souvent un peu de liquide dans la vaginale. Les malades accusent des douleurs vives locales et irradiées.
Les phénomènes généraux sont très marqués, la fièvre qui est vive et continue, cède rapidement à l'emploi de la quinine.
L'évolution de l'orchite ne suit pas une marche parallèle à celle de la fièvre ; souvent la résolution n'est complète qu'au bout de trois ou quatre semaines, la consistance du testicule diminue au moment de la résolution et l'atrophie consécutive est commune comme dans l'orchite ourlienne.
1. Maurel, Traité des malad. palud. à la Guyane, 1883, p. 89.— Girerd, Manifest. du paludisme sur les organes génitaux, Paris, 1884. — Bbhtholox, Arch. de méd. miliL, 1886. — Scbmit, Même rec, 1887. ~ Castkllax, Th. Montpellier, 1887. - Calmettb, Arch. de méd. milit,, 1888. — Hublk, Assoc. fr,pour Vavanc. des sciences, Oran, 1888. — Charvot, Revue de chir,, 1888. — Malinas, Arch, de méd, milit., 1889. — Coronado, Cron. med. chir. de la Habana, 1889. — Pllybtte, Marseille ynéd., 1893. — Quennec, Arch. de méd. nav., 1896, p. 126. — J. Planté, Même recueil, 1896, p. 347. —Malinas, Arch. de méd. milit., février 1897, p. 124.
Le traitement local a peu d'importance : repos au lit, élévation des bourses sur une planchette, suspensoir quand le malade se lève ; c'est la médication quinique qui joue le grand rôle.
A Tappui de sa description M. le D' Charvot donne 6 observations.
C'est seulement après avoir éliminé toutes les causes connues d'orchite ou d'épididymite qu'on peut conclure à l'existence d'une localisation du paludisme sur le testicule et, pour confirmer ce diagnostic, il serait nécessaire de constater la présence des hématozoaires du paludisme au moment de l'apparition de l'orchite, ce qui n'a pas été fait jusqu'ici.
Le fait que la fièvre cède et que l'orchite disparaît chez les malades auxquels on administre de la quinine, ne démontre pas qu'il s'agisse d'une manifestation du paludisme ; le même traitement réussirait parfaitement dans l'orchite ourlienne qui, si l'on s'en rapporte à la description de M. le D^ Charvot, a une grande analogie avec l'orchite palustre.
Il faut se garder de considérer comme palustre toute orchite qui se produit chez un sujet qui est atteint ou qui a été atteint de paludisme ; parmi le& observations d'orchite palustre qui ont été citées, bon nombre sont susceptibles d'une autre interprétation.
J'ai dit plus haut que M. le D'' Girerd me paraissait avoir attribué souvent au paludisme des épididymites blennorragiquesv Dans d'autres cas, l'orchite ourlienne a été décrite sous le nom d'orchite palustre ; on sait que l'orchite ourlienne peut se produire sans être précédée de parotides et qu'elle s'accompagne de phénomènes généraux, d'apparence parfois assez grave et en particulier d'une fièvre très vive *.
M. le D' Hublé, qui a publié plusieurs observations d'orchite prises chez des soldats atteints de paludisme, note la coexistence des oreillons ; il me paraît évident que, dans plusieurs de ces cas, il s'agissait d'orchites ourliennes et non d'orchites palustres (op. cil, , voir notamment l'observ. IX).
En 1876 j'ai observé un cas d'orchite chez un malade en traitement à l'hôpital pour fièvre intermittente ; il y avait à ce moment dans mes salles des malades atteints d'oreillons, le diagnostic d'orchite ourlienne d'emblée fut porté et, je crois, avec raison.
On sait que les oreillons sont très communs dans l'armée et il
!• Â. Lavbrax, Art. Oreillons du Diction, encyclop. des se. méd.
est à noter que la plupart des observations d'orchite palustre ont
été citées par des médecins militaires.
En d878, à Biskra, un de mes malades, palustre et albuminurique, fut atteint d'orchite à l'hôpital. Les urines examinées à plusieurs reprises avant l'apparition de lorchite, dans le but de chercher des cylindres urinaires, contenaient des spermatozoïdes en grand nombre. Je crois que, dans ce cas, Torchite devait être attribuée aux habitudes de masturbation du malade.
J'ai recueilli en 1891 , au Val-de-Grâce, une troisième observation d'orchite chez un militaire qui avait contracté la fièvre intermittente au Tonkin et qui, à la suite d'une rechute de fièvre, à Paris, fut atteint d'une orchite du côté gauche, à début brusque. On ne pouvait incriminer, dans ce cas, ni la blennorragie, ni les oreillons.
Au moment où je vis le malade, il n'avait pas de fièvre, le testicule et l'épididyme du côté gauche étaient doublés de volume et très douloureux.
La rate était notablement augmentée de volume, l'anémie très marquée. Je recherchai en vain dans le sang le parasite du paludisme.
La résolution de l'orchite proprement dite se fit assez rapidement mais l'épididyme resta induré et, au moment de la sortie de l'hôpital, le diagnostic le plus probable paraissait être celui d'épididymite tuberculeuse.
MM. Reclus et Nélaton ont bien montré que l'orchite tuberculeuse pouvait débuter comme une orchite aiguë *.
Ainsi, dans ces trois cas, on peut et l'on doit attribuer Torchite à d'autres causes que le paludisme, et ces trois cas sont les seuls dans lesquels j'ai noté cette complication.
En dehors des orchites blennorragiques, ourliennes, tuberculeuses et de celles qui sont consécutives à la masturbation ou à des traumatismes, on a décrit encore l'orchite rhumatismale * et l'orchite hystérique '; enfin les localisations testiculaires de la fllariose peuvent être confondues avec des orchites palustres d'autant plus que le paludisme et la filariose sont souvent endémiques dans les mêmes pays ♦.
1. Ukclus et Nklaton, Tuberculose chirurgicale. Revue mens, de chir., 1884.
2. BouissoN, Tribut à la chirurgie, p. 350. — Dufflby, Dublin med. Journ.f février 1872.