D. COMPUCATIONS DU CÔTÉ DES VOIES DIGESÏIVES ET DE LEURS ANNEXES
— Les plus communes de ces complications sont : les vomissements qui s'accompagnent quelquefois de douleurs gastralgiques violentes et de gastrorragies, la dyspepsie et la dysenterie.
La dyspepsie est très commune chez les cachectiques.
La dysenterie n'a aucun lien étiologique avec la fièvre palustre ; si elle la complique souvent, c'est parce que les deux maladies sont souvent endémiques dans les mêmes contrées. J'étudierai plus loin les rapports de la dysenterie et du paludisme.
On trouve dans les auteurs quelques exemples de parotidite suppurée chez des malades atteints de fièvre palustre grave'; j'en ai observé moi-même un cas terminé par guérison.
La rareté de cette complication montre qu'ici, comme pour les abcès de la rate ou du foie, il ne s'agit pas d'une manifestation du paludisme, mais d'une infection secondaire.
E. Complications pulmonaires. — La pneumonie est une des complications les plus fréquentes du paludisme \
l.TocRMER, Arch. de méd.miliLy 1896, t. XVIU, p. 207.
C'est aussi & la filariose qiril faut vraisemblablement rapporter les adénites, communes dans certaines régions des pays chauds, qui ont été attribuées par quelques auteurs' au paludisme. Les complications lymphatiques sont extrêmement rares dans le paludisme (Lesueur Florent, Contrib. à l'étude de la lymphatexie, Arch, deméd,7uiv., 1896); je n'en ai observé pour ma part aucun exemple.
-2. Arch. de méd. nav.j 1897, p. 466.
3. Bailly, Traité des fièvres intermit., p. 207. — Moxfalgon, Histoire méd. des marais, 1826, p. 432. — L. Colin, Traité des fièvres intermit., p. 291.
4. Gattbloup, De la pneumonie d^\rrique, Hec. mém, de méd. milit.y 1853. — FiUBOH, De la fièvre rémittente pneumonique, Même rec,^ août 1866. — Du même,
a. Pneumonie aiguë. — La pneumonie aiguë peut se produire dans le cours des manifestations aiguës du paludisme, plus souvent on l'observe chez des individus affaiblis, anémiés par les fièvres.
Lorsque la pneumonie aiguë s'attaque à des individus impaludés depuis peu et encore vigoureux, elle évolue avec ses caractères classiques : fièvre vive, point de côté, expectoration rouillée caractéristique; les signes physiques sont nets : matité, soufQe tubaire, râles crépitants, etc. La pneumonie a seulement de la tendance à passer à la troisième période, dite d'hépatisation grise, et son pronostic est, par suite, beaucoup plus grave que celui de la pneumonie ordinaire de Fadulte.
Lorsque la pneumonie aiguë se produit chez des cachectiques ou chez des sujets qui, sans être encore cachectiques, sont anémiés et affaiblis par une ou plusieurs atteintes de fièvre, elle présente souvent des caractères particuliers, qui ont été très bien étudiés par Catteloup.
Le frisson initial, le point de côté, les crachats rouilles peuvent manquer; Texamon physique de la poitrine révèle seul Texistence d'une pneumonie; on trouve au niveau des parties hépatisées : de la matité, un bruit de souffle moins fort en général, moins éclatant que le souffle tubaire do la pneumonie aiguë lobaire franche et des râles crépitants ou sous-crépitants.
C'est, en somme, le tableau de la pneumonie des vieillards, et on comprend que la cachexie palustre ait, sur l'évolution de la pneumonie, la même influence que la cachexie sénile.
J'ai constaté plusieurs fois que la pneumonie des cachectiques avait une durée plus longue que la pneumonie lobaire franche et que la résolution se faisait avec une grande lenteur.
Chez un militaire fortement anémié, débilité par les fièvres, qui, dans cet état, fut pris d'une pneumonie du côté gauche, la défervescence ne se fit qu'au dixième jour, et la résolution des exsudais mit n jours à se faire; alors que la fièvre était tombée depuis
Des manifeslalions varices du paludisme au point de vue de Tétiologie, Même rec., 1870. — Gras, Fièvre pernicieuse pneumonique, Arch, de méd. nav.^ 186i. — CoR5i- BERT, Essai sur la fièvre pernicieuse pneumonique, Th. Paris, 1872. — Armawgaui», Pneumonies et fièvres intermittentes pneumoniques, Bordeaux, 1872. — Chasset, Th. Montpellier, 1873. — Estradb, Contrib. à l'étude de la fièvre imlustre à détermination pneumonique, Th. Bordeaux, 1888-1889. — Grasset, Sur les fièvres pneumoniques, Montpellier méd,^ janv. et févr. 1887. — Hawi-Costa, Pneumonies poslpaludéennes, Revtie de médecine^ 18Ui. — Geaoeo, Th. Paris, 1895.
8 jours, on entendait encore dans toute la hauteur du côté gauche, en arrière, du souffle et des râles crépitants*.
Les lésions de la pneumonie des cachectiques diffèrent notablement de celles de la pneumonie lobaire aiguë franche (V. Ch. vin), L*inflammation peut aboutir rapidement à Thépatisation. b. Des foi^ies décrites sous les noms de pneumonie intermittente^ rémittente pneumonique^ fièvre pernicieuse pneumonique. — D'après quelques observateurs, la pneumonie ne serait pas seulement une complication se produisant dans le paludisme au même titre que dans d'autres maladies; elle pourrait se développer sous Faction directe du paludisme et il y aurait lieu d'admettre : une pneumonie palustre intermittente, une fièvre rémittente pneumonique et môme une fièvre pernicieuse pneumonique.
Il est incontestable que la présence des éléments parasitaires dans le sang peut, chez les malades atteints de paludisme, jouer un rôle important dans la pathogénie des inflammations du poumon, comme dans celle des inflammations de la rate, du foie et des reins; mais, chez ces malades, la pneumonie ne se produit jamais isolément, elle vient se greffer sur un état morbide antérieur : fièvre intermittente ou continue palustre, cachexie palustre; de plus elle n'est pas justiciable de la quinine, et une fois développée, son évolution est indépendante de celle de la fièvre palustre.
J'ai constaté plusieurs fois, chez des cachectiques palustres atteints de pneumonie aiguë, qu'il n'y avait pas d'éléments parasitaires dans le sang, pendant l'évolution de la pneumonie.
Enfin il résulte des recherches de Baccelli, de Bignami, de Guarnieri et d'Ascoli * que, quand le paludisme se complique de pneumonie, on trouve constamment des pneumocoques dans les crachats. Chez certains malades atteints de fièvre intermittente on observe, à chaque accès, une congestion pulmonaire qui s'accompagne de bouffées de râles sous-crépitants, ce qui a pu faire croire à l'existence d'une intermittente pneumonique.
En dehors du paludisme on observe d'ailleurs des pneumonies qui procèdent par poussées successives, avec intermittences dans le processus fébrile'.