‹ Traité du paludisme (volume 3)Chapitre 185 sur 243 · L. GoiKON, Soc. méd. des hôp,, 12 février · texte numérisé non relu

L. GoiKON, Soc. méd. des hôp,, 12 février

2. Baills, Arch. de méd. milit., l88o, l. VI, p. 320. — Voir aussi Rosrkbusch, Wien. ed. Pi-esse, !3 avril 1890, et G. Greswell, The Lancet, 1" mai 1897.

hommes furent pris de crampes d'estomac et de vomissements, pâleur de la face, dilatation des pupilles, respiration courte, refroidissement, pouls petit, irrégulier, ralenti, parfois insensible; bourdonnements d'oreilles; tendance à la syncope.

Chez Tun des malades, les accidents allèrent en s'amendant,i l'autre succomba dans une syncope.

Ces faits montrent bien que le sulfate de quinine est surtout un poison du cœur; ce sont les accidents cardiaques qui ont dominé la scène dans les deux cas et qui ont déterminé la mort dans l'un d'eux.

Il est très rare qu'il faille donner plus de 3 gr. de sulfate ou de chlorhydrate de quinine par jour, même dans les accès pernicieux; les exemples qui précèdent prouvent qu'on peut sans danger dépasser cette dose ; néanmoins, et sauf le cas d'accès pernicieux, on ne [irescrira pas, à un malade qui n'a jamais pris de quinine, de dose supérieure à 1 gr. dans les 24 h., à prendre en plusieurs fois.

Il importe que le clinicien soit prévenu que la quinine peut provoquer dos symptômes inquiétants, tels que délire, vertiges, ivresse quinique, vomissements, hyposthénisation du système nerveux, afin qu'il ne confonde pas ces symptômes avec ceux de la fièvre, ce qui le conduirait à augmenter encore les doses du fébrifuge.

B. Hémoglobinurie quinique \ — Chez certains malades atteinte de paludisme la quinine administrée, même à faible dose, donne lieu à l'hémoglobinurie ; les urines deviennent rougeâtres ou noirâtres, elles renferment de l'albumine et de l'hémoglobine, mais on n'y trouve pas de globules sanguins.

Cet accident a été bien étudié et décrit par Tomaselli en Italie et par des médecins grecs : Karamitzas, Theophanidis, Pispiris, Pampoukis, Chomatianos.

Karamitzas cite l'exemple d'un étudiant qui était atteint d'hémoglobinurie dès qu'il prenait du sulfate de quinine, même à la dose de 0 gr. 30.

1. Tomaselli, Rivisla clinica di Bologna, 1878, p. 119. — Ugiietti, Lo Sperim,, 1878. — Karamitzas, Bullel. gén. de thérap., 30 juillet 1879. — Pampoikis, Étude sur les fièvres palustres de Grèce, Paris, 1888. — Pampoukis et Chomatianos, Rech. clin, et expérim. sur rhémoglobinurie quinine. Progrès médical^ 1888. — Tomaseu-i, Sur rintoxicalion quinique. Congrès de la Soc. italienne de niéd. int., Rome, 20 oct. 1888. — Spyridon Kanbllis, Arch. de méd. nav.y 1888, p. 476. — Pasqcalb MoscATO, Gaz, degli onpitali, 1890, n" 17-19. — Harb, Vauohan, De la quinine dan> Phématurie malarienne. Assoc. des méd. américains, 7* réunion, 1892. — Pasoiale Moscato, Gaz. med. bombarda^ 8 juin 1896, et Giomale intemaz. délie scienze mediche. 31 mars 1897. — Raoul Dumas, Arch, de méd. nav., avril 1897. — Grocco, Hémogio- ; binurie quinique chez les malariques, La Setlimana med., 2 janv. 1897. — Baow, \ EwALD, Soc. de méd. berlinoise, 30 juin 1897.

Spyridon Kanellis, Pampoukis et Chomatianos, Pasquale Mosato ont observé des faits semblables.

La rareté de rhémoglobinurie quinique montre qu'une prédisosition individuelle est ici nécessaire * ; le paludisme joue le rôle e cause adjuvante; Thémoglobinurie quinique n'a jamais été ignalée chez des malades atteints de fièvre typhoïde ou de humatisme articulaire et traités par la quinine.

A la Guadeloupe, Carreau n'a observé Thémoglobinurie quinique ue dans les localités les plus infectées de paludisme.

La quinine donnée à forte dose à des malades dont les glo- ] M

des ont été rendus vulnérables par la cachexie palustre pro- • '

luit, d'après Carreau, un sérum laqué renfermant de la méthénoglobine *.

Lépine a observé in vitro l'action de la quinine sur le sang du bien, du mouton, du porc et a constaté que la quinine détruit beaucoup de globules rouges.

Chez l'animal vivant, la conséquence de la destruction globulaire st le passage de l'hémoglobine et de la méthémoglobine dans le ilasma, il est rare d'observer l'élimination par les reins (hémoglo- ►inurie).

On peut admettre que la quinine détruit plus facilement les lématies déjà altérées des palustres que les hématies normales, nais cela n'explique pas pourquoi l'hémoglobinurie quinique ne l'observe que chez certains malades, ni pourquoi elle est plus comnune dans certains pays que dans d'autres.

Le sulfate de cinchonidine ne donne pas lieu, d'après Pampoukis, à l'hémoglobinurie et doit être substitué au sulfate de quiline chez les malades sujets à cet accident.

D'après Tomaselli la quinine pourrait produire, non seulement 'hémoglobînurie, mais aussi une fièvre ictéro-hématurique, facile i confondre avec la fièvre ictéro-hématurique des pays chauds'.

Les symptômes de la fièvre quinique ictéro-hématurique seraient es suivants :

Trois ou six heures après l'ingestion de la quinine le malade est )ris de frisson, avec tremblement généralisé; la face pâlit et se

1. Clarac, Deux cas (l'hémoglobinurie quinique, Arck, de méd, nav., avril 1896.

2. Carreau, De la méthémoglobinurie quinique. Pointe-à-PItre, Guadeloupe, 1894. - Hayev, Technique de Texamen du sang, Médecine moderne, 21 et 2i juillet 1897. )n consultera cet article avec proGt au point de vue de la recherche de Thémo- ^obine et des matières colorantes de la bile dans le sérum du sang.

3. Congrès de la Soc. italienne de médecine interne, Rome, octobre 1888.

couvre de sueurs froides ; une douleur gravative se fait sentir dans les lombes, les vomissements bilieux sont incessants.

A ces symptômes qui constituent la première période de Tintoxication et dont la durée varie d'une à trois heures, succède une élévation considérable de la température qui, dans Faisselle, peut monter jusqu'à 42° et n'est jamais inférieure à 39%5. L'hyperthermie est en proportion de la gravité des accidents. A ce moment surviennent des hématuries abondantes. Les émissions d'urine persistent et sont souvent accompagnées d'évacuations alvines séro-bilieuses, et de dyspnée; toute la surface du corps prend une teinte ictérique.

Dans les cas légers, la dyspnée, la diarrhée et l'ictère peuvent manquer; mais les vomissements, les douleurs lombaires et l'hématurie sont des phénomènes constants.

Les urines sanguinolentes contiennent des hématies altérées, des cylindres fibrineux, des cellules épithéliales et du pigment biliaire. On observe tantôt l'hémoglobinurie et tantôt l'hématurie; la première est plus fréquente.

Au bout de 24 ou 28 h. l'accès se termine par une défervescence rapide, mais la mort peut se produire dans le coUapsus (Tomasblli).

L'existence de la fièvre quinique ictéro-hématurique à laquelle on a donné un peu vite le nom de maladie de Tomaselli, n a jamais été démontrée, je n'en ai observé pour ma part aucun exemple.

Les médecins qui ont étudié la bilieuse hématurique sont d'accord pour dire qu'on ne saurait accuser la quinine de produire cette fièvre.

A la vérité l'opinion que les accès jaunes (fièvres bilieuses hémoglobinuriques) sont produits par la quinine, est enracinée parmi les créoles de La Réunion, à ce point qu'on a de la peine à faire prendre de la quinine aux malades qui sont atteints de fièvre bilieuse, mais les médecins ont toujours protesté contre ce préjugé.

C. Éruptions quiniques. — Les exemples d'exanthèmes développés sous l'influence de la quinine ne sont pas très rares *.

1. Chbvallikr, Acad. des Se, oct. 1850. — Bazin, Affections cutanées artificielles, 1862, p. 81. — C. David, Érythëme quinique. Ballet, de la Suisse romande, 1875.— Jeudi de Grisrac, Des éruptions quiniques, Th., Paris, 1876. — Flotbr, Rizo, Robrou Op. cil, — RosE.NBU^^CH, Wien. med. Presse, 13 avril 1890. — Allen, Exanthème quinique. Boston med. a. surg. Joum., 1894, II, p. 65. — Withirspo.n, The Southern Practilioner, 1894. — Sbstixi, Arch. de méd. nav., 1895, XII, p. 927. — Jà«B G. JoHNSTOif, Dermatite buUeuse due à la quinine. Journ. of catan. a. genito-urifiarf Diseases, juillet 1896.

L^exanthème quinique a tantôt Taspect de l^urticaire, tantôt celui e la scarlatine et son apparition s'accompagne parfois d'autres x^ubles morbides comme dans les faits cités plus haut, d*après loyer, Rizu et Kobner.

Witherspon a observé un exemple remarquable d'érythème scaritiniforme quinique ^

Il s*agit d'une dame, âgée d'une quarantaine d'années, qui, 5' environ après l'ingestion d'une dose de quinine, présenta les ccidents qui suivent : prurit intense et sensation de brûlure commençant par les extrémités et se généralisant rapidement à tout leorps, puis rougeur et tuméfaction de la peau, congestion de la onjonctive avec sécrétion lacrymale profuse, œdème de la face, ruits dans les oreilles, tuméfaction de la langue, rougeur scarlainiforme du pharynx; céphalalgie, nausées, vomissements, rines rares et colorées. Au bout de quelques jours, desquamation e la peau en larges lambeaux, comme dans la scarlatine; desuamation analogue de la bouche, du pharynx et de la langue.

La moindre dose de quinine avait toujours provoqué, chez cette ame, des accidents semblables.

Feulard a cité un cas d'érythème scarlatiniforme d'origine quiique * et James Johnston un cas de dermatite huileuse qui se Brait développée, d'après lui, sous la même influence.

Les exanthèmes quiniques, comme l'hémoglobinurie, relèvent videmment de prédispositions individuelles; on voit de même que, hez certains individus, les doses les plus faibles d'antipyrine prooquent des éruptions; les exanthèmes dus à l'antipyrine sont ailleurs d'une grande fréquence relativement aux exanthèmes ni niques.

Les ouvriers qui manipulent la poudre de quinquina ou de la uinine éprouvent souvent aux mains et aux avant-bras du prurit aivi de rougeur de la peau et d'une éruption lichénoïde; on bserve quelquefois chez eux du gonflement de la face et des arties génitales. Il est à remarquer que ces accidents n'atteignent ue certains ouvriers, ce qui montre qu'ici encore une prédisposiion est nécessaire.

Comme le fait remarquer Jeudi de Grissac {op. cil.) l'exanthème ui se produit à la suite de l'administration dé la quinine à l'intéieur est probablement causé, comme celui des ouvriers qui

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i. Thg Soulhem PractUioner, 1894. Anal, in Méd, moderne, 5 sept. 1894. 2. Fbolard, Soc. de dermatol., 11 février 1897.

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iTianipulent la quinine, par Taction irritante de cet alcaloïde*; une petite quantité de quinine est toujours éliminée par la sueur; il est probable que, chez certains individus, l'élimination par wtie voie est beaucoup plus active que chez d'autres.

D. Troubles de Vouie et de la vue. Surdité. Amhlyopie. —Les bourdonnements d'oreilles sont, comme on sait, très communs chez les malades qui prennent de la quinine ; ils s'accompagnent quelquefois de vertiges.

Pour expliquer que, chez certains malades, une dose faible de quinine suffise pour provoquer des vertiges, il faut tenir compte de l'état du labyrinthe; d'après Lermoyez, lorsqu'il existe une lésion de cet organe, la quinine donne lieu très facilement à fies accès vertigineux*.

On observe souvent de la surdité à un degré plus ou moins prononcé; il s'agit presque toujours d'un trouble passager qui se dissipe rapidement après qu'on a cessé l'emploi de la quinine.

L'amblyopie quinique est plus rare; elle est en général légère et bilatérale, contrairement à ce qui arrive pour les troubles oculaires qui relèvent du paludisme'; de plus, des troubles de l'ouïe (bourdonnements, surdité) accompagnent les troubles de la vue d'origine quinique et sont d'ordinaire plus marqués que ces derniers. Plusieurs observateurs ont noté de l'ischémie rétinienne chez les malades atteints d'amblyopie quinique.

E. Propriétés ocytociques de la quinine *. — D'après quelques auteurs il serait dangereux de prescrire de la quinine aux femmes enceintes, surtout dans les trois premiers mois de la grossesse.

Petitjean, Delioux de Savignac, Rayer, Merz en France, Monte-

' 1. D'après Guyocuin le suir. de quinine serait éliminé en partie par la sueur sou> forme tle sulfate de quinidine. Th., Paris, 1872.

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