II. Découverte de l'hématozoaire du paludisme. Recherches
GONFIRMATIVES DES MUINNES. L'hÉMATOZOAIBE RETROUVÉ DANS TOUTES
LES CONTRÉES PALUSTRES. — Ou voit par Texposé qui précède que Tarent pathogène du paludisme a été recherché un grand nombre de fois dans Tair, dans Teau ou dans le sol des localités marécageuses ; comme l'air, l'eau et le sol de ces localités sont très riches en microphytes et en microzoaires, on comprend qu'il soit difficile de dire quel est parmi ces microbes celui qui occasionne les accidents du paludisme, et que les observateurs aient été conduits à décrire comme parasite du paludisme tantôt une palmelle, tantôt un bacille, suivant les espèces qui dominaient dans les localités où ils faisaient leurs recherches.
La présence de spores ou de bacilles dans les urines, dans la sueur ou dans la salive des malades atteints de fièvre palustre, a peu d'importance, étant donné que les nombreux micro-organismes en suspension dans l'air s'introduisent facilement dans ces produits de sécrétion et y pullulent souvent.
L'expérimentation sur les animaux employée par Griffini, Lanzi etTerrigi, Klebs, Tommasi Crudeli et Schiavuzzine pouvait donner aussi que des résultats peu satisfaisants ; il paraît démontré en effet que le paludisme est une maladie particulière à l'espèce humaine.
C'est évidemment parce que j'ai suivi une voie nouvelle que, plus heureux que mes prédécesseurs dans ces recherches, j'ai réussi à découvrir le parasite qui est la cause des accidents du paludisme.
En 1878, ayant eu l'occasion de faire à Bône plusieurs autopsies de sujets qui avaient succombé à des accidents pernicieux, je fus frappé de ce fait que la mélanémie était une altération très spéciale, très caractéristique du paludisme.
En étudiant dans le sang frais des malades atteints de fièvre palustre les éléments pigmentés, je remarquai qu'à côté des leucocytes mélanifères, on trouvait des éléments de forme assez régulière (corps sphériques et corps en croissant) bien différents des leucocytes; le 6 novembre 1880 je constatai, à Constantine, dans le sang d'un malade, l'existence de corps sphériques pigmentés, de corps en croissant et de flagelles très mobiles; dès lors je n'eus plus de doutes sur la nature animée des éléments qui, depuis
quelque temps, avaient attiré mon attention et je décrivis les trois formes principales sous lesquelles se présente Thématozoaire du paludisme : corps amiboïdes, corps en croissant, flagelles.
Depuis 1880 j'ai consacré à Télude de Thématozoaire du paludisme des publications dont la liste est déjà longue *.
J'avais proposé d'abord le nom i'Oscillaria 7nalariœ pour désij?ner le nouveau parasite; ce nom prêtant à une confusion fâcheuse avec les oscillariées je Tai abandonné pour la dénomination d'Hématozoaire du paludisme qui avait l'avantage d'indiquer la nature Ju parasite sans lui assigner une place déterminée parmi les microzoaires, ce qui paraissait difficile.
Dans rénumération des nombreux travaux relatifs à l'hématozoaire du paludisme qui ont été publiés depuis quinze ans je ne suivrai pas l'ordre chronologique, ce qui m'obligerait à mélanger les recherches faites sur les différents points du globe ; je grouperai ces travaux en tenant compte de l'origine <les malades, ce qui offrira, je crois, plus d'intérêt; il importe, en effet, de constater que le microbe que j'ai décrit a été retrouvé chez les palustres de tous les pays et de rechercher s'il se présente partout sous les mêmes aspects.
Je ne m'arrêterai pas pour le moment aux divergences qui existent entre les auteurs sur certains points particuliers de l'histoire de rhématozoaire du paludisme, j'aurai l'occasion d'y revenir dans le chapitre suivant.
1" EcROPE. — En 1882, j'ai fait le voyage d'Italie, dans le but de rechercher à Rome les parasites que j'avais découverts à Conslantine, et j'ai retrouvé dans le sang des palustres de la campagne romaine des microbes identiques à ceux du sang des palustres algériens».
!. A. Lavbrax, Acad. de méd., 23 nov. et 28 déc. 1880, 23 oct. 1881. — Acad. des Se, 24 oct. 1881 et 23 oct. 1882. — Soc. méd. des hAp., 24 déc. 1880, 28 avril 1882. — Nature parasitaire des accidents de l'impaludisnie. Paris. 1881. — Revue scientifique, 29 avril 1882. -— Traité des fièvres palustres. Paris, 1884. — Ann. de VinstHul PasUur, 1887 et 1888. — Soc. de biologie, 21 juin 1890. — Soc. méd. des hôp., 28 nov. 1890. — Rapport sur l'étiologie du paludisme aux Congrès d'hygiène de Liondres en 1891 et de Buda-Pest en 1894. — Du Paludisme et de son hématozoaire, Paris, 1891. — Paludisme in Encyclop. de Léauté, 1892. — Soc. de biologie, 12 et 26 nov. 1892. — Art. Paludisme du Traité de méd. et de thérap. Paris, 1896. ~ A. Lavehan et R. Blanchard, Les hématozoaires de l'homme et des animaux, Paris, 1895.
2. J'u eu l'occasion à ce moment de montrer le nouveau parasite à M. Marchiafava qui croyait encore à l'existence du Bacillus malari/e.
46 ÉTIOLOGIE
Les médecins italiens, très bien placés pour Tétude du paludisme, ont publié un grand nombre de travaux sur Thématozoaire du paludisme qui a été retrouvé dans toutes- les régions fébrigènes de ritalie et de la Sicile par MM. Marchiafava et Celli*, Golgi*, Pietro Canalis', Grassi etFeletti*, Guarnieri', Antolisei et Angelini«, Terni et Giardina% Bastianelli et Bignami% Di Mattei', F. Sanfelice '\ Ascoli ", Cl. Sforza ", F. Rho " et par un grand nombre d'autres observateurs.
M. le professeur Golgi qui a fait ses recherches à Pavie a essayé de séparer Thématozoaire de la tierce de celui de la quarte, et d'accord avec P. Canalis il a admis ensuite une troisième espèce d'hématozoaires qui donnerait lieu aux fièvres irrégulières.
D'après MM. Grassi et Feletti (recherches faites à Catane), il faudrait admettre, non plus trois, mais cinq espèces d'hématozoaires du paludisme.
J'examinerai dans le chapitre suivant la question de savoir s'il existe plusieurs espèces d'hématozoaires du paludisme, il rae suffit de constater pour le moment que les formes parasitaires observées en Italie n'ont rien de particulier, que ce sont les formes aujourd'hui classiques.
J'ai eu l'occasion d'observ^er un certain nombre de malades qui avaient contracté la fièvre intermittente en Corse, à Rochefort, dans la Loire-Inférieure ou le Morbihan, et j'ai retrouvé dans le sang de ces malades l'hématozoaire du paludisme.
i. E. Marchiafava et Â. Cklu, Annali di agricolturay Roma, 1885 et 1886. — Ar:h. liai, de biologie^ 1888. — Riforma med,, 13 sept. 1889. — Arch. perle se, med.j 1890.
2. Golgi, Arch. per le se. med.j t. X, n* 4, et t. XIH, p. 113. — Communie, au Congrès de Berlin, 1890. — Arch. il al. de biologie, t. XIV, 1890. — ZeiUchr. (. Hygiène, 1891. ~ Gazz. med. di Pavia, 1893.
3. Pietro Canalis, Stucli suUa infezione malarica, Torino, 1889. — Spallanza/ùj 1890, et Fortschr. d. Med., 1890.
4. B. Graspi et Fblktti, Sui parassiti délia malaria, Catania, 1889. — Riforma med., mars 1890. — CentralbL f. Bakler, 1891, t. X, n** 14, 15 et 16. — Accad. di se. naturali in Catania, t. V, 4* série, 1892. — R. Feletti, Arch. ital, di clinica med., 1894, et Congrès méd. internat, de Rome, 1894.
5. A. Cklli et G. Guarniebi, Riforma med., 7 sept, et 12 oct. 1888. — Annali di Agricoltura, 1889.
6. E. Antolisei, Riforma med., janv. 1890. — E. Antolisei et A. Angelini, Arch. ital. diclin. med., 1890, et Rifoi*ma med., mars 1890.
I. C. Terni et G. Giardina, Rivista d^lgiene e Sanila pitbblica, 16 mai 1809. — C. Terni, Bollet. délia Soc. Pisana, t. I, fasc. 2.
8. G. Bastianelli et A. Bionami, Riforma med., juin et octobre 1890.
9. Di Mattki, Arch. per le se. med., Torino, 1895, t. XIX, n" 4.
10. A Celli et F. Sanfelice, Ann. delV Util, d'igiene sperim., Roma, 1891.