‹ Traité du paludismeChapitre 163 sur 291 · V. iwKi. ^^m · texte numérisé non relu

V. iwKi. ^^m

souflert de névralgies avant de venir en Algérie et chez lesquels la fièvre paraissait seulement avoir rappelé les douleurs, en leur imprimant un caractère intermittent plus ou moins net.

b. Névrites, Polynévrites. — On a publié, dans ces dernières années, un grand nombre d*observations de névrite et de polynévrite d'origine palustre ^

Dans un cas relaté par Catrin, les accidents débutèrent dans le cours d*un accès pernicieux comateux. Lorsque le malade eut repris connaissance, on constata l'existence de troubles moteurs et sensitifs dans les deux membres inférieurs.

A l'entrée au Val-de-Grâce, le 24 décembre 189S, le malade ne se plaignait que de son pied droit qui était déformé (varus); il existait un léger œdème du pied et de la cyanose remontant un peu au-Klessus des malléoles; abaissement de la température, hyperesthésie, paralysie incomplète des extenseurs et des fléchisseurs des orteils et des fléchisseurs du pied sur la jambe; plus tard il se produisit de Tatrophie des muscles de la jambe droite.

Le malade n*était pas alcoolique et n'avait pas eu la syphilis.

Dans le cas de Faivre, il y avait, comme chez le malade de Catrin, névrite du membre inférieur droit, avec hyperesthésie, douleurs très vives, cyanose et atrophie musculaire.

Chez le malade de Jourdan, une paraplégie à début lent envahit d'abord les membres inférieurs, puis les membres supérieurs et s'accompagna de troubles variés de la sensibilité et d'amyotrophie. Après une période d*augment, ces accidents rétrocédèrent; au moment où le malade quitta Thôpital, la guérison était presque complète. Il n'y avait ni alcoolisme, ni syphilis.

Le malade de Métin avait eu plusieurs atteintes de fièvre intermittente à Gorée (Sénégal) ; il ressentit d'abord des fourmillements

i. Catbim» Soc. médL det hâp., 11 janv. et 15 nov. 1805. — Brault, Observ. de polynévrite paludique« Arck, de méd. milit., 1894, p. 407. — Faivre, Deux cas de manifesi. oerveuses périphér. de nature palud., Journ. de méd. de Bordeaux^ 1895, 38, p. 441. — JoiTRDAN, Arch, de méd. milit., 1896, t. XXVII, p. 388. — Reonault, Journ, de méd, de Bordeaux, 16 février 1896 et Revue de méd., 10 sept. 1897. — Métin, Arch, de méd» nov., oct. 1895. — Abatuggi, Arch, de méd, no»,, déc. 1896. — Soloro, Biforma msdiea^ Napoli, 1897. — A. James, La clinica moderna, 10 uov. 1897. — Desailly, Th. Lyon, 15 dée. 1897. — Babdanelu, Annali di medic. navale, 1898, fasc. 9 et 10. — Fb. Fajardo et M. Gocto, Bevisia med. de S. Paulo, 1898. — H.-C. Hiohet, Journ. of trop, med.^ nov. 1808. — TRiANTAPHYLUofes, Journal des Praticiens, 22 juillet 1899 et 2* Comgrès panheUénique de médecine, Athènes, 1903. — Charini, Supplem, al PoUclinico, Rame, 1900. — Sagqubpéb et Doptbr, i?evu« de médecine, avril et juin 1900. — Busqubt, Retfsu de médecine^ 10 août 1901. — Luzzato, Berlin, klin, Wochenschr,, 1902. — BowuLU, Gezz, iiUemaz. di medicina, 1904, n" 12.

dans les doigts, puis il se plaignit d*un afTaiblissement plus marqué aux membres inférieurs qu*aux supérieurs ; aux membres supérieurs, la paralysie atteignit surtout les extenseurs ; il y avait de Tanesthésie aux quatre extrémités et il se produisit plus tard de Tatrophie musculaire. L*élat du malade s*était amélioré quand il quitta le Sénégal, mais il y avait encore une grande faiblesse des membres inférieurs.

L*examen du sang ne révéla pas la présence de Thématozoaire du paludisme; comme le malade n'eut pas d'accès de fièvre à l'hôpital, on ne peut pas induire de là qu'il ne s'agissait pas d'une complication du paludisme.

Le malade d'Abatucci avait pris la fièvre au Soudan ; on constatait chez lui de l'affaiblissement des membres inférieurs avec steppage (paralysie portant surtout sur les extenseurs), du tremblement des mains et de l'anesthésie des membres inférieurs.

Dans ce cas, le froid humide aurait été, d'après Abatucci, la cause occasionnelle des accidents, le paludisme jouant seulement le rôle de cause prédisposante.

Sur 1 300 paludéens soignés par lui à l'hôpital de Batoum, Triantaphyllidès a observé un cas de névrite du nerf cubital gauche et quatre cas de polynévrites.

Il est souvent difficile de décider si l'on a affaire à une polynévrite ou à une myélite, on ne s'étonnera donc pas s'il existe de grandes analogies entre les faits cités plus haut et quelques-uns de ceux qui figurent dans le paragraphe suivant.

c. Paralysies d'origine médullaire ou cérébrale. Aphasie. — Il existe dans la science des faits nombreux qui montrent que le paludisme peut se compliquer de paralysies d'origine médullaire ou cérébrale ^

1. OuRADOu, Des paralysies dans la fièvre intermit., Th. Paris, 1851. — GàVAHi, Gaz. des hôp., 1853. — Macario, Gaz. méd.^ 1857. — Boisseau, Aphasie transitoire liée à des accès de fièvre int., Gaz, hebdom. de méd, et de chir,^ 1871. — Grasset, Manifestations hémiplégiques de Fintoxic. palud., Montpellier méd., 1876. — ViNGEifT, Des paralysies dans la f. int., Th. Montpellier, 1878. — Lanoouzy, Des paralysies dans les maladies aiguës. Th. d'agrég., Paris, 1880, p. 159. — Bourru, Lésions des centres nerveux d'origine palud., Acad. de méd.y 25 oct. 1887. — SucKUifO, De la paraplégie paludéenne, Brain, 1888. — Sacchi, Paralysies par impaludisme, nivista Ven, di se. med. Anal, in Bulletin méd., 21 oct. 1888. — E. BoiNET et Salebert, Des trouhlcs moteurs dans l'impaludismc, Bévue de méd., 1889, p. 933. — P. Moscato, Sur les localisations multiples de Tinfectiop palustre, il/or^tu/m, octobre-novembre 1890. — L. Bertrand, Ann. de la Soc. méd.-chir. d'Anvers^ 1900. — Barreau, Contrib. à l'étude de Tapliasie suite de fièvre typlio-palustre, Th. Montpellier, 1800. — Làflane, Hémiplégie palud., Assoc. pour l'avanc. des ftc, Marseille, 1891. — Csillao, Sur les paralysies malariennes, Wiener med. Presse^ 1" sept. 1895. — Boinet, Congrèi de méd.

Fernel note les paralysies parmi les complications des fièvres intermittentes.

Torti décrit une fièvre pernicieuse hémiplégique.

On trouve, dans le Traité des fièvres intermittentes de Maillot, un cas remarquable de myélite aiguë centrale avec decubitus acutus, consécutive à une fièvre palustre (Obs. XIV).

Griesinger cite un exemple d^hémiplégie liée au paludisme.

€ L'homme qui fait le sujet de cette observation avait été traité peu de temps auparavant pour une fièvre tierce, il s'était rétabli à la suite de quelques doses de sulfate de quinine et avait quitté rhôpital; les jours suivants il éprouva du frisson, des tremblements et des maux de tète ; le huitième jour il chancela au milieu d'une promenade; quelques heures après il était paralysé de tout le côté droit. )► (Traité des maladies infect., trad. franc., p. 69.)

Des faits semblables ont été signalés par différents observateurs * ; tantôt Thémiplégie est passagère, tantôt elle persiste.

L'aphasie motrice pure a été observée aussi un assez grand nombre de fois comme complication des fièvres palustres*.

Bachon relate un cas de fièvre palustre grave avec paralysie incomplète des 3' et T paires crâniennes du côté droit; la paralysie disparut rapidement sous Tinfluence de la médication quinique, en même temps que les autres troubles morbides*.

Ouradou, Grasset, Vincent, Suckling, Sacchi, Boinet et Salebert, Csillag, Gonzalès, ont publié des faits de paralysies consécutives au paludisme. J'ai eu plusieurs fois l'occasion d'observer des complications de ce genre.

Au mois de février 1881, je recevais dans mon service, à l'hôpital de Gonstantine, un militaire qui était atteint de paralysie incomplète du membre inférieur droit avec anesthésie.

Le malade avait eu plusieurs atteintes de fièvre intermittente

de Rome, 1894. — A. Egrevbrru, Th. Guatemala, 1895. — Gonzalès, New-York med. jooni., 1896, 1121, p. 687. — Malinas, Arch. de méd. milit., 1897.— F. Mazzaracchio, Hémiplégie par embolie malarique, Giorn, med. del R*' Esercito, sept. 189G. — Uem- U56ER, Les déterminations du paludisme sur le système nerveux, Ga:. des hôp.y 6 mars 1897. — Bardbllini, Annali di med, nav., septembre et octobre 1898. — Bt'SQDBT, Troubles nerveux intermittents d'orii^inc palustre, Revue de médecine, 10 mai 1901.

1. IfoscATO, Laplanb, Mazzaragchio, op, cit. — Ë. Marri, Giorn. med. del /?* esercito, dO avril 1899. — G. Lapponi, L'hémiplégie malarique, Policlinico, 1901.

2. B0188KAU, M0SCAT0, Barreau, op. cit. — Plehn, Soc. de méd. int. de Berlin, janvier 1904. — J. Jbnnissbn, Geneesk. Tijdschr. voor nederl. Indië, Batavia, 1905» U XLV, p. 643.

3. Bachon, Rec. mém. de méd. milit., 3* série, t. XXIX, p. 249.

Latbraw, Traité dn Paludisme, 2* édition. 21

Fi^RMES CLINIQUES

bieo caractérisée, la paralysie était survenue à la suite tles fabgues d'une route faite par étapes. Il y avait probablement dans ce cas une myélite partielle; à sa sortie de l'hôpital, le malade était en bonne voie de guérison.

L'n autre malade, observé à Gonslantine au mois dv vembre i882, était paraplégique. La paralysie des raenibrea inférieurs ne s'accompagnait d'aucune altération de la sensibilité, ni 5 de la nutrition, d'aucun trouble de la miction, ni de la défécation. — Le malade avait eu plusieurs atteintes de fièvre palustre, il eut -*' même à l'hôpital de Constantiue une rechute, et je pus constater ^ la présence de //. malaria;. Malheureusement ce malade avait en «:j la syphilis, et il était difficile de faire la part du paludisme et celle ^^a de la syphilis dans la pathogénie des troubles nerveux. Le mercure ^^ et l'iodure de potassium furent prescrits sans résultats appréria- — j blés ; quant au sulfate de quinine, il fit disparaître la fièvre ialer- — ' mitteiite sans modifier la paraplégie.

En 1887, j'ai soigné au Val-de-Grâce un soldat d'infanterie do «^ marine qui, â la suite d'une rechute de fièvre intermittente, avait -M i été atteint d'une myélite antérieure aiguë; les quatre membres .^^ ■ s'affaiblirent rapidement, puis la paralysie rétrocéda, se limita aux js^ membres du côté gauche (paralysie incomplète) et s'accompagna..^^( de l'atrophie d'un certain nombre de muscles.

En 1891, je voyais à Paris un officier qui, à la suite d'accès per ^^-

nicieux contractés au Tonkin, avait été atteint également d'uaof^v myélite antérieure aiguë. Quelques-uns des muscles du mcmbre^^»' inférieur droit étaient atrophiés, notamment le triceps crural '.

J'ai eu pendant longtemps dans mon service au Val-de-Gricc ui^m malade qui, éinnt au Dahomey, avait contracté une fièvre paluslr^^s qui s'était compliquée d'hémiplégie du côté droit avec aphasie, l'ic^"!

matin le malade qui était en colonne avait constaté qu'il ne pou '

vait plus ni parler, ni mouvoir les membres du côté droit. Lors du^* l'entrée au Val-de-Grâce, l'hémiplégie du côté droit était incom -^ plète, plus marquée au membre supérieur qu'au membre infiV-^^ rieur, avec un commencement de contracture; il n'y avait pas d^ ^ troubles de la sensibilité; l'aphasie était complète. Le maladv *" n'eut pas d'accès de fièvre à l'hôpital et l'examen du sang, fait s> " plusieurs reprises, fut toujours négatif. La matité spténiquo mesvm-^^ rail 9 cm. de haut.

ntgiiK cil PI l'nduUp,

GOEPLIGATIONS 323

Malioas a observé plusieurs fois des symptômes paralytiques, et en particulier la parésie des membres inférieurs, chez les palustres soignés à Nosi-Comba (Madagascar; .

Les paralysies d'origine palustre sont tantôt persistantes, tantôt transitoires; il en est de même de Tapbasie.

Boisseau, Vincent, Avila Echeverria ont publié des exemples intéressants de paralysies transitoires palustres : aphasie et paralysie des fléchisseurs de la main droite, aphasie avec ou sans hémiplégie à droite, troubles de la vision et de Touïe, paraplégie et anestbésie partielle, etc.

Un malade est atteint de fièvre intermittente; on constate à plusieurs reprises que, pendant les accès, il se produit une paralysie partielle ou de Taphasie qui se dissipe après les accès, on constate en outre que, sous Tinfluence de la quinine, les troubles nerveux disparaissent rapidement en même temps que la fièvre. Dans ce cas, la relation étiologique de la paralysie avec le paludisme est évidente.

Lorsque les paralysies survenues brusquement ou progressivement sont persistantes, le diagnostic étiologique est beaucoup plus difficile.

Il n*est pas admissible qu*on qualifie de palustres toutes les paralysies qui surviennent chez des malades qui sont atteints ou qui ont été atteints de paludisme; des hémiplégies par suite d*hémorragie cérébrale ou de ramollissement cérébral, sans relation aucune avec le paludisme, peuvent se produire chez ces malades, on peut observer aussi chez eux des paralysies toxiques : saturnines, alcooliques*, ou arsenicales.

L*examen du sang ne fournit pas ici de données décisives; les accidents aigus ont souvent disparu quand le médecin voit le malade, Texamen du sang est par suite négatif; même dans les cas où une rechute de fièvre permet de constater l'existence de l'hématozoaire, on ne peut pas affirmer que la paralysie n'a pas d'autre cause que le paludisme.

Le fait que la rate est volumineuse a de l'importance, mais il ne tranche pas non plus la question.

1. La paralysie alcoolique a son siège de prédilection aux membres inférieurâ ; elle aUeint d*abord les muscles antérieurs de la jambe, de telle sorte que le malade a la démarcJie qui a été décrite par Charcot sous le nom de steppage; il existe souvent de vives douleurs, comparables à celles des ataxiques, et de Tatrophie musculaire. Oes caractères se retrouvent dans plusieurs des observations publiées sous le titre de paralysies d'origine paluslrc.

Les conimémoratifs ont ici une grande importance; lorsqu'ils montrent que Tinvasion des accidents a coïncidé avec des accès graves de fièvre intermittente, il y a de sérieuses présomptions en faveur du paludisme ; au contraire lorsque la paralysie est survenue chez un individu qui, depuis longtemps n'avait pas eu de rechute; on peut écarter, en général, Tidée d'une complication de nature palustre.

Sp. Kanellis, A. Torti et Ângelini, Triantaphyllidès, Spiller, Kiewiet de Jonge ont observé, chez des cachectiques palustres, la sclérose en plaques disséminées ou du moins des troubles nerveux rappelant ceux qui caractérisent cette maladie; dans les cas de Torti et Angelini les accidents se dissipèrent sous l'influence delà médication quinique, en même temps que les hématozoaires disparaissaient du sang; les auteurs pensent que les troubles nerveux qu'ils ont observés étaient dus à des embolies parasitaires ^

D'après Marion, la paralysie vésicale s'observerait quelquefois dans le paludisme aigu ^.

d. Hystérie, Neurasthénie. Convulsions. — Plusieurs observateurs ont cité des faits tendant à établir qu'il existe une relation étiologique entre le paludisme et certains cas d'hystérie ou de neurasthénie'.

Clément dans sa thèse a réuni 18 observations d'hystérie chez des palustres.

Le paludisme ne joue ici que le rôle de cause prédisposante; en produisant l'anémie, il provoque les manifestations de la névrose <îhez des sujets prédisposés d'ailleurs par leurs antécédents personnels ou héréditaires.

L'hystérie qui se développe chez des palustres ne présente d'or-

1. Sp. Kanellis, Étude sur un cas de sclérose en plaques disséminées d*origine palustre, Gaz. hebdom. de méd. et de chir., 26 août 1887. — - A. Tohti et A. Anoelim, Paludisme chronique avec symptômes de la sclérose en plaques, Riforma medica, juin 1801. — Triantaphyludès, Gaz. hebdom. de la Hussie mérid., 1804-1895. — Spiller, Analyse in Médecine moderne, 0 janvier 1001. — Ribwiet db Jonqb, Geneesk. Tijdschr. voor nederl. Indië, Batavia, 1003, t. XLIII.

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