‹ Traité du paludismeChapitre 180 sur 291 · IV. 1., I2H · texte numérisé non relu

IV. 1., I2H

Mi ANATliNlK PATHOLOGIQLE

2 110 gr.: chiffre supérieur au poids iiortnai du foie chet l'ailulti', ijui est, il'ajirôs Sa|t|»ey, de 1 500 à 1 800 gr.

I^ forme du foie esl conservée, sa surface est lisse; sa consistance est en général diminuée.

lie (Mirenrhynie hé|)atique a presque toujours une teinte brunâlrf caracli'rislique : cliez les sujets Iri^s anémiés, la teinle esl nrdoisée

En dehors du paludisme, le foie peut prendre, notamment <Ian» les [tarlîes en rapport avec l'inlestiu, une coloration brunâtre aua- It^ue k celle qu'on trouve sur les sujets morts d'accès pernicieux, mais celle coloration est alors limitée à certaines parties, et elle reste su|>erlicielle; en inrisiml le foie, il est facile de s'assurer t|u^ les parties profondes ont conservé leur couleur normale-

\a vésicule biliaire renferme souvent une bile épaisse. In'^ foncée en rouleur, Kelsch a insisU^ sur Thypersécrétion biliaire i]ui se produit dans ces cas cl qui parait en rapport avec réiîmînalioji des gloliuli's altérés el du pigment.

Sur les coni)es liislolo^iques du foie, on remni-que irariiédiitcnient les éléments pigmentés qui se trouvent dans les vaisseaux el surtout dans les capillaires sanguins ; le grand nombre de ces êli>ments explique la ruioralioa anormale du foie. Dans certains ctt, les capillaires sont véritablement obstrués par les cléments pigmentés qui ont le même aspect que dans la rate; on retrouve là des liémamibes plus ou moins .-iliérées, des leucocytes mélanif^rei el de grandes cellules endothéliales renfermant de pros grains <1^ pigment. Les capillaires sont souvent dilatés.

l.a lîgurt'XLU représente une coupe Kistologîque du foie dan* un cas de (iévix- pernicieuse.

Les cellules lié)>aliques ne renferment pas de pigment noir, maisouvenl du pigment ocre.

Le protoplasme des cellules hépatiques a parfois l'aspect col' loide; il ne se colore plus avec les matières colorantes onlinaire^^ ou bien les cellules sont tumétiées et on obser^'O la division karv'^ kinétique du noyau ^G. Gcarmeui).

Le tissu conjonclif ne renferme pas de pigment; on trouve soi^ vent, au niveau des espaces triangulaires, de petits amas iTil^ ments embryonnaires.

Plusieurs observateurs ont signalé une tuméfaction des cellule^ endothéliales des capillaires sanguins'.

VALLUISHE MI'.U

Paneréa». — WMi. Ross el C.-W. Daniels ont publié un ras de piiiirrôatite liéinorraf;:;iq)ie cliPi! un sujet mort île paludisme aiçu '; c'est là une lésion tri^s rare.

D. fteins. — Les reins ont généralement leur aspect normal; ils ne présentent pas la teinte brunâtre de la raie et du Toie; l'examen hiatolo^que est nécessaire pour y constater la [irésence des éléments [ligmentés.

Ces /déments se rencontrent surtout au niveau îles ;j:lomérules (le Malpiglii: ils ont évidemment de la [leinc â franchir le réseau lie» ^lomérules et les plus gros y sont air^Hés comme dans un liitre.

J. tiwing a décrit un cas de néphrite ai^uë palustre avec accumulation d'hématozoaires dans les vaisseaux des reins*.

TanliU rt^pithélium des tuhuli est à l'état sain, c'est ce ^uo j"ai (Constaté dans la gdupart des cas, tantôt on observe les lésions il'une néphrite épithéiiale légère. Le tissu conjonclif est d'ordinaire k l'état sain.

Dans la liilieuso bémoj^flobinurique, les reins présentent des altérfitions i in portantes, qui ont été bien décrites par Pellarin, fiarlbélemy Btmoît el J. do Haan '. Ils sont auf>'mentcs de volume et de jioids, on observe des ecchymoses plus nu ni.oins larges sous la capsule, et des hémorragies interstitielles dans la substance corticale; la substance tubuleuse est con<,'estionnée.

J'ai constaté ces altérations chez un malade mort de fièvre pnliistre bilieuse avec anurie complète pendant les derniers jours «le la maladie-, la substance corticale des deux reins était infiltrée r)e sang dans toute son étendue; en dehors des sufl'usions hémorra^<]iies, la substance corticale était pâle et friable; la vessie était

fie, rétractée. La présence des hématozoaires ne laissait aucun ute sur la nature de la maladie.

Les tubuli sont souvent remplis d'hématies, ce <jui prouve que la ileslnjclîon de ces éléments se fait dans le rein ou dans la vessie, t*t non dans les vaisseaux sanguins.

P*iui)L.ini>, H. Imul. tard. iJi /lomu, IS8T ^ ''aii«l. pattiol. du pnludismE. Puhlic. i

1- W.-G. Boas et C,-W. Danikls, ^ J. Bwnio, Amerie. journ. af m

■ PjCLLABllt, Areh. I

3fie AN'ATiiMIE PATIHILÛUIÛI'K

E. Tube dûjeslij'. — Le lube digestif ne prûseote, en génénl aucune altération.

Bailly et Maillot aiffnaleiit les altérations de l'estomac corain» fréquentes dans les fièvres pernicieuses'. Au moment où Maîlltil écrivait son livre sur les fièvres intermittentes, on avait une tandance si granile à voir partout des gastrites, que Ivs altération» cadavériques les plus Itanales de la muqueuse stomacale étaient rapportées à l'inflammation; le ramollissement de cotte muqueus**' signalé autrefois comme une lésion importante, ne figure ni^ti*^ plus aujourd'hui dans nos procès- verbaux d'autopsie. Un sait qc»'' Broussais considérait les fièvres palustres comme des ffaslrofiiX-^riles périodtiiiies, ot il était naturel que des médecins imbus de doctrine physiologique fussent amenés à décrire les mnin< altérations de la muqueuse stomacale.

Le gros intestin et l'intestin grêle sont à l'élal normal: n'observe aucune altération des plaques de Peycr.

C'est seulement dans les cas où le paludisme se compliq) d'autres affections, telles que ta dysenterie ou la fièvre ly|ijioI<' qu'on rencontre des altérations du tube digestif.

Dans deux cas, j'ai constaté les lésions de la lièvre typhoiii côté de celles du paludisme (V. p. 339 et p. 340).

Chez des sujets morts d'accès pernicieux gastralgiques ou lériques, plusieurs observateurs ont noté l'accumulalioD des meots parasitaires dans les petits vaisseaux de la muqueuse macale ou intestinale.

Dans un cas de pernicieuse cholérique observé par Bignanii, muqueuse stomacale et celle de l'intestin grêle étaient vivfmui injectées, semées de points hémorragiques et il existait une arci mulation énorme de parasites dans les petits vaisseaux de c» muqueuses.

Chez un sujet mort d'accès pernicieux avec vomissements, Barki a signalé l'accumulation des parasites dans les vaisseaux c l'estomac*.

Thin a rapporlé un cas d'accès pernicieux dans lequel les h( toKoaires étaient cantonnés principalement dans les vaisseaux l'intestin.

Le périloine est généralement à l'élat sain. Les %'aisseaux

pliq^»

lioîd^H

g-uins renferment des éléments pigmentés en plus ou moins grand Qombre; dans un cas d'accès pernicieux, j*ai trouvé le péritoine criblé de petites taches hémorragiques.

F. Poumons. — Les plèvres sont saines d'ordinaire ainsi que les poumons, qui ne présentent que les altérations de la congestion hypostatique ; la partie antéro-supérieure des deux poumons est pâle, anémiée, tandis que la partie postéro-inférieure est d'un rouge sombre et crépite mal ou ne crépite pas sous la pression des doigts. La congestion hypostatique doit être considérée, dans la plupart dfis cas, comme une lésion cadavérique.

Sur 12 autopsies de fièvres pernicieuses, j'ai trouvé 3 fois dans les poumons des lésions inflammatoires plus ou moins étendues : pneumonie lobaire à la période d'hépatisation rouge ou grise, pneumonie lobulaire. Dans aucun cas, il n'y avait trace de tubercules aux sommets des poumons.

L'examen des coupes histologiques du poumon révèle les lésions suivantes : sur les points atteints de congestion hypostatique simple, les cloisons interalvéolaires sont épaissies, par suite de la réplétion des capillaires sanguins; on distingue, au milieu des hématies contenues dans les petits vaisseaux, des éléments pigmentés en plus ou moins grand nombre (hémamibes et leucocytes mélanifères).

Dans les cas de congestion active, inflammatoire, un certain nombre d'alvéoles renferment des exsudats fibrineux et des cellules jeunes, mélangées à des hématies.

Lorsqu'il existe des noyaux de pneumonie lobulaire ou de la pneumonie lobaire, les alvéoles sont remplis, au niveau des parties hépatisées, par des cellules jeunes, des exsudats fibrineux, peu abondants en général, et des hématies.

Au milieu des hématies épanchées dans l'intérieur des alvéoles, on distingue parfois quelques éléments pigmentés, ce qui implique '* possibilité de les retrouver dans l'expectoration, lorsque celle-ci ^At teintée de sang.

G. Muscles. Cœur, — Les muscles du tronc et des membres sont '^ plus souvent à l'état sain.

[jorsqu'on dissocie les fibres musculaires à l'état frais ou après ^ï^ court séjour dans l'alcool, ce qui facilite la dissociation, on Constate presque toujours qu'elles sont régulièrement striées et que '^ seule anomalie consiste dans la prcsonco d'éléments pigmentés, ^*^ plus ou moins grand nombre, dans les vaisseaux capillaires.

Lavcrah, Traité da Paladismo. 2« édition. -4

Une fois seulement, j'ai constaté que quelques fibres des muscles grands droits de Tabdomen et des psoas avaient subi une transformation granulo-vitreuse, identique à celle qu'on observe si souvent dans les mômes muscles sur les sujets morts de fièvre typhoïde.

Le myocarde a son aspect normal ou bien il est flasque, pâle et il présente, à un degré plus ou moins marqué, la teinte dite feuille morte. Antonini et Monard frères. Maillot, L. Laveran, Haspel, Dutroulau, L. Colin, Vallin ont insisté sur la décoloration et la flaccidité du cœur des sujets morts d'accès pernicieux.

Vallin a constaté, dans plusieurs cas, une altération bistologique des flbres du cœur ^ c Dans dix cas nous avons fait un examen complet du cœur et des muscles volontaires; six fois la dégénérescence granulo-graisseuse du cœur était beaucoup trop marquée pour qu'il fût possible de la confondre avec les hauts degrés de l'état trouble considéré comme normal; dans trois autres cas il pouvait y avoir doute, parce que la limite n'est pas bien tranchée entre les variétés de l'état réputé sain et l'altération pathologique ; enfin, une fois la putréfaction avait commencé, et l'examen histologique du cœur n'a pu être fait fructueusement à l'état frais. Quant aux muscles du squelette, dans trois cas, il y avait une dégénérescence granulo-protéique simple, trois fois les fibres avaient l'apparence normale ; dans deux autres cas, elles présentaient le premier degré de la tranformation vitreuse... Dans deux cas enfin, la transformation cireuse était complète et ne difllérait en rien de ce qu'on rencontre au quinzième jour d'une variole ou d'une fièvre typhoïde » (Vallin, op, cit,, p. 21).

La décoloration du myocarde s'explique plutôt par l'anémie que par la dégénérescence des fibres musculaires. Toutes les fois que j'ai fait l'examen histologique du cœur, chez des sujets morts d'accidents pernicieux, j'ai constaté que les fibres musculaires étaient régulièrement striées; le tissu conjonctif et les petits vaisseaux étaient également à l'état sain; la seule anomalie consistait dans la présence d'éléments pigmentés dans les petits vaisseaux.

L'examen histologique du cœur doit être fait sur des coupes pratiquées après durcissement, colorées au picrocarmin et montées dans la glycérine. Sur les préparations faites par dissociation, il est difficile de juger de l'état du myocarde. Comme les fibres du

1. E. Vallin, Des altérntions histolopirpies du cœur et des muscles volontaireit dans les fièvres pernicieuses et rémittentes, Paris, 1874.

PALUDISME ÂIGU 371

cœur se dissocient mal, on est toujours tenté de presser sur la lamelle couvre-objet, afin de rendre la préparation plus transparente, et les ilbres musculaires écrasées perdent leur aspect normal.

H. Centres nerveux. — Les méninges sont le plus souvent à Tétat sain; cependant, sur les sujets morts de iièvre pernicieuse délirante ou comateuse, il n'est pas rare d'observer une injection vive des méninges à la convexité du cerveau, voire même des lésions de méningite aiguë.

Lorsqu'on a dépouillé le cerveau de ses méninges, on constate en général que la substance grise des circonvolutions a une teinte d'un gris beaucoup plus foncé qu'à l'état normal, ou bien encore une teinte violacée, comparable à celle des fleurs de certains hortensias. 2 fois seulement sur 12, j'ai noté que la teinte des circonvolutions cérébrales était normale ; dans un de ces cas, il s'agissait d'une pernicieuse bilieuse; dans l'autre, il existait une congestion très forte des deux poumons, qui avait certainement beaucoup contribué à amener la mort.

La substance grise des noyaux centraux du cerveau, du bulbe et de la moelle épinière présente, comme celle des circonvolutions cérébrales, une teinte plus foncée qu'à l'état normal.

Il n'existe d'ordinaire dans les centres nerveux, aucune altération autre que la pigmentation anormale de la substance grise.

L'examen des coupes histologiques faites au niveau des circonvolutions cérébrales m'a toujours permis de constater que les capillaires renfermaient des éléments pigmentés; deux fois seulement ces éléments sont notés comme rares (il s'agit des deux faits dans lesquels la coloration de la substance grise était normale); dans tous les autres cas, ils étaient très nombreux. C'est évidemment à la présence de ces éléments pigmentés dans les petits vaisseaux du cerveau qu'est due la teinte anormale de la substance grise.

Les éléments pigmentés se rencontrent aussi dans les petits vaisseaux de la substance blanche, mais, comme la substance blanche est peu vasculaire, sa coloration est beaucoup moins modifiée par la présence de ces éléments que celle de la substance grise, qui renferme, comme on sait, un grand nombre de capillaires.

Tantôt les éléments pigmentés sont inégalement répartis, certains capillaires n'en renfermant que peu ou pas, tandis que d'autres en sont véritablement obstrués, tantôt on distingue dans toute la longueur des capillaires un piqueté noir, régulier, formé

372 âNâTOMIE pathologique

de grains de pigment arrondis et de même grosseur à peu près; on dirait, tant les corps pigmentés sont nombreux, que les vaisseaux du cerveau ont été injectés avec une substance hyaline tenant en suspension une matière noire pulvérulente. Sur les coupes convenablement colorées, on constate que les grains de pigment sont contenus dans des éléments parasitaires.

Les éléments pigmentés se trouvent toujours dans les vaisseaux, jamais en dehors.

Ils sont parfois beaucoup plus nombreux dans les petits vaisseaux cérébraux que dans le sang recueilli dans le cœur.

Damils a vu des cas de fièvre pernicieuse dans lesquels les hématozoaires manquaient dans le sang périphérique, alors qu a Tautopsie on en trouvait un très grand nombre dans les vaisseaux cérébraux*.

C'est dans les cas de fièvre pernicieuse à forme cérébrale (délirantes, comateuses) que les parasites se montrent en plus grande quantité dans les vaisseaux cérébraux *.

La forme segmentée de H. malariœ var. parva domine en général.

La figure XLIII, A représente un capillaire du cerveau vu à un grossissement de 800 D. environ. Le capillaire a été coloré, mais par un procédé qui n'a pas mis en évidence les karyosomes des hémamibes.

Dans rintérieur du capillaire on distingue des hématies qui presque toutes contiennent une ou deux petites hémamibes; le pigment est réuni au centre des hémamibes, ce qui montre qu'elles sont en voie de segmentation.

La figure XLIII, B représente une coupe du cerveau (région corticale, circonvolutions motrices), vue à un grossissement de 300 D. environ. La coupe a été colorée au picrocarmin et montée dans le baume, les éléments parasitaires n'ont pas été colorés, par suite les grains de pigment paraissent isolés dans les capillaires.

Les cellules endothéliales des capillaires cérébraux sont souvent tuméfiées, ce qui facilite la production des thromboses.

Page 1