‹ Traité du paludisme [electronic resource]Chapitre 146 sur 283 · Crespin, Soc. méd. des hôp., 5 novembre · texte numérisé non relu

Crespin, Soc. méd. des hôp., 5 novembre

5. Verneuil, Revue de chirurgie, 1881, p. 900, et 1882, p. 16.

COMPLICATIONS

souffert de névralgies avant de venir en Algérie et chez lesquels la fièvre paraissait seulement avoir rappelé les douleurs, en leur imprimant un caractère intermittent plus ou moins net.

b. Néorites. Polynévrites. — On a publié, dans ces dernières années, un grand nombre d'observations de névrite et de polynévrite d'origine palustre1.

Dans un cas relaté par Catrin, les accidents débutèrent dans le cours d'un accès pernicieux comateux. Lorsque le malade eut repris connaissance, on constata l'existence de troubles moteurs et sensitifs dans les deux membres inférieurs.

A l'entrée au Val-de-Grâce, le 24 décembre 1895, le malade ne se plaignait que de son pied droit qui était déformé (varus); il existait un léger œdème du pied et de la cyanose remontant un peu au-dessus des malléoles ; abaissement de la température, hyperesthésie, paralysie incomplète des extenseurs et des fléchisseurs des orteils et des fléchisseurs du pied sur la jambe; plus tard il se produisit de l'atrophie des muscles de la jambe droite.

Le malade n'était pas alcoolique et n'avait pas eu la syphilis.

Dans le cas de Faivre, il y avait, comme chez le malade de Catrin, névrite du membre inférieur droit, avec hyperesthésie, douleurs très vives, cyanose et atrophie musculaire.

Chez le malade de Jourdan, une paraplégie à début lent envahit d'abord les membres inférieurs, puis les membres supérieurs et s'accompagna de troubles variés de la sensibilité et d'amyotrophie. Après une période d'augment, ces accidents rétrocédèrent; au moment où le malade quitta l'hôpital, la guérison était presque complète. Il n'y avait ni alcoolisme, ni syphilis.

Le malade de Métin avait eu plusieurs atteintes de fièvre intermittente à Gorée (Sénégal) ; il ressentit d'abord des fourmillements

L. Catrin, Soc. méd. des hôp., 11 janv. et 15 nov. 1895. — Brault, Observ. de polynévrite paluditpie, Arch. de méd. milit., 1894, p. 407. — Faivre, Deux cas de manifest. nerveuses périphér. de nature palud., Journ. de méd. de Bordeaux, 1895, 38 p. 441. — Jourdan, Arch. de méd. milit., 1890, t. XXVII, p. 388. — Regnault, Journ. de méd. de Bordeaux, 16 février 1896 et Revue de méd., 10 sept. 1897. — Métin Arch de méd. nav., oet. 1896. - Abatucoi, Arch. de méd. nav., déc. 1896. - Soloro, Biforma medwa, Napoli, 1897. - A. James, La elinica modema, 10 nov. 1897. - Demilly. Ltk. Lyon, la déc. 1897. — Babdanblli, Anmli di medic. navale, 1898, fasc. 9 cl 10. — bn. Fajaruo et M. Couto, Bevisla mcd. de S. Paulo, 1898. - H.-C. Highet, Journ. of trop.med., nov. 1898.— Triantaphyllidès, Journal des Praticiens, 22 juillet 1899 el 2 Congrès panhellénique de médecine, Athènes, 1903. - Ci.arini, Supplem. al Policlinico, Home, 1JUU. — oacquepée et Dopteh, Revue de médecine, avril et juin 1900. — Busquet, Revue de médecme, 10 août 1901. - Luzzato, Berlin, klin. H ochcnschr., 1902. liORRELLi, Gazz. internat, di medicina, 1904, n" 12.

dans les doigts, puis il se plaignit d'un affaiblissement plus marqué aux membres inférieurs qu'aux supérieurs; aux membres supérieurs, la paralysie atteignit surtout les extenseurs; il y avait de l'anesthésie aux quatre extrémités et il se produisit plus tard de l'atrophie musculaire. L'état du malade s'était amélioré quand il quitta le Sénégal, mais il y avait encore une grande faiblesse des membres inférieurs.

L'examen du sang ne révéla pas la présence de l'hématozoaire du paludisme; comme le malade n'eut pas d'accès de fièvre à l'hôpital, on ne peut pas induire de là qu'il ne s'agissait pas d'une complication du paludisme.

Le malade d'Abatucci avait pris la fièvre au Soudan; on constatait chez lui de l'affaiblissement des membres inférieurs avec steppage (paralysie portant surtout sur les extenseurs), du tremblement des mains et de l'anesthésie des membres inférieurs.

Dans ce cas, le froid humide aurait été, d'après Abatucci, la cause occasionnelle des accidents, le paludisme jouant seulement le rôle de cause prédisposante.

Sur 1 300 paludéens soignés par lui à l'hôpital de Batoum, Triantaphyllidès a observé un cas de névrite du nerf cubital gauche et quatre cas de polynévrites.

Il est souvent difficile de décider si l'on a affaire à une polynévrite ou à une myélite, on ne s'étonnera donc pas s'il existe de grandes analogies entre les faits cités plus haut et quelques-uns de ceux qui figurent dans le paragraphe suivant.

c. Paralysies d'origine médullaire ou cérébrale. Aphasie. — Il existe dans la science des faits nombreux qui montrent que le paludisme peut se compliquer de paralysies d'origine médullaire ou cérébrale '.

1 Ouradou, Des paralysies dans la flèvre intermit., Th. Paris, 1851. — Gavarê, Gaz. des hop., 1853. — Macario, Gaz. mécl., 1857. — Boisseau, Aphasie transitoire liée à des accès de flevre int., Gaz. hebdom. de méd. et de chir., 1871. — Grasset, Manifestations hémiplégiques de l'intoxic. palud., Montpellier méd., 187C. — Vincent, Des paralysies dans la f. int., Th. Montpellier, 1878. - Landouzy, Des paralysies dans les maladies aiguës, Th. d'agrég., Paris, 1880, p. 159. - Bourru, Lésions des centres nerveux d'origine palud., Acad. de méd., 25 oct. 1887. — Suckling, De la paraplégie paludéenne, Brain; 1888. — Sacciii, Paralysies par impaludisme, Rivista Yen. di se. med. Anal, in Bulletin méd., 21 oct. 1888. - E. Boinet et Salebert. Des troubles moteurs dans rimpaludisnie, Revue de méd., 1889, p. 933. — P. «OSGATO, Sur les localisations multiples de l'infection palustre, Morgagni, octobre-novembre 1890. - L Bertrand, Ann. de la Soc. méd.-chir. d'Anvers, 1900. - Barreau, Contr.b. a l'étude de l'aphasie suite de fièvre typho-palustrc, Th. Montpellier, 1890. - Lapi.ane, Hémiplégie palud., Assoc. pour l'avanc. des se., Marseille, 1891. - Cs.li.ag Sur les paralysies malariennes, Wiener med. Presse, 1" sept. 1895. - Boinet, Congrès de méd.

COMPLICATIONS

Fernel note les paralysies parmi les complications des fièvres intermittentes.

Torti décrit une fièvre pernicieuse hémiplégique.

On trouve, dans le Traité des fièvres intermittentes de Maillot, un cas remarquable de myélite aiguë centrale avec clecubiùus acutus, consécutive à une fièvre palustre (Obs. XIV).

Griesinger cite un exemple d'hémiplégie liée au paludisme.

« L'homme qui fait le sujet de cette observation avait été traité peu de temps auparavant pour une fièvre tierce, il s'était rétabli à la suite de quelques doses de sulfate de quinine et avait quitté l'hôpital; les jours suivants il éprouva du frisson, des tremblements et des maux de tête; le huitième jour il chancela au milieu d'une promenade; quelques heures après il était paralysé de tout le côté droit. » (Traité des maladies infect., trad. franç., p. 69.)

Des faits semblables ont été signalés par différents observateurs 1 ; tantôt l'hémiplégie est passagère, tantôt elle persiste.

L'aphasie motrice pure a été observée aussi un assez grand nombre de fois comme complication des fièvres palustres2.

Bachon relate un cas de fièvre palustre grave avec paralysie incomplète des 3e et 7e paires crâniennes du côté droit; la paralysie disparut rapidement sous l'influence de la médication quinique, en même temps que les autres troubles morbides3.

Ouradou, Grasset, "Vincent, Suckling, Sacchi, Boinet et Salebert, Csillag, Gonzalès, ont publié des faits de paralysies consécutives au paludisme. J'ai eu plusieurs fois l'occasion d'observer des complications de ce genre.

Au mois de février 1881, je recevais dans mon service, à l'hôpital de Constantine, un militaire qui était atteint de paralysie incomplète du membre inférieur droit avec anesthésie.

Le malade avait eu plusieurs atteintes de fièvre intermittente

de Rome, 1894. — A. Echeverria, Th. Guatemala, 1895. — Gonzalès, New-York med. journ., 1896, 1121, p. 687. — Malinas, Arch. de méd. milit., 1897.— F. Mazzaracchio, Hémiplégie par embolie malarique, Giorn. med. del R° Eserciio, sept. 189G. — Remlinger, Les déterminations du paludisme sur le système nerveux, Gac. des hôp., 6 mars 1897. — Bahdellim, Annali di med. nav., septembre et octobre 1898. — iusQUET, Troubles nerveux intermittents d'origine palustre, Revue de médecine, 10 mai 1901.

1. Moscato, Laplane, Mazzaracchio, op. cit. — E. Marri, Gion,. med. del R° eseredo,™ avril 1899. - G. Lapponi, L'hémiplégie malarique, Policlinico, 1901. ■ "' • iOAA,U' MosCAT0' Barreau, op. cit. - Plehn, Soc. de méd. int. de Berlin, janvier 1904 . — J. Jennissen, Geneesk. Tijdschr. uoornederl. Tndië, Batavia, 1905, t. ALV, p. 043.

3. Baciion, Rec. mém. de méd. milit., 3e série, t. XXIX, p. 249.

Laveiian, Traité du Paludisme, 2" édition. 21

bien caractérisée, la paralysie était survenue à la suite des fatigues d'une route faite par étapes. Il y avait probablement dans ce cas une myélite partielle; à sa sortie de l'hôpital, le malade était en bonne voie de guérison.

Un autre malade, observé à Constantine au mois de novembre 1882, était paraplégique. La paralysie des membres inférieurs ne s'accompagnait d'aucune altération de la sensibilité, ni de la nutrition, d'aucun trouble de la miction, ni de la défécation. Le malade avait eu plusieurs atteintes de fièvre palustre, il eut même à l'hôpital de Constantine une rechute, et je pus constater la présence de H. malaria;. Malheureusement ce malade avait eu la syphilis, et il était difficile de faire la part du paludisme et celle de la syphilis dans la pathogénie des troubles nerveux. Le mercure et l'iodure de potassium furent prescrits sans résultats appréciables ; quant au sulfate de quinine, il fit disparaître la fièvre intermittente sans modifier la paraplégie.

En 1887, j'ai soigné au Val-de-Grâce un soldat d'infanterie de marine qui, à la suite d'une rechute de fièvre intermittente, avait été atteint d'une myélite antérieure aiguë; les quatre membres s'affaiblirent rapidement, puis la paralysie rétrocéda, se limita aux membres du côté gauche (paralysie incomplète) et s'accompagna de l'atrophie d'un certain nombre de muscles.

En 1891, je voyais à Paris un officier qui, à la suite d'accès pernicieux contractés au Tonkin, avait été atteint également d'une myélite antérieure aiguë. Quelques-uns des muscles du membre inférieur droit étaient atrophiés, notamment le triceps crural '.

J'ai eu pendant longtemps dans mon service au Val-de-Grâce un malade qui, étant au Dahomey, avait contracté une fièvre palustre qui s'était compliquée d'hémiplégie du côté droit avec aphasie. Un matin le malade qui était en colonne avait constaté qu'il ne pouvait plus ni parler, ni mouvoir les membres du côté droit. Lors de l'entrée au Val-de-Grâce, l'hémiplégie du côté droit était incomplète, plus marquée au membre supérieur qu'au membre inférieur, avec un commencement de contracture; il n'y avait pas de troubles de la sensibilité; l'aphasie était complète. Le malade n'eut pas d'accès de fièvre à l'hôpital et l'examen du sang, fail à plusieurs reprises, fut toujours négatif. La matité splénique mesurait 9 cm. de haut.

1. A. Laver\n, Dr la téphrO-myéllte antérieure aiguë chez l'adulte, Médecin* moderne, 31 mars 1802.

COMPLICATIONS

Malinas a observé plusieurs fois des symptômes paralytiques, et en particulier la parésie des membres inférieurs, chez les palustres soignés à Nosi-Comba (Madagascar,1.

Les paralysies d'origine palustre sont tantôt persistantes, tantôt transitoires; il en est de même de l'aphasie.

Boisseau, Vincent, Avila Echeverria ont publié des exemples intéressants de paralysies transitoires palustres : aphasie et paralysie des fléchisseurs de la main droite, aphasie avec ou sans hémiplégie à droite, troubles de la vision et de l'ouïe, paraplégie et anesthésie partielle, etc.

Un malade est atteint de fièvre intermittente; on constate à plusieurs reprises que, pendant les accès, il se produit une paralysie partielle ou de l'aphasie qui se dissipe après les accès, on constate en outre que, sous l'influence de la quinine, les troubles nerveux disparaissent rapidement en même temps que la fièvre. Dans ce cas, la relation étiologique de la paralysie avec le paludisme est évidente.

Lorsque les paralysies survenues brusquement ou progressivement sont persistantes, le diagnostic étiologique est beaucoup plus difficile.

Il n'est pas admissible qu'on qualifie de palustres toutes les paralysies qui surviennent chez des malades qui sont atteints ou qui ont été atteints de paludisme; des hémiplégies par suite d'hémorragie cérébrale ou de ramollissement cérébral, sans relation aucune avec le paludisme, peuvent se produire chez ces malades, on peut observer aussi chez eux des paralysies toxiques : saturnines, alcooliques ou arsenicales.

L'examen du sang ne fournit pas ici de données décisives - les accidents aigus ont souvent disparu quand le médecin voit le malade, l'examen du sang est par suite négatif; même dans les cas ou une rechute de fièvre permet de constater l'existence de l'hématozoaire, on ne peut pas affirmer que la paralysie n'a pas d'autre cause que le paludisme.

Le fait que la rate est volumineuse a de l'importance, mais il ne tranche pas non plus la question.

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Les commémoratifs ont ici une grande importance; lorsqu'ils montrent que l'invasion des accidents a coïncidé avec des accès graves de fièvre intermittente, il y a de sérieuses présomptions en faveur du paludisme; au contraire lorsque la paralysie est survenue chez un individu qui, depuis longtemps n'avait pas eu de rechute ; on peut écarter, en général, l'idée d'une complication de nature palustre.

Sp. Kanellis, A. Torti et Angelini, Triantaphyllidès, Spiller, Kiewiet de Jonge ont observé, chez des cachectiques palustres, la sclérose en plaques disséminées ou du moins des troubles nerveux rappelant ceux qui caractérisent cette maladie; dans les cas de Torti et Angelini les accidents se dissipèrent sous l'influence delà médication quinique, en même temps que les hématozoaires disparaissaient du sang; les auteurs pensent que les troubles nerveux qu'ils ont observés étaient dus à des embolies parasitaires1.

D'après Marion, la paralysie vésicale s'observerait quelquefois dans le paludisme aigu2.

d. Hystérie. Neurasthénie. Convulsions. — Plusieurs observateurs ont cité des faits tendant à établir qu'il existe une relation étioiogique entre le paludisme et certains cas d'hystérie ou de neurasthénie3.

Clément dans sa thèse a réuni 18 observations d'hystérie chez des palustres.

Le paludisme ne joue ici que le rôle de cause prédisposante; en produisant l'anémie, il provoque les manifestations de la névrose chez des sujets prédisposés d'ailleurs par leurs antécédents personnels ou héréditaires.

L'hystérie qui se développe chez des palustres ne présente d'or-

1 Sp Kanellis, Étude sur un cas de sclérose en plaques disséminées d'origine palustre, Gaz. hcbdom. de méd. et de chir., 26 août 1887. - A. Torti et A. Angelini, Paludisme chronique avec symptômes de la sclérose en plaques, Riforma medica, juin 1891. - Triantaphyllidès, Gaz. hebdom. de la Russie ménd. 1894-18.10. - Spiller, Analyse in Médecine moderne, 9 janvier 1901. - Kiewiet de Jonge, Genecsk. Tijdschr. voor nederl. Indië, Batavia, 1903, t. XLIII.

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