CHAPITRE IX
Sommaire. — I. Anatomie pathologique. — De la mélanémie. — Lésions anatomiques : 1° dans le paludisme aigu; 2° dans le paludisme chronique.
II. Palhogénie des troubles morbides occasionnés par H. malavisé. Destruction des hématies. — Irritation des centres cérébro-spinaux. — Obstruction des capillaires sanguins. — Congestion et processus inflammatoires chroniques des viscères, notamment de la rate et du foie. — Causes de l'intermittence et des différents types des fièvres palustres. — Rôle de la rate.
Les altérations macroscopiques que l'on rencontre à l'autopsie des sujets morts d'accès pernicieux ou de cachexie palustre, ont été très bien étudiées par Bailly, Maillot, Dutroulau, Griesinger; mais, après avoir lu les descriptions magistrales que nous devons à ces auteurs, on pouvait se demander encore s'il existait une lésion propre au paludisme et si toutes les altérations mentionnées par eux n'étaient pas des lésions secondaires.
La plupart des auteurs ont admis en effet jusqu'en 1880 que, chez les sujets morts de fièvre pernicieuse, on ne trouvait souvent aucune altération.
Chomel, parlant des fièvres pernicieuses, écrit : « L'anatomie pathologique n'a rien appris de satisfaisant sur ces maladies. Dans le cours de l'épidémie de fièvres intermittentes qui a régné à Pantin, un grand nombre de malades ont été traités à l'hôpital de la Charité. Je tiens de M. le professeur Fouquier qu'on n'a rencontré aucune lésion appréciable dans le cadavre de deux individus qui ont succombé à des symptômes pernicieux développés soudainement. Je n'ai également rencontré aucune lésion chez une femme fort âgée, morte d'une fièvre intermittente qui tout à coup
MÉLANÉMIE
était devenue comateuse. » (Chomel, Des fièvres et des malad. pestilentielles, Paris, 1821.)
D'après Grisolle, l'augmentation de volume de la rate est la lésion la plus constante du paludisme, mais cette altération ellemême peut faire défaut; Grisolle appuie son dire du témoignage de Rochard, Jacquot et Sonrier. « Deux médecins militaires, écrit-il, MM. Jacquot et Sonrier, ont cité quelques cas de fièvres intermittentes pernicieuses mortelles au premier, au deuxième ou au troisième accès, sans que l'autopsie ait révélé aucune altération dans l'organe splénique1. »
Rochard rapporte que chez 22 individus qui, à Madagascar, succombèrent à des fièvres pernicieuses, avant d'avoir pris de la quinine, il a vu la rate tantôt normale, tantôt diminuée de volume -.
Duboué arrive lui aussi à conclure qu'il n'y a pas d'altération constante du paludisme3.
Les fièvres intermittentes récentes ne présentent, d'après Jaccoud, aucune lésion4.
« Les altérations, écrit Dutroulau, varient autant que les formes de la fièvre dont elles ne sont que des effets...; elles expliquent quelquefois matériellement les accidents et la mort, jamais la nature de la fièvre. Les fièvres pernicieuses qui tuent le plus rapidement, au bout de quelques heures d'accès quelquefois, et qui par conséquent sont l'expression la plus intense et la plus tranchée de la maladie, ne laissent même souvent après elles aucune lésion apparente à l'oeil nu dans les organes. » (Op. cit., p. 199.)
Ainsi, en 1868, un observateur aussi consciencieux que Dutroulau et aussi versé dans l'étude du paludisme, considérait encore les accidents palustres comme les manifestations d'une dyscrasie de cause inconnue, pouvant entraîner la mort sans produire de lésion anatomique appréciable.
Une pareille opinion ne supporte plus aujourd'hui l'examen ; il existe une lésion constante du paludisme, lésion tout à fait caractéristique, puisqu'elle se rattache à la cause elle-même des accidents du paludisme, c'est la mélanémie.
Mélanémie. — Les premiers observateurs, privés du secours du microscope, ne pouvaient que constater la teinte brunâtre que pré-
1. Jacquot et Sonrier, Mém. sur les lièvres comateuses, Gaz. méd. de Paris. 1840 — Grisolle, Traité de pathol. inl., 1862, t. 1, p. 130.