G. Thibierge, Soc. méd. des hôp:, 2 février
que certains ouvriers, ce qui montre qu'ici encore une prédisposition est nécessaire.
Comme le fait remarquer Jeudi de Grissac (op. cit.), l'exanthème qui se produit à la suite de l'administration de la quinine à l'intérieur est probablement causé, comme celui des ouvriers qui manipulent la quinine, par l'action irritante de cet alcaloïde1; une petite quantité de quinine est toujours éliminée par la sueur; il est probable que, chez certains individus, l'élimination par cette voie est plus active que chez d'autres.
4° Troubles de l'ouïe et de la vue. Surdité. Àmblyopie. — Les bourdonnements d'oreilles sont, comme on sait, très communs chez les malades qui prennent de la quinine; ils s'accompagnent quelquefois de vertiges.
Pour expliquer que, chez certains malades, une dose faible de quinine suffise pour provoquer des vertiges, il faut tenir compte de l'état du labyrinthe; d'après Lermoyez, lorsqu'il existe une lésion de cet organe, la quinine donne lieu très facilement à des accès vertigineux2.
On observe souvent de la surdité à un degré plus ou moins prononcé; il s'agit presque toujours d'un trouble passager qui se dissipe rapidement après qu'on a cessé l'emploi de la quinine.
L'amblyopie quinique est plus rare; elle est en général légère et bilatérale, contrairement à ce qui arrive pour les troubles oculaires qui relèvent du paludisme3; de plus, des troubles de l'ouïe (bourdonnements, surdité) accompagnent les troubles de la vue d'origine quinique et sont d'ordinaire plus marqués que ces derniers. Plusieurs observateurs ont noté de l'ischémie rétinienne chez les malades atteints d'amblyopie quinique.
D'après Druault, on produit facilement l'amaurose quinique chez les chiens et les chats ; chez les chiens, il faut donner de 16 à 20 centigr. de chlorhydro-sulfate de quinine par kilogr. d'animal.
1. D'après Guyociiin, le suif, de quinine sérail éliminé en partie par la sueur sous forme de sulfate de quinidine. Th., Paris, 1872. 'ii. Lermoyez Soc. méd. des Ik>i>., 12 février L897.
:i. Knapp, Horner, Congres d'ophtalm. d'Heidelberg, 1881. --- Grunning, Michel, Arch. f. Augcnlwil., 1881. — Galezowski, Diagnostic et traitement des alTcclions oculaires, 1886. — Browne, Annales d'oculistique, 1887, t. XGVIII, i>. 47. — Nettleshipp, Angelccoi, même journ., 1888, l. XC1X, p. 157 et 170. — Tiffany, Atkinson, même jour,,., 1890, 1. l'.lll, p. 297 et 2118. — Geschwind, Arch. tir méd. m/7/7.. 1892, I. MX. p. 43. — L. Raynaud, Troubles oculaires de la malaria, Paris, 1892, p. 80. — Panas, Traité des malad. des yeux, Paris, 1894. — Pisohe, Therap. Monat., 1894, 1. — De Scheiwnitz, Les amblyopes toxiques, The americ. Journ. of the met/. Se, 1S9G. — M. -T. Yaiir, L'amaurose d'origine quinique, Journ. of trop, med., novembre 1898.
TRAITEMENT
La quinine agirait sur les cellules ganglionnaires de la rétine1.
Aubert a constaté qu'on pouvait pallier les accidents qui se produisent souvent du côté de l'ouïe : bourdonnements, tintements, surdité, et qui chez certains malades ont une intensité gênante, en associant l'atropine à la quinine2, d'après la formule suivante :
Chlorhydro-sulfate de quinine 40 centigrammes.
Sulfate d'atropine 1/2 milligramme.
Par cachet.
5° Propriétés ocy toriques de la quinine2. — D'après quelques auteurs, il serait dangereux de prescrire de la quinine aux femmes enceintes, surtout dans les trois premiers mois de la grossesse.
Petitjean, Delioux de Savignac, Rayer, Merz en France, Monteverdi en Italie, John Lewis et Warren aux États-Unis ont appelé l'attention sur cette propriété de la quinine qui a été contestée par bon nombre d'autres observateurs : Chiara, Bazin, Bertrand, etc.
Le paludisme, par lui-même, provoque souvent l'avortement (p. 348); la plupart des auteurs admettent aujourd'hui qu'une femme enceinte, affectée de paludisme, est plus exposée à avorter si on ne lui donne pas de quinine que si on lui en donne ; on doit craindre en outre de voir la fièvre prendre chez elle le caractère pernicieux.
J.-L. Bérard, qui a eu fréquemment l'occasion d'observer, en Algérie, le paludisme dans le cours de la grossesse, n'a jamais vu survenir de complications à la suite de l'emploi de la quinine; il résulte des observations qu'il rapporte que la quinine, loin de provoquer l'avortement chez les femmes atteintes de paludisme, peut au contraire l'empêcher.
Dans plusieurs cas où, en présence d'un rétrécissement du bassin, il était nécessaire d'interrompre la grossesse, on a donné, écrit Boissard*, des doses massives de quinine, sans jamais pro-
1. Druault, Rech. sur la pathogénie de l'amaurose quinique, Th. Paris, 1900 el Arch. d'ophtalmologie, janvier 1902.