I. Ann. de l'Inst. Pasteur, 1900, p. 37 et p
ÉTIOLOGXB
quand les piqûres ont été nombreuses, et simuler un érysipèle; on éprouve des douleurs cuisantes et de vives démangeaisons dans les parties du corps qui ont été le siège des piqûres et qui sont naturellement les parties découvertes d'ordinaire (tète, cou, mains)1. Lorsque les piqûres sont nombreuses et que l'individu piqué est arrivé depuis peu dans le pays à moustiques, les accidents locaux ont une grande intensité et peuvent s'accompagner de malaise général et de fièvre.
Le pouvoir irritant de la salive varie suivant les espèces. Certains Anophèles font des piqûres très peu douloureuses, si bien qu'on peut être piqué par eux, pendant le sommeil, sans en avoir connaissance, sans en garder la trace.
La sensibilité aux piqûres varie aussi d'un individu à l'autre. Quand on habite depuis longtemps les pays à moustiques, on acquiert pour leur venin une véritable immunité.
Les culicides fuient, en général, la lumière du soleil; pendant le jour, ils se cachent dans les buissons, dans les bois ombreux, dans les coins sombres des habitations, des écuries, etc. Les écuries constituent pour eux un lieu d'élection; ils y trouvent des coins sombres pour se cacher, une température assez élevée même en hiver, et enfin une nourriture abondante.
Les femelles fécondées, et fuyant le froid, se réfugient, pendant l'hiver, dans des caves, dans des grottes, dans des troncs d'arbres creux, etc.
Au mois de janvier 1903, Battesti a recueilli de nombreux Anophèles $ dans les caves des gares de Borgo et de Ghisonaccia (localités insalubres de la côte orientale de la Corse) ; les chambres d'habitation, non chauffées, ne contenaient pas de moustiques2.
Plusieurs observateurs ont donné, comme un caractère permettant de distinguer les Anophèles des Culex, la position que prennent ces insectes quand ils se posent sur un mur : l'axe du corps du Culex serait parallèle à la paroi, l'axe du corps de Y Anophèles formerait au contraire, avec la paroi, un angle d'ouverture variable (R. Ross). Cette règle ne s'applique pas à toutes les espèces de ces culicides, par suite, on ne peut pas lui attribuer la valeur d'un caractère générique3.
1. Le meilleur moyen de guérir rapidement l'érythème résultant de la piqûre des moustiques, consiste à badigeonner légèrement les nodosités inflammatoires résultant de ces piqûres avec do la teinture d'iode (Manquât, Bulletin gén. de thérap., nov. 1900).
2. F. Battesti, Anophèles et paludisme, 1903. :j. Sambon, Brit. mcd. Journal, 20 janv. 1901.
DES GULICIDES
Les Anophèles se fixent plus volontiers sur les surfaces de couleur sombre que sur les surfaces de couleur claire'; le gris foncé est la couleur qu'ils préfèrent, probablement parce qu'elle se rapproche de leur couleur propre, ce qui les rend moins visibles.
Si les culicides fuient la lumière du jour, la lumière artificielle les attire le soir ; c'est là un fait bien connu et d'expérience vulgaire.
Les culicides aiment les endroits bas, bien abrités, les vallées encaissées et humides, dans lesquelles une abondante végétation leur fournit d'excellents abris, ils fuient les hauteurs dénudées et bien ventilées; ils s'élèvent peu, si bien que, dans une même agglomération, on peut trouver des quartiers où abondent les moustiques et, sur les points plus élevés, des quartiers qui en sont indemnes; dans la même maison, les habitants du rez-dechaussée sont plus éprouvés par les moustiques que ceux des étages supérieurs.
L'hibernation de femelles fécondées a été souvent constatée.
Les insectes engourdis se laissent prendre facilement en hiver. Ficalbi a vu des moustiques rester pendant des mois à la même place. Au printemps, dèsquela température s'élève, les moustiques sortent de leur torpeur; les femelles vont déposer leurs œufs à la surface de l'eau et les générations se succèdent rapidement.
Cette hibernation des femelles de culicides a été constatée, non seulement en Italie et en Corse, mais dans des localités où l'hiver est beaucoup plus rigoureux que dans ces pays. A Philadelphie, Woldert a réussi à trouver, pendant tout l'hiver, des femelles de Culex, alors même que la température extérieure était de 7" audessous de zéro 2.
Certaines espèces de Culex ont été trouvées jusque dans les régions arctiques.
Plusieurs observateurs ont cherché à déterminer à quelle distance de leur gîte d'origine pouvaient voler les Anophèles.
Il résulte d'observations faites par Stephens et Christophers que les Anophèles sont nombreux dans les villages situés à 400 mètres des gîtes à larves, rares dans ceux qui sont situés à 800 mètres de ces gîtes3.
d« io^BoS t T'vT'-r1' "V;,/''""- j;i"v- 1!)02- - Galli-Valer.0 et J. Hocha, ue .iungh, itccu. su i 1rs Culicides, Rome l'un
•!. Stephens et Christophers, Étude pratique du paludisme, p. 193.
Laveuan. Traité du Paludisme, 2» édition. 13
ÉTIOLOGIIï
D'après Dutton et Todd, les moustiques volent rarement à plus de 200 ou 300 mètres de leurs gîtes1. Ces chiffres sont dépassés par les espèces étudiées par Stephens et Christophers aux Indes.
On peut admettre que, dans le sens horizontal, les Anophèles se transportent rarement par leurs propres moyens à plus de 500 mètres de leurs gîtes d'origine.
On a signalé le transport des Anophèles par les voitures publiques, dans des wagons, par des barques, etc.
Grassi a cité le fait d'une voiture publique sur l'impériale de laquelle il y avait plus de 200 Anophèles -. Le transport peut se faire aussi par des voitures de paille ou de foin3.
D'après Vivante, il n'ya pas, à Venise, d'eaux stagnantes propres au développement des Anophèles. Ces culicides seraient importés par les barques chargées de cultures maraîchères, de fourrage, de paille et surtout de roseaux des marais4.
Les culicides sont souvent transportés à bord des navires, surtout lorsque la cargaison est composée en partie de fruits sucrés, bananes, etc.
Les Anophèles ont donc un rayon d'action assez faible, ce qui est d'accord avec beaucoup de faits anciennement connus : possibilité de trouver, dans une même localité, des quartiers salubres non loin de quartiers insalubres, immunité pour la fièvre palustre dont jouissent les marins, à condition que les navires ne soient pas ancrés très près de la terre, etc..
Le vol des Anophèles dans le sens vertical est encore plus limité que dans le sens horizontal; l'exemple déjà cité de Constantine et du Bardo est là pour le prouver.
On a dit que les vents pouvaient entraîner les Anophèles loin de leurs gîtes, mais le fait n'a jamais été démontré; dès que le vent s'élève, les moustiques se cachent; un vent violent, loin de faciliter le transporl des moustiques à grandes distances, limite au contraire ce transport et diminue les chances d'infection.
Les larves de culicides qui se sont développées dans des réser-
1. Dutton et Todd, Expert, au Congo, loc. cil. Y. aussi : LkMoax, Ann. dl,y:l. cl de nu'd. colon., 1906.
2 Gnv^si. R. Accad. dei Lineei, 1000. . .
3 II es h noter que ce mode d'infection par la paille ou le ftnn PJ^rt - ' ; " ,i, : ins m avait été indiqué par quelques observateurs h une époque . mon gno
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t. XXIX. p. 2:!!).
4 H. Vivant», Rivista d'Igùme, Turin, r avril 1002.
DES GULIGIDES
voirs, peuvent être entraînées dans des conduites d'eau à plusieurs kilomètres du gîte d'origine.
D'après les recherches de Galli-Valerio et Rochaz de Jongh, les œufs des culicides sont très résistants; ils pourraient passer l'hiver dans le sol humide. Les œufs résistent hien au froid dans la glacière; l'agitation de l'eau n'empêche pas leur transformation en larves; enfin ils résistent quelque temps à la dessiccation '.
Des larves de culicides ont été trouvées, pendant l'hiver, par Galli-Valerio et Rochaz de Jongh dans l'eau de l'Orbe et des étangs de Villeneuve (Suisse), alors même que la surface de l'eau avait été couverte de glace pendant quelque temps. Parmi les larves recueillies en hiver, il n'y avait pas de larves de A. maculipennis, mais seulement des larves de Culex et de A. bifurcalus. Le premier développement de A. bifurcalus a été observé le 2 avril. Pendant l'hiver, les larves recherchent les endroits couverts de joncs et d'autres plantes aquatiques2.
Sur la terre humide, les larves peuvent vivre plusieurs heures ou même plusieurs jours; sur la terre sèche, la survie est seulement de quelques heures.
Une température de 40° tue toutes les larves.
Parasites des culicides et des Anophèles en particulier. — On connaît un certain nombre de parasites des Anophèles h l'état de larves ou d'insectes parfaits3. Cette étude est intéressante parce qu'elle conduira peut-être à la connaissance de parasites capables de détruire les Anophèles, pouvant par suite rendre des services dans la lutte contre le paludisme.
On trouve souvent, sur les culicides, des larves d'Hydrachnides ; un même culicide est parfois porteur de plusieurs larves. Ces larves qui appartiennent à différentes espèces (on en trouve de vertes, de rouges...) sont à peu près indéterminables dans l'état actuel de nos connaissances4.
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2 B Galli-Valerio el J. Rochaz de Jongh, Cenlralbl. f. Bakler \ Ordinale 1002
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cides, Arch. de parasitologie, 1903 ' ~ DvG< L,>s |,nn,slU's ,]"s 4. A. Laveran, Test,, op. cit. H. Gros. Soc. ,,c Biologie, 10 janvier 100*: - Ko
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Il ne parait pas probable que l'existence de ces larves apporte une gêne notable au développement des Anophèles ; Mankowski, en Bessarabie, a constaté cependant que les moustiques porteurs de larves d'hydrachnides étaient peu agiles et se laissaient attraper facilement à la main.
Aux mois de novembre et de décembre 1899, E. Perroncito a constaté que des Anophèles provenant de larves recueillies aux environs de Turin mouraient rapidement.
En examinant les insectes morts ou malades, Perroncito vit qu'ils étaient infectés par un champignon ayant une grande ressemblance avec Leptothrix buccalis. Ce champignon serait pathogène pour les Anophèles '.
Sur les coupes iïA. maculipennis venant d'Espagne, j'ai constaté l'existence d'une levure dans la paroi du tube digestif et dans la cavité cœlomique. D'après les observations faites par Macdonald à Rio-Tinto, cette levure serait pathogène pour les Anophèles.
Galli-Valerio et Rochaz de Jongh ont vu qu'à l'aide des spores de Aspergillus niger on pouvait provoquer, chez les larves d' Anophèles, des infections mortelles 2.
Différents Sporozoaires ont été trouvés chez des culicides.
R. Ross a vu, à Secunderabad (Inde), des grégarines dans le tube digestif de larves de culicides. Vers la fin du stade larvaire, les grégarines s'enkystent et forment des spores3. Ces grégarines ne semblent pas pathogènes.
Johnson a trouvé, chez A. maculipennis, une grégarine cœlomique*.
Simond a décrit un Sporozoaire du genre Nosema parasite de Stegomyia fasciata°.
Ed. Hesse a constaté l'existence, chez des larves de A. maculipennis, d'une microsporidie à laquelle il a donné le nom de Thelohania Legeri. Ce parasite existait 2 fois sur 40 larves des marais de la région littorale de la France entre Cavalière et Saint- Tropez; il envahit le corps gras, l'intestin restant indemne6.
et Ét. Sergent, Soc. de Biologie, 23 janvier 1004. — A.-F. Mankowski, CentraM. f. Bakler., 1, Orig., 28 juillet 1905.
1. E. Perroncito, R. Accad. di medicina di Tormo, 22 décembre 1899.
2. B. Galu-Valerio et J. Rochaz de Jongh, CentraM. f. Bakler., I, Orig;., 1905, t. XXXVIII, fasc. 2 et 1900, t. XL, p. 030.
3. R. Ross, Proceed. of the South Indian brunch Brit. mal Assoc., il décembre 1893.