‹ Traité élémentaire d'analyse qualitative des matières minéralesChapitre 74 sur 197 · CHAP. IX. — CALCAIRES · texte numérisé non relu

CHAP. IX. — CALCAIRES

251 . Procédé pratique pour reconnaître le degré d'hydraulicité d'une chaux, — On éteint la chaux à essayer avec très peu d'eau, et on la pétrit de manière à en faire une pâle forte ; la masse s'échaufle par suite de la combinaison avec l'eau, et quand elle est refroidie on en forme une boule de 5 à 6 centimètres de diamètre que l'on place dans un verre à pied. On la tasse en frappant la main avec le pied du verre jusqu'à ce que la surface supérieure de la chaux soit sensiblemenl plane, et on la recouvre alors d'une couche d'eau qui s'étend jusqu'au tiers environ de la profondeur du verre.

Une chaux moyennement hydraulique doit faire prise au plus tard huit ou dix jours après son immersion ; une chaux éminemment hydraulique du second au sixième jour : d'une manière générale, la qualité de la chaux est en raison du temps qu'elle met à faire prise, pourvu qu'elle soit, bien entendu, mise en pâte avec la même quantité d'eau.

252. Essai des matériaux hydrauliques dans Veau de mer, — On essaye les composés hydrauliques, mortiers, ciments, etc., capables de résister à l'eau de mer, en les tenant plongés dans une solution étendue de sulfate de magnésie. Des expériences comparatives ont prouvé que quelques joui s ou quelques mois d'épreuve au laboratoire correspondent aux résultats d'une ou de plusieurs années à la mer. Tout composé attaqué en moins de dix mois au laboratoire, se détruit insensiblement dans les eaux de mer où les constructions ne se recouvrent pas d'incrustations.

253. Pierres géliTes. — Ce sont des pierres poreuses que l'eau imbibe avec facilité. Sous l'influence de la gelée cette eau en se solidifiant augmente de volume et fait éclater la pierre qui, après un certain nombre d'alternatives de pluie et de gelée, peut être entièrement détruite. 11 est donc très important de pouvoir déterminer à l'avance si une pierre destinée à des constructions est gélive ou si elle ne l'est pas, c'est-à-dire si elle pourra résister aux influences destructrices combinées de l'humidité et de la gelée. On arrive à résoudre la question en soumettant les pierres à l'action

d'une dissolution bouillante de sulfate de soude, qui dilate la pierre et la pénètre à peu près comme Teau pluviale. Celle-ci en se congelant presse contre les parois des pores de la pierre qu'elle fait éclater; de même, le sel qu'on introduit sous forme de dissolution dans la pierre, produit sur elle, quand il se soliditie, un elTet tout à fait comparable, si bien que Tun des phénomènes peut servir à étudier l'autre.

254. Essai d'une pierre, tendant à reconnaître si elle estgélive ou no)i. — On choisit un certain nombre d'échantillons de la pierre à éprouver, différents par la couleur, le grain ou l'aspect, et on les taille en cubes de 5 à 6 centimètres de côté, à surfaces nettes et à arêtes vives. D'autre part on prépare une dissolution de sulfate de soude saturée à froid, puis on la chauffe dans une capsule de porcelaine. Quand elle bout, on y plonge les cubes entièrement, sans qu'ils se touchent, et l'on continue à faire bouillir pendant une demi-heure environ. On ne doit pas prolonger la durée de Tébullition davantage, car on risquerait alors de dépasser les effets de la gelée. On retire les cubes que l'on suspend par des fils à une barre horizontale, et sous chacun d'eux on dispose un vase plein de la dissolution dans laquelle ils ont bouilli et qui a été décantée pour la rendre claire. Au bout de vingt-quatre heures les pierres sont recouvertes d'une efflorescence d'aiguilles de sulfate do soude; on les plonge dans la dissolution placée au-dessous d'elles pour faire tomber ces aiguilles, on les suspend de nouveau, et l'on recommence plusieurs fois celte opération. Si la pierre n'est pas gélive, les efflorescences salines n'entraînent rien avec elles; dans le cas contraire, elles détachent des fragments de pierre que l'on retrouve au fond des vases, et le cube perd ses arêtes vives et ses angles. L'essai dure cinq jours à partir du moment où les aiguilles salines apparaissent pour la première fois sur la pierre.

255. Il est très important d'employer une dissolution de sulfate de soude saturée à froid et d'arrêter l'essai après le cinquième jour. L'expérience a établi, en effet, que des pierres non gélives peuvent se déliter quand on les soumet pendant un plus long temps à Tac-

CHAP. X. — SILICATES. 163

tiondu sel, et surtout quand on emploie une dissolution de sulfate saturée à chaud. La pierre la plus gélive sera celle qui, dans le même temps, aura abandonné le plus d'éclats, les pieiTes que Ton compare entre elles étant soumises toutes à Faction de la même liqueur.

256. Le même mode d'essai est applicable à l'examen des marbres, des mortiers, des poteries, des briques, etc. En particulier, il permet de reconnaître parmi ces dernières celles qui, étant imparfaitement cuites, sont sujettes à se réduire progressivement en poudre par l'action de la gelée, quelle que soit d'ailleurs la nature de la terre qui les constitue.

Page 1