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Mammifères

LXXVI. Les Mammifères sont les Céphalozoaires tout court , c'est-à-dire ceux qui ont pour caractère le plus grand développement de la tête et la plus parfaite structure du cerveau , car , parmi les autres , on en trouve quelques-uns qui répètent , soit les Oozoaires, soit les Gastrozoaires ou les Thoracozoaires , parce que la sphère végétative et la masse nerveuse centrale appartenant à cette sphère ( la moelle épinière ) doivent encore prédominer chez eux.

LXXVIL Cette classe doit donc, sous le point de vue du système nerveux , se distinguer des autres en ce que non-seulement la prédominance de la moelle épinière sur lé

cerveau, mais même l'équilibre entre ces deux masses disparaissent , et qu'il s'établit un rapport inverse , c'est-à-dire que le cerveau l'emporte d'une manière bien prononcée sur la moelle épinière. Ainsi la masse de ce viscère augmente en proportion non-seulement du corps entier , mais encore et surtout de la moelle épinière , et celle-ci , outre que sa masse diminue relativement à celle du cerveau , n'arrive plus nulle part , comme chez les Oiseaux , à un déploiement intérieur qui la mette en antagonisme avec l'encéphale , quoiqu'on retrouve encore ici les deux renflements dont j'ai déjà parlé à l'occasion de la moelle épinière des Oiseaux. Mais ce qui mérite surtout d'être noté , c'est que le développement même de la moelle épinière est tellement restreint chez les Mammifères pendant la durée de la vie individuelle , qu'elle cesse de croître avant la colonne vertébrale, que par cela même elle ne remplit pas à beaucoup près la totalité du canal vertébral , et que le rapprochement de ses origines nerveuses inférieures donne naissance à la queue de cheval, tandis qu'on pourrait presque dire le contraire du cerveau , c'est-à-dire affirmer que son développement tend à dépasser les limites de l'enveloppe osseuse , et qu'il prend assez d'extension pour refluer en quelque sorte au dehors dès qu'on vient à ouvrir le crâne.

LXXVIIL On doit aussi rencontrer , chez les Mammifères , une certaine fixité dans le nombre et la forme des parties nerveuses, qui est inséparable de tout degré élevé d'évolution , quoique d'ailleurs , par cela même que les animaux compris dans cette classe répètent les autres Céphalozoaires , la structure du cerveau doit être moins uniforme qu'elle ne l'est, par exemple , chez les Oiseaux. Cette régularité se manifeste surtout d'une manière sensible dans le nombre des nerfs rachidiens, qui , à cela près de légères oscillations , se rapproche toujours de 5 X 6 ( savoir 6 nerfs cervicaux , 6 thoraciques , 6 épigastriques , 6 lombaires et 6 pelviens ). Elle est moins prononcée toutefois dans les divisions des nerfs splanchniques que dans celles du système nerveux central , et les Mammifères , mais surtout l'homme, ne sont caractérisés ,sous ce rapport , que par la réunion des principaux plexus du grand sympathique autour de la région stomacale , réunion qui repro-

su

DÉVELOPPEMENT DU SYSTÈME NERVEUX

(luit en quelque sorte à une puissance plus élevée la formation de l'anneau nerveux primaire.

LXXIX. L'antagonisme et la subordination des masses s'établissent , dans le cerveau des Mammifères, aussi complètement qu'il leur est possible de le faire dans la série animale. Un pas de plus, et nous arrivons à la perfection du cerveau humain.

On doit surtout remarquer la manière dont se compose la masse cérébrale antérieure , qui , en sa qualité de pôle extrême , opposé aux filets terminaux de la moelle épinière , et par cela même qu'elle acquiert ainsi la signification absolue de cerveau, doit se subordonner toujours de plus en plus les autres , et répéter de plus en plus parfaitement en elle la signification et la structure de la masse cérébrale entière , ce qu'elle s'était bornée à commencer de faire chez les Reptiles et les Oiseaux.

LXXX. La structure plus élevée de la masse cérébrale antérieure se manifeste d'abord par sa séparation en deux hémisphères, qu'on observait déjà dans la classe précédente , et par son accroissement considérable , eu égard aux autres parties cérébrales et à la moelle épinière , ce qui explique le plissement des parois extérieures des hémisphères , c'est-àdire les circonvolutions.

LXXXL Cette perfection de structure s'exprime en second lieu par la division de chaque hémisphère en trois parties situées à la suite l'une de l'autre (lobes postérieur, moyen et antérieur). Cette division répète, à la troisième puissance , la tripartition primaire du cerveau entier, tandis que la division de la masse cérébrale antérieure en couches optiques , corps striés et hémisphères , était la répétition de cette triade à la seconde puissance. D'où il résulte que le lobe moyen représente les tubercules quadrijumaux, et que le postérieur représente le cervelet, dont il couvre la partie supérieure. Cette segmentation n'est point encore complète dans les Mammifères inférieurs , car, chez les Chéiroptères , les Musaraignes et les Souris , on ne trouve , à proprement parler, que le lobe antérieur qui soit parfaitement développé (1);

(1) C'est aussi parle lobe antérieur que la formation des hémisphères commence dans l'emhryon de tous les Mammifères, et même dans celui de l'Homme.

l'antérieur et le moyen se développent seuls chez les autres, et il faut remonter jusqu'aux Singes pour rencontrer un développement complet des lobes antérieur , moyen et postérieur de chaque hémisphère.

LXXXII. Le type de la masse cérébrale antérieure est supérieur aussi, en raison du grand développement de ses ventricules. On trouve bien des ventricules dans quelques Poissons, comme il y en a chez tous les Reptiles et Oiseaux, mais c'est chez les Mammifères seuls qu'ils arrivent à un degré de développement tel qu'à chaque lobe corresponde un prolongement d'un ventricule latéral , savoir la corne antérieure à l'antérieur, la corne descendante au moyen , et la corne postérieure au postérieur. La troisième corne , la descendante, n'appartient non plus qu'aux hémisphères des Mammifères supérieurs , les Singes.

Le type de cette masse s'élève encore sous ce point de vue qu'elle se débandasse entièrement de la signification de ganglion olfactif, avec laquelle elle avait' apparu pour la première fois chez les Poissons. Ceci nous explique l'oblitération complète des nerfs olfactifs dans les Cétacés. Nous concevons aussi , d'après cela , pourquoi les Singes n'ont plus ces nerfs olfactifs volumineux et creux qui , pour correspondre au volume et à la cavernosité des hémisphères , existent chez les autres Mammifères, pourquoi enfin on ne les retrouve plus chez eux ( de même que chez l'homme) que pendant la vie embryonnaire.

LXXXIII. Un cinquième caractère consiste dans le rapport des ganglions qui répètent les masses cérébrales à la troisième puissance. Ces ganglions sont au nombre de trois dans chaque hémisphère, un antérieur (couche optique) , un moyen (corps strié) , et un postérieur (hémisphère proprement dit). Le premier , déjà indiqué dans quelques Poissons , est développé chez les Reptiles et les Oiseaux. Le second ne commence à se montrer que chez les Reptiles et les Oiseaux, et c'est chez ces derniers qu'il acquiert le plus de volume. Mais le développement du troisième forme le caractère des Mammifères, dont, par cela même, les corps striés se réduisent à de faibles dimensions proportionnelles.

Enfin , le haut développement du cerveau des Mammifères est attesté par l'union plus

DÉVELOPPEMENT DU SYSTÈME NERVEUX

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complète des deux hémisphères. Cette miion résulte de l'apparition du corps calleux , cpii joint ensemble les parois des hémisphères , tandis que, dans les classes précédentes, on ne trouvait que la commissure antérieure pour les corps striés et la commissure molle pour les couches optiques. De cette manière, les commissures sont donc aussi au nombre de trois (Voyez pi. XXI, fig. xxi, la division de chaque hémisphère a en lobe postérieur A, moyen B, et antérieur C , et en ganglions postérieur 1 , moyen 2 , et antérieur 3 , dans le cerveau humain, pris pour prototype de celui des Mammifères supérieurs. Pour la forme extérieure des hémisphères des Mammifères inférieurs , où il n'y a que les lobes antérieur et moyen qui soient développés, Voyez fi§. xx, a-, a").

LXXXIV. Si la masse cérébrale antérieure est caractérisée par un développement plus considérable , la masse moyenne , celle qui est primairement essentielle , et que par conséquent on trouve la plus développée de toutes dans les Poissons , de même aussi que dans l'embryon du Mammifère , Test par l'oblitération de sa cavité ventriculaire. Cette particularité tient à ce que la masse elle-même est subordonnée à la masse cérébrale antérieure. Cependant, comme le perfectionnement de la structure générale exige que la masse des tubercules quadrijumaux s'élève aussi , sous un certain point de vue , au-dessus du type des classes inférieures , elle se partage en deux portions, l'une antérieure, l'autre postérieure, division qui correspond à celle du nerf optique en nerf visuel proprement dit et en nerf accessoire (pathétique) , et qui fait que c'est seulement ici que la masse mérite réellement

le nom de tubercules quadrijumeaux (pi. xxi, fig. XXI,, 5 1,2).

LXXXV. Tandis que , dans la direction de l'axe longitudinal de la masse nerveuse centrale entière , la première masse cérébrale se développe au point d'arriver à la triade, et la seconde de s'élever à la dualité , la postérieure reste simple. Mais, en revanche , celleci offre plus de diversité dans la direction de l'axe transversal de la masse centrale. Chez les Oiseaux, on n'aperçoit, des deux côtés de la portion médiane du cervelet (ver) , que de petits appendices latéraux (touflfes). Chez les Mammifères , un lobe droit et un lobe gauche se détachent en outre de cette portion médiane , de telle sorte cependant que le développement de la masse elle-même demeure toujours impair , puisqu'il a lieu d'après le nombre cinq. Mais cette division poussée plus loin exige , comme dans la. masse cérébrale antérieure , une union plus forte , et de là provient , par antagonisme avec la commissure de la masse cérébrale antérieure, le pont de Varole , qui se dirige vers le bas , tandis que le corps calleux se dirige vers le haut.

Maintenant, si une plus forte segmentation latérale est le premier caractère du cervelet des Mammifères, et une union plus intime en est le second, l'extension plus considérable de sa masse, son plissement plus multiplié et plus délicat , doivent en constituer un troisième , qui témoigne du plus haut degré de développement auquel il est arrivé.

LXXXVI. En jetant un coup d'œil général sur <;ette forme de cerveau dont les traits essentiels viennent d'être esquissés , nous trouvons qu'elle se répartit de la manière suivante :

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