I. Organe de l'odorat
Quelque nécessaire qu'il semble être à l'animal d'apprécier les diverses modifications que les émanations du corps odorant apportent au milieu qui alimente sa respiration, cependant nous ne pouvons considérer ce sens comme un véritable sens olfactif que quand il fournit des notions sur les qualités de substances aériformes , et toutes les fois que l'animal, respirant l'eau ^ a besoin d'être informé des qualités de l'air mêlé avec un liquide, ce sens mérite plutôt le nom de goût que celui d'odorat. Il est donc difficile d'attribuer celui-ci aux animaux qui respirent l'eau , même aux Poissons. Plusieurs expériences que j'ai faites sur divers Poissons de rivière m'ont appris aussi que les organes qu'on est dans l'usage d'envisager comme des ap-
ORGANES DES SENS
pareils cVolfaction sont peu sensibles à l'impression des gaz fort odorants, par exemi)le de l'ammoniaque et du chlore , tandis que d'autres animaux à sang froid, mais à respiration aérienne , par exemple des Grenouilles, sont affectés très-vivement par ces mêmes gaz. Il est digne de remarque , en outre , qu'aussitôt que l'animal, même dans la classe des Mammifères , devient semblable à un Poisson , sous le rapport de sa forme et de sa manière de vivre , l'organe destiné ailleurs à la perception des substances aériformes odorantes, semble disparaître entière ment.
Du reste , la faculté qu'ont les Ecrevisses et les Poissons de percevoir des changements fort délicats dans l'eau, puisque les Poissons carnassiers , par exemple , sentent de fort loin un cadavre nageant à la surface du liquide (1), ne prouve pas tant l'existence d'un véritable sens olfactif que le développement considérable d'une modification sensorielle particulière, qui diffère du véritable odorat , comme aussi du goût proprement dit, pour lequel un contact immédiat est nécessaire, et qu'on serait peut-être en droit, d'après cela , d'appeler sens du goût à distance j ou tout simplement flair.
. Je ne puis omettre non plus de dire que le sens de l'odorat, y compris le flair de tous les animaux aquatiques, les Poissons surtout, témoigne de nouveau son affinité avec le sens du toucher, parla nécessité dont un certain mouvement paraît être pour l'un comme pour l'autre. On sait que l'homme ne reçoit l'impression des odeurs qu'au moment où il inspire , c'est-à-dire quand l'air aMue dans ses cavités nasales. Nous trouverons , chez les Mammifères (2) , les Oiseaux et les Reptiles, que les organes olfactifs sont toujours situés sur des points où ils doivent être rencontrés immédiatement par le courant aérien. Le Poisson lui-même expose ses organes de flair au courant de l'eau, ou possède des
(1) ScARPA , De auditu et o?/'acto , Milan, 1784 , in-fol. , pag. 74. — Hallëk, Elément, physiol. t. V, pag. 184.
(2) On ne peut mêmeméconnaître que, chezles Mammifères dont l'odorat est très-délicat, par exemple chez les Chiens, les parties extérieures du nez exécutent des mouvements qui ont pour but de rendre les sensations olfactives plus distinctes.
moyens particuliers pour diriger le mouvement de l'eau vers ces organes et dans leur intérieiu\