Mammifères
Ici, de même que dans la classe précédente ^ les yeux sont situés des deux côtés de la tête , et les Quadrumanes sont les seuls Mammifères chez lesquels ils en occupent la face antérieure, comme chez l'homme (1).
Leur volume et leur forme varient beaucoup (2). Cependant on peut dire qu'ils sont petits, eu égard aux yeux des animaux de la classe précédente , et cela proportionnellement tant à la tête entière qu'au cerveau en particulier. Ils n'ont un volume plus considérable que chez quelques espèces qui se rapprochent des Oiseaux sous plusieurs rapports, même sous celui du genre de vie , comme , par exemple , divers Rongeurs , les Makis , etc , tandis que , chez les Mammifères fouisseurs (Taupe, Musaraigne), et chez ceux d'une très-grande taille (Cétacés (3), Hippopotame, Éléphant) , ils sont d'une petitesse extraordinaire. Il y en a même plusieurs , parmi ces derniers , qui ont les yeux complètement cachés sous les téguments communs, comme dans certaines classes inférieures; tels sont le Spalax typhlua, la Talpa cœca (4) et le Sorex aureus. Du reste, il est digne de remarque, chez ceux même dont l'œil est excessivement petit , c'est-à-dire environ du volume d'une graine de pavot , comme la Taupe , les embryons l'ont beaucoup plus gros , proportion gardée (5) , phénomène qui pourrait rappeler l'oblitération de l'organe avec Fàge chez quelques Rotifères et Lernées(§ 453, 455).
La forme de l'œil est ordinairement sphé-
(1) Comparez le § 302 , sur la structure des orbites.
(2) SoEMMERRiNG {Loc. Cit. pag. 79) et Treviranus, en partie d'après lui ( Biologie , tom. VI , pag. 4S9) , ont donné des tables intéressantes sur les dimensions de l'œil et de ses parties , ainsi que sur les proportions réciproques des parties importantes pour la vision.
(3) Les Cétacés sont ceux qui ont les plus gros yeux, absolument parlant, Selon Rudolphi, l'œil d'une Balœna boops , longue de trente-un pieds , avait deux pouces et demi de profondeur , trois et demi de large , et deux et trois quarts de haut {Physiologie , tom. II,
(4) D'après P. Savi , dans Nuov. giorn. de'Litterati, 1822, no IV , pag. 299.
(.1) Voyez Tabula illustrantes , cah. III , pi. ix.
rique. Cependant les Cétacés l'ont un peu aplati en devant ( pi. xix , fig. x ) , ce qui est une répétition de sa forme chez les Poissons. Dans d'autres espèces , au contraire , la cornée est un peu plus bombée en avant , disposition que je n'ai rencontrée nulle part à un aussi haut degré que dans la Taupe , dont la cornée ressemble presque à un cône. D'après Tiedemann (6), l'œil de la Marmotte est plus étendu en largeur qu'en hauteur. La même chose a lieu , mais d'une manière moins sensible, dans les Ruminants. En général, l'axe transversal l'emporte sur l'axe longitudinal ; il n'y a que les Singes et les Chéiroptères qui ressemblent à l'homme par l'étendue de l'axe longitudinal de leurs yeux.
Les mouvements de l'œil sont plus vifs dans cette classe que dans la précédente. La poulie sur laquelle roule le tendon du muscl e oblique supérieur , contribue surtout à les perfectionner. Cependant Rudolphi a reconnu que cette poulie n'existait point dans les Raleines et les Dauphins ( Balœna boops et Delphinus phocœna) . Il assure aussi que le muscle grand oblique se bifurquait des deux côtés du droit supérieur , et que la même chose arrivait au petit oblique des deux côtés du droit inférieur , chez le Tigre et le Lion. Un muscle oblique inférieur et quatre droits existent ici, comme dans la classe précédente. Les musclés droits ont même quatre pouces de long, sur dix-huit de large , chez l'Eléphant , dont l'œil n'a cependant qu'un pouce et demi. On rencontre en outre un muscle ayant la forme d'un entonnoir, qui entoure le nerf optique, et quelquefois un autre muscle divisé en deux à quatre parties , qui existait déjà chez divers Reptiles (S 4 6 6 ). Les Quadrumanes et l'homme paraissent être seuls privés de ce muscle , qui représente même à lui seul tous les muscles oculaires dans la Taupe.
A l'égard des paupières et des organes lacrymaux , les Cétacés ressemblent parfaitement aux Poissons , car ils n'ont point d'organes lacrymaux , et leurs deux paupières ne consistent qu'en un bourrelet adipeux presque immobile. Mais , chez les autres Mammifères , les paupières sont conformées à peu
(6) Beitrœge der Wetterauischen Gesellschafl fuer die Zoologie , tom. I , cah. II.
ORGANES DES SENS
près comme chez l'homme , à cela près seulement que le repli demi-circulaire de la conjonctive a presque partout des dimensions considérables , et qu'à l'instar de ce qu'on observe chez les Oiseaux , il constitue encore une véritable troisième paupière , dans laquelle on rencontre ordinairement (par exemple chez le Lièvre et le Cheval ) une plaque cartilagineuse mince et transparente. Albers, Rudolphi et Rosenthal ont démontré que cette troisième paupière possède aussi des fibres musculaires chez le Phoque , le Chien , l'Hyène et quelques autres animaux. Suivant Home (1) , l'Echidné n'a qu'une seule paupière circulaire. Albers a retrouvé aussi , dans la paupière inférieure de quelques Singes {Simia capucina et Talapoin ) , le disque cartilagineux qui appartient déjà aux Oiseaux et aux Reptiles (g 467 , 471 ). Un fait mérite encore d'être mentionné, c'est que, chez beaucoup de Mammifères ( Chien , Chat, Lièvre , Souris) , les paupières restent closes pendant quelque temps (neuf à quatorze jours) après la naissance , et qu'alors la pupille est également bouchée par la membrane pupillaire , pellicule mince qui m'a paru être une continuation de la conjonctive , dans les jeunes Chats , où je l'ai examinée avec attention.
Les voies et glandes lacrymales se comportent , quant au fond , de la même manière que chez l'homme ; seulement il arrive souvent encore qu'on observe la glande de Harder , comme chez les Oiseaux. La caroncule lacrymale ne s'aperçoit pas non plus quand la troisième paupière est très-développée , par exemple chez le Lièvre. Je n'ai pu trouver aucune trace de tous ces organes chez les animaux dont les yeux sont très-petits , tels que les Taupes et les Musaraignes.
La conjonctive apparaît de même ici comme une continuation de la peau. Chez les grands Mammifères , on y aperçoit encore distinctement trois couches , l'épiderme , qui a pris la forme d'un épithéUon, le tissu rétioulaire muqueux , et le derme , avec une couche de graisse (2).
La sclérotique est bien conformée déjà
(1) Philos. Trans. 1802 . pag. 3S4.
(2) Voyez Prinz, dans Ammon, Zeitschrift fuer die Ophthalmologie , tom, II , pag. 87. — Cet écrivain rapporte même des cas de poils qui se sont développés sur la conjonctive.
comme celle de l'homme dans la plupart des Mammifères , et nulle part elle n'offre d'ossifications ; mais elle a une force extraordinaire dans les Cétacés (pi. xix , fig. x), et son épaisseur n'est pas la même sur tous les points de son étendue , chez les Pinnipèdes , notamment les Phoques , les Morses , et aussi les Cétacés. En effet , d'après les observations de Rlumenbach, Albers et autres, sa partie postérieure est extrêmement épaisse , tandis qu'elle est mince et flexible àsa région moyenne , et qu'elle s'épaissit de nouveau en avant (3). Cependant on observe déjà quelque chose d'analogue chez certains Mammifères terrestres, notamment chez le Cochon. Cette disposition semble avoir pour but de permettre que la capacité de l'œil puisse diminuer ou augmenter, et l'axe visuel se raccourcir ou s'allonger , afin que l'animal ait la faculté de voir tantôt dans l'eau et tantôt dans l'air , tantôt de près et tantôt de loin ; mais , quoique les naturalistes l'aient principalement envisagée sous ce rapport , on ne peut non plus méconnaître en elle une répétition de la forme aplatie de l'œil des Poissons , puisque l'épaisseur plus considérable de la sclérotique , à sa partie antérieure et à sa partie postérieure , fait que , comme chez ces derniers, la forme de l'espace circonscrit par cette membrane se rapproche davantage de celle d'une lentille.
Au reste , Ramsome dit avoir découvert , en de dans de la sclérotique , des fibres musculaires particulières qui se rendaient à la cornée (4).
La cornée transparente des Mammifères est , comme celle de l'homme , encadrée dans le bord antérieur de la sclérotique. Elle ne diffère guère de cette dernière que sous le rapport de sa convexité et de son étendue. Dans le Porc-épic , elle occupe la moitié du globe de l'œil , suivant Rlumenbach (5) , tan-
(3) Dans la Baleine , où l'œil a le volume d'une orange , l'épaisseur de la partie postérieure de la sclérotique s'élève à près d'un pouce, d'après Blumenbach et Sœmmerring. Dans le Dauphin , suivant Albers {Denkschriften der Muenchner Akademie, 1808, pi. II , fig. I ) , cette membrane n'est considérablement épaissie qu'à la partie postérieure de l'œil.
(4) Voyez Gr JîFE , Journal fuer Chirurgie , tom. II , cah. II , pag. 393.
(5) Je vois aussi dans le Rat que la cornée entoure la moitié de VœiXetlai sclérotique V^ulve moitié.
dis que , d'après Tiedemann , elle est plus large que longue dans la Marmotte , ce qui a lieu ordinairement aussi chez les Ruminants ( pi. XIX , fig. xi) . Dans les Carnivores ( fig. ix ) , elle fait une grande saillie. La conjonctive se comporte à son égard de même que dans la classe précédente , c'est-à-dire qu'à l'endroit où l'épiderme passe sur la cornée ( S ■^''7 ) ? elle forme un sac fermé , comme chez les Ophidiens (S 467).
La choroïde nous offre d'abord à signaler , d'après Meckel , son épaisseur chez les Carnivores , sa minceur chez les Herbivores , et la belle coloration de sa face interne à la région postérieure de l'œil qui est dépourvue de pigment noir. Cette surface nacrée , à reflets tantôt dorés , tantôt verts ou bleus , porte le nom de tapis ( tapetum ). On ne l'aperçoit ordinairement qu'au côté postérieur de l'œil placé vis-à-vis de l'entrée du nerf optique. Elle ne résulte cependant point d'un enduit particulier ; car on peut aisément se convaincre dans le Bœuf , le Veau , la Brebis et le Chien , que la choroïde , qui , chez les premiers surtout , se partage toujours en deux feuillets bien distincts , l'un interne , l'autre externe , est totalement dépourvue de pigment noir proprement dit , et seulement couverte d'une couche mince de mucus , dans les points qui jouissent de l'éclat nacré. Si, à l'aide d'un pinceau , on enlève , sur l'œil d'un Veau , le pigment voisin des hmites du tapis, on parvient aisément à séparer la lame interne de la choroïde de la portion colorée , et à se convaincre que , si elle offre une vive coloration sur ce dernier point , elle est brune partout où le pigment la recouvre. Au reste , le feuillet externe de la choroïde est chargé^ sur les points colorés , d'un tissu cellulaire floconneux , qui le fixe à l'interne ( membrane de Ruysch ) . Quant à la cause qui fait que le pigment manque sur quelques points (1) , on
(1) En examinant l'œil d'un fœtus de Vache à miterme , où les couleurs du tapis manquaient encore , j'ai vu très-distinctement que le pigment noir, formant tantôt de petites lamelles et tantôt des points , recouvrait à peine la moitié de la choroïde. Du reste , si la choroïde paraît rouge chez les Oiseaux , les Mammifères et les liommes atteints d'all)inisme , cet effet ne tient pas seulement à l'absence du pigment noir interne , mais encore à celle du mucus brun extérieur , dont la sécrétion s'opère entre la sclérotique et la choroïde, et au développement incomplet
pourrait l'attribuer à ce que la sécrétion de carbone est moins abondante , ce qui se rattacherait peut-être à ce que l'intensité et l'extension de la respiration sont comparativement moins considérables que chez les Oiseaux (S 476 ). Du moins est-il digne de remarque que le tapis n'existe point encore chez les Rongeurs , qui se rapprochent à tant d'égards de la classe précédente , et qu'il finit aussi par disparaître chez rhoiTime. On pourrait , au reste , le considérer jusqu'à un certain point comme une répétition de ce qui a lieu chez les Poissons et les Reptiles , et sous ce point de vue , il n'est pas sans intérêt que , suivant les observations de Hunter (2) , le pigment noir n'existe sur aucun point de la surface interne de la choroïde des Cétacés, dont la teinte est également argentine , et qu'on ne le trouve qu'aux procès ciliaires. Cet état de choses est remarquable aussi comme transition aux Ongulés. Enfin, si l'on rencontre cet éclat métallique dans l'œil , c'est-à-dire dans l'organe de la lumière , soit chez les animaux des classes précédentes, soit chez ceux de celle-ci, on doit sans doute l'attribuer à ce qu'il est dans la nature de la lumière , non pas seulement de rendre les couleurs visibles , mais même de les produire , ce qui fait qu'elles ne se développent chez les animaux qu'après la naissance. Nous pouvons aussi remarquer souvent que les yeux de certains animaux, par exemple ceux du genre Chat , ont même la faculté de produire une lueur électrique (3).
En devant , au bord de la sclérotique , on trouve le hgament ciliaire , qui cependant est d'ordinaire plus étroit chez les Mammifères que chez les Oiseaux. Quant au canal que nous avons décrit dans l'œil de ces derniers (§474), on ne le rencontre plus ici que
du feuillet interne de cette dernière membrane ellemême.
(2) Philos. Transact. 1787, pag. 44o.
(3) J'ajouterai encore ici que Leigh a décrit (Philos. Transact. 1801 , P. i , pag. 149) , dans le Rhinocéros des Indes , un organe musculo-membraneux particulier , qu'il dit naître du fond de la sclérotique et embrasser une partie de la choroïde. Sœmraerring (Loc, cit. pag. 39) , après avoir examiné l'œil de l'Élépliant , a rectifié cette assertion en faisant voir que les quatre prétendus tendons indiqués par Leigh ne sont autre chose que les quatre troncs d'où naissent les Vasa vorticosa de la choroïde.
ORGANES DES SENS
quelquefois (1) , et toujours fort incomplet. Suivant Sœmmevring, il n'existe aucune trace de ce canal de Fontana chez TEléphant.
Les procès ciliaires me paraissent être plus petits que partout ailleurs dans l'œil des Souris et des Rats. L'œil ouvert de ces animaux représente un espace globuleux , lisse , noir , et percé en devant d'une pupille extrêmement petite , dans lequel les procès ciliaires, réduits à un très-faible anneau , ne font que marquer la limite entre la choroïde et l'uvée , qui d'ailleurs sont très-manifestement la continuation l'une de l'autre. Chez plusieurs Carnivores , par exemple dans les Chats et les Chiens, les corps ciliaires forment une large ceinture (2) posée à plat sur la paroi de la cavité de l'œil, et les extrémités de ses rayons sont peu saillantes. Le contraire a lieu chez les Ruminants et les Solipèdes , où le corps ciliaire s'étend fort loin vers le cristallin, sous la forme d'une large couronne rayonnante (pi. XIX ^ fig. IX et XI ).
L'iris présente de nombreuses différences relatives à sa couleur, à sa structure , à la largeur et à la forme de la pupille.
Sa couleur est ordinairement moins vive que dans la classe précédente , jaunâtre , verdàtre, et le plus souvent brunâtre. Cependant elle varie beaucoup, surtout chez les animaux domestiques, en raison de circonstances individuelles , ainsi qu'il lui arrive également chez les Oiseaux et chez l'homme lui-même. A l'égard de sa structure , il est facile , chez plusieurs grands Mammifère , le Bœuf notamment , d'y distinguer trois couches , oiïrant des fibres annulaires et concentriques sur l'externe (pi. xx, fig. xii), et excentriques (fig. XII ) , sur l'interne (uvée) , tandis que la moyenne contient les vaisseaux et les nerfs soutenus par un tissu cellulaire lâche (3). Un fait digne de remarque cependant , c'est que , chez les animaux dont la pupille est fortement tirée en travers , comme les Ru-
(1) Je suis parvenu à en souffler d'assez grandes portions dans l'œil de Bœuf , mais toujours je l'ai trouvé parsemé de fibres.
(2) Sa largeur est indiquée à l'extérieur par celle du ligament ciliaire.
(3) Il en est autrement d'après Blumenbach ( Vergleichende Anatomie , pag. 392) chez le Plioque,où les vaisseaux ciliaires se voient à la face antérieure de l'iris.
minants et les Solipèdes , cette structure n'appartient point à l'iris entier , mais seulement à son large bord externe (fig. xn , xiii) , de sorte qu'il reste intérieurement deux segments de cercle (a) , qui , n'offrant point de fibres , sont purement membraneux , et , pris ensemble, ressemblent presque, pour la forme, aune membrane pupillaire fendue en travers.
La membrane pupillaire elle-même n'a encore été distinctement observée que dans cette classe , et nous pouvons d'autant moins méconnaître en elle une répétition de la formation des paupières , que celles-ci sont également closes chez le fœtus. On en a surtout une preuve manifeste chez les animaux qui viennent au monde aveugles; car la membrane pupillaire persiste chez eux (4) aussi longtemps que les paupières demeurent réunies par une membrane interpalpébrale (S 478). Mais cette analogie , jointe aux motifs précédemment exposés (^§ 474) , à la structure évidemment fibreuse de l'iris chez les grands Mammifères (5) , à l'empire que la volonté exerce sur les mouvements de cette membrane chez les Oiseaux et presqu'au même degré aussi chez les Chats , enfin à plusieurs expériences et observations faites sur des animaux vivants (6) , ne me permet pas de douter que la dilatation et le rétrécissement de la pupille ne soient les résultats d'une contraction mus-
(4) D'après les recherches de Meckel sur des Chats , des Lapins et des Chiens {Ârchiv , tom. II. cah. II, pag. 136), qui ont été confirmées par AVrisbergsur des Lapins ( Commentation , vol. I , pag. 3 ) , et par moi sur des Chats.
(5) De ce qu'il est rare qu'on aperçoive nettement la structure fibreuse , on ne peut déduire qu'une bien faible objection , puisque nous connaissons tant d'animaux chez lesquels la force musculaire s'annonce par des mouvements de toute espèce, sans qu'on distingue en eux aucune fibre.
(6) Des expériences faites sur des Chiens et des Lapins vivants ont appris que la pupille, même après avoir été dilatée par labelladonne, se resserre promptement lorsqu'on irrite l'iris à l'aide d'une aiguille plongée à travers la cornée transparente, mais que la contraction a lieu plus lentement lorsque l'aiguille perce l'iris lui-même et par conséquent rencontre aussi sa face interne. Un oculiste très-îiabile m'a même assuré que l'iris demeura immobile dans un cas où il lui arriva , en opérant une cataracte par abaissement , de percer cette membrane , dont lalésion n'entraîna d'ailleurs aucun accident , tandis que la pupille se contractait toujours lorsque, voulant opérer par extraction , il irritait l'iris en ouvrant la chambre antérieure.
culaire , malg^ré toutes les objections qu'on a élevées contre cette opinion. A l'imitation parfaite de ce qui a lieu dans les paupières , la face externe de l'iris contient des fibres concentriques, qui sont le muscle sphincter, et l'interne des fibres excentriques , qui ouvrent la pupille. Mais ce n'est point ici le lieu d'entrer dans des discussions à ce sujet.
Les Rats et les Souris sont de tous les Mammifères ceux qui ont l'iris le plus large ; car , chez eux , les dimensions de cette membrane égalent presque celles de la choroïde. En général , elle me paraît être moins ample, proportionnellement à l'œil , chez les Herbivores que chez les Carnivores, où d'ailleurs les membranes vasculaires l'emportent presque toujours sur la rétine (1).
La pupille est ronde dans les Rongeurs, les Chéiroptères et les Singes , transversalement ovale ) presque comme chez la Grenouille et l'Oie) , dans les Ruminants, les Solipèdes, les Baleines , les Dauphins , et ovale de haut en bas (comme chez le Crocodile) dans le genre des Chats , où , quand elle se resserre tout -àfait , elle n'apparaît plus que sous la forme d'une étroite fente longitudinale.
Il est remarquable que, d'après Kieser (2), les pupilles transversalement ovales offrent toujours à leur bord supérieur de petits prolongements semblables à des grains de raisin et chargés de pigment noir en abondance. Ces prolongements sont surtout prononcés dans le Cheval , où Swammerdam les a comparés avec la valvule pupillaire (§ 464) de l'œil des Raies (pi. xix, fig. xiv). Du reste, on en rencontre parfois aussi , qui cependant sont moins saillants, au bord inférieur delà pupille; et quand alors ils viennent à se réunir avec ceux de la partie supérieure, ils produisent une pupille double. On ne doit point les considérer comme des débris de la membrane pupillaire; du moins n'ai-je pu apercevoir rien qui y ressemblât dans les fœtus des Vaches.
L'entrée du nerf optique dans l'œil et son expansion pour produire la rétine ne diffèrent point essentiellement de ce qu'on observe
(1) C'est encore une analogie avec l'œil des Oiseaux.
(2) Ophthalmolog. Biblioth , tom. II, cah. 3, pag. 113.
à cet égard chez l'homme. Seulement quelques Rongeurs (Lièvres et Lapins) se rappro • chent davantage des Oiseaux , dans l'œil desquels le nerf pénètre sous la forme d'une ligne blanche (§ 475,) en ce que cet organe, qui est arrondi , se dilate en une espèce de cupule ovale, dont les deux bords fournissent de fortes fibres rayonnantes , d'où résulte qu'ici également il forme une sorte de ligne blanche. Je l'ai vu aussi prendre complètement l'aspect d'une ligne en pénétrant dans l'œil du Cerf; et G. Sœmmerringluiattribue la même disposition dans celui de la Marmotte. Koch (3) prétend avoir suivi le nerf optique de la Taupe (S 129) jusqu'à l'œil si imparfait de cet animal.
Le trou central, qui n'existe chez l'homme que comme état pathologique (4) , la tache jaune et le pli (5) n'ont encore été trouvés que dans l'œil des Singes. Cependant le vaisseau du trou central , c'est-à-dire l'artère centrale de la rétine , s'aperçoit aussi, chez les animaux , sous la forme d'un cône blanchâtre qui pénètre dans le corps vitré , quoique, du reste, on ne l'aperçoive bien distinctement que chez les jeunes sujets, par exemple dans l'œil du Veau. Ce cône peut être considéré comme l'analogue du peigne des Oiseaux (S 475).
Il est à remarquer qu'à l'instar de ce qu'on observe dans beaucoup d'Oiseaux , la rétine des Carnivores et de certains Rongeurs ne dépasse point la moitié postérieure de l'œil, ce qui tient à la largeur du corps ciliaire chez les premiers et de l'iris chez les autres.
Quant aux nerfs ciliaires, ils naissent ordinairement du ganglion ophthalmique, qui, d'après Muck, est très-gros dans les Carnivores et les Singes^ petit dans les Ruminants, plus petit encore dans les Pachydermes , très-petit dans les Rongeurs , et nul dans le Cheval , tandis que le Cerfenadeux,et le Bœuf quatre.
(3) Diss. de talpœ europœœ oculo. Kœnigsberg,
(4), Voyez Ammon's Zetschrift fuer Ophthalmologie, tom. II, pag. lis.
(s) On peut consulter à ce sujet un mémoire trèsdétaillé de Wanzel dans Rosenmcller's Beitrœge zur Zergliederungskunde , tom. I , cah. II et un travail d'AMMON ( De genesi et usu maculœ luteœ in retina oculi humani , 1030. J'ai trouvé une fois, dans un œil de l)œuf , une quantité assez considérable de pigment orangé , entre la rétine et le tapis , à l'entrée du nerf optique.
ORGANES DE LA DIGESTION
L'humeur aqueuse et l'humeur vitrée se comportent comme chez l'homme, à cela près seulement que la quantité proportionnelle de cette dernière est beaucoup moins considérable dans les IMammifères.
Le cristallin est ordinairement aplati. Cependant il approche un peu de la forme globuleuse chez les Souris et les Rats, de même que dans les Pinnipèdes, Son volume considérable, chez les premiers surtout , rappelle aussi ce qu'il est dans la classe précédente. Dans tous les Mammifères, sa masse, comparée à celle de l'œil, est beaucoup plus grande que chez l'homme.
Ainsi, l'organe visuel des Mammifères nous a également offert des rapports manifestes avec la conformation de l'œil dans les classes précédentes. Cependant on est en droit de
dire que sa mobilité plus grande , la disparition de tous les tissus osseux , l'oblitération partielle des membranes vasculeuses , qui jouent encore un si grand rôle chez les Oiseaux , et le développement des organes lacrymaux , le portent dans cette classe à un très-haut point de perfection, jusqu'à ce qu'enfin il s'élève , chez l'homme , à la dignité du plus noble des organes sensoriels. Ce qui lui assure cette prééminence dans l'espèce humaine , ce n'est pas seulement son organisation particulière , quoique la rétine y occupe une étendue proportionnelle au bulbe entier bien supérieure à celle qu'elle oiïre dans les Mammifères (1) , mais c'est surtout la vie intérieure qui l'anime , et qui peut , par l'expression du regard, peindre jusqu'aux nuances les plus délicates des émotions morales (2).