FORMATION PRIMAIRE DU DERMATOSQUELETTE DES CÉPHALO- ZOAIRES
CCCCXXII. Le degré subordonné de développement auquel le dermatosquelette arrive dans cette classe du règne animal , a déjà été exposé d’une manière générale(§CCCLXX). J’ai déjà fait remarquer aussi qu’en général sa substance n’est plus osseuse, mais cornée. Enfin j’ai signalé les particularités qu’il présente dans son -origine et son évolution. Il ne me reste donc plus à parler ici que de son type et de sa segmentation.
CGGCXXIIL Le caractère essentiel du type du dermatosquelette doit également être, chez les Céphalozoaires, de constituer une enveloppe générale au corps entier , et tout ce qui remplit cet office rentre dans l’idée de la protovertèbre. Il résulterait donc delà que la colonne protovertébrale entière du névrosquelette delà tête et du tronc, avec toutes les parties molles , devrait être enveloppée extérieurement d’anneaux protovertébraux du dermatosquelette (à peu près comme dans la pl. xxii, fig. xvm , où a, b, c représentent les anneaux protovertébraux de ce dernier autour des anneaux protovertébraux du névrosquelette 1, 1, 1). Mais là où la colonne protovertébrale du névrosquelette rayonne des colonnes vertébrales de membres qui se revêtent également de parties molles , la colonne protovertébrale du dermatosquelette et de petites colonnes d’anneaux protovertébraux (voy. fig. xvi, où ppp représentent le dermatosquelette ) entourent aussi ces membres , ce qui fait que la division de la protovertèbre en plusieurs colonnes protovertébrales rayonnantes se répète , comme elle le faisait chez les Astéries.
CCGGXXIV. Le type primaire de ces parties enveloppantes serait donc une série d’anneaux cornés, tenant les uns aux autres, et en nombre correspondant à celui des protovertèbres du névrosquelette, qui entoureraient aussi bien la
33o dermatosquelette des céphalozo Aires. tête et le tronc que les membres libres. Cependant ce type est susceptible de modifications infinies :
1° Parce que les anneaux deviennent de plus en plus grêles, multipliés , ët par, cela même imperceptibles , de sorte que la peau devient un organe sensoriel de plus en plus libre , ce qui annonce un perfectionnement plus grand de l’organisme en général;
2° Parce que les anneaux cornés se consolident , et vont même jusqu’à s’ossifier au dessous de la couche cornée laplus extérieure ( épiderme).
3° Parce qu’ alors ils se divisent en un nombre indéterminé de portions d’arcs ou de lames , qu’on appelle plaques ou écailles, qu’on nomme aussi ongles ou sabots aux extrémités des membres du névrosquelette , et dans lesquelles la disposition annulaire primordiale se prononce d’une manière tantôt plus, tantôt moins pure , mais qui ne manquent jamais de diminuer la sensibilité de l’organe cutané , en raison directe du développement qu’ elles ont acquis , et décèlent par cela même un moindre degré de perfection dans l’animal entier.
Quant à la segmentation de ces parties enveloppantes , on ne peut l’indiquer qu’en parcourant les diverses classes de Céphalozoaires ; mais il convient au moins de signaler les limites extrêmes de leur développement, qui nous sont offertes, laplus inférieure par la solidification et l’ossification complètes, comme dans le dermatosquelette de certains Poissons , tels que les Biodon et les Ostracion , la plus élevée par l’épiderme de l’homme.
CCCCXXV. Mais , comme le dermatosquelette des Géphalpzoaires répète celui des Corpozoaires , comme aussi ce dernier ne répétait pas moins essentiellement que X enveloppement du corps entier, le rayonnement , toujours primordialement relatif à la respiration ( branchiale ) , par des colonnes tritovertébrales rayonnantes monoconiques ou diconiques , et se représentait même , dans la forme des membres , par des colonnes deuto vertébrales rayonnantes, le dermatosquelette des Cépha- Jozoaires ne peut pas manquer non plus de parties rayonnantes. Cependant le rang subordonné qu’il occupe ici , et la dépendance dans laquelle la formation des membres est du névro-
deemAtosqueleite des céphaeozoaires. 33 1 squelette, comme condition déterminante, expliquent suffisamment pourquoi les Céphalozoaires ne nous offrent point de colonnes de uto vertébrales rayonnantes sous la forme de membres appartenant au dermatosquelette seul , pourquoi aussi ce dernier reste chez eux au plus bas degré de développement, celui qu’il présentait dans les Oozoaires , où Tonne trouve comme vertèbres rayonnantes que des tritovertèbres monoconiques ou diconiques , et dans ce dernier cas terminées par un cône simple.
CCCCXXYI. Toutes les formations rayonnantes du dermatosquelette des Céphalozoaires , qu’elles aient la forme d’épines, de cornes, de sabots , ou celle desoies, de poils , de plumes (pl. xxii , fig. xvii , À B C D E F ) , ont donc toutes un seul et même type. Ce sont des tritovertèbres creuses , qui se remplissent peu à peu , ont primordialement la figure d’un simple cône , se divisent et se subdivisent à plusieurs reprises avec le temps , commencent à se former par la pointe tournée en dehors , et continuent à se développer plus long-temps que par toute autre partie par la base tournée vers la proto vertèbre. Un allongement excessif (par exemple , dans les poils>masque souvent ce type conique ; mais il n’en est pas moins toujours là , et l’on n’a pas besoin de remonter à Thistoire de l’évolution pour le reconnaître dans toutes les parties qui appartiennent à cette classe. Cependant le type suprême est toujours la division plusieurs fois répétée, comme dans la plume , parce qu’ alors se trouve répété de la manière la plus prononcée l’organe prototype de toutes les parties rayonnantes, c’est-à-dire la brancliie.
CCCCXXYII. Ainsi donc , puisque les segmentations du dermatosquelette sont très-simples dans les hautes classes , puisqu’elles ne consistent qu’en anneaux protovertébraux et en tritovertèbres rayonnantes coniques , absolument de même qu’il n’existait dans celui des Oozoaires que les côtés correspondons de proto vertèbres et de tritovertèbres , je pourrais terminer ici l’histoire générale de ces formations , si les points d’où partent les tritovertèbres rayonnantes n’exigeaient pas encore un examen spécial. Mais les détails dans lesquels je suis entré précédemment ont déjà établi que des formations rayonnantes, en nombre primordialement indéterminé, peuvent
33a DERMATOfQTJELETTE DES CÉPHALOZOÀItlES.
être admises par la pensée dans la direction de tous les rayons imaginables de la protovertèbre , que par conséquent le même rayonnement indéfini peut être admis à la périphérie entière d’un cercle ou d’un anneau quelconque de sphère , mais qu’ enfin lorsqu’ apparaît la détermination à rayonner suivant une certaine loi , le rayonnement sextuple , fourni par le rayon , doit être le premier et le plus simple de tous les motifs déterminans. Or, nous trouvons cette loi applicable aussi aux rayonnemens dudermatosquelette. En effet , nous voyons d’un côté les épines , les poils , les plumes , etc. , couvrir les anneaux du dermatosquelette en pluralité indéterminée, et d’un autre côté , ces mêmes parties sortir avec une certaine régularité1, 1° dans le milieu du côté tergal(fig. xvir,À,B, C), ce qui arrive , par exemple , aux crêtes écailleuses de certains Reptiles , aux crinières et aux cornes médianes de quelques Mammifères ( Rhinocéros ) ; 2° dans le milieu de l’ouverture ventrale ou terrestre (o ' S 1 S' ), comme , par exemple , la crête écailleuse inférieure de la queue de certains Sauriens ; 3° par les régions latérales des protovertèbres en haut et en bas (à), comme , par exemple , les rangées de longs poils de ïlchneumon afer , les cornes latérales et les bois, les crêtes écailleuses latérales des Reptiles , les rangées d’épines des Poissons.
On conçoit sans peine qu’indépendamment de ces rayonnemens d’après l’hexagone , il peut y en avoir d’autres encore qui soient produits par des rapports supérieurs , nés de celui-là.
CCGCXXYIII. Du reste , l’antagonisme subsistant entre le type dudermatosquelette et celui du névrosquelette, mérite encore d’être remarqué. En effet, il explique
1° Pourquoi les anneaux ou protovertèbres du dermatosquelette sont ordinairement plus complets que partout ailleurs là où les anneaux protovertébraux du névrosquelette ont coutume de s’ouvrir le plus souvent, c’est-à-dire d’être imparfaits, au côté ventral ; ainsi , dans les Ophidiens, les anneaux cornés sont complets du côté ventral , et les anneaux osseux , les côtes, ne le sont qu’au côté tergal ;
2° Pourquoi le côté d’où partent le plus volontiers les rayonnemens du névrosquelette qui deviennent des membres,
SPLAKCHNaSQUELËTTE DES CÉPHALOZOAIRES. 333 c’est-à-dire te côté terrestre , est celui où les rayonnemens du dermatosquelette sont d’ordinaire le plus restreints , tandis qu’au côté supérieur, où les rayonnemens du névrosquelette sont le plus rares , ceux du dermatosquelette acquièrent leur plus haut degré de développement ; ainsi les plumes , les poils , les épines , etc., sont toujours plus abondans et plus fortement développés au côté tergal qu’au côté ventral.
CGGCXXIX. Enfin , la manière dont le dermatosquelette se comporte envers la lumière est également digne de remarque. En effet, l’étroite connexion qui existe entre les dépôts de pigment qui font la base de la coloration de la surface du corps, et la formation des productions Cutanées, telles que poils , plumes, etc. , a été démontrée d’une manière suffisante par les recherches des modernes, et en particulier par les travaux de Heusinger. De leur nature , les pigmens sont combustibles , chargés de carbone , ce qui établit un rapprochement entre l’action vitale par laquelle ils sont déposés et la respiration. Mais la respiration est une; condition déterminante du rayonnement. Nous entrevoyons donc un cercle tout entier de phénomènes ayant entre eux une affinité extrême, qui font de l’étude des particularités du dermatosquelette un des plus intéressans problèmes de la physiologie. Qu’il me suffise ici de faire remarquer que telles sont principalement les causes qui font que la coloration de ce squelette et le rayonnement obéissent aux mêmes lois , et qu’en général le pigment se dépose, non-seulement sous des couleurs plus intenses , mais encore avec plus d’abondance , au côté tergal qu’au côté ventral de l’animal.
ARTICLE IV
FORMATION PRIMAIRE DU SPLANCHNOSQUELETTE DES CÉPHALÔ- ZOAIRES.
CÇCÇXXX. Le splanchnosquelette des animaux sans cerveau, parvenu à son plus haut point de développement, tel qu’il s’offre à nous chez les Décapodes , présente les particularités essentielles suivantes dans sa structure.
334 s^lanchnosquelette des céphalozoaires.
1° Sa forme est celle d’anneaux protovertébraux, analogues à ceux du squelette extérieur.
2° Le nombre de ces anneaux protovertébraux s’accorde avec celui du squelette extérieur , et notamment avec çehïidü segment de corps dans lequel le spianchnosquelette s’est développé,
3° Le développement de ces anneaux proto vertébraux à lieu en sens inverse de celui du squelette extérieur , de sorte que -quand les protovertèbres sont fermées au côté ventral et ouvertes au côté tergal , les internes sont fermées au côté tergal et ouvertes au côté ventral.
Ces trois caractères tiennent si essentiellement à la signification même du spianchnosquelette en général , qu’ils s’appliquent , non-seulement à celui des animaux inférieurs , mais encore à celui des Céphalozoaires , comme le prouveront les considérations suivantes.
CCGCXXXI. A l’égard de la substance du splanchnosquélette, on doit distinguer :
1° L’enveloppe générale des voies alimentaires et aériennes , ou l’épithélion , qui devient d’autant plus mince que l’organisation est plus élevée , mais qui a toujours les caractères d’un tissu corné ;
2° La limitation du développement de parties squelettiques dures à certains points , dans lesquels apparaît alors h substance cartilagineuse , qui , chez les animaux supérieurs , fait antagonisme à la substance cornée , et qui appartient , d’üne manière spéciale , au spianchnosquelette.
En outre , néanmoins , non-seulement le spianchnosquelette est susceptible d’une véritable ossification dans certains points, mais encore nous voyons que ses prOlongemens , qui , en leur qualité de tritoverlèbres coniques , sont dirigés vers le canal viscéral (dents et saillies dentiformes), se présentent tant sous l’apparence de formations cornées que sous celle de formations calcaires. ,
ÇCGCXXXH. Quant aufÿpe du spianchnosquelette des animaux supérieurs, les protovertèbres (pl. xxii,fig. xvn, doivent en être la partie essentielle , et elles doivent être primairement en même nombre que celles du névrosquelette,
splancîinosquf/lette des céph a lozo a IRES ♦ 335
qui. sont aussi la partie essentielle de ce dernier. Des membres qui, même chez les animaux inférieurs , ne s’offrent que comme membres onguéaux c’est à-dire comme dents viscérales , ne pourront non plus , chez les animaux supérieurs -, se développer que comme dents , d’après la signification du lieu qu’ils occupent 5 et comme les membres des animaux les plus inférieurs entourent d'abord tout l’ extérieur de la protovertèbre, en nombre indéterminé, ainsi qu’il arrive, par exemple , aux épines des Oursins , de même aussi ces dents apparaîtront en nombre indéterminé sur tout le pourtour interne de ia splanehnovertèbre primaire, et c’est seulement dans les organismes supérieurs qu’elles s’astreindront à un nombre légitimement déterminé.
CCCCXXXIH. En second lieu, le type du splanchnosquelette doit être , sous le rapport du développement de la protovertèbre, en antagonisme avec le développement de la protovertèbre au d ermalosquelelte et au névrosquelette. Et , de même que le plus grand développement de la protovertèbre du névrosquelette a lieu vers le haut , et celui de la protovertèbre du dermatosq uele île vers la vertèbre rachidienne , de même aussi celui de la protovertèbre du splanchnosquelette s’effectue par le bas et tend à produire une vertèbre ventrale-, dont nu reste il ne se forme en général que le corps, car il est rare qu’il puisse s’en développer davantage , et cela n’arrive que chez les espèces inférieures. A cet égard , on doit remarquer qu'il est encore un autre point de vue sous lequel cette vertèbre ventrale du splanchnosquelette doit se former à l’opposite de la vertèbre ventrale du névrosquelette ; car si l’arc et la lame tectrice de cette dernière doivent tendre à se diriger eu haut vers la vertèbre lergale ( d’après le type pl. xxh , fig. xv , 8) ,1a Ycrtèbre ventrale du splanchnosquelette devra , au contraire , par suite de son antagonisme avec la précédente , avoir son arc dirigé vers le bas. Enfin l’antagonisme de cette splanehnovertèbre secondaire avec la névrovertèbre secondaire s’exprime encore dans les rapports qu’elles ont l’une et l’autre avec d’autres organes , et si la dernière tend à envelopper les organes centraux de la vie animale , la première n’arrive qu’à
â36 splakchkosqtjelbtte des cépîiàlozoàîrès, entourer des organes centraux de la vie végétative , c’est-àdire des vaisseaux.
CGCCXXXIY. En troisième lieu*, je dois faire les remarques suivantes relativement au lieu de développement et au nombre des splanchnovertèbres primaires.
A l’égard du lieu ou de X emplacement , les points où les splanchnovertèbres primaires se développent avec le plus de force chez les Céphalozoaires , et où, en général, d’après les considérations auxquelles je me suis livré plus haut , le déve loppement d’arcs proto vertébraux , c’est-à-dire de côtes, est le plus favorisé, seront ceux où nous verrons ces splanchnocôtes être les plus développées. Or, nous avons trouvé des régions respiratoires dans les deux moitiés du corps , dans la tête aussi bien que dans le tronc , et comme les prolongemens des voies alimentaires et aériennes s’étendent aussi bien en avant sous la tête , que le prolongement du cerveau, ou la moelle épinière , le fait en arrière sur le tronc , nous devons nous attendre à un seul développement de splanchnovertèbres primaires dans les deux moitiés du corps. Mais la tête est la plus importante moitié du corps , les parties y arrivent à une signification supérieure et à une plus grande fixité de développement (1) ; c’est donc aussi en elle que doit avoir lieu le développement le plus complet du splanchnosquelette , quoiqu’il y soit toujours sollicité par rapport aux viscères du tronc qui se prolongent sous la tête.
Ainsi , comme le splanchnosquelette se forme à deux endroits de la tête , il se dirigera suivant les deux portions principales de cette dernière , le crâne et la face. Dans chacune de ces deux portions , il y a un point sur lequel repose la signification de la respiration , savoir, au crâne, la région des cellules auditives, et à la face celle des cellules nasales, ou, au crâne, les deux segmensde la première intervertèbre, et à la face les 4e et 5e vertèbres céphaliques , ou enfin les deux
(x) Les membres céphaliques, par exemple la mâchoire inférieure, 'sont même plus essentiellement et plus généralement développés que les membres du tronc.
SPÎ.AKCHNOSQUELETTE DES CÉPHALOZOAIIlE^. 33^
avant-dernières vertèbres en arrière et les deux avant-dernières vertèbres en devant.
Deux formations qui appartiennent au splanchnosquelette peuvent se développer principalement, savoir des arcs protovertébraux ou des côtes , et des rudimens de membres ou des dents.
Mais le développement a pour résultat nécessaire de faire que , d’une partie d’abord indivise , en sortent d’autres qui plus tard doivent aller toujours en se segmentant davantage. Il est donc de son essence que les deux ordres de formations dont je viens de parler soient d’abord réunies , et qu’ensuite elles doivent apparaître séparées. Donc les dents reposeront d’abord sur les côtes du splanchnosquelette céphalique luimême ; mais, plus tard, dans des organismes plus élevés, elles se sépareront de ces dernières, et , par l’elfetde l’antagonisme, les membres se répartiront sur une région respiratoire de la tête et les côtes sur l’autre. La région respiratoire primordiale du tronc était celle du bassin, à laquelle correspond , dans la tête, la région de la première intervertèbre , des cellules auditives et des branchies céphaliques. La seconde région respiratoire du tronc , qui s’est développée plus tard , mais qui est supérieure en dignité, était la poitrine, à laquelle correspond, dans la face, la région des cellules nasales, ou des h? et 5e vertèbres céphaliques. Or , comme les côtes sont les premières parties squelettiques qui se rapportent à la respiration, mais que les membres sont des côtes supérieures, de tout ce qui précède découle la proposition suivante , à l’égard du développement du splanchnosquelette dans la tête :
CCCCXXXV. Ce sont principalementlesarcs protovertébraux du splanchnosquelette qui doivent se développer à la région respiratoire postérieure de la tête , et tes extrémités de membres , les membres onguéaux , les dents , à la, région respiratoire antérieure.
A l’égard du nombre des spïanchnovertèbres primaires de la tête, il résulte des déterminations précédentes que ce nombre doit répéter celui des névrovertèbres primaires , et que , dans chaque vertèbre céphalique ayant la tendance à réaliser la division en trois embranchemens successifs , le nombre nor-
338 SPI.AKCIlNOSQUEl.ETTE DES CÉPHALOZOAllîES.
mal des splanchnovertèbres primaires de la tête doit être dé deux ou de déuxfois deux , à chaque région respiratoire. Nous obtenons donc ainsi six splanchnovertèbres postérieures et six antérieures , qui sont principalement développées , les premières comme arcs costaux et les secondes comme membres.
Les splanchnovertèbres postérieures n’étant désignées que par leurs membres , doivent reproduire le même rapport avec ces membres que celui qu’on trouve pour les protovertèbres antérieures. En effet , les membres commencent par se développer en nombre indéterminé , et sur toute la périphérie des vertèbres , mais en se dirigeant vers l’intérieur ; de là résultent les cercles de dents tournées en dedans qui revêtent là bouche infundibuliforme des Lamproies ; de là le développement de dents en nombre indéfini au pourtour de la bouche entière , chez les animaux inférieurs en général. Mais nous avons trouvé que le développement supérieur des membres était astreint à une loi de laquelle il résulte que ces membres doivent sortir d’après les rayons , et spécialement d’après les deux côtés de l’hexagone. Donc le splanchno squelette parvenu à un haut degré de développement, nous offrira aussi quatre articles terminaux de membres à chaque anneau protovertébral , et comme la construction géométrique exige six anneaux protovertébraux antérieurs , nous devons par Conséquent avoir vingt-quatre articles terminaux de mémbrës, c’est-à-dire vingt-quatre dents , savoir douze en haut, dont six à droite et six à gauche , et douze en bas , dont six à gau che et six à droite. Or, chez les animaux supérieurs , cès six dents apparaissent sous la forme de cinq molaires et d’une canine, tandis que le splanchnosquelette développe à l’extrémité antérieure des membres céphaliques les deux incisives partagées en trois qui l’arment de la même manière que les ongles garnissent celle des membres du tronc.
CCCCXXXVI. Du reste, ces splanchnodents présentent encore plusieurs particularités qui méritent d’être notées.
4° Là formation des dents et celle des côtes du splanchnosquelette h’ étant point encore séparées l’une de l’autre , aux derniers degrés de l’échelle, comme je l’ai dit précédemment, il peut se faire et il arrive souvent que, chez lesGéphalozoaires
SPLANCHNOSQÜELETTE DES CÉPHALOZOAIRES. 33<)
inférieurs, des dents se développent encore sur les arcs branchiaux et les mâchoires pharyngiennes.
2° La formation des splanchnodents appartenant primordialement à un squelette tout autre que le névrosquelette , il doit toujours y avoir une différence essentielle entre ces membres onguéaux et les vraisos propres au névrosquelètte. On conçoit aussi, d’après cela, pourquoi aucune dent ne peut admettre la forme d’ongle au même degré que les incisives , qui , en leur qualité d’ongles des membres céphaliques, peuvent , chez certains animaux , continuer de croître pendant toute la vie, comme les ongles proprement dits.
3° Les splanchnodents se développant sans leurs arcs protovertébraux et seulement à l’épithélion , elles nè peuvent primordialement s’enraciner que dans les parties molles de la bouche , et ce n’est que plus tard qu’elles contractent des connexions organiques avec les parties voisines du névrosquelette, la mâchoire inférieure, les os palatins , la mâchoire supérieure , etc. Cette circonstance est 4e la plus haute importance aux yeux de quiconque veut se faire une idée exacte de la manière dont le développement des dents commence par la couronne , d’où il s’étend vers la racine et l’os. Ce qui précède explique aussi pourquoi , à la partie supérieure de la cavité orale , les os palatins , qui représentent les côtes de la quatrième vertèbre céphalique , sont primordialement le lieu le plus essentiel pour le développement dès splanchnodents (Y. le tableau du développement des splanchnomembres antérieurs et des splanchnocôtes postérieures delà tête, pl. xxxi, fig. iïi).
CCCCXXXYII. Enfin , pour ce qui concerne les protovertèbres postérieures du splanchnosqueiette de la tête , j’ai encore à parler de leur développement en deuto vertébrés. Mais de ce qui précède il suit que ce développement ne peut avoir lieu qu’au côté ventral, et que les deütovertèbres doivent surtout se développer comme corps. De là résulte en idée une colonne deutovertébrale de six pièces, qui en réalité se manifeste , chez les animaux inférieurs , sous la forme d’os lingual et de vertèbre branchiale, et qui reste en partie visible aussi, chez les animaux supérieurs , sous celle de corps de l’hyoïde.
CGCCXXXYIII. Du reste , lorsque , par une conformation
34o SPLAKCHNOSQUELETTE DES CÊFHÀIO!ZOAlltES.
particulière de l’organe de la respiration, comme par l’effet de la fente branchiale des Poissons, ces splanchnocôtes entrent en contact immédiat avec le monde extérieur , le dermatosquelette et le splanchnosquelette se rencontrent à leur surface, et de là résulte que ces arcs protovertébraux deviennent productifs aussi de dedans en dehors. Il leur arrive quelquefois alors de s’entourer de prolongemens rayonnans ( tritovertèbres ) , cartilagineux ou osseux. Tels sont les rayons cartilagineux des arcs branchiaux , sur lesquels se ramifient les vaisseaux branchiaux. Tels sont encore les rayons osseux de la membrane branchiostége à l’os lingual. La paire postérieure de côtes , constituant les mâchoires pharyngiennes, est la seule qui n’ offre pas de productions semblables , et qui ne porte que des expansions dirigées en dedans, c’est-à-dire des dents.
CGCGXXX1X. J’arrive maintenant à la construction du splanchnosquelette du tronc.
D’après les considérations précédentes , le tronc a deux régions respiratoires , la poitrine et le bassin , qui répètent celles de la tête. On trouve donc aux deux endroits des vestiges du splanchnosquelette. Ces vestiges sont plus parfaits à la région thoracique qu'à la région pelvienne, mais plus imparfaits dans l’une et dans l’autre qu’à la tête , parce que les formations normales n’admettent plus nulle part aucun développement de membres sur ces points (1).
Nous avons vu , à la tête , que la formation des membres appartenait spécialement à la région respiratoire antérieure, et celle des côtes à la région respiratoire postérieure. Les formations d’arcs protovertébraux et de corps deutovertébraux aux deux régions respiratoires du tronc se comportent de la même manière. La région antérieure ou pectorale n’offre , ayant rapport au canal pulmonaire , que des arcs protovertébraux fermés en bas et ouverts en haut , par antagonisme avec ceux du névrosquelette, tandis que la région postérieure ou pelvienne ne présente que des corps de vertèbres ayant
(i) Les formations anomales de splancbnodents à la région pelvienne, notamment dans les organes génitaux femelles, ne s’expliquent complètement que par là.
SPLANCHNOSQUEÎ.ETÏE DES CÉPHÀEOZOAîRES. 34 1
rapport au canal extérieur de l’allantoïde, c’est-à-dire à l’urètre.
Les arcs protovertébraux du splanchnosquelette thoracique se placent à la suite de ceux du splanchnosquelette céphalique , mais en série inverse, sous la forme d’anneaux de la trachée-artère , et trouvent, dans la poitrine elle-même , leur plus haut degré de développement , comme larynx inférieur. En continuant à se multiplier au dessous du larynx inférieur , les deux côtes des arcs protovertébraux se divisent d’après la scission dichotomique delà trachée-artère, de manière que chaque canal est revêtu extérieurement par une série de ces demi-proto vertébrés ou côtes. Cependant l’oblitération des arcs protovertébraux s’exprime tant par leur petitesse que par la nature de leur substance , qui d’ordinaire est purement cartilagineuse, mais surtout par l’imprécision de leurs rapports numériques , puisque leur nombre varie ordinairement jusque dans les individus d’une même espèce.
CCCCXL. Quant au splanchiiosquelette pelvien , au canal de l’allantoïde , il forme, dans l’état normal , un corps de vertèbre situé au dessous de l’urètre , et qui n’est relatif qu’au membre terminal postérieur impair du splanchnosquelette , c’est-à-dire àla verge. Encore même ce corps de vertèbre ne s’observe-t-il que dans un petit nombre d’espèces. Le splanchnosquelette pelvien est donc le moins développé de tous , et si nous n’y trouvons , dans la règle , qu’un seul corps de vertèbre , réservé même uniquement à quelques espèces , comme le bassin est en antagonisme avec la tête, sous le rapport végétatif, nous devons considérer ce corps de vertèbre comme l’analogue du corps splanchnovertébral le plus antérieur de la tête , c’est-à-dire de l’os lingual , qui n’appartient non plus qu’à certains animaux, ce qui s’accorde parfaitement avec sa situation dans le corps de la verge et au dessous de l’urètre , c’està-dire au dessous du canal excréteur de l’allantoïde, comme les anneaux de la trachée-artère sont situés au dessous du canal pulmonaire. On doit voir en lui un membre terminal impair postérieur de la colonne vertébrale du splanchnosquelette , comme l’os lingual estun membre terminal impair antérieur de cette même colonne. Il a donc les vertèbres caudales pour analogue dans le névrosquelette , de même que les prolonge-
342 splanchnosquelette des céphAlozoaiues. mens des vertèbres faciales sont celui de l’os lingual. Cependant , comme ces prolongemens du névrosquelette disparaissent dans les organisations supérieures , de même aussi les os en question n’existent plus chez l’homme , afin que la langue et la verge acquièrent à un plus haut degré la signification et la dignité d’organe sensoriel. Je ferai remarquer encore à cet égard que les dents cornées dont la verge se trouve armée chez quelques Céphalozoaires , doivent être regardées comme correspondant aux splanchnodents de la cavité orale (1).
CCCCXLI. Il ne me reste plus qu’à mettre les dénominations primaires du splanchnosquelette en regard de celles qui sont consacrées par l’usage.
Dénominations primaires. Dénominations usuelles.