‹ Traité élémentaire d'anatomie comparée, suivi de recherches d'anatomie philosophique ou transcendante sur les parties primaires du système nerveux et du squelette intérieur et extérieurChapitre 14 sur 95 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Origine du système nerveux.

Le célèbre Haller prétendait encore , avec plusieurs autres physiologistes , que les Vers et les Testacés ne possèdent •point de système nerveux , et cette assertion , si dénuée de fondement, fut même considérée comme venant à l’appui de la théorie de l’irritabilité. Mais , d’un autre côté , on a peutêtre été trop loin aussi en croyant voir dans les observations qui la réfutent une preuve que tous les animaux , même les plus petits et en apparence les plus simples , ont une organisation complexe, et que les diverses fonctions fondamentales du corps animal doivent , de toute nécessité , être dévolues à des parties différentes. Puisque nous trouvons que la respiration peut avoir lieu sans poumons , la nutrition , l’accroissement et la sécrétion sans circulation des humeurs , la génération , sans distinction de sexes , etc. , pourquoi douterions-nous que la sensibilité puisse subsister sans nerfs proprement dits , et la motilité sans véritables fibres musculaires ? Les phénomènes de la vie végétale ne nous prouvent-ils point que ce dernier cas a réellement lieu?

Les folioles latérales du sainfoin oscillant ( Hedysarum ÿyrans ) exécutent , sans autre excitation que celle de la chaleur et de la lumière solaire , des mouvemens alternatifs continuels d’élévation et d’abaissement , que Home (1) compare

(ï) ieetures on comparative anatomj^, x8i4 ; P* 26 » 29.

SYSTÈME WEUVETJX. 35

d’une manière fort ingénieuse au mouvement respiratoire des côtes; les feuilles de l’attrape-mouche (XJ io^^œ£^ muscipuîa) se ferment comme une trappe quand une cause quelconque vient à les irriter ; les étamines de l’épine-vinette ( Berheris vuîgaris ) et de plusiem’s autres plantes se portent spontanément vers le stigmate ; les vrilles d’un grand nombre de végétaux embrassent les objets qui se trouvent dans leur voisinage , et , d’après la remarque également faite par Home , se roulent autour d’eux en suivant ime direction déterminée , soit de droite à gauche ( Lonicera ^ Humulus ) , soit de gauche à droite { Clitoria, , Convolvulus ) ; les plantes qu’on renverse, retournent d’elles-mêmes leurs feuilles vers le ciel , etc. La cause de ces sensations et réactions tient-elle aussi à la fibre musculaire et à la fibre nerveuse ? Y a-t-il si loin de ces mouvemens des plantes à ceux des Oqzoaii’es? La réponse à ces deux questions se présente d’ elle-même.

Quand on veut se former une idée nette de l’oi’igine du système nerveux , il est nécessaire de bien s’inculquer d’abord dans l’esprit une proposition qu’Oken a le premier exprimée d’une manière parfaitement claire et conforme à la nature. En effet , les considérations développées dans l’introduction, nous ont appris que la masse animale primaire ressemble à une substance ponctiforme albumineuse , et que la masse nerveuse n’est autre chose que cette substance elle-même. C’est là-dessus que se fondent les propositions suivantes d’Oken (1) , dont le sens profond répand une si vive lumière sur l’étude des divers systèmes organiques , que je ne puis me défendre de les reproduire ici en entier : « La substance » animale a commencé par la masse nerveuse , c’est-à-dire par 3>la chose la plus élevée , par celle que les physiologistes ont «considérée comme étant la dernière à se montrer. L’animal «tire son origine du nerf, et tous les systèmes anatomiques

(i) Lehrhuch der Naturjdiilosophie , tlenx'iènic étlltîon « pfg. a2G.

36 tRA,lTÏ5 d’AUATOMIÊ comparée.

»ne font que se dégager ou se séparer de la masse nerveuse.

» L’animal n’est que nerf ; ce qu’il est de plus , ou lui vient » d’ailleurs , ou est une métamorphose de nerf. La gelée des «Polypes, des Méduses, etc. , est la substance nerveuse au «plus bas degré, de laquelle n’ont point encore pu s’isoler «les autres substances qui sont ou cachées dedans , ou fondues «avec elle. La masse nerveuse désigne ce qui , chez l’animal , «est dans l’état d’indifférence absolue et peut en consé- «quence acquérir la polarité par le moindre souffle , même «par une pensée. »

En partant de cette idée pour étudier la structure intime des Oozoaires , nous trouvons qu'il n’y en a qu’un fort petit nombre chez lesquels la transformation de cette substance ponctiforme primaire ait fait assez de progrès pour qu’il reste un système nerveux parfaitement circonscrit et limité , au milieu des divers organes de la sphère végétative etautres.

A la vérité , chez les Lithozoaires et les Phytozoaires , des formations , tantôt pierreuses , tantôt fibreuses , se séparent de la substance ponctiforme primaire , et cette substance se segmente aussi dans son propre intérieur -, mais nulle part encore on n’aperçoit la fibre nerveuse,

La substance qui constitue les organes des Protozoaires et des Acalèphes est également si homogène , que ni Trembley (1) , dans ses belles recherches microscopiques sur les Polypes d’eau douce , ni Gæde (2) , en disséquant une grande espèce de Méduse , n’ont pu distinguer aucune fibre nerveuse. Il m’a été impossible à moi-même de découvrir la moindre trace de nerfs dans la masse parfaitement hyaline d’un Rhi-

(1) Mémoires pour servir à i’histoire d’un genre de polypes d'eau douce, Leyde, 1774, in.4'’.

(2) Beitrcege zur Anatomie und Physiologie der Medusen. Berlin , r8i6, pag. 12. Des trauches, même extrêmement minces, de Médusa aurila ne laissaient apercevoir, à un fort grossissement, qn’une masse gélatineuse homogène.

SYSTÈME HERVEUX.

zostome ( Rhizosfoma Cuvieri ) , sorte de Méduse qu’à raison de sa grandeur et de sa forme , les pêcheurs napolitains désignent sous le nom de chapeau de mer ( capello di mare ).

La sensibilité sensorielle n’en est cependant pas moins fort délicate chez ces animaux extrêmement simples. Des influences même très-subtiles , par exemple , celle de la lumière , sont senties par eux d’une manière si vive , que Trembley a vules Polypes d’eau douce se diriger toujours vers les points éclairés (1) , tandis que Cavolini a remarqué dans les Gorgones et les Sertulaires une aversion bien prononcée pour la lumière.

Ces animaux ne sont pas moins sensibles au plus léger ébranlement , et comme, malgré la vélocité des mouvemens qu’ils exécutent, on ne peut souvent pas plus distinguer de fibres musculaires que de fibres nerveuses dans leur substance interne , ils nous prouvent péremptoirement que les trois fonctions de la sphère animale , l’activité sensorielle , la vie nerveuse et le mouvement , sont accomplies dans une seule et même substance.

, Les premières traces d’un système nerveux distinct paraissent, d’après la découverte d’Ehrenberg (2), exister dans les Infusoires dont l’organisation tend à se rapprocher de celle des Mollusques, c’est-à-dire dans les Rotifères. Il décrit les parties suivantes qu’il a vues chez V Hydatina senta : «Dans le «milieu, entre les gaines musculaires des organes rotatoires ,

» autour du pharynx et en devant, sont situés des corps glanduli- « formes, irréguliers, remarquables par leur couleur, et qui «tiennent les uns aux autres. De l’un d’entre eux, qui est «supérieur aux autres, plus gros et ovalaire, naît un cordon «assez épais qui se porte obliquement dans la nuque, vers

(i) Loc.cit, pag. Il , 12. V

(a) Organisation systematiA , etc. der Infusionèthierchen, Berlin, l83o, pag. 52; etLaniark, Histoire naturelic des animaux sans xertèbres , 2e édition augmentée par Deshaycs ctMilne Edwards; Paris i835, toin. î®*".

38 traité d’anatomie comparée.

»le vaisseau dorsal , s’y attache, un peu au devant de la se- « conde paii e de branches vasculaires, mais ne s’y termine pas,

» et revient sur lui-même , en conservant presque la même «grosseur, sans se renfler en un ganglion considérable. Re- «venu à la région de la bouche et aux corps glanduleux, il »se perd, non dans le plus volumineux, d’où il était parti, «mais dans les interstices ou dans l’intérieur des voisins, qui «sont plus petits. Ce collier nuchal s’aperçoit très-bien quand «l’animal est couché sur le côté. »

L’existence du système nerveux est bien mieux connue dans ceux d’entre les Oozoaires qui, ayant un corps plus manifestement segmenté, remontent vers les animaux articulés, c’est-à-dire dans les Radiaires. Tiedemann l’a démontrée d’une manière positive chez les Étoiles de mer (1). Après avoir enlevé le vaisseau circulaire jaune , à la face inférieure de VAsterias aurantiaca, il a trouvé autour de l’ouvertm’e orale un anneau nerveux blanc grisâtre, qui, à chacun de ces cinq angles , fournissait trois filets , deux courts et un long , se rendant tous trois à l’un des cinq rayons du corps.

fig. XV.)

Il est toujours fort intéressant de connaître la forme sous laquelle un organe quelconque commence à paraître dans la série animale. Aussi doit^in bien remarquer celle de cet anneau nerveux qui entoure l’origine de la cavité alimentaire, et qui offre plusieurs points ganglionnaires d’où sortent des nerfs , car c’est une forme qui se répétera toujours dans les classes suivantes, avec les modifications les plus variées. Voici quel est le sens qu’on doit y attacher : au milieu de la tendance qu’éprouve la masse nerveuse à établir des centres dans le corps animal , le volume qu’ont encore les organes de la vie végétative , notamment le canal alimentaire, ne permet pas qu’il se forme de pareils centres ailleurs qu’à la surface de

(i)Dans MECiET.’s Archiv fuer die Physiologie ^ tom. I, cah, 2 , p. i6x.

SYSTÈME. KERVEtJX. 3^

ces organes. Mais on ne peut concevoir des centres nerveux isolés les uns des autres , sans un moyen de connexion entre eux , parce que le système nerveux lui-même est l’incorporation de l’idée d’unité de l’individu , et la nécessité de connexions entre les centres épars entraîne nécessairement la formation d'un anneau nerveux. Ainsi on distingue déjà, dans les Oozoaires , les trois facteurs que nous devons considérer comme la partie essentielle de tous les systèmes nerveux , savoir , les points centraux , qui plus tard produisent les ganglions en se développant , les commissures et les plets nerveux.

Cuvier décrit aussi quelques filamens analogues à des nerfs dans les Holothuiûes ; mais Delle Chiaje , qui assure avoir disséqué avec soin quelques milliers d’Holothuries vivantes (1), en dirigeant principalement son attention sur ce qui pouvait ressembler à des tissus nerveux , nie d’une manière formelle l’existence d’un système nerveux, etcite comme une autre preuve indirecte , qu’ après avoir vomi leurs viscères , quand ils ont été touchés , ces animaux survivent encore une quinzaine de jours , ce qui ne saurait avoir lieu que chez des êtres placés très-bas dans l’échelle de l'animalité.

lia également été impossible, jusqu’à ce jour, de démontrer des nerfs dans les Oursins.

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