‹ Traité élémentaire d'anatomie comparée, suivi de recherches d'anatomie philosophique ou transcendante sur les parties primaires du système nerveux et du squelette intérieur et extérieurChapitre 29 sur 95 · Moelle épinière et cerveau · texte numérisé non relu

Moelle épinière et cerveau

La moelle épinière et le cerveau sont développés avec une grande uniformité dans les différens genres d’ Oiseaux , et ils le sont beaucoup plus, proportionnellement au corps entier , que dans les classes précédentes. Une forme globuleuse et une plus grande largeur établissent une ligne de démarcation bien tranchée entre le cerveau et la moelle épinière ; la masse du premier surpasse même celle de la seconde , ce qui n’avait point encore eu lieu jusqu’ici. Cependant la moelle épinière et le cervelet continuent toujours à présenter un si haut degré de développement, qu’on ne peut méconnaître le parallélisme entre ce dernier et le déploiement extraordinaire du système locomoteur.

Un pigeon pesait huit onces , et sept sans plumes , ou trois mille trois cent soixante grains ; le cerveau et la moelle épinière pesaient ensemble quarante-huit grains ; le poids de la moelle épinière était de onze , et celui du cerveau de trentesept.

La moelle épinière , bien que considérablement amincie , se prolonge encore à travers le coccyx; mais la portion caudale de la colonne vertébrale est en ^général trèscourte , le renflement inférieur de la moelle épinière ne se trouve que dans les vertèbres sacrées , et c’est plutôt un assez gros filet terminal , envoyant encore quelques paires de nerfe par les trous coccygiens , qui parvient jusque dans le coccyx. Du reste, la longueur de la moelle épinière est encore très-considérable en proportion du cerveau (pl. xv , fig. i) , elle a une forme cylindrique, o» y di^tipgue une scissure antér-

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rieufe et une autre postérieure , enfin un canal étroit la parcourt dans toute sa longueur. Cependant il est un objet qui mérite une mention spéciale ; ce sont les renflemens correspondans aux nerfs des membres , dont on trouve un supéïieur plus petit ( fig. i , g ) et un autre inférieur plus gros (fig. I, i). A l’endroit du renflement supérieur, la moelle épinière ne change pas de forme , et sa masse devient seulement plus considérable ; mais, à la hauteur de l’inférieur , le canal de cette moelle s’élargit d’ime manière extrêmement remarquable, 'de sorte que les cordons médullaires finissent par se séparer en dessus, précisément comme à la région du quatrième ventricule, et qu’on aperçoit sur ce point un amas de la liqueur du canalmédullaire, renfermé par la pie-mère (<p). Cet enfoncement sur la moelle épinière des Oiseaux porte le nom de sinu$ rhomhoïdal.

Une chose digne surtout d’être signalée dans le cerveau des Oiseaux, c’est que ses trois masses principales ne sont plus disposées précisément à la suite l’une de l’autre, comme dans les deux classes précédentes , mais qu’on aperçoit déjà une subordination plus marquée entre elles ; car lorsque l’on regarde le cerveau par sa partie supérieure, on n’aperçoit plus que deux masses principales, les grands hémisphères'et le cervelet , dont il n’est même pas rare que l’antérieure commence à couvrir un peu la postérieure (pl. xv, fig. i, a, c).

La proportion du cerveau au reste du corps a fait aussi de grands progrès ; je l’ai trouvée d’à peu près 1/91 dans le Pigeon , et de 1/19 dans le Pinçon ; elle était de 1/160 dans l’Aigle et de 1/231 dans le Serin. Je parlerai plus tard de l’exactitude parfaite avec laquelle le crâne enveloppe cet organe.

La première masse , OU l’antérieure, est représentée par les hémisphères , qui sont encore parfaitement lisses, et qui déjà semblent avoir une destination plus relevée que d’être

86 thAité d’anatomie comparée.

simplement les ganglions des nerfs olfactifs (fig. l-iv, a). Du reste ils sont toujours formés en grande partie de substance grise, et , de même que dans les classes précédentes, ils tiennent encore l’un à l’autre , principalement par une étroite commissure (commissure antérieure ) (fig. v,a), à laquelle s’en joint cependant , d’après l’intéressante remarque d’A. Meckel (1) , une autre petite et molle , située au dessus de la précédente , et que l’anatomiste qui l’a découverte considère connne le premier rudiment de la grande commissure cérébrale qu’on verra paraître dans la classe des Mammifères : suivant mes propres observations, elle semble correspondre spécialement à ce qu’on appelle chez l’homme le genou du corps ealleux , partie qui a encore un volume considérable parmi les Rongeurs, dans la classe suivante. Sur les faces par lesquelles lès hémisphères se regardent , on aperçoit une membrane médullaire mince et rayonnée (fig. v, p) . Leurs cavités ont beaucoup d’ampleur, mais elles sont très-rapprochées de la superficie ; les ouvertures qui leur servent d’entrée sont tournées en arrière, et assez exactement bouchées par un petit plexus choroïde. On trouve dans leur intérieur un gros renflement, qui correspond au corps cannelé des ventricules latéraux du cerveau humain ( fig. v , à*)(

Du reste, la forme des hémisphères eux-mêmes varie assez, suivant les genres. Dans les Passereaux, ilssont ordinairement longs et larges, et couvrent tout-à-faitles masses optiques. Dans les Rapaces , au contraire, ces dernières font une forte saillie à côté d’eux et derrière; mais, en revanche, les hémisphères sont remarquables par leur largeur. Dans plusieurs Palmipèdes , par exemple dans le Canard , ils sont un peu oblongs. De leur extrémité antérieure naissent toujours les nerfs olfactifs, au moyen de deux renflemens , et à la base de chaque hémisphère on aperçoit une bandelette médullaire qui se dirige vers l’origine de ces nerfs (fig. iv, 1).

(i) Dans Mecï^ei^’s Archiv fiier die Physiologie^ tom. II, cah. I ,

pag. 73.

Pour trouver que la seconde masse cérébrale des Oiseaux s’accorde parfaitement avec la forme que nous avons vu qu’elle revêt chez les Reptiles , R suffit de prendre puur terme moyen le cerveau d’un çmbryon dRi^au un peu avancé. Là, où les hémisphères sont encore petits et étroits , comme ceux des Reptiles, on aperçoit aussi les;. masses optiques appliquées l’une contre l'autre et situées immédiatement derrière les hémisphères (fig. ii, a , b) , ce qui n’a plus lieu chez l’oiseau parfaitement développé. Dans. celui-ci , en effet, où l’on peut, comme la chose était déjà praticable chez les Reptiles, distinguer les .ganglions des hémisphères des masses optiques proprement dites , ces dernières sont placées plus de côté et en bas , et éçmtées l’une de l’autre par l’ampleur plus grande des hémisphères j>.( pl. xy , fig. iii , IV, b), mais de teUe manière cependant, qu’elles coatinuent encore à être unies par une membrane médullaire , coiu’espondant au toit de ce qu’on appelle l’aquéduc de Sylvius dans le cerveau humain .( fig. v, q ). Elles-mêmes sont plus petites, proportionnellement aux autres parties du cerveau, et par là, de nième que par l’abondance de la substance médullaire qui comTe leui’ face externe et leur face interne , elles se rapprochent des tubercules quadrijumeaux antérieurs du cerveau humain , qui, à la vérité , sont encore beaucoup plus petits. Leur cavité est peu ample (fig v, b * ), et elle s’ouvre dans l’espace situé oous la commissure médullaire des masses optiques dont il a été parlé plus liant (dans l’aquéduc de Sylvius) (1).

(i) Le tradactenr anglais delà première édition de ce Traité, a consigné ici nne note que je crois devoir rapporter , en réfutation de quelques erreurs qu’on a récemment reproduites. « Les masses optiques, qu’à » tort on a regardées dans les Poissons comme des hémisptières , ont été » considérées depuis long-temps , dans les Oiseaux , comme les couches

» optiques . Gall et Spurzheim ont le mérite d’en avoir- les premiers

« découvert la nature, et d’avoir démontré leur ideqtité avec l’une des

TIVAITÉ d’anatomie COMpAUÉE?

Quant à ce qui concerne les ganglions des hémisphères (fig V, ip), dont les physiologistes ont d’ailleurs donné des interprétations fort différentes , dès qu’on considère avec attention la série des formations cérébrales plus ou moins perfectionnées, il devient tout-à-fait hors de doute qu’ils correspondent parfaitement à ce qu’on nomme les couches optiques dans le cerveau humain. Ici également ils sont traversés par les faisceaux fibreux qui vont de la moelle allongée aux hémisphères , et forment des masses plates, enti’e lesquelles descend l’entrée qui mène à l’entonnoir. On doit principalement signaler un faisceau fibreux extérieur et latéral, qui tourne autour d’eux, de haut en bas et de dehors en dedans, et qui finit par se répandre dans la radiation de la paroi interne des grands ventricules latéraux ( § 114). Dans les espèces où les hémisphères sont très-volumineux, comme dans quelques Passereaux et Palmipèdes, la surface de chacun d’eux offre une élévation grise , et il y en a deux chez l’Autruche , d’après Cuvier. C’est aussi sur eux , à l’issue antérieure de l’aquéduc , et au confluent des gros vaisseaux veineux du cerveau, que se trouvela glande pinéale, qui tient solidement à ces vaisseaux , et qui parfois , comme dans le Pigeon , se compose de plusieurs segmens , mais qui la plupart du temps est simple et de forme conique ( fig. vi ). On rencontre en outre , à la face inférieure de la seconde masse cérébrale, un petit amas de substance grise, et à l’extrémité d’un court entonnoir ( comme dans les classes précé-

» paires on. plutôt avec les denz paires de tnbercnles qnadrijnineanx chez «les Mammifères J opinion qu’ont ensuite adoptée Cuvier, Tiedemann, » Desmoulins , Serres et autres. Mais c’est une justice qu’on doit rendre à » Carns , que de reconnaître qu’à cet égard, comme aussi sous le rapport X de la détermination des différentes parties du cerveau dans les diverses » classes d’animanz , il a précédé non-seulement Serres , mais même Tiede- » mann , dont l’ouvrage n’a paru qu’en i8t6 oyez Anatomie du cer^ » veau, trad. par. A. J. L. Jourdan, , Paris r 8? i , in-8 j, ligures ), tandis que » le sien avait été publié en i8i4« "

SYSTÈME NERVEtJX. 8^

dentes et chez l’homme lui même) la glande pituitaire, qui repose dans une fosse assez profonde de la base du crâne , et dont le volume, proportionnellement à celui du cerveau, est un peu moins considérable qu Une l’était précédemment (1).

Déjà dans certains Poissons cartilagineux etReptiles(§97, 107), nous avons trouvé le cervelet, cette partie principale de la troisième masse cérébrale , SOUS la forme d’une lame plissée en travers et recouvrant le quatrième ventricule ; la même chose a lieu ici , et avec un plus grand développement encore . Le cervelet des Oiseaux ressemble beaucoup au ver ou à la partie moyenne de celui de l’homme : le nombre de ses incisures s’élève de seize à trente environ. La cavité de la moelle allongée (quatrième ventricule) pénètre encore profondément dans sa substance, et ici, comme dans quelques Poissons et Reptiles ( § 96 , 107 ) , on trouve des appendices latéraux (2) , qu’on ne peut cependant point considérer comme les analogues des

(i) Comme j’avais jadis tronvé , dans la Conlenvre à collier, une connexion bien manifeste de la glande pituitaire avec la sixième paire ( V. mon Versuch ueber Nervensystem. , pag. 1 85 ) , de même H.- A.. Meckel ( dans MECxEt’s Archiv fuer Physiologie , tom. II, cah. I , pag. Sg ) a découvert aussi, dans l’Oie , un filet de communication entre cette glande et la troisième paire. Si Ton trouve encore d’antres connexions de ce genre entre la glande pituitaire et des nerfs qui communiquent immédiatement aussi avec le système ganglionuaire , si des observations pins nombreuses confirment l’altération pathologique de cette glande dans les affections mentales, où l’on ne peut méconnaître qn’il y a lésion de la sensibilité générale , dn nerf grand sympathique, ne serait>ce point là ün argument en faveur de l’opinion déjà émise que la glande pituitaire est le représentant dn système ganglionnaire dans le crâne, l’extrémité céphalique isolée ( chez l’homme ) du grand sympathique ,et cette opinion ne perdrait-elle pas par là une partie de son apparence paradoxale?

(a) Dans le Fringilla cœlebs , je trouve ces appendices latéraux réunis par une portion particulière inférieure du cervelet, comme je vois aussi les touffes tenir les unes aux antres, dans le fœtus humain, par une lame aplatie transversale et particulière du cervelet.

go traité d’anatomie COMPAREE.

grands lobes latéraux du cervelet humain , mais qui doivent l’être seulement comme celui de ce que Reil appelle les touffes ( %, III, c * ). Ici également les ganglions des nerfs acoustiques sont la plupart du temps très-visibles au dessous du cervelet. La moelle allongée elle-même forme encore un renflement considérable , convexe en dessous , dont la largeur n’est ordinairement qu’égale au tiers de celle des hémis^phères ( comp. 96, 106), et sur lequel on peut distinguer clairement les corps pyramidaux et plusieurs autres éminences.

Q, STerfs cérébraux et rachidiens.

Je n’ai à signaler ici qu’un petit nombre de particularités importantes, les nerfs se distribuant déjà aux diverses parties du corps d’après les mêmes lois que chez l’homme.

Il a déjà été dit précédemment que les nerfs oUactifs naissent de l’extrémité antérieure des hémisphères.

. Les nerfs optiques ont en général un volume extraordinaire , et sous ce rapport il n’y a que ceux de quelques Sauriens qui s’en rapprochent assez. Ils naissent de tout le contour extérieur des masses optiques , et forment , à la région de l’entonnoir, un chiasma parfait, dans lequel une section transversale fait apercevoir , comme chez l’Iguane , des stries transversales ( pl. xv, fig. iv , 2) , dues à l’entrecroisement des lames médullaires du nerf (1).

Les autres nerfs cérébraux n’offrent rien de remarquable.

Parmi les nerfs rachidiens, ceux du cou, du dos, du sacrum et de la queue correspondent en nombre aux vertèbres de ces régions. Le plexus alaire est formé par les derniers nerfs du

(i) Ces nerfs optiques offrent donc encore, comme ceux de quelques Poissons ( § 99 ) > nn plissement analogue à celui d’une feuille d’éventail fermée, qui expliqua suivant tontes les probabilités, le prolongement de la pie-mère, sortant du nerf optique, que nous signalerons plus tard dans l’oeil des Oiseaux.

SYSTÈME NERVEUX. gl

COU et les deux premiers du dos ; les plexus analogues au crural et au sacré de l’homme, ne le sont que par les nerfs sacrés , attendu qu’il n’y a point de nerfs lombaires proprement dits.

Tous les nerfs rachidiens offrent des ganglions proportionnellement très-volumineux là où leurs racines antérieures et postérieures s’unissent ensemble dans les trous intervertébraux (comp. pl. XV, fig. I ).

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