‹ Traité élémentaire d'anatomie comparée, suivi de recherches d'anatomie philosophique ou transcendante sur les parties primaires du système nerveux et du squelette intérieur et extérieurChapitre 40 sur 95 · Cydostomes · texte numérisé non relu

Cydostomes

Névrosquelette. Chez ces Poissons vermifôrmes , il consiste en un cartilage , qui souvent même contient encore de l’albumine à demi liquide. Si l’on excepte quelques portions du squelette de la tête , il est encore indivis , sans nul vestige de membres pairs , par conséquent aussi sans articulations. Du reste , il est le seul, parmi ceux de tous les Géphalozoaires, qui, à la région la plus antérieure, au cartilage céphalique , nous montre encore dans toute sa pureté la forme simple d’un aimeau parfaitement fermé qu’offre la vertèbre céphalique des Céphalopodes. Ici , comme à l’égard de toutes les formes suivantes , nous commencerons par étudier le squelette du tronc , qui est toujours plus facile à comprendre , et nous examinerons ensuite celui de la tête , qu’il est toujours plus difficile de concevoir , parce qu’il est plus compUqué et plus concentré. Nous prendrons pour exemple de l’ordre le genre Petromyzon.

A. Squelette du tronc. Par analogie avec la moelle épinière, qui est encore si peu parfaite ( § 88 ) , la colonne vertébrale est aussi extrêmement imparfaite , et à peu près comparable à celle d’un fœtus humain de deux mois. Au lieu d’une colonne composée de vertèbres distinctes, on aperçoit, comme pièce essentielle , une verge cartilagineuse ( colonne de corps de vertèbres ) , amincie vers la tête et vers la queue , qui contient toujours une masse cartilagino-albumineuse, à demi liquide, et qui , dans deux saillies latérales , di-

SQTJELETTE. l4l

rigées de haut en bas, offre l’indice d’un enveloppement de la cavité du corps par des côtes. La portion la plus importante de la colonne vertébrale , celle qui embrasse la moelle épinière , est la plus imparfaite , à peu près comme dans le cas de spma complet chez un fœtus humain monstrueux. En effet , la membrane fibro-cartilagineuse des corps des vertèbres se porte vers le haut , et décrit une voûte bien au dessus de la moelle épinière , tandis que , des deux côtés seulement , entre chaque couple de paires nerveuses , il se développe en elle de petites pièces d’un cartilage dense, qui sont des racines isolées d’arcs vertébraux , et qui , dans la colonne épinière desséchée , annoncent par une couleur plus blanche que leur nature se rapproche davantage de celle des os. La dessiccation de la verge cartilagineuse qui vient d’être décrite permet aussi d’apercevoir des rudimens de corps vertébraux appartenant à ces fragmens d’arcs vertébraux. Du reste , la membrane fibreuse embrasse encore une masse ligamenteuse molle au dessus de la moelle épinière ( voyez pl. vin , fig. viii , la coupe transversale de la colonne épinière du Petromyzon marinus; c indique les fragmens des arcs vertébraux , dont la membrane entourante s’unit à la peau par le moyen d’une paroi tendineuse moyenne, qui est en quelque sorte le rudiment d’apophyses épineuses).

On ne trouve d’autre indice de membres appartenant au tronc , que les nageoires impaires du dos et de l’anus , qui se réunissent avec la caudale. Leur squelette se compose de rayons cartilagineux déliés , qui partent, de haut en bas et de bas en haut , de la région terminale du rachis , au nombre d’environ quatre pour chaque segment vertébral , et qui aident à tendre les nageoires.

B. Squelette de la tête. Il offre plusieurs particularités rei marquables.

1® La colonne vertébrale se continue immédiatement avec

\f\TL TnAt'fÉ d’anatomie comparée.

le squelette de la lêtc , sans même qu’il y ait d’articulation entre eux. En effet la verge cartilagineuse des corps des vertèbres se continue d’une manière immédiate , après s’être seulement amincie en forme de cône , avec la portion basilaire de la vertèbre occipitale , qui ne fait qu’un non plus avec la portion basilaire de la centricipitale et de la sincipîtale ( sphénoïde dans les animaux supérieurs) , de sorte que cette colonne cartilagineuse générale ne se termine qu’avant la première vertèbre faciale.

2“ La substance est partout un peu plus ferme ^ et ressemble à celle des ai’ceaux vertébraux du rachis.

3° Les trois vertèbres crâniennes et les trois vertèbres faciales sont développées d’une manière extrêmement prononcée. Les premières, correspondant parfaitement sous ce rapport aux trois masses du cerveau, n’outr epassent point la forme de vertèbres ordinaires ; il y a plus même , car la postérieure, ou l’occipitale, etlasincipitale oul’antérieure, ne sont pas plus fermées que ne le sont les vertèbres rachidiennes. La médiane seule , par analogie avec le plus grand développement de la masse cérébrale moyenne provenant des Corpozoaii’es , se ferme par le moyen d’un arc simple. Entre la postérieure et la moyenne se trouvent deux globules cartilagineux , renfermant l’oreille interne , et offrant le rudiment des os temporaux , qui , chez les animaux supérieurs , se développent en une intervertèbre postérieure. Entre la vertèbre crânienne antérieure et la première faciale , on découvre une demi-sphère cartilagineuse , percée en dessous , qui contient l’organe olfactif,; et qui est le rudiment d’une intervertebre antérieure. De chaque côté du crâne s’aperçoit un arc cartilagineux 5 fixé en devant et en arrière , qui est un vestige de côtes crâniennes. Quant à ce qui est enfin des vertèbres faciales , comme il n’y a point ici d’appareil nerveux à, envelopper, -elles n’ont plus le caractère de deutovertèbres, mais la première et la seconde représentent de larges arceaux protovertébranx peltiformes supérieurs , .et l’antérieure ,

SQTJEI,ETTE. l43

l’anneau protovertébral complètement fermé (os intermaxillaire), dont il a déjà été parlé plus haut ( § 173 ) , qui fait que la bouche a , chez les Poissons de cet ordre , la forme caractéristique d’un entonnoir.

Assurément on ne peut voir un exemple plus simple de squelette céphalique ayant le type de colonne vertébrale , que celui des Lamproies et des Cyclostomes en général.

Si l’on avait eu plus tôt égard à cette conformation simple, il y a long-temps qu’on aurait adopté les vues ingénieuses d’Oken et de Goethe sur le crâne envisagé comme colonne vertébrale , et reconnu que le nombre des vertèbres qui constituent essentieilenient le squelette de la tête, est de sù;, •ni plus ni moins (ï).

Splanchnosquelette et dermatosqudette. Il n’existe aucune trace de squelette cutané dans les Cyclostomes, et cette circonstance , jointe au peu de développement du névrosquelette , fait que le squelette splanchnique a pris un assez ^and accroissement.

Au tronc , les cartilages du splanchnosquelette se déploient autour des organes de la respiration et de la circulation. Chacun des sept trous respiratoires percés sur les côtés du corps , est entouré d’un anneau cartilagineux , tout près duquel , en haut et en bas , se voient des arceaux costiformes et singulièrement dentelés. Ces pièces se réunissent, à la face ventrale , en une longue bande cartilagineuse , simulant un sternum , dont la partie postérieure dégénère , avec les derniers arcs costiformes , en un cornet cartilagineux , égale*

(i) Je serai souvent obligé, dans la suite, d’employer la terminologie des parties primaires du squelette de la tête que de longues recherches m’ont appris être le plus convenable ; on la trouvera au tome ] II de cet ouvrage, dans mes R.echerches snr les parties primaires du squelette, où j’ai eu l’attention de mettre les dénominations usuelles en regard de celles qui sont fondées snr l’examen génétique des parties , et d’indiquer aussi les caractères ou les chiffres qui servent à désigner ces derhières dans les planches.

l44 TUiUTÉ d’anatomie COMPARÉE,

ment dentelé en devant , qui embrasse le cœur et le sépare de la cavité abdominale, comme pourrait le faire un diaphragme cartilagineux (1).

A la tête , on trouve , sous l’œsophage , un appareil de plusieurs cartilages , qui , pour correspondre à la division du névrosquelette de la tête , se partage en deux groupes , l’uu antérieur et l’autre postérieur. Le groupe antérieur consiste en un cartilage transversal , qui s’applique à l’anneau cartilagineux de l’intermâchoire , et présente trois prolongemens , dont deux latéraux et un médian , dirigé en arrière. Le groupe postérieur est constitué par un long cartilage en forme de sternum , qui s’étend jusqu’au squelette branchial, et qui offre un arc cartilagineux transversal fixé à son extrémité antérieure. Toutes ces parties , en se développant, produisent l’appareil hyoïdien chez les Poissons supérieurs. Cependant on doit encore remarquer les articles terminaux de membres tournés en dedans , et représentant , en quelque sorte , les ongles du splanchnosquelette de la tête , c’est-à-dire les dents , qui , dans les Lamproies , sont très-propres à nous révéler la signification fondamentale de la denture chez les animaux supérieurs. Ici elles ressemblent parfaitement aux dents cartilagineuses de l’estomac des Aplysies , ou aux dents cornées du squelette stomacal de l’Écrevisse , et elles ne sont autre chose que les enveloppes coniques cartilaginifiées ou ossifiées des papilles de la cavité orale et de la cavité œsophagienne. On les observe , tant à l’entonnoir de l’anneau cartilagineux de l’intermâchoire , qu’à l’extrémité antérieure de l’appareil hyoïdien dont la description vient d’être donnée,

(i) Je fus d’abord tenté de ranger parmi les dépendances dnnévrosqnelette , cet appareil cartilagineux des Lamproies , qui ressemble à an thorax ; mais des recherches multipliées m'ont convainca qn’il doit être rapporté an splanchnosquelette. On en peut voir une belle figure dans le travail de Born t HnusiHGsa’s , Zeitschrift fier organUche Phjysik, tom. I, cah, II.

SQUEIETTE*.

2. Orthostomes , ou Poissons osseux proprement dits , avec les Microstomes cuirassés. i

Névrosquelette. De même que dans [la classe des Poissons en général , il offre ici une énorme diversité de formes , et l’on est obligé , pour éviter toute confusion , de s’en tenir d’abord à celles de ces formes qui sont le plus régulières. Mais comme les Poissons thoraciques sont ceux qui présentent en quelque sorte le terme moyen du type propre à la classe , sous le rapport du système nerveux et du cerveau , la même chose a lieu pour le névrosquelette , de sorte qu’en étudiant le squelette du tronc et de la tête des Poissons osseux , c’est toujours aux thoraciques , et spécialement aux Cyprins , que nous aurons égard d’abord, après quoi nous indiquerons en peu de mots les principales modifications qui ont lieu dans d’autres familles.

Cependant nous devons encore commencer par signaler les particularités suivantes , comme traits caractéristiques généraux du névrosquelette des Poissons osseux.

1° Au contraire de ce qui a lieu dans les Cyclostomes , on observe partout une séparation articulaire entre le scpielette de la tête et celui du tronc , quoique la colonne vertébrale de la tête et celle du tronc continuent encore à se prolonger toutes deux dans la même direction horizontale.

2° Partout les corps des vertèbres rachidiennes ont la forme de dicônes, de sorte qu’une articulation entre deux vertèbres consiste toujours en deux larges cavités infundibuliformes tournées l’une vers l’autre ( d’après le type représenté pl. vin , fig. ii ) , état de choses qui s’observe également à la jonction de l’occiput avec le rachis , et dont on aperçoit même encore des traces entre les corps de la première et de la seconde vertèbre crânienne.

3® La moelle épinière n’est pas complètement enveloppée

i46 traité d’anatomie comparée.

parles arcs vertébraux du rachis , et la conformation des vertèbres crâniennes , de la première surtout , ne s’élève guère au dessus de celle des vertèbres rachidiennes , à cause de la continuation horizontale immédiate de ces vertèbres avec celles-ci ; cependant elle se distingue en ce qu’à partir de cette famille , on trouve toujom’s , pour les trois grands nerfs et organes sensoriels de l’ouïe , de la vue et de l’odorat , correspondans aux trois masses essentielles du cerveau, trois intervertèbres plus petites , en partie fort incomplètes encore , dont les cartilages globuleux de l’oreille interne et les cornets de l’organe olfactif, dans les Cyclostomes, étaient déjà les rudimens.

4°, Les organes essentiels de la respiration sont enfermés par le squelette de la tète , ce qui fait que le squelette du tronc n’ offre pas réellement de région cervicale , ni de région pectorale , mais seulement un indice de cette dernière.

5° De là vient aussi le peu de développement des côtes, qui ne se réunissent jamais en une colonne rertébrale sternale Ou antérieüre , et qui sont toujours comparables à ce qu’on appelle les fausses côtes chez l’homme.

6° Partout il existe deux paires de membres céphaliques , tous deux prenant racine dans un os costiforme qui appartient à la vertèbre auditive située entre les vertèbres postérieure et médiane du crâne , et qu’on a assez singuhèrement appelé es carré , parce qu'il acquiert une forme à peu près carrée chez les Oiseaux. A partir de cette famille , et dans toutes lès classes supérieures, la paire de membres dirigée en avant se réunit ( à peu près de la même manière que les pattes postérieures à crochets des Lernées se confondent en arc ., § 159 ) pour produire l’arc de la mâchoire inférieure , tandis que celle qui est dirigée eh arrière demeure libre , et forme l’opercule des branchies.

7® Partout il y a au tronc des membres impairs et au moins une paire^de membres pairs , qui affectent essentiellement la forme de nageoires , calquée sur celle des lames branchiales.

8** Oh troh\'^e , le long du rachis et des côtes , de minces rayons osseux engagés dans les chairs , qh’on nommé arêtes ( ossicula musculorum ) , et qui doivent être considérés comme dëS rudimens 'd’ apophysés obliques supérieures ét inférieures des arcs vertébrhtix du rachis.

Sç^'eMtè du tronc. Comme on sait que le squelette dé ïa tête contient essêhti'ellémènt six vertèbres , et qu én sa qualité de formation d’uh ordre supérieur , il donne la mesure de la formation inférieure , c’est-à-dire du rachis , il s’ensuivrait de là qu’tei , où, d’après le § 178 , le squelette n’offre que les régions pèlviénhe , lombaire et épigastrique , avec un vestige de région pectorale ( et en comptant six vertèbres pour chaque régién du tronc ) , ily aurait 3 -f 6 3 vertèbres rachidiennes

situées au dessus de la câvité du tronc , c’est-à-dire tergales.

En éffét , nous trouvons dans la Carpe vihgt-et-une de ces vertébrés , nombre qui se répète aussi à la colonne vertébràle de la queue. Oh voit donc , pl. viii, fig. y, jusqu’en 3, le vestige des vertèbres pectorales , qui sont larges , fortes , soudées en manière de crâne, et pourvues de fortes apophyses transverses et épineuses -, jusqu’en 21, les vertèbres tergales, avée de longues épines supérieures et de courtes épines âccéésoires (fig. m , iv) , et portant les côtes sur de courtés apophyses transverses (fig, iv , c) (jusqu’en 14 , les vertèbres caudales libres , avec de longues épines supérieures , et des épines inférieures qu on doit considérer comme produites par dès cotes Contracfées , soudées ensemble et embrassant le prolongement de l’aorte (fig. i , b ); enfin jusqu’en 18,, dés vertèbres caudales soudées deux à deux , dont la postérieure se prolonge en une pièce terminale , contenant en puissance trois vertèbres , et consistant seulement en corps de vertèbres , dont les larges épines , toutes dirigées en arrière , portent la nageoire caudale .

Le rachis , en général , n’est susceptible que de flexions latérales , et comme il renferme la moelle épinière , régula-

i48 traité d’anatomie comparée.

leur de tous les mouvemens , il devient lui-même un organe

essentiel de locomotion,

Donnons maintenant quelques exemples des modifications que cette structure présente dans les autres genres du même ordré, et dans ceux de Tordre suivant (Microstomes).

Dans les Tetrodon, Batistes, Centriscus , Pegasus et Ostracion, leracliis est très-raccourci : on compte sept vertèbres dorsales et neuf caudales dans XOstracion nasutus, neuf dor-^ sales et neuf caudales dans le Pegasus draco , etc.

Le rachis des Murœna , Silurus et Fistularia est très-allongé , mais d’une manière particulière dans chacun de ces genres ; ainsi , la Murœna helena a soixante-neuf vertèbres dorsales et soixante-douze caudales ; le Silurus glanisn'a. que dix-huit vertèbres au dos et cinquante-deux à la queue -, la Fistularia tahacaria a quarante-sept vertèbres au dos , et vingt-huit ensuite jusqu’à la nageoire caudale , après quoi la queue , indéfiniment prolongée , se continue en un long filament composé d’une cinquantaine et plus de vertèbres cartilagineuses rudimentaires.

Chez d’autres , par exemple , le Xiphias gladius, le Scomhr sarda, etc. , le dernier corps de vertèbre caudale reste droit comme les autres , portant la nageoire caudale à la fois sur son côté supérieur et sur son côté inférieur.

Le plus souvent on n’aperçoit rien [qui distingue les trois vertèbres pectorales d’une manière formelle ( Murœna, Esoæ, Salmo , etc.), ou bien la première vertèbre dorsale seule se caractérise comme telle, en raison de sa forme différente de celle des autres ( Gadus , Xiphias , Fistularia ) , OU bien le nombre de ces vertèbres augmente , comme dans YOphidium, où Ton en compte cinq.

Elles varient aussi , quant à la forme ; ainsi , dans le Cobitis , les apophyses transverses des deux vertèbres pectorales postérieures se distendent sous la forme d’une vésicule , qui entoure la vessie natatoire- et; de? rudiipens de côtes.

Lorsque les épines des vertèbres dorsales , et les épines , ^ant supérieures qu’inférieures , des vertèbres caudales s’oblitèrent et disparaissent , c’est parce que le rachis s’allonge ou se ramasse davantage , comme dans la Fistularia et le Pegas us. Elles sont extrêmement longues dans les Pleuronectes , les Coryphènes , les Balistes. Quelquefois elles s’unissent avec le dermatosquelette , comme dans Y Ostracioncuhicus ( pl. VIII , fïg. XIII ) et le Pegasus.

Les arcs costaux ou protovertébraux des Cyprins affectent plusieurs formes diverses :

1° Celle de côtes proprement dites , qui sont sans connexion sternale, minces et immobiles, comme l’indique la pl. VIII , fig. III ( on en compte seize paires dans la Carpe ).

2° Celle de rudimens de côtes oblitérées et embrassant le prolongement de l’aorte , au dessous des vertèbres caudales ( § 179 et 180 ).

3° Celle de rudimens de côtes pectorales. Dans la Carpe , la paire appartenant à la vertèbre pectorale médiane est arquée de dehors en dedans ( fig. v ) , et adhère à la vessie natatoire par ses sommets (1) ; celle de la vertèbre pectorale postérieure est petite et soudée , pour embrasser l’aorte ; celle de la ver tèbre pectorale antérieure est articulée avec la médiane , trèsmince , en forme de coupe ou de gobelet , et elle se rapporte au labyrinthe de l’oreille interne ;

4° Celle de rudimens d’os de l’épaule et du bassin.

Les premiers sont plus complètement développés que les

(i) La connexion remarqnaHe que cette côte et la première côte pectorale établissent entre la vessie natatoire et l’oreille , a été décrite pour la première fois par VVeber ( jDe aure et audüu, Léipzick, 1820); seulement la considération génétique du squelette prouve qu’il ne faut pas interpréter les noms de marteau , d’enclume et d’étrier , donnés par cet anatomiste à la première et à la seconde côte , de manière à conclure que les osselets de l’onïe devraient , dans la série animale, leur développement à ces deux dernières pièces osseuses.

ï5o ÏRÀITÉ d’anatomie comparée.

autres, et ils s’appliquent immédiatement derrière le crâne sous la forme d’un arc costal complet, divisé en plusieurs pièces. On a donné des noms très-différens à cette ceinture osseuse. Ses parties inférieures , d.ivisées en pièce antérieure et pièp,e postérieure , correspondent aux vraies et aux fausses clavicules {processus coracoideus et clo^vicula ver a s. furçulç^]

( V. pl. VIII, 3 fîg. V, VI , , dd ). Les suivantes , qui sont sou¬

dées avec elles (c) , correspondent à l’omoplate. Puis viennent les parties tergales de la ceinture ( a, b ) , qui n’ont pas d’existence à part chez rhomme , et auxquelles on n’a point par conséquent donné de nom particulier. Les deux moitiés de cette ceinture ne sont unies iiifériem-ement que par des muscles'.

Quant, à la ceintui’Ç pelvienne , elle est largement partagé^e'ibi en portion te.Egàie, tenant à l’omoplate, qu’on appelle queiqùeîois, très à tort, os furculaire ( %. v, vi, a) , et porr lion infériem^e , qui correspond àl’ilion du bassin de l’homnte, est tout-à-fait séparée de la portion lergale,, et se trouve placée au dessous de la région ventrale postérieure ( v, y ).

Toutes ces parties vurient aussi au plus haut degré dans les autres genres des Orthostomes et dans les Poissons cuirassé^ de l’ordre des Miçrostomes.

1° Les côtes proprement dites manquent ordinairement lorsque les anneaux proto vertébraux du dermatosquelette acquièrent un grand développement { 0.struc.%çn^ I)iodon, Syngnaihus). Elles s’oblitèrent.aus^i {Fistularia^ Muræ'tia), ou deviennent très-faibles ( Ophidium harhatum , Gadus Iota), quand le rachis s’allonge beaucoup. Elles manquent quand les membres prennent un grand accroissement {Lophius histrio) , ou deviennent faibles quand les épines des vertèbres sont très-fortes , comme dans les Pleur onectes , chez lesquels elles paraissent en même temps plus plates du côté où il n’y a point d’œil. Il n’est pas rare qu’ elles portent à leur partie supérieure des prolongemens dirigés en arrière ( Perça,

lai

Blennius ocellaris ) , ou bien elles sont fendues à leur base , de manière qu’on pourrait distinguer des côtes externes et des côtes internes { Sciœna umhra ), et alors les externes dégénèrent en arêtes ou osselets museulaifes ( § 17S). Quelquefois aussi il se développe des rudimens de colonnes vertébrales sternales ( ordinairement unies au dermatosqu^ette) , avec des rudimens de côtes sternales ( Clupea harengus , Salmo surinamensis)\ mais alors l’arc côstal ne se ferme pas complètement.

2“ Les rudimens de côtes caudales sont ceux qui varient le moins; mais ils manquent également pliez les Poissons qui sont tout-à-fait privés de côtes ( par exemple dans la Fistularia ). ,

3°LescôtespeçtoralesmanquentlTéquemment, ainsi que les vertèbres pectorales ( § 180 ) ; souvent même elles manquent lorsqu’il n’y a qu’une seule dè ces dernières ( Gadus Iota ') , ou bien elles ressemblent alors à une côte ordinaire faillie [ Xiphias gladius).

4® La ceinture des os de l’épaule ep celle des os du bassin varient extrêmement.

La première s’oblitère surtout dans les Murènes ; car , dans la Murœna helma , on n’en trouve, d’après kpsenthal (i) , qu’une paire de faibles rudimens, qui tiennent à l’occiput. Souvent les deux portions tergales de c|iaque côté se confondent en une pièce fourchue {Silurus g)anis), ou bien la supérieure seule prend la forme de fourche , pour s’unir à l’occiput {Esox , Xiphias). Parfois elles sont seulement fort éloignées de l’occiput [Anarrichas, pl. vin, fig. XII, a, b). Les arceaux inférieurs , contenant les rudimens de l’omoplate et des clavicules, ne forment souvent qu’une seule pièce de chaque côté ( Silurus glanis), mais quelquefois aussi ils sont très-profondément divisés Vt très-

(i) Ichthyotomische Tafeln, Berlin i 8 ra- 1 827 , in-4'’, cah. V, pl. 23.

i52 traité d’anatomie comparée.

forts ( Oscabrion nasutus ). Leur situation libre à la surface du corps fait qu’ils dégénèrent ordinairement eu dermatosquelette ; de là vient que , chez certains Poissons ( Fistularia ) , ils portent deux longues écailles osseuses , dirigées en arrière et appartenant à ce dernier. Peut-être n’existe-t-il de vestige d’un os analogue à une vertèbre sternale que chez le Centriscus scolopax (1).

Quant à la ceinture pelvienne , elle manque tout-à-fait aux Apodes. Ses portions tergales supérieures , qui tiennent aux omoplates , sont quelquefois les seules qui n’existent point {Blennius , Gohius , Echeneis ). Non-seulement elles sont, en revanche , très-développées ailleurs , mais encore elles ont souvent , chez les Thoraciques , des connexions intimes avec les os iliaques proprement dits , qui portent les nageoires yentrdXes {Centriscus, Z eus, Chœtodon). Dans le Pegasus elles ne tiennent qu’à ces derniers.

Les os du bassin sont situés immédiatement au dessous de la ceinture scapulaire chez les Thoraciques. De même que cette ceinture , ils ont toujours des rapports manifestes avec le dermatosquelette; ils s’unissent avec lui par dè larges plaques dans le Pegasus. Dans le Cyclopterus , la fusion des deux os du bassin avec une plaque en forme de sternum du dermatosquelette donne naissance à un large bouclier, qui peut être considéré comme un rudiment du plastron des Tortues.

Leur division en ihon , ischion et pubis, qu’on rencontre dans les formes supérieures , est tantôt plus [Esox) et tantôt moins ( Trigla ) prononcée .

Les os des membres du tronc , dans les Cyprins , se partagent en ceux des membres impairs et ceux des membres pairs.

(i) RosENTHiî., loç, cit., cah, H , pl. lo, Cg. 2 , x.

Les membres impairs sont au nombre de trois , savoir, les nageoires dorsale , anale et caudale.

Chaque nageoire se compose de rayons, et chaque ra^on de deux corps essentiellement coniques , adossés par la base, dont l’un simple , le porte-rayon , est tourné vers le rachis ( pl. VIII , fig. V, O ) , tandis que l’autre , le rayon proprement dit ( p.) , est dirigé en dehors , souvent divisé et composé d’articulations semblables à de petites vertèbres, ou dentelé. Les nageoires dorsale et anale restent libres dans les chairs , au lieu que les porte-rayons des nageoires caudales sont intimement soudés avec les rudimens des apophyses épineuses supérieures et surtout des apophyses épineuses inférieures des dernières vertèbres caudales.

Les membres pairs (d) , au contraire , sont au nombre de deux paires.

La nageoire pectorale , qui correspond en quelque sorte à la main, avec un rudiment d’avant-bras, sans bras, offre deux pièces soudées avec la ceinture scapulaire ( pl. VIII , fig. VI , r ) , indices du radius et du cubitus ; puis des pièces carpiennes ( s ) , déjà ici divisées d’après le nombre six ; enfin les rayons, au plus externe desquels, qui est aussi le plus fort, et représente en quelque sorte le pouce, en succèdent un certainnombre d’autres (seize dans la Carpe), dont la grosseur va toujours en diminuant , et dont le type est le même que dans les nageoires impaires ( fig. v et vi ).

Les nageoires ventrales , sorte de pied sortant immédiatement du bassin , s’attachent d’une manière immédiate aux os pelviens, et ne se composent que d’un petit nombre de rayons ( neuf dans la Carpe ).

Ces parties varient également beaucoup dans les autres genres.

(i) Us ressemblent presque aux os des membres pairs de tons les Céphalozoaires , mais seulement à ceux qui, diaprés § iSg , se portent en rayonnant vers le bas.

l54 TRAITÉ d’anatomie COMPAREE.

Les nageoires impaires manquent rarement ; on ne trouve point de dorsale ni d’anale dans le Gymnotus , point d’anale dans le Gymnogaster. Il leur arrive bien plus souvent de se ' multiplier ; l&Scomher a deux nageoires dorsales, et le Gadus en a trois ; il y en a un grand nombre dans le Scomber; le Gadus a deux nageoires anales , et le Scomher en a beaucoup. Quelquefois elles deviennent d’une grandeur extraordinaire ( Pteraclis, Zeus ) , ou du moins s’étendent fort loin , et font presque tout le tour de l’animal , comme dans les Pleuronectes. Il n’est pas rare que les rayons s’isolent, qu’ils deviennent plus forts et que , surtout chez les Poissons dont le dermatosquelejtte est très-prononcé , ils constituent , par l’adjonction de ce dernier , des armes dangereuses, ce qui arrive principalement aux nageoires dorsales : on en voit des exemples dans le Gasterosteus, le Diodon et surtout l’-EriciMS caïaphracfus , qui a un dermatosquelqtte extrêmement développé et fort armé , et dont les forts rayons du dos se croisent comme des chevaux de frise, quand il se dressentl

A l’égard des nageoires paires , on doit principalement remarquer le développement excessif des rayons des pectorales dans les Poissons volans , et celui de l’avant-bras dans les Lpphius et Chironecfes, OÙ l’on aperçoit d’une manière bien distincte un cubitus et un radius. Il n’est pas rare non plus , dans ces nageoires , que quelques rayons se détachent des autres en forme d’aiguillons.

Squelette delà téte.yjr- La construction de ce squelette dif- JSeile à comprendre a fourni matière aux interprétations les plus variées. Nous ne pouvons point nous engager ici dans des discussions polémiques à son sujet , et nous nous bornerons à l’envisager spus le point de vue que bien des apnées d’étude nous ont appris être le plus simple et le plus naturel,

La simplicité de segmentation qui règne chez les Cyclostomes; fait place ici à une structure fort compliquée ; cependant les Cyprins sont encore les Poissons chez lesquels on

squelette. 1 55

parvient le plus facilement à concevoir cette dernière, et nous allons passer brièvement en revue les diverses parties dont le squelette de leur tête se compose.

Au total;, le crâne des Cyprins décrit en dessous une ligne directe’, parce qu’il est un prolongement du rachis ; il est faiblement .voûté, en dessus , et forme en dedans une cavité oblongue, trois fois plus spacieuse quç la masse du cerveau.

on le contenqDle dans un squelette dé&artic.ulé de tête ( pl. VIII , fîg. VI ) , on reconnaît bien manifestetnent que ,çe prolougemeut de la colonne vertébrale est formé de quatre fortes yertèlDres soudées ensemble, et.de deux autres vertèbres rudimentaires et libres , avec leurs arcs costaux. ( Gopipare? ,. pour ce qui suit, les fig. y et VI.)

La vertèhxs occipitale ressemble encore entièrement à une vertèbre thoracique très-déveîoppée : on remarque surtout ses apophyses transverses (1, f), qui sont conformées comme dans les vertèbres pectorales , et l’apophyse épineuse inférieure , percée par l’aorte ( 1 , g ),'qui a la même signifiçar tion que celle des vertèbres caudales ( § 181 ) , ç’est-àrdire qui consiste en rudimens de cotes.

yient ensuite la: Tfirtebr.ç auditive, fermée en haut par un os wormien qui porte l’épipe occipitale , et en bas par un.e famé qui couvre intérieurement fe corps de la vertèbre occipitale.

Puis, on trouve la qui consiste en un

long corps sphénoïdal ( ti, a), des ailes sphénoïdales postérieures arrondies (, n,. b j, et d’étroits pariétaux ( ijl, c ).

Il ne s’est point encore développé de vertèbre opt^ue osseuse , quoiqu’elle soit indiquée par un arc costal .dont nous parierons plus loin.

On rencontre ensuitelsi vertèbre sincipitale, sans corps vertébral , avec les ailes sphénoïdales antérieures arrondies 1 iii , b ) , et un grand os frontal aplati qui la ferme ( pi , c).

Puis vient la vertèbre olfactive , dont il ne s’est 4,éyelQPpé

ï56 TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE.

que les parties inférieures et latérales (3, b), qui enveloppent et laissent passer le nerf olfactif.

Knfin , on aperçoit la vertèbre nasale. La cavité crânienne se termine en elle par un cul-de-sac. Elle devient tout-à-fait lame de séparation , corps de vertèbre, avec deux surfaces articulaires libres (iv, a), et lame tectrice ou os dunez(iv, c), le tout d’une une seule pièce. Entre elle et la vertèbre sincipitale, on trouve , sur la face supérieure , une espèce de fontanelle chez les jeunes individus.

Jusqu’ici tout est soudé en une seule pièce (le crâne).

Plus en devant , on découvre des pièces mobiles , resserrées à peu près comme les osselets de la queue le sont au sacrum , savoir , d’abord le rudiment d’un corps de vertèbre maxillaire ( V , c ) , et , en second lieu , un rudiment simplement cartilagineux de vertèbre intermaxillaire (VI, C).

Quant aux arcs costiformes du squelette de la tête , dont la véritable nature n’a ordinairement point été reconnue, là même où la colonne vertébrale de la tête se montrait cependant en parfaite évidence, partout , et à plus forte raison dans les Poissons les plus réguliers , c’est aux vertèbres crâniennes proprement dites qu ils sont le moins développés, aux intervertèbres et aux vertèbres faciales qu’ils le sont le plus ; car , lorsque le développement est très-prononcé d’un côté , la substance plastique manque d’un autre côté.

A l’égard des arcs costaux de la tête en particulier , dans les Cyprins , nous avons déjà vu comment les rudimens des côtes occipitales se ramassaient en une apophyse épineuse inférieure perforée.

Les côtes de la vertèbre auditive , librement engagées dans les parties latérales de leur vërtèbre (pl. viii , fig. v, vi, ig ) , se partagent en deux segmens, l’un antérieur et l’autre postérieur. C’est la partie qu’on a coutume d’appeler os carré dans les classes suivantes , où elle a moins d’étendue. Elles consistent ici chacune en quatre pièces , descendent en forme

d’arc dans le fond de l’orbite , et se terminent derrière les os'palatins antérieurs.

La côte de la vertèbre centricipitale (il g ) , OU l’os palatin postérieur , n’est qu’un simple rudiment , et se trouve logée , avec la côte sincipitale, dans l’arc de la côte auditive.

On trouve ensuite , en dehors, et au dessous de l’œil , un jugal composé de quatre pièces squamiformes (1) : c’est la côte oculaire (2, g) , qui suit à peu près la même marche que la côte auditive , et dont la vertèbre s’est à peine développée ici.

Plus loin, on voit la côte sincipitale rudimentaire, dont il a déjà été parlé ( ni , g ) , ou l’os palatin antérieur , et le petit fragment arqué en devant d’une côte olfactive ( 3 , g) , ou les deux os squameux de l’os lacrymal.

Viennent ensuite lés côtes faciales , savoir : les côtes de la vertèbre nasale, composées de deux pièces, et librement engagées dans leur vertèbre (iv, g), ouïes os palatins antérieurs ; et les pièces qui ressemblent le plus à des arcs costaux , c’est-à-dire les arcs maxillaires supérieurs '( v, g ) et les arcs (vi, g) , qui , avec leurs rudi-

mens de vertèbres , sont mobiles de bas en haut vers le crâne, et de haut en bas vers la bouche, à peu près comme la visière d’un casque , et représentent ici , à proprement parler, la lèvre supérieure.

Pour ce qui regarde enfin les membres céphaliques, le crâne est déjà trop perfectionné dans les Cyprins pour qu’il ait pu se développer des membres impairs. Les membres pairs , qui restent toujours soumis à la loi précédemment ex-

( i) Le développement prédominant da dermatosqnelette dans cette classe, înflae encore ieauconp sur la forme squameuse des parties du névrosquelette, qui d’ailleurs sont souvent placées à la surface même du corps, comme de véritables écailles cutanées. Cette affinité explique également deux particularités que l’on rencontre ici , savoir, que les parties dn névrosquelette continuent à croître pendant tonte la vie , et que les os du crâne ne sont unis ensemble qu’à l’aide de simples sutures squameuses.

1 traité d’anatomie comparée.

posée (§ 159), et qui doivent partir de Tare costal, en rayonnant , soit vers le haut , soit vers le bas , ont tous deux potir point de départ la côte auditive. L’un monte du segment postérieur de cette côte, ét forme Xûpercùle (i, h*), qui éàt libre à son extrémité , et résulte de trois àrticles , un inférieur et deux terminaux , c’ést-à-dire dé trois os squamiformes, dont le plus grand fest librement annexé à sa côte. L’autre descend du sregmént antérieur de la côte auditive , et forme la moitié âe la mâchoire inférieure ( I , h ) , laquelle consiste en un article inférieur et un article terminal (*et**), se trouve déjà pourvue d’une apophyse cor onoïde bien distincte, et se joint à celle du côté opposéj pour produire Y arc de la mor éhoire inférieure, dont la petitesse dans les Cyprins n’annonce pas moins que celle des vertèbres faciales et des côtes un développement plus' élevé du crâne, tandis que, dans les Lamproies, la portion faciale de la partie crânienne de la tête avait éneore une si grande prépondérance.

Après avoir bien reconnu , comme nous venons de le faire, lès éléméns du squelette de la tête dans le genre le plus régulier de tous , il ne sera pas difficile de comprendre aussi les formés extrêmement différentes que ce squelette offre dans les nombreux autres genres , pourvu qu’on ne perde point de vue que tantôt un des élémens et tantôt un autre s’agrandit ou se contracte , que l’un se multiplie quand l’autre disparaît OU se confond avec d’autres , etc. Il ne nous est possible de parcourir ici que quelques unes de ces variations.

En ce qui concerne la colonne vertébrale céphalique et ses côtes , nous voyons d’abord qu’un balancement remarquable a lieu entre les régions crânienne et faciale. Ainsi , dans le Diodon hystriiv {i) , le crâne plat et arrondi s’étire beaucoup en largeur, et les os frontaux acquièrent des dimensions

(r) Y, mes Tahulœ ariat, comparât àllmtrantes , pars II, pl. vir.

démesüréès; mais, enrevanchë,lârégio]i faciale s’oblitère én quelque sorte, car les rüdimens de vertébrés de la mâchoirè supérieure et de l’intermâchoire , avec les arcs costaux etixmêmCs , sè confondent en une seule arcade osséùse située en travers ; l’inverse a lieu dans le Xiphias gladius, l'Esox bellôné , la Fistularià fabdcaHd ét autres , ôù là région faciale a une longueur disproportionnée , tandis que le crâiie est réduit à de plus petites dimensions, cependant rallongement de la face s’opère ici de plusieurs manières différentes. Dans le Xiphias et YEsoûèj il dépend de l’intermâchoire , qui est extrêmement longue et solidement fixée , ainsi que la mâchoire supérieure , à l’os du nez , tandis que , dans la Fisfularia ( de même que dans le Cenfriscus) , il résulte uniquement des ôs du nez et des arcs palatins , la mâchoire supérieure et l’intermâchorte étant petites , conformées presque comme dans la Carpe, et situées à l’extrémité du long tube que représentent ces os.

Dans d’autres Poissons , la disproportion entre le squelette crânien et le squelette facial ne tient point à un allongement quelconque , mais au développement massif de certaines parties de ce dernier ; c’est ce qu’on voit par exemplé dans VÂnarrhichas lupus (pl. VIII, fig. XII ), chez lequel, à un accroissement extraordinaire de la côte intermaxillaire et de la côte palatine antérieure , qui sont armées d’une manière formidable , se joint une oblitération bien prononcée de la côte maxillaire supérieure. La même chose a lieu dans le Lepadogaster dentex (1).

On doit également signaler , à cause du développement extraordinaire de la quatrième vertèbre céphalique ( les os du nez ) , la Trigla hirundo , chez laquelle l’os frontal devient en même temps petit (2) ; les Scorpènes , dont la plupart des os du sque-

(1) V. mes Tahulœ anat. comparât, illustrantes^ pars II, pl. vxr.

(2) B.0SEHXHA1,, loc. cit., pl. xTiir. Rosenthal, qui adopte partout une terminologie confuse, continue toujours ici à donner le nom de mâchoirs supérieure aux os du nez.

i6o traité d’anatomie comparée.

lette céphalique sont squameux et garnis d’épines ; les Coryphènes , dont la voûte crânienne s’élève au dessus de la vertèbre auditive, de la centricipitale et de la sincipitale , eu une crête osseuse énorme et épineuse (1); ÏEcheneis, dont la voûte du crâne est aplatie et profondément enfoncée, surtout au dessus de la vertèbre sincipitale et de la vertèbre nasale ; les Murènes , notamment la Murœna helena (2) , dont le squelette de la tête est déjà parfaitement conformé comme celui des Serpens , mais surtout dont la région faciale est fermée , et dont la côte de la vertèbre auditive offre une conformation semblable à celle qui a lieu chez les Oiseaux et les Serpens , sa moitié supérieure étant très-développée, en manière d’os carré proprement dit , jusqu’à l’articulation de la mâchoire inférieure , tandis que sa moitié antériêurè, semblable à une côte élancée , s’insère à la région palatine ( disposition qui rappelle en quelque sorte les rapports de l’omoplate et de la clavicule ).

Enfin , il ne faut pas omettre de faire remarquer une particularité qui n’a lieu que dans cette classe et dans cet ordre, le défaut de symétrie du squelette de la tête dans les Pleuronectes, dont les deux yeux sont situés du même côté. Cependant, comme cette transposition des yeux ne porte pas une atteinte essentielle à la symétrie du cerveau ( § 93 ) , elle ne trouble pas non plus beaucoup celle du squelette de la tête , dont le dérangement ne porte , à proprement parler, que sur la vertèbre optique destinée aux nerfs optiques et qui n’est indiquée ici que par ses côtes. En effet , la côte de cette vertèbre ( le jugal ) se réduit à rien du côté où il n’y a point d’œil , tandis que celle du côté opposé devient beaucoup plus forte ; le développement du sinciput est gêné , aux os du front et du côté où se trouvent les yeux , par l’œil supérieur , qui se trouve refoulé en haut ; les arcs costaux du

(tyiFoyeg mes Tabulée anat. comparai, illustrantes , loc. ci'.

(a) Roseiîthai., loc, cit., pl. xxiit.

SQUELETTE. l6c

côté privé d’œil s’aplatissent un peu , mais , du reste , la structure demeure en parfaite correspondance avec le type ordinaire , quoique le crâne en général soit oblitéré.

Les membres céphaliques offrent également les modifications les plus diversifiées dans les autres Orthostomes et dans les Poissons Cataphractés.

Nous devons parler en premier lieu des membres céphaliques impairs , auxquels il faut rapporter d’un côté la mâchoire supérieure démesurément allongée , comme dans le Xiphias, mais surtout, d’un autre côté , la nageoire céphalique , continuation incomplète de la dorsale. Ce membre du sommet de la tête se présente sous les formes suivantes.

1“ Celle de rayons isolés le long de la ligne médiane du crâne , dans le Lophius.

2“ Celle de nageoire complète et semblable à la dorsale , avec des porte-rayons et des rayons , dans les Coryphènes et les Pleuronectes ;

3° Celle de ventouse dans ÏEcheneis , organe qu’on doit considérer comme résultant des deux moitiés de la nageoire du sommet de la tête , écartées l’une de l’autre latéralement , et dont le squelette se compose d’environ dix-huit lamelles osseuses transversales , minces et dentelées en dessus qui s’unissent à la voûte déprimée du crâne , par le moyen d’apophyses épineuses ( porte-rayons de la nageoirê ) (1).

Les membres ordinaires varient également

beaucoup. Le supérieur, ou l’opercule, se convertit souvent presque entièrement en une écaille cutanée épineuse ( iScprpœna, Tripla) ; il se fait quelquefois remarquer par une largeur et une grandeur proportionnellement considérables ( Lophius histrio , OÙ il dépasse de beaucoup la tête en grandeur ) (2) ; parfois aussi il se rapetisse heaucoup {Murcena helena), L’in-

(1) Rosehthai. , Zoc. pl, XX. . . ,

(2) /iicZ, pl. xrs , fig, 2.

lêi TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE.

férieiir , oti M mâchoire inférieure , correspond , la plupart du têitîps, an développement de la côté intermâxillaire,ce qui luit qu’il est màssif et volumineux dans V Anarrhichas lupus ( pl. VIII , fig. XII , h ) et le Lepadogaster cZe«fea;, très-prolongé en avant et pointu dans XEsox beUoiie , large et én forme de fer à clieval dans le Biodon Ùystrix , petit et grêle dans la Fistularia et le Centriscus; au contraire , il est de moitié plus petit que l’intermâchoire dans le Xiphias gladiüs, ét de riôuvéau beaucoup plus gros qu’elle dans le Silurus gîdnis; fré^ quemment aussi ( ce qu on voit déjà , par exemple , dans lé Broehèt) , il lui arrive de se résoudre en ses parties primaires d’uiié manière bien plus prononcée que chez les Cyprins.

Enfin , nous ferons remarquer que le Silurus glanis offié encore le vestige d’un membre céphalique antérieur, dans l’os particulier , et mobile sur le petit rudiment de mâchoire supérieure , qui sert de racine à un barbillon implanté de chaque côté à la lèvre supérieure.

Splanchnôsquélette. On ne le rencontre , chez ces Poissons , qu’au dessous et en dedans de la tête , et du reste entourant surtout , comme dans les CyclostOmes , le commencement des voies digestive et respiratoire. On y distingue des arcs costiformes et deS membres rayonuans ( ongles ou nageoires) , qm se dirigent ou en dedans ou en dehors.

Le nombre dés arcs costiformes correspond exactement à celui des vertèbres Céphaliques essentielles , c’est-à-dire qu’41 ÿ en à six , dont les quatre médians se rapportent à la respiration , tandis que rantérieur et le postérieur appartiennent à là digestion. Le plus antérieur de ces arcs est osseux ; on lui donne le nom d'hyoïde , et c’est celui qui a la structure la plus complexe. Ses deux branches sont logées', absolument à la manière dé côtes , en dfedans de la côte de là vertébré auditive. Elles se partagent primairement , de chaque côté , en quatre Segmens, qui cependant ne sont pàS tous déVèlo'ppës partout. Le segment supérieui' manque chez les Cyprins , tandis que

SQUELETTE. l63

l’inférieur est divisé en deux pièées plaéées l’une à côté de l’autre ( pl. viii, %. vi , F' f" f ' ). Dans le Brochet, au contraire , le segment supérieur s’est développé sous une forme qui est déjà celle de l’os styloïdé , qu’en effet il constitue chez les Mammifères. En général , sa forme varie beaucoup ; il est pitfs mince que partout ailleurs , et presque filiformé , dans la Murcëna heléna (nouvelle analogie avec les Serpens).

Dans le milieu , à l’endroit où les deux branches se touchent , il se développe , tantôt plus et tantôt moins manifestement , un corps de vertèbre , analogue à un sternum , qui sé prolouge postérieurement, entre les arcs branchiaux , en une colonne sternale, et qui antérieurement se prolonge, par un corps particulier de vertèbre (pl. viii, fig. vi et vu, 2'), en UH membre impair, la langue cartilagineuse. L’hyoïde relativement le plus grand , et qui répand ses rayons sur lé tronc entier, se trouve , d’après Rathke (1), dans le Lophûis Faujas.

Viennent ensuite quatre arcs Iranehiaus , souvent plus cartilagineüx qu’osseux , qui , de chaque côté , sont composés de plusieurs pièces ( jusqu’à quatre ) , et dont la conformation varie beaucoup (fig. vu , 1 à 4). On trouve aussi entre ces arcs Une paire de corps de vertèbres semblables à un sternum ( m ), offi'aat chez les Cyprins un arc inférieur vertébriforrae , mais ouvert, pour les artères branchiales (n). Enfin l’on aperçoit là paire de mâchoires pharyngiennes (o), qui, chez les Cyprins , dont les mâchoires ne portent pas de dents , est fortement armée et osseuse , tandis que , dans les Poissons dont les mâchoires sont garnies de fortes dents, comme le Brochet , lé Bars , l’Anguille , elle consiste en lamelles minces , éartilagineuses ou osseuses. Il ne se forme jamais de vertèbre sternale entre ses arcs.

A l’égard des rayonnemens , les uns sont tournés en de- (i) Veber den Kimempparat und den Zungenbein, iSSa.

l64 TdAITÉ d’anatomie COMPARÉE.

dans; ce sont alors des métamorphoses de l’épithélion des cavités orale et gutturale , des papilles couvertes d’indurations coniques se développant en autant de dents , qui , lorsqu’elles deviennent plus prononcées, prennent racine dans les os situés derrière la membrane de la bouche. On trouve des dents , tantôt seulement aux arcs branchiaux et aux mâchoires pharyngiennes ( chez les Cyprins , f. vu ) , tantôt à la mâchoire inférieure, à l’intermâchoire et aux os palatins (dans X Anarrhichas (fig. XII) , dans XEsox, où le rudiment de la sixième vertèbre céphalique est également denté , dans le Salmo , etc. ) , tantôt aussi seulement à la membrane molle de la bouche ( comme chez le Cyprinus earpio , derrière les mâchoires pharyngiennes ).

Du reste , la forme de ces dents de Poissons varie prodigieusement ; mais elles ont toujours pour forme fondamentale le cône. Les dents des mâchoires pharyngiennes de la Carpe ressemblent à des molaires ; les dents maxillaires des Pleuronectes, à des incisives ; et la plupart des autres, àdescrochKs ou à des canines. Toutes sont composées de substance osseuse et d’émail.

Les rayonnemens tournés en dehors ont toujours la forme de nageoires , ou même la forme primitive de tout rayonnement constitutif d’un membre , c’est-à-dire , celle de lames branchiales. Ces dernières se voient aux arcs brancliiaux , en devant, et contiennent de petites lamelles cartilagineuses. Les rayonnemens en forme de nageoires s’observent à l’os hyoïde , à l’égard duquel ils se comportent à peu près comme les nageoires pectorales envers la ceinture scapulaire. De là résulte ce qu’on nomme la membrane hranchiostége , avec ses rayons osseux , dont le nombre varie ( trois de chaque côté, dans le Cyprinus, fig. VI, q; douze, dans XAmia; trente, dans r.E/ops;sept, à‘àm>\ÿiScorpœna etX Anarrhichas , fig. XII, q , 7), tandis que , dans le milieu , sous le corps vertébral, là où les arcs de l'hyoïde se rencontrent , une couple de ces rayons de

SQUELETTE. l65

la membrane branchiôstége se soudent ensemble , produisant ainsi un os impair , sur lequel on distingue encore des traces bien évidentes de sa formation par deux rayons (fig. vi, q'), qu’Oken désigne sous le nom très-convenable de tige de l’hyoïde (1).

Dermafosquelette. Quand il n’est pas réduit, comme dans le Gymnoius , à la condition d’un simple épiderme corné fort mince , il se manifeste sous trois formes différentes , dans lesquelles on ne peut méconnaître une transition aux enveloppemens testacés généraux ou anneaux squelettiques de la peau des animaux inférieurs , par exemple des Échinides ou des Décapodes , quoique la composition matérielle soit déjà devenue tout-à-fait différente , attendu que ce n’est plus du carbonate , mais du phosphate calcaire qu’on rencontre. Ces formes sont :

1® Des enveloppemens généraux du corps , qui ressemblent à des coquilles d’œufs ;

2° Des anneaux testacés extérieurs (protovertèbres), cor respondant aux vertèbres rachidiennes et aux arcs costaux qui existent dans l’intérieur ;

3® Des fragmens d’anneaux semblables , qui ne couvrent que des points isolés de la peau ;

4® Des points d’ossification isolés de la peau , des écailles ou des plaques.

(i) On pent citer comme une des moins henreuses tentatives pour compléter l’interprétation des parties dn squelette , celle de Geoffroy St*Hilaire, qui regarde l’hyoïde des Poissons , avec ses rayons de membrane branchiostége, commentant la même partie qui, cbez les animaux supérieurs, et en particulier cbez les Oiseaux , apparait sons la forme de sternum , avec des côtes sternales. Quand on s’en tient rigoureusement à la progression génétique dans l’étude des formes, on évite toujours les erreurs de ce genre,, qui ne se glissent que trop aisément lorsqu’on s’attache à l’analogie des formes dans des organisations éloignées, et qu’on néglige d’avqir éçard aux anneaux intermédiaires.

l66 traité d’anatomie comparée.

On trouve des formes de la première espèce dans les genres Diodonet Tetrodon, où l’enveloppe du corps,

qui rappelle presque le test des Oursins , se divise en une multitude de plaques régulièrement hexagones ( pl, viii , fig.

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