TOMBEAUX, MOMIES
sent îles tombeaux. A peu de profondeur, on rouvail bientôt, des ossements humains, des débris d’ornements, des armes de silex, de serpentine ou de bronze, eL des ossements de petits animaux qui pouvaient y avoir été enterrés avec le mort. On y a vu aussi quelquefois, à côté des pierres du tombeau, îles os de cheval et d’autres grands Quadrupèdes. Le plus remarquable des monuments de ce genre est celui qu’on appelle pierre marline, dans la commune de Livernon, près Figeac, département du Lot. La pierre supérieure a 22 pieds et demi de long, 9 pieds 2 pouces de large-, et près de 2 pieds d’épaisseur. Celte masse énorme repose sur les deux autres pierres parallèles; elle est en équilibre sur leur rentlure, et il suffit de la moindre pression avec un doigt pour lui donner un mouvement d’oscillation qui se prolonge assez longtemps. ( Statistique du département du Lot , par feu Delpon ; ouvrage manuscrit, couronné par l’Académie des sciences en 1821.)
90. Momies gauloises. On appelle ainsi des corps desséchés, trouvés en Auvergne dans le siècle dernier. Ils ne portent cepen-
dant les traces d’aucune préparation balsamique; ils sont entourés de linges, ët paraissent avoir été ensevelis avec quelques Soins. Peut-être leur conservation est-elle due à là nature du sol, plutôt qu’à un embaumement dont on ne connaît que ces deux exemple?! Ces momies gauloises sont déposées au cabinet d’anatomie comparée du Jardin du Roi.
91. Les Romains appelaient sepulcrum lés tombeaux ordinaires, et monumcnlum l’édilice consacré à la mémoire d’une personne sans aucune cérémonie funèbre; de sorte qué le même mort pouvait avoir plusieurs monuments , et dans des lieux divers : mais né pouvait avoir qu’un seul tombeau. Les tombeaux romains sont très-divers, quelques-uns ■ étaient, des tours à plusieurs étages; tel est ! celui de Saint-Remi en Provence; et deuk: tours également funéraires ont été récemmenl démolies à Aix, dans la même province. Les tombeaux les plus communs sont un cippe en pierre, plus ou moins considérable; . plus ou moins orné, ordinairement de forme quadrangulaire, et portant sur sa face principale l’inscription latine qui rappelle les noms, les titres et la filiation du défunt. Les-
TOMBEAUX, MONUMENTS, URNES, etc. 119
inscriptions funéraires commencent ordinairement par les lettres D. M. Dits manibus. Suivies des prénoms, nom et surnoms du nort, au génitif et au datif; assez souvent :es signes D. M. manquent, et alors les noms üt titres du mort sont au datif. On y lit aussi Quelquefois son âge, en années, mois et jdurs, 5t le nom du parent, de l’affranchi ou de l’ami qui a posé le monument sur la tombe tu défunt. Lorsqu’il était enfermé dans tan tarcophage, l’inscription était gravée sur la partie antérieure de la cuve. Ou trouve dans les inscriptions de ce genre beaucoup de tonnées précieuses sur la propriété des tombeaux; on y voit tantôt qü’il ne doit point ervif à l’usage des héritiers, H. M. H. N. S.: I Hoc monumentum hœredes non sequilur ; tu bien encore, H. M. AD. H. N. TRANS. , ïloc monumentum ad hœredes non transit ; 5t tantôt jusqu’où l’on portait les précautions Dour que le tombeau subsistât toujours malgré le changement de propriétaire du sol. 2eci s’appliquait surtout aux tombeaux par - '■iculiers , car chacun pouvait avoir le sien; •es tombeaux de famille étaient ceux que le thef faisait construire pouf lui, ses enfants.
120 MONUMENTS d’aHCHITUCTURK.
.ses proches et ses affranchis; enfin un espace, i dont l’inscription indiquait l’étendue, était sacré comme le tombeau, et suivait sa desti — | nation. Après que le corps était brûlé, les cendres étaient enfermées dans une urne ci- : nêraire, vase de toute matière et de formes variées, avec ou sans inscription; on en voit dans toutes les collections, e(. quelquefois aussi, au lieu de l’urne, on employait au même usage des coffrets de marbre ou d’argile, ornés de symboles ou de bas-reliefs analogues : une inscription funéraire indique assez clairement leur véritable objet. Les urnes de la même famille étaient quelquefois déposées dans un local préparé à cet effet, occupant! un assez petit espace, et contenant néanmoins les cendres d’un grand nombre de corps. Ses murs intérieurs étaient percés de plusieurs étages de petites niches cintrées, et dans cha-' cune on plaçait et on scellait une ou plusieurs urnes, jusqu’à quatre au plus; des inscriptions gravées ou attachées dans l’intérieui des niches indiquaient le nom et les qualités du défunt : c’est ce que les Romains appelaient un columbarium, nom tiré de l'aspect j intérieur de l’édifice et de la similitude des
voies Publiques, camps, etc. 12t
niches avec les trous où les ‘pigeons font leurs nids. Gori et Bandini ont donné de savantes descri ptions du columbarium des affranchis de Livie. Quand le défunt, mort à la guerre ou sur la mer, n’avait pas reçu les honneurs de la sépulture, on lui élevait un cénotaphe, tombeau vide, avec des honneurs et des cérémonies réglés par les lois; ces cénotaphes portaient les mêmes ornements que les sarcophages et les tombeaux. Quant aux inscriptions funéraires, partie essentielle de ce genre de monuments, nous en traiterons plus au long dans la section relative aux inscriptions romaines.
SECTION IX
Votes publiques, camps et aqueducs romains.
92. finies publiques ou militaires. Des relations suivies entre les hommes et les peuples de divers pays tirent bientôt sentir la nécessité des voies publiques, chemins ou routes. Tous les peuples en construisirent, mais avec plus ou moins de solidité et de perfection. On a trouvé en Égypte des rou-
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tes et des chaussées construites avec beaucoup de soins; mais il ne paraît pas que les Grecs se soient occupés à donner aux voies publiques les dispositions qui en rendirent ailleurs l’usage utile et commode. Hérodote dit qu’à Lacédémone ce soin était dévolu aux rois, et les grands chemins sont au nombre des objets que Strabon dit avoir été négligés par les Grecs; aucun peuple n’égala donc les Romains dans ce genre d’établissements publics.
93. proies romaines. Leurs restes, et ils sont assez nombreux en France, excitent encore, par leur solidité, l’admiration des voyageurs. y/ppius Claudius, l’an 442 de Rome (311 ans avant J.-Cr) , lit construire la première voie pavée, depuis la porte Capène jusqu’à Capoue; elle porte encore le nom de Via ylppia ou Voie appienne. Les routes principales qui traversaient les Gaules sont : 1° la - Via Aurélia, de Civita-Yecchia (Forum Aurelii ) à Arles ; 2“ celle d 'Emporium, prés des Pyrénées jusqu’au passage du Rhône; 3° la Vïd Domitia , deDomitius Alienobarbus, qui traversait la Savoie et la Provence; 4° celle qui fut construite par Pompée,
VOIES PUBLIQUES, CAMPS, etc. 123
et qui se prolongeait de l’Italie dans les Gaules à travers les Alpes; 5° la voie militaire par le val d’Aoste, aboutissant à Lyon; 6» sa prolongation par Agrippa , conduisant dans l’Aquitaine par l’Auvergne, au Rhin près de l’embouchure de la Meuse, à l’Océan par la Bourgogne et la Picardie, et la quatrième à Marseille. Rome était le point central auquel toutes les routes aboutissaient par de nombreux embranchements qui réunissaient ainsi les provinces les plus éloignées. On peut consulter à ce sujet, et pour les directions et pour les distances, l’Itinéraire d’Ailtonin, la carte romaine publiée par Peutinger, et surtout l’ouvrage de Bergier sur les grands chemins de l’empire romain. Aiiguste donna un soin particulier à l’établissement des grandes routes (V. Colonnes militaires, au n° 58); il y plaça des messagers, et ensuite des courriers. 1 Les Romains affectaient de donner à leurs routes une direction droite, et d’éviter les sinuosités, en comblant les endroits trop bas, abaissant les élévations, perçant les rochers et les montagnes, et éditlartt des ponts. Deux sillons indiquaient d’abord la largeur de la roule; on enlevait tout le terrain meu-
ble sur celle surface, et celle excavation jusqu’au terrain solide était comblée par des matériaux de choix jusqu’à la hauteur déterminée pour la route, selon qu’elle était dans la plaine, la montagne, ou des terrains marécageux. Bergier cite des voies romaines en France qui s’élèvent jusqu’à 20 pieds audessus du sol. La plus basse couche, le statumen, se composait de moellons plats noyés dans le mortier; la seconde, appelée radus, était un blocage de petites pierres mêlées de mortier ; la troisième, le nucléus ou noyau, se composait d’un mélange de chaux , de craie et de terre franche battues et corroyées ensemble, quelquefois aussi de gravier et de chaux, et c’était dans celle troisième couche qu’était placée la quatrième, le summum, dorsum ou summa crusta, composée de cailloux ou de pierres piales taillées en polygones irréguliers ou équarries à angles droits. Quand on ne plaçait pas la quatrième couche ou le pavé, la surface était un mélange de gravier broyé et de chaux; quelquefois les Romains substituaient la terre franche à ce mortier, mais ils donnaient le même nombre de couches fortement massivées avec des pi-
VOIES PUBLIQUES, CAMPS, CtC. 125
Ions terrés. Les bords des chemins élevés étaient soutenus par des murs de revêtement. La largeur ordinaire des grandes voies romaines était de 60 pieds, et divisée en trois parties : celle du milieu, un peu plus large, était bombée et pavée, les deux, parties latérales étaient cou vertes de gravier; on en eonnait cependant qui n’avaient en tout que 14 pieds de largeur. On voyait sur les grandes routes des temples, des arcs de triomphe, des villœ, et surtout des monuments funéraires, qui rappelaient aux voyageurs le souvenir des hommes illustres ou des événements mémorables. On sent aisément que l’importance des communications réglait principalement la direction et la construction plus ou moins parfaite des routes romaines. Ce qui vient d’être dit suffira pour en faire reconnaître les vestiges, et une tranchée qui mettra à jour les différentes couches, sera encore la plus sûre indication pour les archéologues.
94. Camps romains, camps de César. On donne celle dernière dénomination à des camps retranchés qui remontent à une assez grande antiquité. Ces camps sont assis sur des
12*) MONUMENTS D’ABCHITECTUIIE.
points élevés ou appuyés d’un côté sur une rivière, ou bien entourés de vallées profondes qui leur servaient de défense. Si quelque côté était inaccessible par sa pente, on n’y faisait aucun travail ; sur les autres on élevait des retranchements de plusieurs pieds, défendus par un fossé, et aussi des terrassements en dos d’âne. On y ménageait les issues nécessaires aux communications extérieures. L’état des murs et des travaux servent, en général, à caractériser ces camps et à reconnaître leur époque. A en croire certains écrivains, il en existe un assez grand nombre en France, mais on ne doit pas donner à tous le nom de camp de César ; ce chef militaire ne les a pas fait construire tous, et les généraux qui lui succédèrent dans la Gaule se trouvèrent souvent dans la même nécessité. Il faut aussi distinguer les camps romains de ceux que d’autres peuples construisirent aussi dans les Gaules à des époques postérieures. On trouve daus ceux qui sont réellement d'origine romaine, des débris d’armes et des médailles; c’est le signe le plus certain de leur véritable temps, et l’on ne doit pas oublier que la nature du lieu où ils étaient assis, ses pentes
VOIES PUBLIQUES, AQUEDUCS, etC. 127
et ses directions, eurent une influence inévitable sur la forme et les dimensions des camps des Romains. On ne saurait donc en assigner de générales.
95. Aqueducs. Ils furent inconnus aux Grecs, et les Romains multiplièrent ce genre de construction, à Rome et dans toutes les provinces. Les aqueducs étaient apparents ou souterrains . Ceux-ci, qui traversent quelquefois des espaces considérables et des rochers, contenaient des tuyaux en argile ou en plomb, marqués très-souvent ou du nom du potier, ou des noms des consuls, et ces tuyaux sont ronds ou semisphériques. Les tuyaux antiques sont très-communs en France, et prouvent, par les soins apportés à leur fabrication, ceux que les Romains donnaient aux aqueducs même particuliers, les tuyaux s’emboîtant très-exactement l’un dans l’autre par des feuillures très-régulières. Les aqueducs apparents étaient construits à travers les plaines et les vallons, et composés de trumeaux ou pieds-droits et d’arcades. Au-dessus était le canal également construit en maçonnerie, et enduit sur ses trois faces d’un ciment trèsdur; ces aqueducs étaient simples, doubles
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ou triples, selon qu’ils étaient composés d’un seul, de deux ou trois étages d’arcades; ce qu’on appelle le pont du Gard, près de Nîmes, est un aqueduc de cette troisième espèce. Il est sur une seule ligne; mais le plus ordinairement, ceux surtout qui s’étendaient à plusieurs milles, forment de fréquentes sinuosités, rendues nécessaires soit par la surface du sol qui les porte, soit par la nécessité de ralentir l’impétuosité de l’eau sur la même pente. On voit les ruines d’aqueducs romains sur plusieurs points de la France, à Arcueil , à Metz, à Lyon, etc.: un aqueduc antique près de Vienne (Isère), vient. d’ôlre restauré et rendu à sa destination primitive.
DEUXIÈME DIVISION
SECTION I
Stylo pnrticiilier à choque peuple.
9G. Les monuments antiques, produits de la sculpture, sont tellement nombreux et variés, ils se trouvent si fréquemment à la portée de ceux qui les recueillent, ils abondent tant dans les cabinets publics et particuliers, qu’ils sont l’objel le plus ordinaire de l’attention et des recherches de l’archéologue. Les statues de grandeur naturelle ou colossale, les figures de proportions moindres, et les figurines quelquefois très-petites, enfin les bustes et les bas-reliefs qui nous sont venus de l’antiquité classique, se relrouvent partout, et leur multiplicité même rend leur étude plus compliquée et plus difficile. Le premier pas à faire dans cette étude, la plus
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importante des notions qui s’y rapportent, et la plus nécessaire, c’est de distinguer d’abord avec certitude si la figure qu’on examine est un ouvrage égyptien, étrusque, grec, gaulois ou romain , et cette distinction repose entièrement sur la connaissance approfondie du style particulier et spécial à chacun de ces j peuples. Nous devons donc en exposer ici les traits principaux.
97. Style égyptien. Dans le nu (' PL /, fig. 8), les lignes droites ou peu courbées dominent dans le contour général de la figure; la tête, ronde par derrière, a les traits de la figure très-saillants; les oreilles s’élèvent audessus des yeux, ceux-ci sont très-fendus, et les lèvres saillantes; l’attitude est roide et gênée; le visage a une expression naturelle, celle d’un portrait; les bras sont pendants et d’une longueur souvent disproportionnée; la poitrine et les épaules sont sensiblement larges; le buste est quelquefois un peu long, et la taille étroite au-dessus des hanches; les cuisses et les jambes sont très-allongées, les genoux, les chevilles du pied et les coudes très-sensibles; les extrémités des mains et des pieds mal terminées, les doigts d’une Ion-