SECTION PREMIÈRE
Notions générales.
§ Ier. Origine et histoire.
1. L’art de graver sur pierres lines se nomme glyptique, et la connaissance des pierres gravées qui nous viennent des anciens, glyplographie ( de (w?«v, graver, et vfàotiv décrire). Parmi les monuments de l’an-
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tiquité, les pierres gravées saut au nombre des plus élégants par leur forme, leurédai et leur usage, des plus riches par la matière *•! le travail, des plus recherchés pour la facilité avec laquelle ils se mêlent aux parures nouvelles et concourent a l’ornement des joyaux les plus précieux. Le luxedes anciens avait deviné tout ce qu’il y a du Ualleur pour le goût dans ce genre d’ouvrages, soit qu’ils ornassent les diadèmes, les colliers, les bracelets, les boucles d'oreilles, les ceintures, plusieurs parties des vêlements, les chaussures, ou bien des meubles de prix , soit que, montés sur un anneau d’or, ils servissent a la fois de bague et de cachet.
2. Les plus belles pierres gravées étaient offertes aux dieux , et déposées dans les temples. Pour les princes , elles étaient comme un insigne du suprême pouvoir et le sceau de l’État; pour les particuliers, elles donnaient l'authenticité à leurs actes publics et prives. Alexandre, vainqueur de Darius, se servait du cachet de ce prince pour ses lettres et les actes relatifs à l’Asie; Auguste adopta dabord une pierre portant un sphinx, lui substitua ensuite une tête d' Alexandre, et puis la
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sienne même ; ses successeurs adoptèrent celle-ci, mais Galba la remplaça par son cachet de famille , où ôtait figuré un chien posé sur la proue d'un vaisseau; enfin la famille des Macriens avait adopté la tête d’Alexandre. L’usage des cachets de ce genre fut aussi trèsrépandu dans la Grèce; les villes, les corporations et les familles en avaient de particuliers. Rien n’était plus général à Rome que l’usage des anneaux; et c’est à cet ornement que Cicéron déclare qu’il a reconnu une statue de Scipion l’Africain, sans doute parce que cet anneau portait le signe de la famille Cornélia , qui était celle des Scipions. C’est ce même goût qui a excité l’émulation des artistes pour imiter, en matières quelquefois assez communes, les pierres gravées antiques.
Ajoutons que ce fut à l’imitation des anciens que les rois de la race carlovingienne adoptèrent des pierres antiques, gravées en creux, pour leur sceau; elles étaient montées et entourées de la légende du prince; le chancelier en scellait lesacles de l’autorité souveraine. Le sceau de Charlemagne est une tète d’Auguste; la couverture des livres liturgiques manu-
PIERRES GRAVÉES
scrits était aussi ornée de pierres antiques; mais on leur donnai! des noms nouveaux : c’est ainsi qu’un des plus beaux évangéliaires manuscrits de la Bibliothèque royale portait une tête de Caracalla gravée en creux sur une belle améthyste; mais une inscription ajoutée disait que cette tôle était celle de saint Pierre. Ces additions doivent être soigneusement remarquées.
3. Les pierres gravées qui nous viennent des anciens n’ont point changé de destination; le même goûL les emploie aux mêmes usages ; elles ne sont pas moins recherchées aujourd’hui qu’elles ne le furent autrefois dans toutes les parties du monde des Grecs et des Romains. Les partisans du luxe moderne ont hérité de la passion desCyrénéens pour les pierres gravées, et l'on trouverait peut-être encore des musiciens qui, à l'exemple de l’Isménias de Pline, portent un camée comme insigne de leur art , et, comme ce joueur de llrtte, sont toujours fâchés de ne pas l’acheter à plus haut prix.
4. Mais considérant ici les pierres gravées sous un rapport plus grave et plus utile sans doute, dans l’intérêt de l’étude des arts et
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des coutumes de l’antiquité, on peut dire vraiment que leur imporlance à cet égard n’est surpassée par aucune autre sorte de monument. Avec les procédés et l’histoire des arts, on y trouve la religion, l’histoire, les écritures, les opinions, les costumes et jusqu’aux amusements des anciens peuples; les portraits de leurs grands hommes; la reproduction , dans des proportions très-resserrées, de quelques-uns des chefs-d’œuvre de leur architecture, de leur sculpture ou de leur peinture, qui ne sont pas venus jusqu’à nous; des indices certains sur leurs progrès dans la connaissance de la nature, et une foule d’exemples de ces compositions gracieuses, singulières ou fantastiques que le goût ou le caprice des artistes grecs multiplia à l’inlini. C’est par l’étude des pierres gravées que Raphaël et Michel-Ange s’épargnèrent des tâtonnements qui auraient peut-être ralenti les élans de leur génie. D’autres peintres célèbres y ont trouvé des compositions qu’ils n’ont pas dédaigné d’imiter, et la glyptique moderne, dont la restauration est toute récente en France, malheureusement sans des avantages bien réels, travaille encore d’après
IMEKKES GRAVEES.
les beaux modèles que fournit l’antiquité, et qu’elle n’a pas égalés.
5. L’époque de l’invention de l’art de graver sur pierres fines est tout à fait ignorée. Elle remonte aux plus anciens temps connus par les documents de l’histoire. L 'Exode ( xxvii, 9 et suiv. ) énumère les diverses pierres gravées qui doivent faire partie des vêlements du grand-prêtre Aaron, et cette indication remonte au XVI» siècle avant l’ère chrétienne. Les Éthiopiens, selon Hérodote, gravaient aussi des cachets : on connaît des pierres avec des inscriptions en sanskrit, anciennelangue des peuples de l’Inde; mais dans la pratique de cet art, comme pour tous les autres , l'Egypte conserve encore sur tons les peuples son antériorité, démontrée à la fois par les relations historiques et par des monuments qui sont venus jusqu’à nous. Leroi d’Egypte qui choisit Joseph pour son ministre lui donna son anneau comme témoignage de la délégation de son autorité, et Joseph précéda les temps de l’Exode de plusieurs générations. Les collections des pierres gravées égyptiennes appelées srarabtes parce qu’elles ont la forme de cet insecte, nous en mon-
ORIGINE ET HISTOIRE
ireut qui, dans leurs inscriptions, portent des nomsderois antérieurs à l’existence même de Joseph. L’élude des monuments de la glyptique prouve donc que les plus anciennes productions de cet art sont des ouvrages des Égyptiens.
6. Les Étrusques , les Grecs et les Romains le pratiquèrent aussi, et il se conserva comme tous les autres arts jusqu’à l’irruption impétueuse de la barbarie sur les restes dégénérés de l’ancienne civilisation. On est induit à croire que les étrusques l’apprirent des Égyptiens , parce que les plus anciennes pierres gravées étrusques ont aussi la forme d’un scarabée. Dans tous les cas, les Ilaliotes précédèrent les Grecs dans la connaissance de l’art glyptique, comme dans celle des autres arts qui dépendent du dessin, et ils y travaillèrent avant leur première communication avec les Grecs. Mais les Grecs, de leur Côté, portèrent cet art jusqu’à son plus haut, point de splendeur, et c’est à leur génie qu’on est redevable de son admirable perfection. Les Romains furent les élèves des Grecs , et n’égalèrent jamais leurs maîtres.
PIERRES GRAVÉES
§ II. Matériel de l'art.
7. La mécanique de la glyptique n’a été décrite dans aucun des ouvrages qui nous restent des anciens; on trouve quelques indications éparses dans les livres de Pline; mais on a reconnu que les anciens procédaient comme les modernes, en employant la scie ( lerebra ), la boulerolle ( ferrum relitsum ) propre à user la pierre ou à l’entamer, le touret, la poudre et la pointe de diamant. Ils avaient fait aussi usage du naxium ou grès du Levant, ensuite du schiste d’Arménie, et entin de l’émeri qu’ils appelaient smyrris , et de l’os de seiche pour polir. Il paraît que les artistes anciens se chargeaient eux-mêines de ce soin; aussi la perfection du poli est-elle un des caractères remarquables des pierres antiques. Ces artistes étaient désignés en général sous la dénomination de lithoglyph.es , graveurs en pierre, mol grec dont le latin scalptor ou cavalor paraît avoir été synonyme. Les inscriptions latines nomment des gemma rii , margarilarii , anrarii de Fia Sacra, établis sur la voie Sacrée. L’art de monter les pierres portait chez les Grecs le