‹ Traité élémentaire d'archéologie ... T. 1Chapitre 28 sur 37 · PEINTURE · texte numérisé non relu

PEINTURE

fragment original d’un manuscrit des beaux temps de la Grèce. Les lettres de ces inscriptions sont majuscules ou cursives; elles sont tracées très-délicatement, et exigent souvent beaucoup d’attention pour être aperçues; elles sont en noir ou en blanc au pinceau * ou bien gravées en creux avec un poinçon très-fin. On doit les recueillir avec un grand soin; elles ajoutent d’ailleurs beaucoup à l’intérêt et au prix d’un vase.

160. Le mot KAAosse lit très-fréquemment, sur les vases qui portent des inscriptions, accompagné presque toujours d’un nom propre d homme ou de femme, mais plus ordinairement d’homme. Il paraît que le peintre 1 écrivait d’abord en exécutant le vase, et qu’on y ajoutait ensuite, quand il sortait de ses mains, le nom de la personne qui devait le garder; on trouve en effet des vases où au-

cun nom ne suit ce mot grec qui signifie, en général, beau . On y lit quelquefois KAA02 kaah , beau , belle , ce qui fait supposer que le vase a été un cadeau de noces, et si deux

noms propres suivent, ce sont ceux des fiancés. Avec la formule xaipe, salut, le vase était offert à un jeune homme à l’occasion de quel-

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que événement mémorable de sa vie, tel qu’une victoire aux jeux gymnastiques : du reste le mot kaaos était le compliment habituellement adressé aux individus distingués par leur beauté. Avec la forme xaXoxaYaÔodj c’était beau et brave, ce qui était le comble de l’éloge d’une personne. 11 paraît que kaaos seul emporta ensuite les mêmes acceptions, etMazzocchi l’a expliqué comme une acclamation d’amitié, d’attachement ou de reconnaissance én l’honneur de celui dont le nom le suit, et qui était écrit, soit par l’artiste qui lui faisait présent du vase, soit par l’ordre de celui qui l’offrait à la personne nommée sur le vase. C’était donc une sorte de bravo, de vivat pour cette personne. Guattani a pensé que le mot kaaoz était écrit par l’artiste au-dessus de celle des figures de son vase qui obtenait le plus de suffrages quand il 1 exposait en public; mais il faudrait pour cela que le nom propre écrit sur le vase fût aussi celui du personnage mythologique au-dessus duquel se trouve l’inscription, ce qui n’arrive pas. On s’en tient donc à l’explication plus simple et plus naturelle, qui fait du mot kaaoz une véritable acclamation flatteuse.

161. Les sujets représentés sur les vases peints, quoique infiniment variés, peuvent se réduire à trois classes qui les renferment tous : 1 ° sujets mythologiques; 2» sujets héroïques; 3° sujets historiques; et leur étude offre le double avantage de l’instruction et de l’agrément.

162. Les sujets mythologiques se rapportent à l’histoire de tous les dieux, et leurs aventures très-humaines y sont reproduites sous mille formes. C’est encore la connaissance de la mythologie grecque qui peut seule en expliquer les personnages et les circonstances; mais elle ne sulïit pas toujours, et ce n’est pas trop quelquefois de toutes les ressources d’une érudition profonde. Toutefois il est reconnu que la plus grande partie des peintures de vases sont relatives à Bacchus, à ses fêtes et à leurs mystères. On y voit sa naissance, son enfance, son éducation, tous ses exploits , ses débauches, ses banquets et ses jeux ; ses compagnons habituels, ses pompes religieuses, les lampadophores agitant leurs longues torches, les dendrophores élevant des branches d’arbre, ornées de guirlandes et de tablettes; les initiés se prépa-

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rant aux redoutables mystères, enfin les cérémonies particulières à ces grandes institutions, et les circonstances relatives à leurs dogmes et à leur but. On remarquera attentivement l'état des figures; la barbe aux divinités mâles, et les vêtements pour les déesses, caractérisent la première période de l’art grec. C’est dans les temps postérieurs qu’on voit Baccbus imberbe et Aphrodite nue. Les vases de la Pouille les représentent en cet état parce qu’ils sont d’une époque secondaire.

163. Les sujets héroïques représentent également les actions des héros de l’ancienne Grèce, Hercule, Bellérophon, Cadmus, Persée et Andromède, Actéon, Danaüs, Médée, les Centaures , les Amazones, etc. ; et la Théséide ou mythe de Thésée ne fut pas moins fertile pour les artistes que l’Héracléide même ou mythe d’Hercule.

164. Les sujets historiques commencent avec la guerre de Troie, et les peintres comme les poètes trouvèrent dans cet événement un vaste champ pour exercer leurs talents et leur imagination. Les principaux acteurs de ce drame mémorable reparaissent sur les va-

ses, ainsi que les circonstances qui furent If' pour les princes qui y prirent quelque part le P résultat de leur présence devant Ilium; mais |« il est à remarquer que l’ensemble de ces »!

sujets historiques ne s’étend pas en deçà des 1® Héraclides. On peut considérer comme appar- If tenant à la classe des vases historiques les » peintures relatives à des usages publics ou »; domestiques, les travaux intérieurs, les jeux, |> les repas, les représentations scéniques, P les combats d’animaux, la pêche, la chasse et P les sujets funéraires; sous ce rapport, les 11 vases peints sont d’un intérêt tout particulier P pour l’étude des mœurs et des usages de 1 l’ancienne Grèce, et de ceux que les Ro- 1 mains adoptèrent d’elle par imitation. ' 165. On doit placer ici une remarque importante, relative à la variété des sujets mythologiques, héroïques et même historiques.

Ces sujets, les premiers et les seconds surtout, semblent former une mythologie et une histoire héroïque à part de celles des poètes et des prosateurs grecs. On voit sur les vases des personnages inconnus aux écrivains, des scènes entières qui le sont aussi, et qui ne s’expliquent par aucune tradition écrite, ou

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qui sont figurées avec des circonstances que l’histoire n’a pas connues ou ne nous a pas conservées. On juge par là combien l’étude approfondie des vases peints peut ajouter encore à ce que l’antiquité classique nous apprend des temps primitifs de la Grèce. On a, du reste, remarqué aussi que la mythologie des poètes n’est pas toujours conforme à celle des prosateurs; et parmi les poètes même, celle des lyriques diffère souvent de ce qu’ont écrit les poètes tragiques. Le temps peut expliquer ces anomalies importâmes; les traditions devaient s’altérer, et il put arriver une époque, celle des grands écrivains de la Grèce , par exemple, où, dans cette confusion, il s’établit une espèce d 'éclectisme qui laissait au poète, au mythographe, etc., la liberté de choisir, parmi ces traditions, soit celle qui convenait le plus au but et à la nature du poème, soit celle qui paraissait la plus vraisemblable. Les vases peints, les plus anciens surtout, qui sont antérieurs à ces écrivains, nous en apprennent donc plus, ou nous apprennent autre chose que leurs ouvrages : c’est ce qui donne à l’étude de ces monuments un intérêt si grand et un charme

réel; ils représentent d’ajlleurs authentiquement la véritable histoire de l’art chez les tirées, depuis son origine jusqu’à sa perfection.

100. Il est très-singulier qu’aucun auteur ancien n’ait parlé des peintures de vases, quoique ces meubles élégants fussent d’un usage si général ; on ne connaît aucun passage qui soit très-clairement relatif à ces vases. Pline, l’historien de l’art des anciens, n’en dit pas un seul mot, et il a évidemment ignoré l’existence des grandes fabriques de vases peints qui florissaient dans des villes peu éloignées de Rome; il ne parle pas davantage des riches manufactures de la Grèce, de la Sicile et des colonies grecques en Italie: il paraît que leurs ouvrages n’étaient poin^ transportés à Rome. Sénèque raconte, il est vrai, que les colons établis à Capoue par Jules César détruisaient, pour bâtir des maisons de campagne, les plus anciens tombeaux, et même avec une espèce d’ardeur, parce qu’ils y trouvaient des vases antiques ( aliquanlum vasculorum operis antiqui reperiebant).

Quelques critiques ont avancé que vascula pouvait s’entendre de vases de bronze, les vascularii étant bien distincts des fictilarii ■

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Cependant comme il s’agit ici de Capoue, et qu’on ne trouve dans ses tombeaux antiques que des vases de terre, il est très-vraisemblable que la phrase de Sénèque peut s’appliquer aux vases peints qu’on recueille encore si abondamment dans ces tombeaux. Les Romains purent donc les connaître; et cette opinion semble justice par l’observation suivante.

167. Les Grecs d’Italie inhumaient les corps sans les brûler; on ne trouve donc pas dans les tombeaux grecs de cendres humaines enfermées dans les vases; ceux-ci sont placés aux côtés du corps couché sur le sol. On a découvert cependant quelques vases remplis de cendres, et d’ossements à demi brûlés; et comme l’usage des Romains était de brûler les morts, on en a conclu que le vase d abord, déposé vide dans une sépulture grecque, en avait été tiré, et qu’il avait ensuite servi d’urne cinéraire à un Romain. Ces substitutions n’étaient pas rares dans l’antiquité , et il y a au Musée du Louvre un vase en albâtre oriental, exécuté en Égypte, qui P 01 ( e une inscription égyptienne, et qui a servi ensuite d’urne cinéraire à un membre de a

famille romaine Claudia, comme le montre l’inscription latine gravée sur la panse du vase, à l’opposite de l’inscription égyptienne.

Ce sont en effet les découvertes des vases grecs faites en Italie, qui ont jeté bien des doutes sur quelques points fondamentaux de la science des vases peints. Comment aurait-il pu en être autrement, lorsque trois à quatre mille vases peints sortent inopinément des antiques tombeaux que recelle le sol de l’antique Ëtrurie , et que la plupart de ces vases sont enrichis d’inscriptions, donnant un double prix aux sujets peints qui les décorent déjà! Une grande difficulté naissait de cette découverte ; il s’agissait, de concilier le caractère évidemment grec de ces vases avec leur origine étrusque; car ils étaient tirés des sépultures de la ville étrusque de Vulci, détruite par les Romains vers l’an 250 avant l’ère chrétienne, et d’un terrain qui fait suite des possessions de feu Lucien Bonaparte, prince de Canino.

Les savants de tous les pays s’intéressèrent à cette mémorable découverte, qui était la plus grande révélation qui nous lût venue de l’antiquité depuis la découverte d Her-

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