‹ Traité élémentaire d'archéologie ... T. 1Chapitre 32 sur 37 · La mosaïque n’est en effet qu’une · texte numérisé non relu

La mosaïque n’est en effet qu’une

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sorte île peinture exécutée par l’assemblage de pierres ou de pâtes de couleurs diverses appliquées sur un mastic, et qui forment ainsi des représentations de toute espèce, comme les couleurs mariées par le pinceau. Les anciens peuples connurent l'art de la mosaïque, eton le croit originaire de l’Asie, où l’on composa des tableaux de ce genre, à l’imitation des beaux tapis fabriqués de tout temps dans ces contrées.

174. Les Égyptiens l’employèrent, trèsvraisemblablement, à plusieurs usages; on n’en a cependant trouvé aucune trace dans les temples ni dans les palais dont les ruines subsistent encore. Mais on voit dans la collection égyptienne de Turin un fragment de cercueil de momie, dont les peintures sont exécutées en mosaïque, et avec une précision et une fidélité surprenantes. La matière est un émail; les couleurs sont très— diverses , et leur variété rend avec une ressemblance par faite le plumage des oiseaux. L’assemblage des morceaux innombrables qui composent chaque figure, ne laisse rien à désirer. G est, je crois, le seul exemple connu jusqu mi de la mosaïque égyptienne; mais la 1 lCU

•le son exécution permet de supposer qu’ils l’employèrent à des usages qui n’exigeaient pas celte perfection.

175. Les Grecs portèrent l’art de la mosaïque au plus haut degré. Ménageant habilement les nuances, et donnant aux ligures une grande harmonie dans ces compositions, elles ressemblaient, pour peu qu’on s’en éloignât, à de véritables peintures. Leur goût se montra encore dans les ouvrages de ce genre.

176. On donna à la mosaïque des noms différents, selon qu’elle était exécutée en morceau x de marbre d’une certaine grandeur, et c’était alors le lithostroton , opus serti le ; ou bien en petits cubes, et dans ce cas c’était Y opus tesselatum; ou bien vermicula-

»tum, les cubes de pierre qui suivaient des lignes courbes imitant ainsi la marche des vers. Enfin on nommait usaroton, la mosaïque destinée à orner le pavé d’une salle, et sur laquelle on représentait des restes de viande qui paraissaient être tombés de la table.

177. La mosaïque servit à la fois à orner les pavés, les murs et les plafonds des édifi-

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ces publics et privés. Les Grecs préférèrent en général les marbres à toute autre matière; ils construisaient en pierres plates un fond solidement contenu, qu’on couvrait d’un mastic épais, et l’artiste, ayant sous les yeux le dessin colorié qu’il avait à exécuter, ou le tableau qu'il copiait , implantait les cubes colorés dans le mastic , et polissait toute la surface quand elle était consolidée, en ayant soin toutefois que la trop grande perfection du poli ne nuisît, par ses reflets, à l’effet général de son ouvrage.

178. Le plus grand avantage de la mosaïque était de résister à l’humidité et à tout ce qui altère les couleurs et la beauté de la peinture. Celle-ci ne pouvait pas d’ailleurs être employée dans les pavés des édifices, et les .mosaïques leur donnaient une grande élégance. On peut se faire une idée de la perfection où les Grecs portèrent cet art, par la mosaïque du Capitole, trouvée dans la Villa Hadriani près de Tivoli, et qui représente un vase rempli d’eau; sur ses bords sont posées quatre colombes dont une est dans 1 attitude de boire. On croit que c’est la mosaïque de Pergame dont Pline a parlé, et elle est re

marquable comme étant entièrement compo- « sujet sée de cubes de pierre, sans mélange dq pâte 1 com ni de verres coloriés. | lf

179. On peut considérer les mosaïques de «pou cette espèce comme les plus antiques : ce ne lin fut que peu à peu que l’art de colorer le jfise marbre, les pâtes et le verre, multiplia les jlqui matières propres aux mosaïques, et en rendit jjen en quelque sorte l’exécution plus facile. Elle lgr£ fut poussée, sous ce rapport, à un point qu’on | pie n’a pas surpassé. La mosaïque trouvée en jdr 1763 près de Pompeï, et qui représente trois 1 tit femmes portant des masques comiques, jouant 1 ps de différents instruments, et ayant un enfant 1 m

auprès d’elles, est d’un travail si fin, que Vinckelmann assurait qu’on ne pouvait le reconnaître qu’à laide d’une loupe. On y lit le nom dé l’auteur, Dioscorides, de Samos.

180. Les sujets représentés sur les mosai- < ques sont très- variés, et tirés ordinairement < de la mythologie et de l’histoire héroïque, j On y voit aussi des paysages, des animaux des divers règnes, des grotesques, et de simples ornements en zones, en méandres, en compartiments, entremêlés quelquefois de tritons, de néréides, de centaures, etc. Le

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sujet principal est au milieu, le reste lui sert comme d’encadrement.

181. On enlève les mosaïques antiques, pour les placer dans les édifices modernes, au moyen de procédés fort ingénieux. On fixe soigneusement avec du mastic les cubes qui s’ébranlent; on coupe ensuite le tableau en quartiers d’un à deux pieds, selon sa grandeur et sa solidité; on les place sur des pierres plates d’une surface analogue, encadrées en fer, et qu’on numérote avec attention; on replace ensuite ces quartiers sur le parquet, où on les fixe dans leur ordre primitif, et la mosaïque ne paraît pas avoir été déplacée. On juge facilement que, pour découper les quartiers, il n’est pas indifférent d’avoir égard au dessin des figures , afin de tomber, s’il est possible, sur les intervalles qui les séparent, et de conserver intact le

sujet principal tout entier.

• 182. Les Romains perfectionnèrent 1 art de

faire les mosaïques, non sous le îappoit du goût et de la composition , mais en ajoutant des matières nouvelles à celles que les Grecs avaient employées. Ils connurent ce genre d’ouvrage par leurs conquêtes, et vers la un

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de la république ils transportèrent à Rome les beaux pavés de ce genre trouvés dans les villes grecques qu’ils avaient soumises. Sylla lit exécuter la première mosaïque d’origine romaine, dans le temple de la Fortune à Palestine, où elle subsiste encore en grande partie. Les mosaïques devinrent ensuite d’un usage général, et l’on en fabriquait de portatives pour les tentes des princes et des généraux en campagne : César en faisait porter une dans ses expéditions militaires. Au temps d’Auguste, on employa surtout le verre colorié; et sous Claude, on réussit à teindre le marbre et môme à le tacheter.

183. Pour reconnaître l’âge d’une mosaïque, on doit donc avoir égard à la nature des matières qui s’y trouvent employées; plus elles seront multipliées, plus on y aura employé de matériaux factices et produits par le travail des hommes, moins la mosaïque sera ancienne; et ici nous parlons de celles qui sont distinguées par la finesse de l’exécution et la variété des nuances. Les pavés romains les plus communs sont en cubes de pierres naturelles, et forment tout au plus des bandes plus ou moins larges de couleurs différentes,

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184 . Le nombre des mosaïques romaines qui nous sont parvenues, quelquefois dans un

état parfait de conservation, est assez considérable. On en a découvert de fort belles a Lyon, Vienne, Nîmes, Àix, Riez, Orange, et dans tout le midi de la France. Feu Artaud les a. publiées avec une fidélité qui doit servir d’exemple à ceux qui reproduisent les

monuments de l’antiquité. Celles de \ ienne, dont une représentait Achille au milieu des filles de Lycomède et reconnu par Ulysse qui lui montre des armes, ont péri presque tou tes. La belle mosaïque de Lyon, où sont figurés les jeux du cirque, expliquée aussi par Artaud, orne le Musée de cette ville avec quelques autres également intéressantes, e les soins qu’on s’est donnés poui lt» cou

server et les restaure Hue autre mosaïque ions de Toulouse et lés marines avec

méritent d’être imites.

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transportée à la Bibliothèque royale de Paris. On a aussi transporté à Paris des mosaïques romaines, représentant des poissons, qui ont été découvertes dans des fouilles entreprises récemment par des amateurs sur le sol de Carthage.

185. Ce qui a été dit plus haut sur les divers sujets des mosaïques grecques s’applique aussi aux mosaïques romaines. Les dieux et les héros, leurs mythes tels que l’antiquité les a faits, s’y retrouvent le plus souvent; les ornements sont les mêmes, et l’on ne découvre en France que des ouvrages romains.

Nous citerons, en finissant sur ce sujet, et comme un bel exemple de mosaïque historique, le beau pavé découvert à Palestrine, remarquable par son étendue et le nombre des scènes qui s’y trouvent figurées; l’abbé Barthélemy a reconnu qu’il représente le séjour de l’empereur Hadrien en Égypte. On y voit des courses sur le Nil , des sacrifices devant les temples, des jeux et des fêtes publiques, la chasse aux animaux féroces, et un grand nombre d’inscriptions grecques qui sont les noms de ces divers animaux , parmi lesquels il y en a d’inconnus. L’aspect général de cette

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sorte de carte topographique, l’architecture des édifices et l’espèce de quelques-uns des animaux 11e permettent pas de douter en effet que celte scène riche et variée 11e se passe en Égypte. Vinckelmann a cru y reconnaître Ménélas et Hélène passant dans celte illustre contrée. Le travail en mosaïque n’est pas très-tin, et les cubes ont en général de trois à quatre lignes de côté.

186 . Les nombreuses analogies qu’on remarque dans l’histoire des aris chez les Étrusques et chez les Grecs permettent de croire que les premiers composèrent aussi des mosaïques; mais il n’y en a point de connues ou de bien authentiques jusqu à présent; et quant aux Gaulois, rien 11e permet de leur en attribuer. On a trouvé a Nîmes ,

est vrai , une figure en mosaïque , portant 1 flambeau et ayant un cliien à ses pieds :

lie était, dit-on, la déesse gauloise Néhalea; mais cette figure peut être un ouuage .main. On sait que, sous la domination roaine, les divinités locales des Gaulois n issèrent pas d’être l’objet de leur eu e, urs noms se retrouvent ; encoie <m r scriptions latines recueillies dan - ' ■

les; on ne peut donc pas, malgré les mosaïques de Nîmes, attribuer aux Gaulois, si éloignés du goût des constructions, la connaissance ni l’usage des mosaïques, avant l'époque de la domination romaine dans les Gaules.

187. Pour compléter ce traité sommaire d’archéologie, il nous reste à parler des productions de la gravure, qui comprennent les pierres gravées , les inscriptions et les médailles, et, comme appendice général de l’ouvrage , des meubles, armes et ustensiles en tout genre, objets les plus nombreux dans toutes les collections, et qui sont d’un si grand secours pour la connaissance des usages et des arts industriels de l’antiquité. Ces divers genres de monuments intéressent aussi plus particulièrement l’archéologue, qui a plus d’occasions de les étudier et de les recueillir. Nous réunirons, dans le second volume de cet ouvrage, les notions élémentaires les plus utiles pour leur étude. La science des inscriptions exige toutes les ressources d’une solide érudition, à l’égard des inscriptions grecques surtout; celle des médailles n’est pas moins vaste, et l’on reconnaît assez quel

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est l’intérêt des unes et des autres pour l’histoire , à l’attention particulière que leur accordent les plus habiles critiques, à leurs efforts pour parvenir à l’entière intelligence de ces monuments contemporains des événements qu’ils rappellent et dont ils sont comme des témoins irrécusables. Les pierres gravées sont aussi, avec les vases peints, les plus élégantes, les plus riches, les plus intéressantes productions des arts des anciens. En nous occupant de ces divers sujets dans la suite de cet ouvrage, nous n’aurons garde d oublier que nous n’écrivons qu’un traité sommaire, dont le vrai mérite consiste moins dans 1 universalité des préceptes, que dans leur certitude même : s’il n’enseigne rien à l’érudit de profession, il doit du moins instruire 1 amateur, auquel il est principalement destiné, et surtout ne pas l'égarer dans de fausses routes. Si l’on remarque des erreurs, nous prions de ne pas les attribuer au défaut de zèle de notre part, mais bien plutôt à la variété des sujets qui sont traités : nous avons tâché de rester fidèle aux leçons des doctes maîtres dont les travaux nous ont servi c e

guide.

VOCABULAIRE

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