PIC DE TÉNÉRIFFE
Qu'on se figure , au milieu de montagnes basaltiques qui s'élèvent à GOO toises au-dessus de la mer, un pic énorme dont la hauteur est de 1,904 toises. Ténériffe , dans laquelle il est situé, étant une île , le pic s'aperçoit en mer à une distance de plus de 40 lieues. Une belle végétation recouvre les deux tiers du cône ; ensuite on passe la région des nuages ; on trouve , chemin faisant , un vaste et profond réservoir qui contient de l'eau glaciale , gelée au mois de septembre; à la cime, se voit un cratère qui lance de temps en temps des laves.
On a été porté à croire que le volcan de Ténériffe tendait à s'éteindre. D'énormes éruptions latérales ont prouvé , il n'y a pas trente ans , la fausseté de cette hypothèse.
A l'intérieur existent de grands dépôts d'eau, qui s'exhalent en vapeurs par divers soupiraux, dont deux, les plus remarquables de tous, s'appellent narines. En marchant sur les laves , qui offrent le seul chemin praticable pour s'élever à la cime du Pic , on court risque de calciner ses souliers. M. Durville, accompagné de MM. Quoy et Gaimard, a gravi naguère le Pic de Ténériffe; son Voyage autour du Monde en offre une curieuse description.
« Le volcan primitif , réduit pour la hauteur aux
deux tiers environ de son élévation actuelle , offrait une bouche immense de deux à trois lieues de diamètre, dont les parois s'élevaient sur l'emplacement aujourd'hui occupé par ces massifs immenses de laves qui ceignent les Canadas. Sur plusieurs points, comme autant de vieilles ruines encore debout , ils représentent parfaitement ce qu'ils durent être jadis. Après avoir vomi ces immenses coulées de laves qui forment la grande charpente de l'île, la violence des feux s'amortit; les éruptions, au lieu de remplir en entier la bouche énorme du volcan, devinrent partielles ; une foule de petits volcans secondaires se formèrent dans son intérieur. Le plus grand nombre sans doute ne subit aucun développement; quelques-uns éteints depuis long-temps sont encore bien dessinés.
« Celui qui occupait à peu près le centre resta seul en activité, et, par la suite des temps, revint ce cône énorme qui prit proprement le nom de pic. Cependant le cratère primitif, qui dut être d'une grande profondeur, ne tarda pas à se combler peu à peu , tant par les matières que vomirent les volcans secondaires, que par les altérissemens entraînés par les pluies, aux dépens de leurs masses , et il finit par former ces vastes plaines , les Canadas, aujourd'hui presque de niveau avec le& bords de l'ancien volcan. Tant que l'action des feux souterrains permit au pic de lancer des matières, il continua de s'élever jusqu'au point où commence le pain de sucre. Parvenu à ce point, sans doute il y eut encore une grande intermittence ou du moins une diminution considérable dans le pouvoir
— Codes feux, jusqu'au moment où, rallumés de nouveau , ils élevèrent peu à peu le pain de sucre. Enfin ils se sont tout-à~fait éteints, et de la puissance prodigieuse qu'ils durent avoir pour produire de si grands effets, il ne reste plus que les innocentes fumées qui couronnent les bords du pain de sucre. » (Dumont-d'Uryille, J^oy âge autour duMoiide.)