GLACES POLAIRES
La mer, à partir d'environ 15 degrés du pôle (1),. est couverte de glaces immenses, les unes fixes, les autres mobiles. Celles-ci se forment plus au sud et sont susceptibles de se réunir. Les premières , on le devine aisément , ne fondent jamais en totalité , à moins que quelque chaleur extraordinaire, ou quelque circonstance que nous ne connaissons pas, n'en détermine la rupture. Les glaces, alors, se détachent par blocs énormes et avec un bruit affreux. Les courans les charrient jusque sous des latitudes pins méridionales , où elles achèvent de se fondre. Le phénomène, que l'on appelle vulgairement la fonte des glaces polaires, semble se renouveler à des époques assez éloignées les unes d€s autres ; c'est par lui que Ton explique certains refroidissemens remarquables qui se font sentir dans les zones tempérées et torrides. Ces glaces errantes sont, comme toutes les autres glaces mobiles, sujettes à se dissoudre, soit entre elles, soit avec la masse de laquelle elles se sont détachées.
On comprend combien de dangers les navires courent au milieu de ces blocs gigantesques, qui roulent avec une force d'impulsion terrible , et qui
(r) VoY. GëogiMphie générale.
- ^0 d'ailleurs peuvent en se réunissant les enfermer. Ce péril est une des causes principales qui jusquUci ont empêché les navigateurs de parvenir au pôle même. Pour en comprendre Fimminence et la grandeur, il faut se figurer que ces glaces sont comme de véritables îles. La mer de Baffin est souvent fermée par des blocs qui ont 100 lieues de long, et qui contiennent des montagnes de 400 pieds d'élévation. Wafer a pris pour des îles, des glaces fixes (hautes de 500 pieds), et Tavoue franchement. Quelquefois ces glaces sont chargées de grosses pierres , et d'autres de racines qui donnent au bloc l'aspect d'une terre animée par la végétation. Deux îles de glaces se sont, il y a environ 50 ans , fixées dans la baie de Disco , et ont reçu des noms de baleiniers hollandais ; même chose est arrivée dans les parages de l'Islande. L'ile James , marquée dans plusieurs cartes , n'est peut-être qu'une masse de glace semblable aux précédentes. La terre découverte par les Hollandais à l'est de la Nouvelle-Zemble est probablement aussi dans ce cas.
Le 20 avril 1829, le Farquarson, bâtiment de la compagnie des Indes , rencontra une grande montagne de glace flottante , de deux tiers de lieue de tour et de 150 pieds d'élévation au-dessus du niveau de la mer. On estima que cette masse ne pouvait avoir moins de mille pieds perpendiculaires. Ce qui redouble l'étonnement, c'est que le navire était alors à moins de 40 degrés de latitude. Indubitablement , ce bloc immense avait perdu la plus grande partie de son volume depuis son départ des lieux où il s'était formé.
Quand des blocs aussi énormes flottent çà et là autour d'un vaisseau , il n'est pas étonnant qu'en se réunissant ils forment autour de lui une ceinture qu'il ne peut franchir. Des bâtimens ont été ainsi pris au milieu des giaces, et ont eu le bonheur de les voir ensuite se diviser et laisser un passage libre. D'autres , au contraire , ont dû rester enfermés et perdre tous leurs passagers. On a rencontré ainsi, au milieu des mers glaciales, un navire bloqué par les glaces et rempli des cadavres de passagers tous morts de faim ; Texcès du froid avait conservé les cadavres sans altération.
Sans être enfermé, un vaisseau pourrait être écrasé par le choc de deux blocs de glaces , tant est grande la force qne le mouvement leur imprime! Le craquement que font entendre les blocs en se froissant annonce assez avec quelle facilité ces masses briseraient le frêle ouvrage que la main de l'homme a lancé sur l'eau.
« Souvent, dit Malte-Brun, le bois que roule cette mer s'enflamme par le frottement violent que le mouvement des glaces leur fait éprouver, et les flammes s'élèvent du sein de l'hiver éternel. »