CH. PRELIMINAIRE. MECANISME DES ECHANGES
Mais il n’en est pas toujours ainsi. Les producteurs d’huile, de savon, de bougies, de sucre, de beurre, de pâtes alimentaires, de conserves, de poivre, de riz, de café n’installent pas à tous les coins de rue, ni jusque dans les plus humbles bourgades, des boutiques pour vendre leurs marchandises au pubic. Ht la raison en est évidente : la vente de chacun de ces objets séparément ne justifierait pas de telles installations.
De même, le minotier ne se procure pas son blé, le filateur ne se procure pas son coton immédiatement auprès du cultivateur ; ici, la dispersion des producteurs, comme précédemment celle des consommateurs, empêche l’établissement de relations directes.
Le commerçant est l’entrepreneur autonome qui intervient, à ses risques et périls, et pour son profit propre, dans les cas de ce genre, soit, simplement, pour faire venir des marchandises de provenances lointaines et variées (c’est le fait principalement du commerce de gros), soit encore pour les réunir, dans un même local, à la portée du public. (Ceci est le fait du commerce de détail).
En résumé, l’étude du mécanisme des échanges implique celle du commerce, sans se confondre avec elle. Le domaine du commerce est limité par les circonstances que nous venons d’indiquer. Il arrive même que, parfois, le commerce se voit disputer son propre terrain, par des associations de consommateurs, telles que les sociétés coopératives d'achat, et de consommation (1).
Le commerce n’en lient pas moins une place très notable dans le mécanisme des échanges, tant par suite de l’existence d'une catégorie distincte de producteurs qui s’adonnent aux professions commerciales, que par les institutions auxquelles donnent naissance, d’une part, l’activité spontanée des commerçants et, d’autre part, le contrôle qu’exerce sur eux l’autorité publique (2).
(1) Voir plus loin, 3® livre. Consommation.
(2) Sur le commerce en général on peut consulter avec profit diverses études de M. d’AvENEL dans le Mécanisme de la vie moderne, 5 vol., les ouvrages de M. P. Clerget, Manuel d’Economie commerciale el de M. Tves Guyot, Le commerce et les commerçants, celui de M. J. Grunzel, System der Handelspolitik, et le livre Handel par Lexis, dans le Handbuch der politischen (Ekonomie de Schœnberg (Volkswirtschaftslehre, t. 11).
part. II. CIRCÜLATIO.N
§ 3. — Grand commerce et petit commerce. — La conc6ntratioii comiuêrcialô.
On doit distinguer, en matière de commerce, comme en matière d’industrie ou d’agriculture, la grande et la petite vdeïr distinction ne se confond pas avec celle qui
de n ® commerce de gros et le commerce
r ■ maisons de gros soient, le plus souvent,
des entreprises d une certaine importance, ce ne sont pas néces- = rement de grandes exploitations, comportant de gros capi- Uux et un nombreux personnel. Inversement, qLique^ commerce de detail soit souvent entre les mains de^petits .ntrepieneurs, il y a aussi des établissements importants soui^eiit constitues sous la forme de sociétés par actions, qui se .vrent au commerce de détail. Tels sont aujourd’hui les grands magasins de « nouveautés » (à Paris, le « Bon Marché t (pluneurs centaines de millions d'affaires par an), le c< Louvfe « -te. ), les grandes épiceries, les grands bazars.
La formation de ces établissements et leur développement
;ont parmi les traits caractéristiques de l’économie contempo-
aine. Leur existence atteste un mouvement de concentration
issez analogue a celui que nous avons constaté dans l’indus-
iie, e qui s explique aussi en partie par des raisons tecli-
iiques : par exemple, les progrès des transports, et principa-
iementdes transports urbains, qui permettent aux habitais
dune grande ville daller s’approvisionner dans un même magasin.
Cependant, la concentration commerciale se différencie de Il concentration industrielle par divers caractères. D’abord 1 outillage y joue un rôle assurément beaucoup moindre. La supériorité des grandes exploitations sur les petites est ici beaucoup 'plutôt (Tordre économique que Tordre technique .• il y a t ien, le plus souvent, économie de frais généraux, les grands etablissements obtenant de leur matériel (local etc.,) et de leur personnel, un rendement proportionnellement plus élevé aue 1 !s petits ; mais la supériorité des grands établissements est surt )ut dans les conditions d’achat, de crédit et de vente : comme ils constituent une clientèle très importante, ils obtiennent des
Cil. PRÉLIMINAIRE. MECANISME DES ECHANGES 109
avantages de leurs fournisseurs ; ils peuvent, de même, accorder de grandes facilités au public (1).
Il faut remarquer, en outre, que la concentration commerciale ne consiste pas seulement dans la formation d’exploitations importantes, mais aussi souvent dans le groupement de plusieurs exploitations sous une même direction générale. D’une part, des « rayons » correspondant à des spécialités assez diverses : vêtements, chaussures, ameublement, articles de ménage, papeterie etc., sont réunis dans le même magasin, ce qui constitue un type d’entreprise intégrée (2). D’autre part, des établissements similaires, situés dans les villes différentes, font partie d’une même entreprise : telles sont les diver.^^es sociétés de banque, de bazars, d épicerie, etc., qui se développent au détriment des petites exploitations locales (3).
La constitution de ces grandes exploitations commerciales est si notoire, surtout dans le commerce de détail, que des statistiques ne sont pas indispensables pour démontrer la réalité du phénomène. Cependant, on assiste également, en France notamment, à un pullulement des petites exploitations tel qu’on ne saurait affirmer tout d’abord que le développement des grandes entreprises l’emporte sur celui des petites. Mais, si le nombre des petits établissements commerciaux va croissant, il semble que l’on puisse dire en général que leur importance dans l’ensemble du mouvement commercial va diminuant, ainsi que l’attestent les statistiques relatives au personnel (4). Cependant, en ce qui concerne la France, le recensement de 1906, tout en attestant une augmentation sensible des très grandes entreprises commerciales, montrait aussi un développement plus considérable encore des des petits établissements : et la proportion de leur personnel
(1) On sait qu’une des innovations des grands magasins de « Nouveautés » parisiens a consisté à permettre au public de rendre les
objets achetés, si, après réflexion ou après essai, ils paraissent ne pas convenir. ^
(2) Voir plus haut, p. 76.
(3) Sur la lutte des grands magasins, et notamment des sociétés à succursales multiples, avec les petits détaillants, voir H. Vocters Les mesures législatives tendant à enrayer la concentration du commerce de détail, th. Paris 1911.
(4) Voir Bourgüin. Systèmes socialistes, p. 135. Ceci paraît encore établi pour l’Allemagne notamment, par le recensement de 1907. Voir l’article déjà cité de Lexis Gross und Kleinbetrieb dans le « Hdw der Staatsw. »
P ar rapport à l’ensemble était plus forte qu’en 1 90 1 (54, 4 contre 5 J, 3 0/0) (1).
§ 4. — L’étude de l’échange et ses divisions.
Nous venons de voir quelle est la fonction de l’échan-e et qiel est son rapport avec l’organisation commerciale en gén îral. Il nous reste à analyser le mécanisme, très complexe, d' s la circulation.
Nous allons d’abord rechercher selon quelles règles qénérvies s effectuent les échanges dans une organisation économique essentiellement fondée sur l’initiative privée et sur la c( opération spontanée des activités individuelles : cela nous c( nduira à exposer la théorie des prix.
Nous examinerons ensuite un à un les éléments fondamentaax du mécanisme des échanges ; monnaie, banque, et bourse.
I us nous étudierons leur fonctionnement combiné sous ses
eux aspects principaux ; règlement des échanges et orqanisatu m du crédit. ^
En possession de ces notions générales, nous considérerons le i particularités relatives au commerce international, et nous
consacrerons, enfin, quelques chapitres à l’étude des trampc rts.
(l)Voir le recensement français déjà cité, t. I, 2® partie n Cosulter aussi l’élude de M. A. E. S*,ous dins la coZ2aL f.s C/II reprises industnelles et commerciales, recueil de conférences par
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