‹ Traité élémentaire d'entomologie comprenant l'histoire des espèces utiles et de leurs produits des espèces nuisibles et des moyens de les détruire, l'étude des métamorphoses et des moeurs, les procédés de chasse et de conservation (volume 3)Chapitre 112 sur 118 · SCOLIA · texte numérisé non relu

SCOLIA

Les Triscolia présentent trois cellules cubitales fermées. Dans le groupe de ce sous-genre, où la troisième cellule cubitale est angulée postérieurement et la seconde plus ou moins pétiolée vers la radiale, nous trouvons une grande et belle espèce, des environs de Montpellier, Cette et Narbonne, aimant à butiner sur les fleurs de l’Oignon comestible, de Marseille, d'Hyères, d'Espagne, d'Italie, d'Algérie, où elle abonde partout pendant le printemps et l'été, du Maroc. Cette espèce est S. flavifrons, Fabr. (syn. hortorum, Fabr.); long. de la femelle, 40- 45 millimètres; du mâle, 25-30 millimètres ; longueur de l'aile, 17-28 millimètres. La tête de la femelle est noire, avec le front et le vertex jaunes, parfois noirs, par variation; les antennes sont noires, le corselet noir, le milieu de l’écusson portant deux taches jaunes presque réunies en une. L'abdomen est noir, avec une petite fossette sur la base dorsale du premier segment, remplacée par un tubercule chez le mâle. Les segments 2 et 3 ont deux taches jaunes de chaque côté, ou une bande jaune interrompue, parfois continue sur le premier segment. Les ailes sont ferrugineuses, jaunâtres à la base et suivant la côte, la partie postérieure avec un reflet violet, les nervures brunes. Les pattes sont noires ; le poil de tout le corps et les pattes noires. Le mâle a la tête et l’écusson entièrement noirs, le reste comme chez la femelle. Les ailes sont fréquemment subhyalines, et, dans une variété, le second segment abdominal est bimaculé ou immaculé, et le sixième, hérissé de poils fauves.

D’après L. Dufour, cette grande espèce typique présente deux ganglions nerveux thoraciques et cinq abdominaux. Un œsophage très-délié aboutit à un jabot membraneux, ovoïde et lisse, suivi d’un estomac contourné et cylindroïde, avec rides musculaires nombreuses, hérissé de très-courtes papilles, au bourrelet terminal duquel s’insèrent une vingtaine de tubes de Malpighi, simples, non rameux, repliés et entortillés. Un intestin grêle, filiforme, lisse et flexueux, se termine par un rectum à six rubans musculaires. Le mâle offre deux testicules, munis chacun d'une vésicule séminale ovoïde plus grande que lui, et les deux ovaires de la femelle sont chacun à trois tubes ovigères. Le réservoir du venin, alimenté par deux tubes filiformes et flexueux, s'abouchant de chaque côté vers son milieu, déverse son produit dans un aiguillon corné, brunâtre et arqué, armé latéralement de dents imperceptibles, dirigées d’avant en arrière (1).

Les mœurs de cette Scolie ont été étudiées par Passerini, à Florence (2). Les femelles de la Scolie des jardins pénètrent profondément

(4) L. Dufour, Recherches anatomiques sur les Scolies et sur quelques autres Hyménoptères (Journal de physique, septembre 1818).

(2) D' C. Passerini, Osservaziont sulle larve, ninfe, e abitudini della Scolia flavifrons. Br. in-4°, Pise, 1840, avec 1 pl. — Continuazione delle osservaziont sulle larve di Scolia flavifrons. Br. in-4°, Florence, 1841, avee 1 pl.

dans la tannée des couches et des serres, où abondent les grosses larves de l'Oryctes nasicornis (Coléoptères, Scarabéiens). La Scolie colle un œuf cylindrique, arqué, jaunâtre et transparent, au-dessous du corps, médianement, entre les cinquième et sixième anneaux d’une larve d'Oryctes bien développée et prête à s’entourer de sa coque terreuse. L'œuf éclôt, et la larve de la Scolie ne cesse de dévorer celle de l'Oryctes, toujours collée à sa face ventrale, la tête toujours engagée dans ses chairs, le corps placé en sens inverse de celui de la larve du Coléoptère. La larve de la Scolie, apode, d’un blanc de lait, à tubercules latéraux charnus, acquiert tout son développement (44 millimètres) en huit jours environ, et se file alors un cocon double de soie brunâtre, à deux couches. Elle se dépouille dans ce cocon d’une mince pellicule, qui reste racornie et rejetée au fond, devient nymphe, puis adulte, devant ronger le double cocon soyeux et déblayer la terre pour sortir. La larve vorace de la Scolie n’a respecté que les excréments et la peau de la larve de l’Oryctes, qui présente une fente ventrale, due aux mandibules de la larve de la Scolie. Cette peau, flasque et vide, reste dans la coque terreuse du Coléoptère, collée et aplatie au dehors de la double coque soyeuse de la Scolie, entre celle-ci et la coque de terre, de sorte que le cocon de la Scolie a pour points d'appui de ses fils et la coque terreuse et la peau de la larve d'Oryctes.

M. Marquet cite cette Scolie comme parasite carnassier des larves de Phyllognathus Silenus, et M. H. Lucas a vu qu’en Algérie elle attaque de la même manière, outre les larves de l'Oryctes nasicornis, celles de l’Oryctes Grypus, qui vivent dans le terreau des vieilles souches de Chène-liége en décomposition. Coquerel a désigné sous Le nom d’Oryctophaga une Scolie de Madagascar, dont la larve vit parasite de celle de l'Oryctes Simiar (1).

Il est probable que les mœurs des autres Scolies sont analogues et qu'elles dévorent des larves de Lamellicornes. On s'explique ainsi leurs instruments fouisseurs puissants, car les Scolies doivent souvent fouiller profondément pour atteindre ces larves en terre et pour regagner, après l’éclosion des adultes, la surface du sol. Passerini a observé les larves d'une autre espèce beaucoup plus petite, qu’il suppose être S. hirta, Schrank, trouvées au fond d’un pot à fleur, en hiver, enfermées chacune dans une double coque soyeuse, à laquelle adhérait extérieurement une peau vide d’une larve qu'il n’a pas déterminée.

On assure aussi que cette espèce a été vue entrant dans un trou, au fond duquel était une grande Sauterelle, probablement le nid de quelque Sphégien.

Nous devons ajouter aux Triscolia deux espèces du midi de l’Europe et de l’Algérie, S. hæmorrhoidalis, Fabr. (syn. erythrocephala, Klug non Fabr.), probablement variété constante de S. flavifrons, ayant le

(1) Ann. Soc. entom. France, 3° série, 1855, t. III, p. 173, pl. 10.

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