‹ Traité élémentaire d'entomologie comprenant l'histoire des espèces utiles et de leurs produits des espèces nuisibles et des moyens de les détruire, l'étude des métamorphoses et des moeurs, les procédés de chasse et de conservation (volume 3)Chapitre 9 sur 118 · ORTHOPTÈRES SAUTEURS · texte numérisé non relu

ORTHOPTÈRES SAUTEURS

chaque côté de la vulve sont deux appendices foliacés, saillants au dehors, destinés probablement à retenir le mâle et à saisir les œufs au moment de la ponte. Le système nerveux a offert trois ganglions thoraciques et cinq abdominaux.

Les Orthoptères du groupe des Sauteurs ont le corps le plus souvent subcylindrique, et les pattes postérieures organisées pour le saut, en raison surtout de la longueur et de l'épaisseur des cuisses. Les trochanters sont généralement peu apparents ; les tarses ont deux, trois ou quatre articles. La tête est libre, parfois un peu avancée, d'habitude perpendiculaire au corps et à bouche inférieure. Les organes du vol avortent dans certains genres. Les cerques anaux ne sont pas articulés en général. Ces insectes sont habituellement diurnes, et fuient plus souvent en sautant que par le vol ; ils sont rarement cavicoles et trèsrarement cavernicoles. Les mâles sont presque toujours bruyants avec divers mécanismes.

Ces insectes étaient réunis par Linnæus dans un grand genre qu'il appelait Gryllus et subdivisait lui-même en Acheta, Locusta, Tettigonia, Bulla et Acrida. Peu à peu se sont dégagées de cette synonymie embrouillée les trois tribus des Grylliens, correspondants aux Gryllus, Geoffr., Oliv., Gryllus Acheta, Linn., Acheta, Fabr.; Locustiens, formés des Locusta, Geoffr., Fabr., ou Gryllus Tettigonia, Linn.; enfin les Acridiens, constitués avec les Acridium, Geoff., les Pneumora, Thunb., partie des Gryllus Bulla, Linn., les Truxalis, Fabr., ou Gryllus Acrida, Linn., les Acridium propres ou Gryllus, Fabr., ou Gryllus Locusta, Linn., et quelques Gryllus Bulla, enfin les Tettix (à tort Tetrix), Latr., ou Acridium, Fabr., ou partie des Gryllus Bulla, Linn.

Il existe, comme nous l’avons déjà dit, pour les Orthoptères ons des caractères plus certains que pour les autres Orthoptères, au moyen desquels on peut séparer les larves et les nymphes des adultes. Outre la position des fourreaux alaires supérieurs à ceux des élytres dans ces premiers âges, les ailes des adultes sont toujours plissées en éventail, et ces plis se retrouvent marqués chez les Orthoptères, dont les ailes à l’état parfait sont à peine visibles et tout à fait impropres au vol. Les nymphes ont au contraire les fourreaux alaires plans, de forme plus ou moins triangulaire, et jamais plissés en éventail, quoiqu’on y voie déjà les nervures suivant lesquelles ces plis se formeront dans l’âge adulte. Yersin (1)

(1) Note sur la dernière mue des Orthoptères (Bull. Soc. vaudoise des sc. natur., séance du 48 avril 1855), GIRARD. IL, — 8

Ai ORTHOPTÈRES.

a fait voir par quel mécanisme, lors de la dernière mue, le bord supérieur des gaines qui renferment les élytres et les ailes se soulève peu à peu, et pivote en faisant une demi-révolution autour du point d'insertion, de sorte que, après la sortie de l’insecte parfait des téguments nymphaux, l’élytre, qui était recouverte par l'aile, lui devient supérieure.

TRIBU DES GRYILELEENS.

Les Grylliens ont de grands rapports avec les Locustiens, en raison surtout de l’oviscapte saillant de la plupart des femelles, et du mode de stridulation des mâles ; mais ils se rattachent aussi aux Blattiens par les Myrmecophila, et même aux Acridiens par les Aya ou Tridactylus, dont la structure interne les faisait ranger par L. Dufour dans cette dernière tribu. Ce sont les Gryllides ou Grilloniens de Latreille et Audinet-Serville, les Achetariæ de Zelterstedt, les Achetidæ, Achetida, Achétides, de Stephens, Leach, Rambur, etc.

Ces insectes ont les antennes sétacées, rarement moniliformes (Xya); les tarses habituellement de trois articles, parfois de deux (Rhipipteryæ, Newm.) ou de quatre (Schizodactylus, Brullé) ; les organes stridulants situés sur le champ intermédiaire ou discoïdal. On distingue deux groupes chez les Grylliens, suivant la structure des pattes antérieures. Les uns, Grylliens fouisseurs, ont certains articles de ces pattes élargis pour construire avec le sable ou pour fouir la terre (Tridactylus, Gryllotalpa); en outre, leur tête est un peu avancée, ovale, Les autres ont les pattes de devant simples (Grylliens propres), la tête un peu avancée (Œcanthus), ou, le plus souvent, globuleuse, verticale, à bouche inférieure. Il y a dans ce dernier groupe certains Gryllus qui sont fouisseurs, sans conformation anatomique spéciale.

Nous n'avons pas un très-grand nombre de caractères généraux à citer chez les Grylliens, tribu de passage, voisine surtout des Locustiens, et aussi en raison du nombre médiocre de ses genres, même en y comprenant les exotiques.

Le corps est de grandeur très-variée, depuis 2 millimètres (Myrmecophila) jusqu'à des dimensions considérables, moindres toujours que dans la plupart des autres tribus des Orthoptères propres (ainsi la Courtilière vulgaire femelle, les Brachytrypes, atteignant 40 millimètres ; le Schizodactylus monstrosus, de 80 millimètres, les ailes fermées). Il est parfois large et vaste (Gryllotalpa, Brachytrypes), ou grêle, plan, subdéprimé (OEcanthus), ou subcylindrique, à bords parallèles (Gryllus, ete.), ou allongé-elliptique (Mogoplistes), ou enfin ovale et convexe (Myrmecophila). La tête est le plus souvent grande, globuleuse, convexe en dessus, verticale, ou plus rarement subavancée (Tridactylus, Gryllotalpa, Œcanthus) ; le vertex est convexe, ou parfois aplani (Ecanthus), rare-

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ment muni d’une lame foliacée, comme une ombelle (Platyblemmus œ'). Les yeux sont latéraux, globuleux, parfois grands, subarrondis. Les ocelles, ou bien développés au nombre de deux ou trois, ou bien représentés par de simples taches, sont placés entre les yeux et au-dessus des antennes, le médian inférieur parfois transverse. Les antennes sont insérées entre les yeux dans de vastes fossettes, le plus souvent sétacées, multiarticulées, de la longueur du corps, le premier article comprimé, dilaté, tous les suivants très-courts, et allant en diminuant peu à peu vers le sommet de l'antenne, rarement submoniliformes, de dix articles (Tridactylus). Le clypeus, impressionné longitudinalement, est quelquefois séparé du front par une impression transverse. Le labre est transverse, large (Gryllus) ou suborbiculaire (Gryllotalpa) ; les mandibules sont robustes, armées au bord interne de dents fortes (Gryllus), ou plus obsolètes. Le mando des maxilles offre en dedans une dent linéaire, libre et aiguë ; le galea est linéaire ; les palpes, de cinq articles, le dernier avec une vésicule tactile sur le vivant, parfois triangulaire, sécuriforme (Trigonidium). La lèvre est quadrifide, les lobes internes (mando) linéaires, les externes (galea), ou allongés, hérissés (Gryllotalpa), ou courts, dilatés (Gryllus), avec palpes de trois articles, le dernier vésiculeux.

Le pronotum est tantôt subcylindrique, à dos subcarré (Gryllus, Trigonidium), ou allongé (OEcanthus), tantôt convexe en dessus, presque en bouclier (Gryllotalpa, Tridactylus) ; le mesonotum et le metanotum ont la forme ordinaire, ce dernier plus robuste quand les ailes sont développées. Les pièces sternales sont, le plus souvent, planes, transverses, mutiques ; le prosternum est caréné au milieu chez les Gryllotalpa, membraneux chez les Gryllus, avec intercalation de plages cornées symétriques. Un petit nombre de genres (Myrmecophila, Mogoplistes) sont tout à fait privés d’élytres et d'ailes. Chez les autres, ces organes ont un degré variable de développement, selon les espèces et selon le sexe, tantôt plus longs que l'abdomen, tantôt beaucoup plus courts; les élytres sont tantôt plus courtes que les ailes, tantôt plus longues. Les élytres et les ailes restent en grande partie horizontales sur le corps, ce qui rattache les Grylliens aux tribus précédentes, tandis que chez les Locustiens et les Acridiens leur plus grande portion est déclive. Le champ marginal des élytres des Grylliens est seul défléchi, les champs discoïdal et anal restant à plat sur l'abdomen ; ce qu'on voit bien sur les espèces à abdomen étroit et à élytres larges (0Ecanthus), et aussi sur les espèces à large abdomen et à élytres peu amplifiées. La disposition des nervures est difficile à débrouiller sur les élytres, surtout quand elles sont abortives ; les nervures scapulaire et externo-médiane épaissies forment la séparation de la portion défléchie de l'élytre (champ marginal) d'avec les autres champs, constituant la partie horizontale. Aù repos, le plus souvent l'élytre droite recouvre la gauche ; la consistance des deux élytres est le plus souvent analogue (Gryllus campestris) :

plus rarement la membrane de l’éiytre gauche est plus mince, plus pellucide (G. ou Nemobius sylvestris). Chez les mâles, une nervure fournit près de la base une branche anguleuse, profondément imprimée en dessus, proéminente et très-finement denticulée en dessous, donnant par ses rameaux plusieurs aréoles dans le champ discoïdal, et offrant à son angle une petite membrane (chanterelle de M. Goureau), le tout formant l'appareil de stridulation. Les ailes sont caudées chez quelques espèces, c’est-à-dire très-étroites vers le bout, beaucoup plus longues que les élytres et les dépassant au repos, comme une queue ou lanière allant en s'amincissant (Gryllotalpa). Les ailes pellucides de cette espèce ont le bord antérieur, et souvent la strie du champ discoïdal, de consistance cornée, avec une coloration distincte, tandis qu'au repos tout le reste de l'aile, surtout le champ anal très-ample, est caché et comme protégé sous cette strie cornée, en plis nombreux et très-étroits. Le genre Schizodactylus présente les élytrés et les ailes dépassant beaucoup l’abdomen, et contournées au repos en plusieurs tours de spirale serrés. La plupart des autres genres de Grylliens ont les ailes subégales en longueur aux élytres, ou plus petites ou nulles. On peut déjà dans les nymphes, d’après les fourreaux longs ou courts des ailes, deviner si l’adulte aura les ailes caudées ou non.

Les pattes de devant sont fouisseuses chez les Tridactyles et les Courtilières, tandis que les postérieures sont propres à un saut énergique chez les premiers, très-faible chez les secondes. Les pattes postérieures de tous les Grylliens sont plus ou moins saltatoires. Les hanches antérieures, sans épines en dessus, sont très-rapprochées entre elles ; les trochanters des quatre pattes antérieures sont distincts, les postérieurs oblitérés. Dans le genre OEcanthus, toutes les pattes sont grêles; les cuisses des Grylliens sont mutiques, les quatre antérieures courtes, canaliculées en dessous, les intermédiaires plus grêles; les postérieures épaissies à la base pour le saut. Les deux jambes antérieures sont comprimées, portant souvent à la face externe de la base, plus rarement à l’interne, une cavité recouverte par une membrane argentée, entourée de poils, organe qu'on retrouve chez les Locustiens et qui paraît être un tympan auditif. Toutes les jambes sont armées au sommet d'épines mobiles ou calcars, et les tarses ont, presque toujours, trois articles comprimés, le premier, le plus long, terminé le plus souvent au sommet, dans les pattes postérieures, par des calcars ; il y a des ongles puissants et pas de pelote ou arolie.

L'abdomen, le plus souvent assez court, est ovale ou oblong, plus cylindrique ou déprimé que comprimé, ayant neuf ou dix segments dorsaux et huit ventraux. Le dernier segment dorsal, ou plaque supraanale, est petit ou prolongé dans les deux sexes, qui ont également la plaque subgénitale naviculaire et comprimée. Ces deux plaques, peu différentes chez le mâle et la femelle, n'ont pour cette raison que peu d'importance chez les Grylliens. Au contraire, la longueur

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réciproque des cerques et de l’oviscapte chez les femelles d’une même espèce est assez constante, et doit être indiquée dans les descriptions de détail. 11 faut prendre garde de confondre avec les cerques les queues fourchues des ailes de certains genres, qui parfois les dépassent. }

Les larves mäles des espèces aptères diffèrent des adultes par l’évolution imparfaite de la plaque subgénitale ; mais chez les nymphes cette partie est déjà presque aussi développée que dans l'adulte. Les larves et surtout les nymphes des femelles se distinguent de l’insecte parfait par un oviscapte plus court, plus large, à valvules molles distendues (caractère conservé dans le genre Myrmecophila), et c'est par les vestiges de cet oviscapte, si l'adulte est muni d’un oviscapte saillant, que les larves un peu àgées et les nymphes des femelles se séparent de celles des mâles.

Il y a trop peu d'homogénéité chez les Grylliens et trop peu de travaux sur leur anatomie interne, pour que nous puissions exposer des indications générales. Nous donnerons une étude résumée des organes de nutrition et de reproduction, et du système nerveux, à propos de quelques genres seulement : ainsi Tridactylus, Gryllotalpa, Gryllus.

Une découverte toute récente est celle des organes musicaux virtuels chez certains Grylliens indigènes, analogues aux appareils sonores des Cigales (Hémiptères Homoptères), mais ne produisant pas de sons, fonctions dévolues aux élytres chez les Grylliens mâles. C’est sur la Courtilière que M.Landois (1) a surtout étudié cet organe, cet insecte le présentant avec son maximum de développement. Il avait déjà été soupçonné par Van den Hoeven. Il est surtout bien visible sur une grosse femelle gonflée par l'alcool, qui distant les anneaux de l’abdomen et rend les sept stigmates bien saillants. L'appareil, tout à fait comparable à la membrane plissée qui forme la timbale des Cigales, débouche obliquement entre les quatrième et cinquième stigmates de l’abdomen, et sa base remonte contre la moitié supérieure du second anneau abdominal. Il figure un demi-cercle de chitine, au côté convexe duquel adhère un court manche également chitineux.La longueur totale de l’organe est de 3m®,8 et le diamètre du demi-cercle est de 20,5, et il forme dans toute son étendue une partie externe du corps. Le demi-cercle est revêtu d’une fine membrane faiblement convexe et lisse, tandis que le reste de l'appareil participe à la soyeuse villosité du corps. Même à l'œil nu, on peut reconnaitre au milieu de la membrane une petite rainure longitudinale où s’insère un muscle. Chez les Cigales, au lieu d'un demi-cercle, c’est un anneau complet de chitine qui porte la mince pellicule vibrante. La structure interne de l'appa-

(1) Sur un organe des Grylliens indigènes analogue à l'appareil sonore des Cigales (Journal de zoologie scientif. de von Siebold et Külliker, Leipzig, Engelmann, 4872, p. 348, pl, XXVII).

reil dénote une ressemblance encore plus frappante, Si l'on fend, par une incision longitudinale, le dos de la Courtilière, si l'on écarte les intestins et le tissu adipeux, la préparation myologique devient aisée (pl. zxnr, fig. 6). Au milieu de la fine membrane arrive un long muscle de 6 millimètres, plat comme les autres muscles ventraux, avec des stries obliques comme d'habitude chez les insectes, et qui a son origine près du bord antérieur du premier segment abdominal ; les nerfs qui l’animent ont semblé partir du ganglion métathoracique, ou peutêtre du premier ganglion abdominal, qui est presque entièrement soudé avec le précédent. C’est une disposition musculaire analogue qui a été vérifiée sur les Cigales par les plus récentes observations de M. Cesare Lepori (Bull. Soc. entom. italian.,t. I, p. 221, pl. v). Chez les Cigales, la timbale sert à renforcer le son ; elle semble sans emploi chez la Courtilière.

M. Landoiïs a retrouvé l'organe chez le Grillon champêtre, à la même place que chez la Courtilière, avec des dimensions proportionnellement moindres. Le demi-cercle chitineux se complète presque jusqu'à former un anneau entier oblong, dont le diamètre longitudinal est de 1"%,02, l'organe total étant long de 1"%,47. Enfin, quand on s'est familiarisé avec cet organe dans les espèces précédentes, on peut procéder à sa dissection chez le Grillon domestique, où il échapperait facilement, en raison de sa petitesse, sa longueur totale n'étant que 0%%,72, avec un diamètre du demi-cercle de 0"",44 ; en outre, la portion chitineuse se distingue à peine de son entourage, en raison de la couleur claire de la peau de l’insecte, et la forme de l'organe diffère assez de celle des précédents, Les dimensions de cet appareil paraissent égales dans les deux sexes, avec un peu plus de grandeur chez les femelles, en rapport avec ce fait que chez les Grylliens, la femelle est d'ordinaire plus forte que le mâle. Le degré d’atrophie de l'organe est en rapport inverse avec l'intensité du son chez les Insectes. Le Grillon domestique est le plus petit des trois espèces considérées, mais c'est en proportion celui qui produit le son le plus intense; aussi chez lui l’organe décrit est très-difficile à découvrir en raison de son trèsfaible développement. Au contraire, on entend rarement le mâle de la Courtilière frottant ses élytres l’une contre l’autre, et le son ainsi produit est très-faible, tandis que l'organe en question est, par contre, plus développé qu'ailleurs, Le Grillon champêtre, plus bruyant que la Courtilière, mais à son proportionnellement moins fort que le Grillon domestique, offre un appareil de dimensions également intermédiaires. On voit donc, dit M. Landois, que plus l'organe sonore s’est développé chez les Grylliens, plus les organes servant au renforcement chez les Cigales se sont atrophiés. Il me semble que la fonction de ces organes n’est peut-être plus la même, et que cette membrane, tendue et vibrant par la communication des ondes sonores extérieures, est peut-être un organe d’audition, d'autant plus déve-

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loppé, que le son est plus faible. On sait au reste que chez les Insectes les nerfs acoustiques ne partent pas nécessairement du cerveau.

Le genre de vie des Grylliens est assez varié, mais tous sont terrestres et ils volent très-peu, même chez les espèces pourvues de longues ailes, comme les Gryllotalpa et quelques sujets des Tridactylus, les Trigonidium, les Brachytrypes et certains Gryllus, les OEcanthus. C'est par le saut et surtout par une course rapide, et non par le vol, que les Grylliens cherchent à échapper à leurs ennemis. Le saut ne manque complétement à aucun genre de Grylliens, et sans corrélation avec les pattes fouisseuses de devant, puisque, s’il est très-faible chez les Courtilières, il est au contraire très-puissant chez les Tridactyles. Dans les Gryllus, les petites espèces sautent très-bien ; de même les Platyblemmus, les Myrmecophila. Selon Ratzeburg, la Courtilière nage bien. La faculté de fouir, outre les genres à conformation spéciale, existe aussi dans des espèces des genres Gryllus et Brachytrypes, à pattes courtes, douées de fortes jambes épineuses. Le Grillon sylvestre, au contraire, et des espèces voisines, vivant à la surface du sol, n'ont que des pattes grêles ; elles sont très-minces, allongées et des moins fouisseuses dans le genre Œcanthus.

Les Grylliens màles d'Europe ont la faculté de striduler, à l'exception des genres et espèces aptères, du genre Tridactylus, dont les élytres des mâles sont dépourvues de l'appareil de stridulation, et probablement des Trigonidium. La Courtilière màle même, quoique souterraine, fait entendre un chant doux; les Grillons champêtre et domestique ont un chant sonore, distinct pour chacun; ce sont les petites espèces qui donnent la note la plus aiguë, en relevant plus ou moins les élytres. Les OEcanthus les tiennent presque perpendiculaires au corps, en les redressant et les frottant avec une grande rapidité.

On n'a que très-peu de renseignements sur la copulation des Grylliens ; nous parlerons des spermatophores du genre Gryllus. Les œufs des Courtilières et des Tridactyles sortent directement de l’abdomen, et sont pondus ou dans des trous en terre, soit naturels, soit creusés à cet effet, ou au fond même des terriers de refuge de ces insectes. Les Grylliens, beaucoup plus nombreux, munis d’un oviscapte saillant, introduisent leurs œufs au moyen de cet organe, soit dans les creux du sol, soit dans les tiges vertes des plantes (ŒEcanthus). Certains Grillons et Les Courtilières en larves hivernent sous terre. Tous les insectes de cette tribu paraissent aimer beaucoup la chaleur et redouter le froid; aussi les terriers des espèces cavicoles sont placés toujours à l’exposition méridionale. De Geer dit que des Grillons qu’il exposa au froid du mois de novembre ne tardèrent pas à périr. Le Grillon domestique reste agile en hiver dans les lieux chauds des maisons, mais tombe en torpeur dans les parties froides, et se réveille par la chaleur d’un foyer allumé. Ces Orthoptères sont tous d’une extrême timidité, cessant au moindre bruit de produire leur vibrante stridulation ; dès qu'on s'approche de

lui, le Gryllien champôtre rentre dans son terrier, et celui des maisons court au plus vite se cacher dans quelque fente.

Il y a des Grylliens qui habitent diverses cavités, des trous du sol, des terriers préparés à l'avance, et n’en sortent que pour la recherche de la nourriture ou l’accouplement (certains Gryllus, Gryllotalpa, Brachytrypes). Les Tridactyles vivent en troupe, chacun se réfugiant dans un long boyau, oblique ou vertical, creusé dans le sable humide des rives des fleuves ou des lacs. Les Myrmécophiles hantent les fourmilières ; d’autres genres affectionnent, comme retraite, les pierres, les souches végétales, les feuilles tombées, les mousses, les bruyères (Platyblemmus, certains Gryllus). Le Gryllus domesticus est l'hôte exclusif des maisons, et surtout des boulangeries. Enfin un petit nombre de genres vit dans les herbes (les Trigonidium sur les Joncs), et sur les buissons et les fleurs des prairies sèches et des landes (Œcanthus), souvent se cachant sous les plantes.

Certains Grylliens paraissent omnivores, les Courtilières, le Grillon champêtre, sans dévorer cependant les substances mortes altérées ; d’autres ont une nourriture végétale, d’autres exclusivement animale (probablement les Tridactylus). Des espèces rassemblées en captivité (Gryllotalpa, Gryllus) se dévorent entre elles, ce qui ne prouve pas grand”chose pour leur régime normal, la privation de liberté amenant ces perversions de l'appétit chez des espèces phytophages en liberté. Le Grillon domestique mange de la farine, substance azotée ; peut-être recherche-t-il aussi les insectes qui y vivent. A l'exception du Grillon domestique et surtout de la Courtilière, les Grylliens ne nous sont pas nuisibles.

Les Grylliens habitent principalement les régions chaudes de la terre, dans les deux hémisphères, l'Australie, Madagascar, etc. ; mais l'Europe en possède un bien plus grand nombre de genres et d'espèces que pour les tribus des Orthoptères coureurs, et surtout marcheurs (Mantiens et Phasmiens). Certains Grylliens ne dépassent pas l’Europe australe et le nord de l'Afrique : ainsi des espèces de Gryllus, les Mogoplistes, Trigonidium, Platyblemmus et Brachytrypes. Le genre Tridactylus atteint, au nord, Lyon et la Hongrie. Les Myrmécophiles, surtout de l'Europe méridionale, de la Sicile, de l'Algérie, offrent des apparitions isolées près de Paris, dans la Saxe, la Silésie supérieure; de même les OŒEcanthes dépassent un peu l'Europe méridionale, en remontant en France jusqu'aux environs de Paris et sur les côtes normandes, et, d'autre part, jusqu'en Silésie supérieure. On peut conclure du silence complet de Zetterstedt, dans ses Insecta lapponica, que tous les Grylliens manquent en Laponie. La Courtilière n’existe déjà plus dans la Scanie boréale, et dans sa Faune de l’Ingrie, ancienne province baltique sur le golfe de Finlande, du côté russe (actuellement gouvernement de Saint-Pétersbourg), Cederhjelm ne cite que la Courtilière et le Grillon domestique comme représentants de cette tribu aux environs de Saint-Pétersbourg.

TRIDACTYLUS. 121

GENRES PRINCIPAUX

Ï. — GRYLLIENS à pattes hétéronomes, les antérieures fouisseuses.

TRIDACTYLUS, Oliv., ou XYA, Illig.— Corps grêle. Antennes courtes, de dix articles, submoniliformes ; yeux grands, subovales ; trois ocelles à peine apparents. Corselet bombé, en bouclier. Élytres courtes, coriaces, subtriangulaires, ne recouvrant que la base de l'abdomen ; ailes repliées, étroites, linéaires, le plus souvent abrégées et à peine plus longues que les élytres. Pattes antérieures à jambe dilatée en raquette ovale et comprimée, poilue, à bord externe épineux, recevant dans un sillon letarse detrois articles; pattesintermédiaires plus longues, comprimées, à tarse de trois articles ; pattes postérieures à cuisse comprimée, très-large, de la longueur de l’abdomen. Jambes grêles, droites, portant des séries de lames foliacées, imbriquées au repos, extensibles, et terminées, au lieu de tarses, par des rangées de lames élastiques et extensibles. Abdomen cylindroïde, de neuf segments, terminé par quatre appendices allongés, droits et velus.

Les Tridactyles sont de petits Grylliens des plus agiles et de mœurs curieuses. Ce genre a été découvert par Olivier et établi sur une espèce d'Orient (Encycl. méth., 1789, t. WT, p. 26) non décrite, à laquelle l’auteur assigne trois digitations comme terminant les pattes postérieures. Ce caractère, d'où est tiré le nom du genre, ne se retrouve pas dans l'espèce la plus connue, le T. variegatus, Hlig. On dirait une Courtilière en miniature, le mâle ayant 4 millimètres, et la femelle ne dépassant pas 6 millimètres, ayant 41 millimètres du front à l'extrémité des pattes postérieures étendues. Le corps est d’un noir bronzé luisant, glabre, avec les bords latéraux du corselet, la base des élytres, le dessous de l'abdomen et des mouchetures aux pattes, blanchâtres (1). Les jambes postérieures, qui se tiennent au repos sous le bord inférieur tranchant des cuisses, offrent en dessous, dans leur tiers postérieur, deux séries de lames oblongues, blanchâtres, papyracées, chacune de quatre ou cinq lames, couchées longitudinalement les unes sur Les autres dans le repos, mais pouvant s’écarter en éventail ou en panache, lorsque l'insecte saute et déplie le membre postérieur, à la façon des pattes des Oiseaux palmipèdes, de manière à dépasser les bords interne et externe de la jambe, qui paraît alors ailée. Le bout de la jambe se termine par deux séries de digitations analogues, pareillement extensibles, continuant au

(4) Foudras, Observations sur le Tridactyle panaché. Broch. in-8°. Lyon, 1829, — L. Dufour, Recherches sur l'histoire naturelle du Tridactyle panaché (Ann. scienc, natur., 29 sér., Z00L., 4838, t. IX, p. 324).

repos la jambe pliée sous la cuisse, et atteignant alors presque le menton ; à leur base inférieure est un vestige tarsien en forme de pelote ovale. Lors du saut qui lance ces petits insectes à plus d'un mètre, toutes les lames s’étalent à la façon d’un parachute. On doit se servir du filet de gaze pour les saisir sans les blesser. L. Dufour suppose, en outre, que les digitations, qui garnissent et qui prolongent les pattes postérieures, servent à nager, quand les Tridactyles rencontrent de l’eau au fond des galeries. Cet auteur rangeait Les Tridactyles parmi les Acridiens, en raison de l'énergie de leur saut, de la brièveté et du petit nombre d'articles de leurs antennes,"et surtout par la structure de l’appareil digestif. Il n’a, en effet, que la longueur du corps de l’insecte, et ne se replie pas, comme chez la Courtilière, le Grillon, la Sauterelle. Les glandes salivaires sont petites et le gésier manque; l'estomac débute par trois digitations conoïdes peu développées, structure vestigiaire de sa forme chez les Tettix (Acridiens), et, comme dans cette tribu, les canaux de Malpighi s'insèrent isolément et immédiatement à son extrémité postérieure. L’ovaire de la femelle est formé de six tubes, chacun à cinq ou six loges, sans ligament suspenseur, avec un calice tubuleux et un large oviducte ovale, à l'extrémité postérieur duquel adhère un réservoir de semence, simple, long, enroulé. Les quatre filets qui terminent l'abdomen du Tridactyle n'ont pas été nettement identifiés aux appendices ordinaires des Orthoptères : ilen est deux, biarticulés, hérissés, qui paraissent des cerques, et deux autres inarticulés, existant dans les deux sexes.

Ce Tridactyle panaché vit dans le sable humide des rives des fleuves et des lacs d’eau douce, en très-grand nombre, criblant le sable de ses galeries de retraite.

Quand on marche au milieu de ces peuplades, on voit les petits insectes effrayés sauter de toutes parts; il en est souvent qui tombent dans l’eau et y restent un moment à la surface, toutes les pattes étendues. Bientôt, pliant les jambes de derrière sous les cuisses, ils regagnent en un ou deux sauts la plage que la frayeur les avait forcés de quitter. Ces insectes sont des maçons arénicoles, creusant dans le sable de longs puits verticaux ou obliques, bien cylindriques, au fond duquel se tient le Tridactyle la tête en bas, et d'où il sort à reculons. Ils arrachent le sable avec leurs mandibules, et aussitôt celles-ci le cèdent à l'une des pattes antérieures. Ce n’est pas ici le tarse, mince et grêle, qui peut faire l'office de main ou de truelle, c'est le côté extérieur ou le revers de la jambe qui s'empare des petits matériaux, les ajuste et Les consolide. La jambe est armée latéralement de trois dents, et en dessus de poils roides et assez clair-semés, en sorte que l’instrument du Tridactyle opère sur la bouche de celui-ci comme l’une des cardes du matelassier sur l’autre, lorsque l'ouvrier veut mettre à part la laine suffisamment cardée. Tout cela s'exécute avec une telle rapidité, que souvent l'œil ne peut suivre les mouvements. Les grains de sable en-

TRIDACTYLUS, 4123

core humide s'accumulent à droite et à gauche, puis se réunissent en voûte au-dessus de l’insecte. On trouve à la fois des Tridactyles à tous états, ce qui indique une reproduction continue. Les larves et nymphes n'ont que de très-courts vestiges d’élytres triangulaires, et ne paraissent prendre les ailes et les organes sexuels qu'à la dernière mue ; on ne voit pas de larves plus petites que 1 millimètre, ce qui porte à croire que les très-jeunes larves restent au fond des puits, où les femelles déposent sans enveloppe des œufs très-petits, ronds, transparents et d’un jaune brillant. Il y en a environ quarante par trou, et le ventre de la femelle contient un grand nombre de ces petits corps jaunes qu’on peut faire sortir par pression. On n'a pas observé l’accouplement des Tridactyles, ni ses préludes; peut-être se fait-il dans les trous. D’après Foudras, les mâles et les femelles se ressemblent beaucoup ; celles-ci seulement à ventre plus gros, avec un point ou échancrure au bord du 8° anneau, bord qui resterait au contraire entier, comme les autres chez les mâles. Par un fait analogue à ce qui se passe dans plusieurs genres d'Orthoptères, ainsi Stenobothrus et Tettix chez les Acridiens, tandis que presque toujours les ailes sont abrégées, trèsétroites, linéaires, dépassant à peine les courtes élytres, de très-rares sujets, que L. Dufour croyait, probablement à tort, être les mâles exclusifs, ont des ailes repliées, bien plus longues que les élytres, semiorbiculaires dans l'expansion, ayant environ vingt nervures radiées et une nervure transverse les coupant par le milieu, à bord antérieur coriace. Les Tridactyles disparaissent aux premiers froids de l'automne, et hivernent la tête en bas dans leurs puits, à 1 ou 2 décimètres de profondeur, le diamètre du puits variant suivant la grandeur de l'insecte; les pluies d’hiver font disparaître tout indice de l'entrée des galeries et claquemurent les travailleurs, en-attendant que les premières chaleurs de l'année suivante viennent les engager à sortir de leurs retraites. Au début du printemps, ils se montrent de nouveau sur les sables exposés au soleil, et de toute taille, quelques-uns adultes et prèts de pondre. Foudras croyait que les Tridactyles se nourrissent de grains de sable très-fins, à la facon des Lombrics, qui vivent de l'humus. L. Dufour suppose, avec plus de raison, qu'ils doivent vivre d’animalcules et de détritus végétaux, il n'a trouvé aucun grain sableux dans les matières contenues dans leur tube digestif, et il regarde la double série de soies barbues qui existe à la base de chaque mandibule comme devant empêcher toute entrée des grains de sable dans le pharynx."

Le T. variegatus existe en plusieurs endroits dans le midi de la France, ainsi sur les rives de l’Adour, notamment près de Saint-Sever (Landes), au pont du Gard, au confluent de l'Isère et du Drac, sur les bords du Rhône et de ses îles jusqu'à Lyon. On trouve ces insectes près de l'embouchure du ruisseau nommé Lône de la Téte-d'Or, réunis autour des flaques d’eau que laisse le fleuve en se retirant, et se concentrant au-

12h ORTHOPTÈRES.

tour du sable humide à mesure que le fleuve baisse et que l’arène se dessèche autour d'eux. De cet endroit jusqu'à la Vitriolerie, placée en face de la chaussée Perrache, on ne voit plus de Tridactyles, sans doute parce que là les bords du Rhône sont trop escarpés et les alentours des flaques trop fangeux ; mais on les voit reparaitre au-dessous de la Vitriolerie et le long de tous les embranchements du fleuve, près des Brotteaux-Rouges et jusqu'à Sainfon, affectionnant partout les nouveaux dépôts de sable formés chaque année, et les quittant dès que l'herbe et les arbrisseaux commencent à envahir le sol. Les Tridactyles sont recherchés par les Bécasseaux, les Bergeronnettes et divers petits oiseaux du bord des rivières, qui laissent de nombreuses empreintes de leurs pattes sur les sables labourés par les Tridactyles. Les inondations du Rhône en détruisent aussi d'innombrables peuplades, en les couvrant de couches épaisses de gravier qui les étouffent, et privent les œufs de la chaleur nécessaire à l’éclosion. Le T. variegatus existe aussi en Hongrie, en Italie, en Portugal, en Espagne, ainsi dans l’Andalousie, sur les rives du Manzanarès et de l’Ebre, etc.; en Algérie (H. Lucas), sur les bords des lacs Tonga et Houbeira, près de la Calle, dans la province de Bône ; probablement aussi en Egypte, sur les rives du Nil (Savigny), etc. Le genre Tridactylus est encore représenté en Guinée par une espèce anciennement rapportée par Palisot Beauvois, le T. paradoœus, Latr., qui a servi à Latreille à établir les caractères du genre (Encycl. méthod., 1825, t. X, p. 708): l’insecte, d’un jaunâtre pâle, a’les pattes postérieures terminées par cinq appendices mobiles, les trois intermédiaires plus longs, comprimés, dentelés supérieurement en peigne. Nous représentons, d'après la figure de Savigny dans l’Expédition d'Égypte, une espèce très-voisine du T. variegatus, peut-être une race, à vestige tarsien à la base des lames digitales postérieures plus allongé, à ailes bien développées, le T. fasciatus, G.-Mén. (pl xnr, fig. 5 : 5a, grossissement ; 5 b, jambe postérieure vue de face et de profil; 5c, tarse intermédiaire ; 5 d, tête vue de face; 5 e, antenne de dix articles). Le genre est aussi représenté dans l'Afrique australe, dans les deux Amériques et aux Indes orientales.

A côté du genre Tridactylus se place le genre Rhipipteryx, Newman, composé de petits Grylliens américains analogues aux Tridactyles. Ils ont comme eux les antennes assez courtes et de dix articles, et l’oviscapte non saillant; leurs principales différences consistent dans des tarses de deux articles seulement aux pattes antérieures et intermédiaires, et des jambes postérieures grêles, dépourvues de lämelles en série. Les tarses postérieurs sont remplacés par cinq appendices étroits, comprimés, mobiles, ciliés, pointus au bout, les ailes sont amples, dépassant environ de moitié les élytres au repos.

GRBYLLOTALPA, Latr.— Corps subcylindrique, épais, tomenteux. Tête subconique, inclinée, à front un peu gonflé entre les yeux; yeux petits, ayant

GRYLLOTALPA. 125

entre eux deux ocelles latéraux ; antennes sétacées, multiarticulées, allant en s’atténuant vers le sommet. Mandibules avec une dent molaire à la base ; mando des mâchoires muni d'une dent aiguë ; galea recourbé, étroit; dernier article des palpes des deux sortes vésiculeux au sommet. Pronotum grand, demicylindrique, excisé en avant, arrondi en arrière ; prosternum étroit, caréné au milieu, avec deux dents dressées en avant ; mésosternum avec une crête proéminente presque également dans toute son étendue ; métasternum ample, subpentagone. Élytres membraneuses, subpellucides, couvrant en général la moitié de l’abdomen, ou moins, les nervures dorsales écartées les unes des autres chez la femelle et un peu irrégulières; ailes amples, subhyalines, avec bord antérieur et la strie qui le suit cornés et obscurs, pliées au repos dans les deux sexes en façon de queue dépassant l’abdomen. Pattes courtes, comprimées, fortes, poilues, les antérieures avec hanches très-rapprochées ; trochanter avec prolongement dentiforme, moyen ou petit, dépassant rarement la longueur des digitations ; cuisses très-larges, comprimées ; jambes courtes, comprimées, portant quatre digitations, les deux supérieures mobiles, les deux inférieures immobiles, tarses de trois articles, repliés dans un canal du bord externe de la jambe, à deux ongles. Pattes moyennes plus courtes, à jambes simplement dentées au sommet; paltes postérieures plus longues, avec cuisses épineuses, n’égalant jamais en longueur le prothorax : ces deux paires de pattes à tarses de trois articles, avec deux ongles, le premier article des tarses postérieurs inerme ou obtusément épineux au bout, Abdomen vaste, surtout chez les femelles pleines, le bord postérieur du huitième arceau ventral du mâle entier ; les segments 9 et parfois 8 munis supérieurement de deux rangées latérales transverses de longs poils dirigés intérieurement; cerques anaux dépassant en longueur le pronotum,. Pas de styles ; pas d’oviscapte saillant chez la femelle.

Le type du genre et la seule espèce indigène de l'Europe, trop connue par ses ravages, est le G. vulgaris, Latr., le Gryllus Gryllotalpa de Linnæus, la Courtilière de Geoffroy, nom tiré du vieux mot français courtil ou courtille, qui signifie jardin. L’insecte est encore nommé Taupegrillon, Avant-Taupe, d'après ses mœurs et la ressemblance grossière de ses pattes antérieures avec les mains de la Taupe, et destinées comme elles à creuser des galeries souterraines. C’est un insecte d'aspect hideux, ayant quelques rapports de forme et de couleur avec une Écrevisse. Il est d’un roux jaunâtre en dessous, d’un brun enfumé en dessus, d'aspect velouté, long dans les deux sexes d'environ 40 millimètres, le mâle bien plus étroit que la femelle; les nervures des élytres prononcées et brunes, les nervures transverses des ailes lactées, avec deux stries antérieures d’un brun cendré; le 6° segment ventral du mâle est étroit, comparé aux précédents, et le 7° semi-lunaire. Chez la femelle, le 6 segment ventral est beaucoup plus grand que les précédents et suivants ; le 7°, si l'on tire l'abdomen sur le vivant, montre de chaque côté une impression remarquable. Le 8 segment, ou plaque sous-gé-

nitale, est subégal dans les deux sexes et bifendu, et les cerques, longs et villeux, sont munis çà et là de poils beaucoup plus longs. — Nous représentons quelques détails, pl. zx : fig. 4, jambe antérieure et son tarse vus en dedans; 4 a, les mêmes, vus en dehors; 4 b, base de l’antenne; 4 c, lèvre inférieure et palpes ; 4 d, mâchoire et palpe.

Cet insecte, commun et très-volumineux, est un de ceux qui se prêtent le mieux aux études anatomiques. Le tube digestif est presque deux fois plus long que le corps ; l'æsophage, filiforme et droit, offre à son origine deux faisceaux de glandes salivaires aboutissant par leurs canaux déférents à un seul tube de déversement, sur lequel s'abouche aussi le conduit d’une vésicule salivaire oblongue piriforme. Dans le métathorax est un jabot tout à fait latéral, grand, ovale, musculo-membraneux, entouré de fibres obliques et circulaires et muni de trachées. Puis l’œsophage conserve, sur une certaine longueur, sa forme cylindrique, et, à son entrée dans l'abdomen, il se lie à un gésier ou proventricule, renflé, subelliptique, muni à l’intérieur de six rangées de lames cornées triturantes, chacune à cinq séries de dents brunâtres, et séparées par six sillons profonds. Du côté œsophagien, le provéntricule est fermé par une valvule composée de six tubercules cornés convergents, détachés des colonnes qu'ils précèdent, et il entre dans l'estomac du côté opposé assez profondément, en forme de cône allongé et acuminé, constitué par quatre troncs calleux et grêles, formant une longue valvule filtrant les aliments. Cette portion, ainsi que le commencement du ventricule ou estomac, sont recouverts par deux grandes poches cæcales, entourées de ramuscules trachéens, réunies à leur base, arrondies ou oblongues suivant leur distension, et qui, gonflées, cachent la plus grande partie du proventricule. Après elles, de chaque côté, adhère un organe ramifié en arbuscule, subdiaphane, d'usage douteux (foie, pancréas ou rate ?). L'estomac est d'abord cylindroïde, étroit, lisse, sur une longueur de 4 à 6 millimètres, puis renflé et flexueux, avec de nombreux plis musculeux longitudinaux, permettant, quand besoin est, une distension considérable de la membrane interne. A l’intérieur de la partie tubuleuse sont six colonnes charnues, dont les extrémités postérieures convergent en valvule; la portion renflée offre en dedans quatre stries proéminentes longitudinales, remplies et teintes plus ou moins par une liqueur noire, dont on ignore l'usage physiologique. A la base de l’estomac s'insère un faisceau en houppe de très-nombreux canaux de Malpighi, au moyen d’un long pétiole ou uretère; ils sont capillaires, très-minces, jaunâtres ou blanchâtres, suivant le degré d'évolution de leur liqueur urinaire ; puis s'ouvre un intestin en tube flexueux, granuleux en dehors et en dedans, suivi d'un intestin épais et droit, muni des plis transversaux et des bandelettes accoutumées. De chaque côté du rectum contre l'anus, et dans les deux sexes, on observe une petite glande lobulée, placée sur une vésicule de réserve, contractile, de couleur azurée ou bleu lapis, et pleine d’un vitré clair; la glande sécrète

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une humeur qui, mêlée aux excréments, forme cette éjaculation d'odeur nauséabonde et fétide, se produisant quand on saisit la Courtilière à la main, et mouillant son large abdomen.

Les testicules du G. vulgaris sont symétriques, placés de chaque côté de l'abdomen sous les intestins, oblongs et longs de 8 à 10 millimètres lors de leur turgescence, incisés au bord externe. En détachant la tunique extérieure, on les voit formés d'une quantité innombrable de fines capsules spermatiques. Le canal déférent s'enroule en un long épididyme spiralé, et il s'y déverse Les conduits de glandes annexes. Les ovaires consistent de chaque côté en un faisceau bilobé et obtus de tubes courts, bi- ou triloculaires ; les filaments apicaux des tubes de chaque ovaire se réunissent en un filament commun, qui se fixe au métathorax avec celui de l’autre ovaire. Les œufs sont grands, obtusément ovales, d’un roux pâle et mûrs au mois de juin.

D’après Hagen, et conformément à ce que G. Newport avait précédemment affirmé pour le système nerveux de tous les Insectes (1), les funicules de la chaîne ventrale de la Courtilière sont au nombre de quatre, dont les deux inférieurs seuls se renflent en ganglions, les supérieurs demeurant simples. Les trois ganglions thoraciques sont grands ; celui du prothorax, qu'on supposerait devoir être le plus volumineux en raison de la forme du segment et de ses pattes fouisseuses, est cependant surpassé par le ganglion métathoracique. L'abdomen n’a que trois petits ganglions, en outre du gros ganglion terminal ; c'est pourquoi la chaine nerveuse s'étend à peine à la moitié de la longueur de l’abdomen, dont cependant les segments, surtout les postérieurs, jouissent du mouvement le plus libre. Les appareils nerveux de la vie végétative, chez le G. vulgaris, ont été surtout bien étudiés par Brandt. Ils offrent, comme d'habitude, deux systèmes, un pair, l’autre impair. Du ganglion frontal de ce dernier placé en avant du cerveau partent des rameaux se rendant aux pièces buccales ; un autre rameau arrive à l’œsophage avant le jabot, un autre enfin entre le jabot et le proventricule. L'appareil symétrique présente deux ganglions antérieurs contigus, subpyramidaux, placés derrière le cerveau, puis deux ganglions postérieurs, plus petits, ovales, envoyant des filets nerveux à l'æsophage, au jabot, au proventricule.

La Courtilière a été le sujet de quelques études embryogéniques (2), si difficiles chez les Insectes en raison du manque de transparence de l'œuf. L'embryon a été étudié au moment où le chorion, disparaissant, permet de l’apercevoir. Le corps est recourbé, la tête repliée contre la poitrine et les cerques anaux sous le ventre, de sorte que le pronotum

(4) On the Structure, relation and development of the nervous and circulatory syst. Philos. (Transact., 1843, p. 243).

(2) Rathke, Müller’s Archiv für Anat. und Phys, 4844, p. 27 à 37, pl.n, figs 1à5;

représente l'extrémité antérieure de l'embryon. Les pattes sont appliquées sur les côtés, et la ligne latérale de l'abdomen, où apparaitront plus tard les stigmates, se détache sous forme d’un pli plus élevé. De chaque côté, sous ce pli et près de l'insertion des pattes postérieures, Rathke a découvert un organe singulier, qui a déjà disparu dans l'embryon sorti de l'œuf. Ce célèbre anatomiste le regarde comme une branchie de l'embryon. Il a la forme d’un disque orbiculaire inséré sur un stipe, à la façon d’un champignon. Le stipe, long et fragile, est inséré au corps de l'embryon, tourné au dehors et recouvert par la patte postérieure. L’extérieur du disque montre des tubercules arrondis en saillie, et sa structure interne est cellulaire, dépourvue de trachées, mais probablement munie de lacunes aériennes. La membrane de cet organe réste blanche, tandis que les autres téguments de l'embryon durcissent et s’imbibent d’une matière colorante d’une roux fauve. La muqueuse tout entière de la membrane germinative se change en intestin, et aucune portion particulière de celle-ci ne forme le sac du vitellus. Le vitellus est compris dans l'intestin lui-même, et, vers la fin de la vie embryonnaire, il se résorbe dans l'estomac. Le tube digestif d’un embryon de G. vulgaris qui va bientôt éclore commence par un œæsophage étroit, au côté duquel adhère le jabot, sous l'aspect d’un court renflement piriforme ; après lui vient une partie un peu renflée, qui paraît le premier indice du proventricule ou gésier musculeux; ensuite le ventricule ou estomac membraneux a l'apparence d’un renflement très-dilaté, vésiculaire, encore rempli à cette époque par le vitellus, et à son bout postérieur et au début de l'intestin, est un prolongement émettant quatre vaisseaux malpighiens. Dans les embryons nouvellement éclos, le jabot, très-gonflé, paraît rempli d'air; le proventricule s'est accru, et à sa face interne se voient des papilles cornées d’épithélium; des lobes antérieurs naissent au ventricule; le nombre des vaisseaux de Malpighi s’est accru, et l'intestin, naguère à peine dilaté en avant, montre maintenant distincte une partie subrenflée, plus épaisse à l'intérieur.

La Courtilière habite de préférence les jardins potagers, les pépinières, les champs de blé. Elle préfère les régions sèches ou sablonneuses, et se trouve rarement dans un sol marécageux ou dans un humus tenace. Elle vit toujours cachée dans des canaux creusés avec les pattes antérieures, en comprimant la terre contre les parois, et amoncelant à l'entrée principale un monticule de déblais, analogue à celui de la Taupe, mais bien plus petit. L'insecte préfère pour son nid un terrain d'une certaine dureté, ainsi celui des sentiers, au sol trop léger des couches. L'entrée du gîte est d’abord horizontale, pour empécher l'irruption des eaux pluviales, puis devient déclive. La pubescence qui recouvre presque tout le corps de la Courtilière parait servir à la protéger quand l’eau envahit son terrier. Elle passe l’hiver au fond d’un trou vertical pouvant avoir 30 centimètres de profondeur ;

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celle-ci varie, au reste, selon la consistance du terrain et la rigueur du froid de la contrée. À partir du tuyau d'entrée, l’insecte se creuse à quelques centimètres des galeries de chasse dans toutes les directions. On conçoit les ravages que doivent causer de pareils travaux, de la part d'insectes de grande taille et très-féconds, coupant toutes les racines et turions qui se rencontrent sur le trajet de leurs galeries : on reconnait les lieux infestés par les Courtilières à la couleur de la végétation, qui est jaune et flétrie.

Les Courtilières sautent lourdement. Aux mois de juin et de juillet, le mâle, soit sous terre, soit à l'entrée des galeries, fait entendre une stridulation crépitante et assez faible, que l'oreille humaine ne perçoit qu'à petite distance. On l’a comparée au cri de l’Engoulevent ou au coassement de la Rainette des arbres. Les élytres sont parfaitement symétriques, et l’on y distingue, sur la partie dorsale, un instrument musical : on y voit l’archet, strié comme une lime, la chanterelle et une seule grande nervure qui descend de l’origine inférieure de l’archet vers le bout de l’élytre, en suivant une direction oblique. M. Goureau a reproduit la stridulation du mâle sur des Courtilières, soit mortes, soit vivantes, en soulevant un peu les élytres et les frottant l’une contre l’autre. A la même époque, le mâle vole le soir, en rasant la terre par mouvements onduleux, et s’accouple pendant la nuit. La femelle pleine creuse en terre un nid voûté, à peu près de la grandeur d’un œuf de poule, dont la paroi intérieure est lisse, et auquel aboutissent plusieurs galeries courbes. Elle y pond de deux à quatre cents œufs, arrondis, jaunâtres, brillants, sur lesquels elle veille, dit-on. Au bout de trois à quatre semaines, il en sort de petites larves blanches, de la grosseur d’une fourmi. Les auteurs s'accordent à dire que la mère protége avec soin cette progéniture, et même lui cherche des aliments. Les petites larves vivent réunies, sous la garde maternelle, jusqu'à la première mue; puis, devenues plus foncées et plus dures, se dispersent, et chacune alors se creuse un terrier avec galeries. Elles changent une seconde fois de peau ; puis, la nourriture manquant avec l’arrivée des frimas, passent l'hiver en léthargie, se réveillent au printemps et subissent encore deux mues avant l'état adulte. La plupart des auteurs assurent qu'elles sont nymphes un an après la sortie de l’œuf, et adultes au bout de trois ans seulement.

Les Courtilières sont à la fois carnassières et phytophages. On les a vues manger des pommes de terre, de la salade, des racines de Dahlia et d’autres plantes; mais il est prouvé qu’elles sont très-avides d'’insectes, et Féburier (Nouv. Cours d'agricult., 2° édit., p. 33, et Revue agricole, ou Journal des jardiniers et amateurs, 1829, n° 2, p. 65) a vérifié l'opinion de Latreille sur leur carnivorité. Elles semblent même mieux aimer les insectes que les végétaux, et peut-être ne perforent souvent les racines que pour y chercher des larves. On trouve dans leur tube digestif des parties cornées d'insectes ; elles sont avides de

Vers blancs, et on les garde plusieurs mois en captivité en les nourrissant de fourmis. Enfermées et pressées par la faim, elles se mangent entre elles, se mordent les antennes et les pattes, et se font à l'abdomen des blessures mortelles. Elles paraissent préférer à tout la viande crue, qui peut servir d’appat-piége pour les attirer et les détruire. On recommande aussi, au même point de vue, les amas de fumier, où elles aiment à se réfugier en quittant leurs trous ordinaires, soit pour y trouver de la chaleur, soit plutôt afin d’y rechercher les insectes, dont elles sont friandes. On conseille encore de verser dans leurs galeries du pétrole ou de la benzine, dont la vapeur les empoisonne, ou de l'huile qui les asphyxie en bouchant leurs stigmates ; enfin on peut placer à fleur de sol de larges vases pleins d’eau, où elles se noient dans leurs courses nocturnes. Quelques animaux auxiliaires concourent à leur destruction : ainsi la Pie-grièche, l'Engoulevent et la Huppe. On observe souvent à leurs pattes des larves rouges de Trombidions (Acariens).

Le G.vulgaris nuit aux jardins, aux prairies, aux pépinières dans toute l'Europe, sauf la Scanie boréale et la Laponie, où il manque. Il existe aussi en Asie Mineure et au delà du Caucase; il a été trouvé en Algérie (H. Lucas), en mai et juin, dans les bois du lac Houbeira, cercle de la Calle, se creusant dans le sable des sillons assez profonds. Le genre Gryllotalpa présente une quinzaine d'espèces, toutes très-analogues de forme et de couleur à notre Courtilière. Elles sont d'Égypte, du Cap, de Chine, de Java et Bornéo, d'Australie, de l'Amérique du Nord, de Californie, du Chili, de la Colombie, du Brésil, de la Havane, de la Guadeloupe. Le Rév. P. Perny a remis à Guérin-Méneville un insecte réputé en Chine comme guérissant de la rage, et celui-ci a reconnu dans cet insecte, arrivé en débris, une petite espèce de Gryllotalpa.

SCAPTERISCOUS, S. Scudder, — Crête mésosternale non proéminente, sauf sur la moitié postérieure du segment, limitée quelquefois à la moitié postérieure, ou même obsolète. Trochanter antérieur grand, la portion libre égale aux digitations des jambes en longueur ; jambes munies de deux digitations mobiles ; premier article des tarses postérieurs terminé à l'extrémité, de chaque côté, par une grosse épine aiguë, l’épine interne plus longue. Élytres couvrant en général les deux tiers de l’abdomen ou plus, leurs nervures dorsales chez la femelle rapprochées et régulières. Aucun des segments terminaux de l’abdomen muni supérieurement de rangées de longs poils ; bord postérieur du huitième arceau ventral de labdomen du mâle prolongé en une dent grosse, proéminente, centrale; cerques anaux presque toujours moins longs que le pronotum. Les autres caractères des Gryllotalpa.

Ce genre a été créé par M. S. Sudder, de Boston, pour des Courti=

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lières exclusivement américaines (1). Il avait été longtemps auparavant comme pressenti par Audinet-Serville, qui établit deux divisions dans son genre Gryllotalpa : la première formée d'espèces des deux mondes, offrant la palme des jambes antérieures divisée en quatre dents; la seconde, à espèces américaines, ayant cette palme divisée seulement en deux dents, caractère principal du genre Scapteriscus, et ces jambes moins larges que dans la première division. Le type est le S. didactylus, Latr. (pl. zxui, fig. 3), espèce bien plus petite que notre Courtilière., n'ayant que 26 millimètres de long. Le corps est velouté, d'un jaune brunâtre, plus pâle en dessous. Les élytres recouvrent plus de la moitié de l’abdomen, dont les ailes dépassent un peu l'extrémité. Les pattes sont pubescentes, de la couleur du corps, le trochanter des jambes antérieures très-grand, presque spatuliforme, tandis que chez le G. vulgaris il est long et pointu, à bord inférieur arrondi et tranchant comme un soc, et cilié de poils, L'espèce se trouve dans les Guyanes, au Brésil dans la province des Mines, au Paraguay, à Costa-Rica, et probablement dans la Floride et à Cuba.

Les autres Scapteriscus sont du Mexique, du Brésil, de Colombie, de l'Amérique centrale ; en tout, huit espèces.

A côté des Courtilières se place un genre très-curieux, Cylindrodes, Gray. Le corps est allongé, linéaire, parfaitement cylindrique, à thorax formant plus du tiers du corps, aptère ou ayant à peine des vestiges alaires ; les pattes très-courtes, comprimées, les antérieures, avec les jambes élargies, propres à fouir, terminées par une palme dentée en forme de main, les quatre jambes postérieures munies d’une forte épine, les tarses de deux articles. Une seule espèce est connue et figurée dans le Règne animal de Griffith, sous le nom de C. Campbelli, Gray. On ne sait si l'on a affaire à une nymphe ou à un adulte ; la longueur est de 66 à 68 millimètres, et la couleur d'un brun un peu rougeûtre. L’insecte a été trouvé à Melvil-Island, dans l'Australie septentrionale, ravageant les serres en se logeant dans la tige des plantes, qui se flétrissaient. Il s’y fixait par les épines des jambes. Les colons le nommaient Ver-fil.

Ïl. — GRYLLIENS PROPRES, à pattes homonomes,

MYRMECOPHELA, Latr.— Corps brièvement ovale, convexe, aptère, ressemblant à une larve de Blatte, sans aucun vestige d’ailes ni d'élytres. Tète globuleuse, à bouche inférieure, en partie cachée sous le prothorax; yeux petits ; pas d’ocelles; antennes multiarticulées, à peu près de la longueur du corps. Palpes courts, épais, les maxillaires ayant leur dernier article beaucoup plus gros que les autres. Corselet grand, large et transverse ; mesonotum et meta-

(4) Memotrs of the Peabody Academy of Science, t. 1, n° 1, mars 1869. Salem, Massachusetts.

notum courts et transverses, semblables aux segments de l’abdomen. Pattes courtes, les antérieures et les intermédiaires grêles, à cuisses postérieures très-renflées, à jambes postérieures dilatées subitement près de l’extrémité, tous les tarses de trois articles. Cerques très-longs, poilus, confusément articulés ; oviscapte de la femelle saillant, dépassé par les cerques, droit, cylindrique, divergeant au sommet par quatre pointes des valvules.

Ce genre, composé des plus petits Grylliens, est formé d’espèces trèsrares. Le type est le M. acervorum, Panzer, regardé d’abord comme une Blatte, long dans les deux sexes de 5 millimètres environ, ayant en outre des cerques d'un millimètre, et une largeur de la base du pronotum d'environ 2 millimètres. C'est un insecte d’un roux châtain, terne, pubescent, avec la base des antennes, les palpes, les pattes, Le bord postérieur du pronotum, une bande transverse du mesonotum et la base de l'oviscapte testacés, les cerques atteignant en longueur les deux tiers de l'abdomen, d'un brun marron, situés entre des poils rigides épars. Les jambes postérieures sont munies d’épines mobiles près du sommet. L’abdomen de la femelle offre en dessus huit segments, sans compter une petite plaque supra-anale arrondie, largement impressionnée au milieu chez le mâle. (Nous figurons la femelle, pl. Lxnr, fig. 6, grandeur naturelle; 6 a, grossissement.) Les Myrmécophiles sont des insectes se dérobant aux doigts qui tentent de les saisir par un toucher très-doux, dû à leurs poils soyeux, et par la mollesse du corps, en outre au moyen d'une course extrêmement rapide, surtout chez les mâles, qui sont à peine connus et des plus rares en collection. On peut distinguer les larves de femelles des adultes à une taille plus petite et plus étroite, une couleur plus pâle et le développement imparfait de l'oviscapte. L'évolution est inconnue et l'accouplement non observé. Chez les sujets vivants, les cerques sont dressés et inclinés vers la tête. Les œufs sont pondus non en terre, mais collés à quelque corps ; ils sont longs. d’un demi-millimètre, ovoïdo-réniformes, blancs, à surface lisse. L'intestin de la Myrmécophile, bien que très-exigu, peut facilement s’étudier, d'après Savi, si l’on arrache la tête de l’insecte, à laquelle tout l'intestin reste alors adhérent. Il ressemble beaucoup à celui des Grillons, et les appendices supérieurs du ventricule sont remarquables par leur grandeur, et les vaisseaux de Malpighi s’insèrent inférieurement par un pétiole ou uretère.

La Myrmécophile sociale ne se rencontre guère qu’au printemps, et très-rarement aux autres époques de l’année, dans les nids de diverses espèces de Fourmis : ainsi les Formica glebaria, Nylander, fusca, Latr., rufa, Latr., et espèces voisines, et pareillement avec le F. sanguinea, Latr., espèce qui ne fait pas de fourmilières, mais vit sous les pierres. Nous n'avons sur elle que quelques renseignements par Savi (1) et de

(1) Osservaziont sopra la Blatla acervorum di Panzer. Pisa, 1820, br. in-8°.

MYRMECOPHILA. 133

Heyden. Dans les fourmilières hantées par la Myrmécophile, Savi a toujours trouvé un Lépisme (Thysanoure), une espèce aptère de Cicadelline (Hémiptère homoptère), des Iules et des Cloportes, tolérés par les Fourmis. Les Myrmécophiles sont en rapport avec les Fourmis, se caressent des antennes et des palpes. Si les Fourmis sont irritées, elles mordent tout ce qui se rencontre devant elles, mais elles épargnent les Myrmécophiles comme gens de leur connaissance. Savi avait déposé quelques Myrmécophiles avec des Fourmis neutres sous une cloche de verre. Une fois le premier moment de trouble passé, elles se placèrent au milieu des Fourmis, courant sur elles, les flattant de leurs palpes et les léchant, ce qui rappelle tout à fait les relations des Fourmis avec les Claviger aveugles (tome I°", p, 322); d'autres sujets couraient à terre et paraissaient manger des fragments de bois, etc. Au bout de quelques heures, les Fourmis étaient parvenues à fuir en se creusant des galeries, mais les Myrmécophiles, trop larges pour les orifices, n'avaient pu passer. Les Fourmis, quoique toutes délivrées, se réunirent et n'abandonnèrent pas leurs compagnes, cherchant au contraire à leur rendre la liberté, et mordant dans ce but les paroïs du verre. Lorsque les Fourmis, inquiétées par des attaques ou se sentant trop à l'étroit, émigrent, les Myrmécophiles les suivent dans leur nouveau domicile; elles sortent aussi des nids lors de l’essaimage des mâles et des femelles ailés, et c'est à cette occasion qu'on les prend quelquefois au dehors, rôdant autour des fourmilières pendant la nuit, et les regagnant au plus vite au point du jour. D'autre part, Savi a conservé des Myrmécophiles vivantes plus longtemps que les Fourmis. Il semble donc que si elles sont les convives des Fourmis, cette association ne leur est pas absolument nécessaire ; peut-être vivent-elles de petits animaux demeurant dans les fourmilières, comme des Acariens. Savi les a vues cependant manger des racines et des feuilles tendres. La Myrmécophile sociale a été trouvée dans plusieurs points de l'Europe : par Savi, en Toscane, dans les troncs d'arbres et en terre; par Audouin, à Meudon, près de Paris, en 1836 ; dans diverses régions de l'Allemagne et dans la Russie méridionale. (On a signalé une autre espèce du genre, le M. mauritanica, Lucas, long de 3 millimètres et large de 2, villeux, d'un brun testacé, avec les cerques aussi longs que l’abdomen dans les deux sexes, ressemblant beaucoup à l'espèce précédente, mais qui en diffère par des antennes ne dépassant pas le corps en longueur dans les deux sexes, des pattes qui, au lieu d’être entièrement testacées, comme chez M. acervorum, sont d'un brun roussâtre, et une petite saillie longitudinale au thorax. L’insecte, très-agile, agite continuellement ses antennes en marchant; on le rencontre en Algérie, en février et mars, dans les fourmilières peu nombreuses du Myrmica testaceo-pilosa, Lucas. Ajoutons une très-petite espèce, n'ayant que 2 millimètres, le M. ochracea, Fischer de Fribourg, peu pubescent, d'une teinte plus pâle que les espèces précédentes, trouvé en Sicile, près de Syra-

cuse, et deux espèces douteuses, de la Tauride et de la Russie méridionale.

MOGOPKISTES, Aud.-Serv. — Corps petit, allongé, étroit, subdéprimé. Tête arrondie, à front avancé en cône arrondi; antennes très-grêles, sétacées, de la longueur du corps, de soixante à quatre-vingts articles, avec poils en verticilles ; yeux grands, latéraux, subglobuleux ; palpes longs, finement pubescents. Corselet emboîtant la partie antérieure de la tête, et à pronotum recouvrant en partie le mesonotum ; metanotum très-semblable aux segments abdominaux ; . aucun vestige d’ailes ni d’élytres. Pattes pubescentes, les postérieures plus grandes que les autres, à cuisses très-fortes, à jambes dentelées et épineuses au bout; tarses de trois articles, le premier beaucoup plus long que les autres réunis, le second très-petit. Abdomen aplani en dessus, se rétrécissant peu à peu vers l'extrémité, de huit à neuf segments en dessus, six ou sept en dessous, avec plaque subgénitale convexe dans les deux sexes ; les cerques longs ; l’oviscapte de la femelle couvert à la base par la plaque subgénitale.

Ce genre a pour type un insecte des plus rares, le MW. brunneus, Aud.- Serv., long chez la femelle de 7 1/2 millimètres environ, le mâle plus grêle et plus petit, de 6 1/2 millimètres, d’un fauve châtain, tout couvert de poils et d'écailles soyeuses brillantes, à antennes pâles, avec une double bande squameuse soufrée sur la tête, le corselet allongé, les cerques presque aussi longs que l'abdomen, l’oviscapte arrondi au sommet. La forme aplatie et Le corps aptère et soyeux rappellent l'aspect d'un Lépisme. Audinet-Serville croyait à tort avoir affaire à des larves. Ce Gryllien, si curieux, a été découvert en Sardaigne, par Géné, et retrouvé près de Naples et près de Syracuse, en Sicile, enfin dans le midi de la France, dans le Var. Nous engageons les amateurs à le rechercher aussi en Corse, en Espagne et Portugal et en Algérie. Les mœurs sont inconnues.

ŒCANTHUS, Aud.-Serv. — Corps déprimé, allongé, grêle, surtout chez les femelles, assez mou. Tête libre, avancée, allongée-ovale; yeux arrondis et saillants; ocelles non apparents ; front étroit entre les antennes, celles-ci plus longues que le corps, sétacées, multiarticulées ; mandibules faibles, bidentées ou tridentées au bout; palpes grêles, longs, pubescents. Pronotum étroit, subcylindrique, rétréci antérieurement. Élytres cornéo-membraneuses dans les deux sexes, plus longues que l’abdomen, plus larges chez les mâles que chez les femelles; ailes amples, membraneuses, irisées, dépassant les élytres chez les femelles. Pattes longues, les quatre premières mutiques et grêles, les postérieures très-grandes, à cuisses renflées, à jambes épineuses ; tarses hétéromères, de trois articles aux quatre premières pattes, de quatre aux postérieures, Abdomen allongé et étroit, à plaque subgénitale du mâle en longue nacelle,

OECANTHUS, 135

celle de la femelle beaucoup plus petite ; cerques longs et pubescents ; oviscapte de la femelle subrectiligne et long.

Les OŒcanthes ont tous un aspect caractéristique par leurs teintes pâles et la mollesse de leurs téguments. Leur système alaire bien développé, avec appareil de stridulation, doit appeler l'attention. Les grandes élytres des mâles, laissant voir ce qui est en dessous par transparence, élargies et tronquées obliquement au sommet, ont le champ marginal fléchi dans le repos à angle aigu, comme enveloppant le corps; l'appareil stridulant est dans le champ discoïdal, avec un rameau basilaire de la nervure intermédiaire (archet, Goureau) placé en dessous et denticulé, comme chez les Grillons. On y trouve la membrane (chanterelle), mais non le faisceau de poils (brosse) ; le triangle hyalin apical est distinct, et il faut noter surtout une singulière nervure circulaire revenant sur elle-même, et qu'on ne rencontre dans aucun autre Orthoptère. Les élytres des femelles sont beaucoup plus étroites, un peu élargies au milieu, subpellucides, tronquées obliquement au sommet, avec un triangle opalin allongé, placé comme un coin au sommet de l’élytre, le champ marginal fléchi au repos sous un angle presque droit. Les ailes ont deux stries étroites, plus opaques.

Ces Grylliens vivent sur les plantes basses et les herbes, et sur les fleurs, parfois sur les arbuscules. On trouve en Europe l'espèce type, l'O. pellucens, Scopoli, ayant sur le vivant le corps d’un gris pâle, jaunâtre sur le sec, couvert d’une pubescence blanchâtre très-fine. L’occiput et le corselet sont rayés de brun, et les cuisses postérieures variées extérieurement de brun. L’abdomen est d’un brun enfumé, et les cerques poilus ont la longueur de l’abdomen ; l’oviscapte de la femelle, plus long que l'abdomen et les cerques, est jaunâtre, avec l'extrémité noire. La longueur du corps, dans les deux sexes, est de 10 à 12 millimètres, celle des cerques 5 millimètres, et de l’oviscapte 6 millimètres. L'appareil digestif de l'OE. pellucens est fort analogue à celui des Grillons, avec un jabot allongé, axile et régulier. Le corps adipeux, d’après L. Dufour, est très-réduit. Les testicules sont très-remarquables par l'élégant réseau de trachées qui se distribue à la surface de leur tunique vaginale de couleur safranée ; à l'état de turgescence, ils se présentent de chaque côté comme un corps piriforme, dont les capsules spermatiques forment un faisceau unique sessile et simple ; le conduit déférent est long et s’enroule en un épididyme ovale, et il y a des organes sécréteurs annexés. Aux ovaires de la femelle, en faisceau ovalo-conique, chacun de 8 à 40 gaines ovigères, s'ajoutent une capsule séminale et une glandule appendiculaire. Les œufs sont allongés, cylindroïdes, d’un jaune vif.

Habituellement taciturne dans le jour, cet OEcanthe stridule la nuit, à partir du crépuscule jusqu'aux premiers rayons du soleil levant ; mais, très-craintif, il observe tout survenant, et se tail au moindre

bruit. L'insecte repose sur les feuilles ou les fleurs, les pattes étendues, et, quand le mâle stridule, les élytres se dressent perpendiculaires au corps, frottant très-rapidement l’une contre l'autre pendant plusieurs minutes, sur un rhythme particulier. La ponte de cet OEcanthe ne se fait pas en terre, à l'ordinaire des Grylliens, mais à l'intérieur des tiges des végétaux, aux mois d'août ou de septembre, selon la température des lieux qui coïncide avec l'état adulte. La femelle, appuyée sur ses longues pattes, taraude la partie ligneuse de la tige obliquement de haut en bas, au moyen du trépan terminal de l'oviscapte, formé de six dents cornées, un peu crochues, et les fibres corticales écartées conslituent une sorte de collerette autour de l'ouverture ; arrivé à la partie centrale médullaire, l’oviscapte y creuse une cellule verticale, et y dépose un œuf, parfois plusieurs ; il y a souvent plusieurs cellules longitudinales à côté les unes des autres. Les œufs sont cylindriques, terminés par deux bouts arrondis, le supérieur blanc, formant un opercule que rongera la jeune larve, le reste de l'œuf de couleur ambrée, chaque œuf long de 3 millimètres, large de 0®%,5. Les larves éclosent au début de l'été, se cachent au milieu des plantes basses, et y subissent leurs mues. Les OŒEcanthes paraissent indifférents au choix des plantes auxquelles ils confient leurs pontes : ainsi la Ronce, la Bruyère, la Centaurée, l'Épilobe, les Mauves, les Chardons à foulon, le Chanvre, la Carotte, la Menthe, le Mélilot, la Vigne même, etc. Ces mœurs curieuses ont fait l'objet d’une publication très-ancienne de L. Salvi, en Italie, et ont été vérifiées en France récemment (1). On trouve l'O. pellucens dans toutes les régions de l'Europe méridionale, près de Vienne (Autriche), en septembre, sur les arbustes des bois, surtout dans les taillis de Chênes dont les feuilles sont envahies par les galeries des Teignes, insectes dont on a supposé que l'Œcanthe faisait sa nourriture ; dans les lieux arides et rocailleux de la Silésie supérieure, sur les Verbascum, Centaurea, etc., près de Fribourg en Brisgau, avec les Mantes et les Phanéroptères, dans des lieux herbeux, sur la Vigne sauvage, sous les inflorescences des Ombellifères, se cachant dans le gazon, en nymphe dès la fin de juin, adulte en août et septembre. En France, l'espèce existe en différents points au-dessus de la Loire, mais par groupes isolés, caractère des espèces méridionales, ne pouvant se propager au nord que dans des expositions spéciales. Ainsi, l'OEcanthus pellucens a été rencontré, en août et septembre, aux environs de Honfleur, sur les

(1) L. Salvi, Memorie intorno le Locuste gryllajole al somino filosofo signor Guilio Pontedera. Vérone, 1750, avec. planche noire représentant les deux sexes et unetige de Ronce avec les œufs. —E,. Perris, Observations sur les manœuvres de l’'Œ. pellucens pour la ponte de ses œufs (Ann. Soc. entom. Fr., 1869, p.453).

— H. Lucas, Note sur cette espèce à Honfleur (mêmes Annales, 1874, Bulletin, p. XXVI).

PHALANGOPSIS, ENNEOPTERA. 137

Bruyères, et près de Paris, à Saint-Germain en Laye, à Lardy, à Joinvillele-Pont ; nous l'avons trouvé dès la fin de juillet, mais encore immaturé, dans ces landes arides de Champigny pleines de plantes sauvages, où les amateurs de papillons vont chercher les chenilles de Chelonia Hebe ; il faut le récolter en août, ses téguments bien consolidés. L'espèce existe en Angleterre, mais très-rare, dans le Norfolkshire, et parait manquer dans le nord de la France, en Belgique, en Danemark, en Suède. On l'a signalée en Algérie, près de Bône, en novembre, au milieu des grandes herbes, et aussi dans le Kef, en Tunisie.

On cite en Europe une seconde espèce douteuse, de la Russie méridionale, l'O. aqueus, Fabr., à corps entièrement jaune et sans taches; une autre espèce, d'un roux foncé, des Indes orientales; et, dans l'Amérique du Nord, une espèce toute blanche, à élytres transparentes, l'O. niveus, de Geer.

PHALANGOPSIS, Aud.-Serv. — Tête assez petite, subovalaire ; antennes trèsfines, de longueur démesurée, dépassant plusieurs fois celle du corps ; yeux saillants, globuleux ; ocelles indistincts ; palpes maxillaires très-grands, grêles, cylindriques, le dernier article dilaté et tronqué obliquement au bout. Élytres ne recouvrant pas tout l'abdomen, courtes et larges chez les mâles, atteignant presque le bout de l’abdomen chez les femelles ; ailes nulles ou au plus rudimentaires. Tarses tous de trois articles, allongés, cylindriques, comprimés, sans dilatation en dessous, le premier article plus long que les suivants. Cerques longs et velus; oviscapte de la longueur de l’abdomen, recourbé en dessus en forme de sabre, à valves étroites, terminées en pointes.

Les Phalangopsis, que Burmeister place dans les Locustiens, ressemblent aux OŒEcanthus par les tarses grêles et cylindriques, mais en diffèrent surtout parce que les postérieurs n'ont que trois articles. Ce sont des Grylliens exotiques, de Java, du Sénégal et surtout de l’Amérique méridionale. Citons, de cette région, le P. longipes, Aud.-Serv., à pattes extrêmement longues, à cuisses postérieures épaissies jusqu'au milieu, et P. annulipes, Aud.-Serv., de Port-au-Prince (Haïti), d'un jaune terne, à pattes moins longues que chez l'espèce précédente, les quatre premières jambes d’un brun verdâtre avec deux larges anneaux jaunâtres, les postérieures n’en ayant qu'un seul, les cuisses postérieures épaissies bien au delà du milieu.

ENNEOPTERA, Burm., ou PLATYDACTYLUS, Brullé (4). — Corps assez robuste. Antennes écartées, très-longues, presque capillaires, multiarticulées ; yeux gros, suboblongs ; ocelles indistincts. Corselet cuboïde, un peu rétréci en avant. Élytres subovalaires, plus longues que l'abdomen, à nervures peu pro-

(1) Ce nom a l'inconvénient d’être employé pour un Geckotien (ordre des Sanriens, Reptiles écailleux).

noncées ; ailes beaucoup plus longues que les élytres, les dépassant en lanières dans le repos. Jambes antérieures à tympan ; toutes les jambes épineuses, surtout les postérieures, qui sont de la longueur des cuisses ; celles-ci trèslongues et renflées ; tous les tarses de trois articles, le deuxième large et court, aplati, bilobé, non apparent aux tarses postérieurs. Cerques velus, un peu moins longs que l’abdomen; oviscapte de la femelle très-long, dépassant beaucoup l’abdomen, recourbé en dessus en lame de sabre, ses valves terminées en bouton, séparé du reste par un étranglement.

Ce genre fait le passage entre les OŒEcanthus et Phalangopsis et les vrais Gryllus. Il offre, comme les Gryllus, les tarses courts, épais, tronqués obliquement à l'extrémité. Le type, dont le corps est long de 20 à 29 millimètres, sans les appendices, est l'E. surinamensis, de Geer, ou brasiliensis, Oliv. et Fabr., des Guyanes, du’ Brésil (pl. Lx, fig. 4, femelle). La tête, le corselet, Les élytres, sont d’un brun brillant un peu rougeûtre, les ailes translucides et obscurcies, dépassant au repos les élytres sous forme de filets longs d'environ 12 millimètres ; l'abdomen et les pattes d’un brun jaunâtre ; les antennes noires, plus longues que le corps; l’oviscapte long d'environ 18 millimètres, d'un brun clair, avec le bout noir. Il y a d’autres espèces de Buenos-Ayres, d'Australie, de Java. D’après Brullé, les élytres des mâles de certaines espèces n'ont pas d'organes de stridulation.

GRYLLUS, Oliv. (GRYLLUS ACHETA, Linn.). — Corps cylindrique, court ou suballongé, glabre ou pileux, tomenteux ou squameux. Tête grande, subglobuleuse, verticale, à bouche inférieure ; front gonflé entre les antennes ; antennes très-longues, sétacées, multiarticulées, insérées chacune dans une profonde cavité, à premier article gros et court ; yeux grands, suboblongs ; trois ocelles ; mandibules robustes, à solides dents molaires; palpes allongés, à dernier article élargi et tronqué obliquement. Pronotum semi-cylindrique, subecarré et transverse en dessus ; prosternum peu apparent; mesosternum et metasternum plans, le second très-ample. Élytres et ailes ayant tous les degrés de développement, selon les espèces et le sexe; les élytres des mâles, même réduites, munies des organes de stridulation. Pattes le plus souvent courtes et robustes, les quatre antérieures simples, subégales en longueur, à hanches courtes, à trochanters distincts, à cuisses courtes, mutiques, comprimées, canaliculées en dessous, à jambes cylindriques, avec fortes épines apicales ; jambes antérieures ayant le plus souvent, en haut et extérieurement, un tympan subovale, habituellement clos par une membrane argentée; hanches postérieures courtes, pas de trochanters; cuisses postérieures très-dilatées, comprimées, mutiques, canaliculées aux deux faces; jambes robustes (Grillons fouisseurs), ou plus grêles (G. errants), avec une double rangée d’épines et quatre épines apicales mobiles (calcars) ; tarses de trois articles, avec tous les degrés de force (fouisseurs) ou de gracilité (errants), variablement épineux, toujours avec deux fortes épines apicales au premier article des postérieurs, à crochets recourbés, sans

pelote ou arolie. Abdomen subeylindrique de neuf segments dessus et dessous dans les deux sexes ; cerques anaux égaux dans les deux sexes, longs, inarticulés, sétacés, hérissés; oviscapte long et droit, quadrivalve, les deux valves latérales très-étroitement conniventes, de leur base à leur sommet sublancéolé,

de manière à simuler une valve unique.

Les Grillons présentent sur leur grosse tête trois ocelles plans et colorés, deux latéraux au-dessus de la base des antennes, le troisième transverse au sommet du front, souvent obsolète ; ces ocelles sont trèsvisibles dans les espèces à teintes pâles, comme G. domesticus. Le front est tantôt gonflé entre les antennes sur une grande largeur transversale (G. campestris), ou sur une étroite (G. silvestris, bivittatus, arvensis) ; les yeux, peu proéminents, sont subtransverses (G.campestris) ou verticaux ((G. silvestris). Le pronotum est souvent impressionné en arrière (G. campestris, capensis). Les élytres et les ailes peuvent manquer dans les deux sexes (G. apterus, etc.); les élytres peuvent être exiguës, squamiformes, et les ailes nulles (G. bivittatus @), ou bien les élytres plus du moins étendues dans les deux sexes, mais les ailes avortées ou nulles (G. silvestris, burdigalensis, pipiens, etc.), ou les élytres et les ailes développées dans les deux sexes, mais les ailes souvent plus courtes que les élytres et peu amples (G. campestris) ; ou enfin amples, plus longues que les élytres dans les deux sexes; en lanières au sommet, débordant les élytres et l’abdomen comme une queue (G. domesticus, capensis, hispanicus) : leur structure est alors analogue à celle des ailes des Gryllotalpa. :

Tantôt les élytres recouvrent l'abdomen dans les deux sexes, tantôt elles sont raccourcies dans l’un des sexes ; au repos, l'élytre droite recouvre la gauche. Le champ marginal, vaste dans les deux sexes, est rempli par les rameaux de la nervure médiastine. Chez le mâle, le champ intermédiaire ou discoïdal offre l'organe de la stridulation, que nous décrirons en détail chez le G, campestris. Dans les femelles, les champs discoïdal et anal sont peu distincts, et plus ou moins réticulés de nervures longitudinales et de nervules transverses, qui peuvent manquer (G. bivittatus et espèces du sous-genre Nemobius). Les cuisses postérieures sont plus épineuses dans les Gryllus que chez les OEcanthus, Phalangopsis et Enneoptera.

Les arceaux ventraux de l'abdomen sont étroits, au point que ceux du dos se reversent sur les côtés. Le dernier segment dorsal, ou plaque supra-anale, est subégal dans les deux sexes, arrondi au sommet, avec une impression courbe dans le milieu ; la plaque subgénitale, dans les deux sexes, est en forme de nacelle, courte, obtusément aiguë. Les appendices anaux, si importants dans la tribu des Locustiens, peuvent à peine servir, au contraire, pour la distinction des espèces des Gryllus ; les meilleures diagnoses se tirent au contraire de la taille, de la structure des pattes, du degré de développement des ailes et des élytres,

assez constant dans chaque espèce, de la vestiture et de la couleur de l’oviscapte de la femelle, et de sa relation de grandeur avec l'abdomen et les cerques.

Burmeister laisse dans les Gryllus le genre Œcanthus. M. Fischer, de Fribourg, n’adopte qu'à l'état de sous-genre le genre Nemobius d'Audinet-Serville (espèces : silvestris, lineolatus). Il était fondé sur des élytres abrégées, des ailes nulles ou rudimentaires, l'absence d'ocelles, de tympans aux jambes antérieures, du moins chez silvestris, le premier article des tarses postérieurs non épineux en dessus, les autres caractères étant ceux des Gryllus.

Les espèces de Grillons vivent surtout dans les régions chaudes des deux hémisphères : ainsi Sumatra, Java, les Indes orientales, Tranquebar, les îles Saint-Jean et Saint-Thomas, l'Amérique du Nord, la Guyane, le Brésil, l'Australie, etc. En Europe, les Gryllus se trouvent dans toutes les régions, excepté la Laponie, et, sauf le G. domesticus, hôte des maisons, se rencontrent à l'air libre, soit sur terre, soit au-dessous, dans les champs, les bois, sous les mousses, etc., et remplissent l'air, par intervalles, surtout après le coucher du soleil, de leur stridulation continue. La plupart des espèces européennes sont méridionales. Au delà de 48° latit. N., on ne voit plus que les G. campestris, domesticus, silvestris et frontalis (de Bohème). En Suisse, le G. Heydeni, Fisch., de Frib., arrive presque à 47°, et peut-être le G. melas remonte-t-il en Hongrie jusqu’à la même latitude.

Il est commode pour la mémoire d'établir des subdivisions parmi les nombreuses espèces du genre Gryllus. Un premier groupe comprend des espèces à premier article des tarses postérieurs gros, souvent sillonné en dessus, et portant deux rangées d'épines. Dans ce groupe se rencontrent tous les degrés de développement de l'appareil alaire. Il y a d'abord des espèces dont les élytres et les ailes sont complètes, ces dernières dépassant au repos les élytres et l'abdomen en forme de queue. Le G. domesticus, Linn., est d’un testacé pâle, subglabre, bien plus étroit que le Grillon champêtre, et non sans ressemblance avec l'OŒcanthus pellucens. Le mâle atteint 48 millimètres, la femelle 45 à 47 avec l'oviscapte de 12 millimètres, et les cerques, dans ces deux sexes, de 10 millimètres. La tête offre quatre bandes brunes transverses ; le pronotum est taché de brun en son milieu; les élytres d’un jaune brunâtre, plus courtes que l'abdomen dans les deux sexes, avec une ligne brunâtre le long de leur nervure principale ; tous les appendices sont jaunâtres et sans taches, la queue des aïles atteignant presque le bout des cerques, l'oviscapte de la femelle bien plus long que l'abdomen, d’un ferrugineux brillant, très-grêle, à valves un peu renflées au bout et bifides.

M. P. Bert (1) a trouvé dans cette espèce une singulière structure

(4) Bert, Leçons sur la physiologie comparée de la respiration, p. 271. Paris, 1870, J.-B. Baillière et fils,

GRYLLUS. Al

trachéenne, dans une trachée thoracique. A la place du fil spiral, on voit un réseau à mailles très-serrées. Puis, sur une branche née de ce tronc réticulé, reparaît le fil spiral que les auteurs décrivent exclusivement, et qui ne disparait que dans les plus fines ramifications trachéales.

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Hig-217 Trachée du Grillon domestique, prise près d’un stigmate thoracique.

À, tronc principal, à structure réticulée, duquel part une branche à fil spiral ordinaire. — B, partie du tronc à structure réticulée, très-grossie. — C, petit fragment de cette même partie, grossissement plus fort.

Comme tous les insectes des maisons, le Grillon domestique parait sé reproduire toute l’année, et l'on trouve ensemble des sujets à tous les stades de morphose. Le Grillon domestique stridule par intervalles pendant la nuit, et son cri-cri a été regardé tantôt comme un heureux pronostic, et, en d’autres pays, comme un présage funeste. Il paraît aimer beaucoup la chaleur, et se réfugie dans les fentes des murs de cuisines et des fours de boulanger, et derrière les plaques de cœur des cheminées. On assure que la chaleur soutenue qu'il éprouve le rend très-altéré, qu'il se noie souvent dans les vases contenant de l’eau ou du lait, et que, dit-on, il fait des trous aux vêtements humides mis à sécher devant le feu. On prétend qu'il aime à se loger dans les maisons neuves, dont le mortier encore tendre rend plus aisé le creusement de gites. Il volerait quelquefois la nuit, se jetant dans les lumières et les yeux des gens. On dit qu'il sort parfois sur le devant de la maison par les chaudes soirées d'été, pour rentrer dès que la fraicheur de la nuit

commence. Il chasse la nuit dans les maisons, mangeant les miettes de pain et Les débris d'aliments, dévorant, assure-t-on, les Blattes des cuisines (Periplaneta orientalis). Le Gryllus campestris, introduit dans la maison, lui ferait au contraire la guerre. On ne connaît aucun pays où il vive en liberté. Il habite toute l’Europe, excepté la Laponie.

Le G. capensis, Fabr., est le plus grand des Grillons d'Europe, atteignant 20 à 30 millimètres, noir, glabre, avec les appendices et le bord du corselet roux, les élytres souvent plus longues que l'abdomen, noires ou d'un fauve testacé, avec une large tache jaune à la base ; ampleur des ailes, qui, dans les deux sexes, dépasse au repos l'abdomen de 40 à 12 millimètres, distingue tout de suite cette espèce du G. campestris. Elle remonte beaucoup moins au nord, habite toute l'Europe méridionale jusqu'en Hongrie, la Corse, la Sardaigne, la Sicile en mai, l’île de Madère en décembre et janvier. On trouve cet insecte dans toute l'Afrique jusqu'au Cap de Bonne-Espérance, et aussi, dit-on, aux Indes orientales et à l'ile de France. En Algérie, on le rencontre dans les lieux frais et humides, errant ou caché sous les mottes de terre ou sous les tas d'herbes, ne se creusant pas de terriers comme le Grillon champêtre. D'après M. Lucas, les enfants le prennent et le retiennent captif, pour écouter sa stridulation aiguë. C'est, je crois, de cette espèce, et non du G. campestris, selon Brullé, que parle le vieux Moufett, en disant qu'il sert d'objet de commerce dans certaines contrées du nord de l’Afrique,où on l'élève en cage, en le vendant, afin d'entendre son chant qui invite au sommeil.

D'autres Grillons ont les élytres de la longueur de l’abdomen ou plus courtes, à nervures ramifiées, les ailes non caudiformes, toujours plus courtes que les élytres, parfois subabortives ou même nulles. La plus importante de leurs espèces est le G. campestris, Linn., de 18 à 20 millimètres dans les deux sexes, les cerques de 6 millimètres environ, l’oviscapte de 10 à 12 millimètres. L'insecte est noirâtre, avec la tête brillante, bombée, sans taches, à antennes noires, de la longueur du corps, à yeux d’un jaune clair. Le corselet est court et transverse ; les élytres, recouvrant l'abdomen dans les deux sexes, sont d’un gris brun, avec une tache jaunâtre mal limitée à la base, moins marquée que chez le G. capensis ; les ailes sont très-courtes et transparentes. Les jambes antérieures sont munies de tympans interne et externe ; les cuisses postérieures sont ferrugineuses en dessous, les jambes postérieures très-épineuses; l’abdomen villeux en dessous, les cerques courts; l'oviscapte bien plus long que l'abdomen, grêle, droit, sublancéolé au sommet. On trouve cet insecte communément dans toute l’Europe méridionale et moyenne, et en Asie Mineure (Burmeister) ; dans l’Europe un peu froide, il faut le chercher sur les terrains secs, bien insolés, et surtout aux expositions du midi et du levant. Il manque dans le Nord, à partir de la Scanie. D’après Rambur, dans les régions basses et chaudes de l’Andalousie, il est remplacé par le G. capensis, mais

reparaît sur les montagnes près de Grenade. On le trouve en mai, en Algérie, dans les lieux assez frais et herbus.

L'anatomie interne du G. campestris (1) ressemble à celle de la Courtilière, ce qui est en rapport naturel avec l’analogie de régime. L’œsophage reçoit à son entrée la salive provenant d’une glande en grappe de sachets ovalaires avec un long réservoir salivaire. Le jabot est ordinairement régulièrement dilaté suivant l'axe, et parfois muni, chez quelques individus, de cette panse latérale qu'il offre toujours chez la Courtilière. Un ligament suspenseur, fixé dans la tête, soutient ce jabot lorsqu'il se gonfle par les aliments. Un col assez long sépare le jabot du gésier, offrant à l’intérieur une valvule à six séries longitudinales d'écailles calleuses, correspondantes à celles du gésier. Ce proventricule et le ventricule sont très-analogues à ceux de la Courtilière, avec les deux poches ventriculaires moins développées. La région postérieure du ventricule offre sa membrane interne ou muqueuse parsemée de grosses papilles saillantes et isolées, conico-cylindroïdes, disposées sans ordre, manquant autour de l'insertion du canal déverseur des vaisseaux de Malpighi. Ces papilles sont fixées à l’organe par un bout ombiliqué, l’autre bout étant libre et aveugle. Ce sont les cryptes glanduleux de Marcel de Serres, d'usage inconnu, contenant une humeur tantôt verdâtre, tantôt brune. Les vaisseaux de Malpighi sont pareils à ceux de la Courtilière, avec un canal commun pétiolé. En arrière de l'insertion de celui-ci, est une contracture annulaire marquant l'origine de l'intestin, et munie à l’intérieur d’une valvule due à la connivence de six colonnes charnues longitudinales partant de l'intestin même. Celui-ci, moins long que le ventricule, est d’abord grêle, filiforme, puis se renfle en un rectum que parcourent des rubans musculaires longitudinaux.

Chacun des testicules du G. campestris est un sachet blanchâtre, tantôt déprimé, ovalaire ou subtriangulaire, tantôt piriforme ou en pyramide trièdre, lors de la turgescence séminale, avec un mince filet suspenseur fixé au thorax; il contient au moins deux cents capsules spermatiques, allongées, grêles, fusiformes. Le canal déférent offre un épididyme enroulé ; il n'y a de vésicules séminales ou de glandes annexes que d'un seul ordre, et l'on ne trouve pas la paire de vésicules filiformes et roulées en spirale de la Courtilière. Les ovaires, gonflés au moment de l'accouplement, forment chacun un faisceau sphéroïdal d'un jaune d’ocre vif, composé d'environ deux cents gaines ovigères, ayant chacune de cinq à dix loges. Elles se partagent en sept ou huit fascicules, dont chacun a son calice propre, ressemblant à une vessie oblongue sur laquelle les gaines ovigères s’implantent, comme les piquants sur la peau du Hérisson. Les divers calices confluent en arrière

(4) L. Dufour, Recherches anat. el physrol. sur les Orthoptères, etc. (Mémoires des savants étrangers, Paris, 1841, t. VII, p. 327, pl. 2 et 3).

Ah ORTHOPTÈRES.

pour former un col d’aspect multilobé. L'oviducte est entouré de glandes annexes encore mal étudiées, comme on peut le dire au reste pour les glandes annexes des appareils mâles et femelles de tous les insectes. C'est là un desideratum intéressant à résoudre.

L'appareil stridulant du G. campestris peut servir de type pour les Grylliens, avec quelques modifications de détail (1). En examinant avec attention l’élytre du mâle, on voit que le champ discoïdal est formé d'une membrane sèche, mince, translucide, qui produit un son trèsdistinct quand on la froisse. On y voit deux plans comprenant entre eux un angle droit, à arête renforcée par quatre nervures droites, longitudinales et parallèles ; l'un des plans couvre le dos de l’insecte, l’autre le flanc. La région qui recouvre le dos est divisée en un grand nombre d’aréoles par d'autres nervures courbes, régulièrement contournées, formant deux systèmes principaux.

Le premier est composé de quatre nervures ou-cordes qui s'appuient sur une nervure remarquable, l’archet, branche basilaire de la nervure interno-médiane (Fischer) anguleuse de l'aile ; le second est formé de trois nervures prenant leur origine à la brosse, faisceau de poils courts et roides situé au bord interne, au-dessous de l’origine de l’archet. Entre les deux systèmes de nervures est un espace subtrigone, la chanterelle, plus translucide que le reste, circonscrit par une nervure; le bout de l’élytre est réticulé. Pour bien voir l’archet, il faut regarder l'élytre en dessous avec une forte loupe : c'est une nervure partant du bord interne vers la base de l’élytre, s'étendant transversalement un peu en remontant, et se terminant par un retour qui s'élève vers l'origine de l’élytre. Cette grosse nervure, plus épaisse à son milieu qu'à ses extrémités, est saillante en dessous, et denticulée d’une manière trèssubtile et très-serrée par des stries transverses, simulant une lime ou des dents de peigne. Si l'on examine des Grillons captifs, on voit trèsbien la manière dont le mâle chante. L’insecte commence par se poser les pattes étendues, la poitrine contre terre et l'abdomen un peu relevé ; dans cette attitude, il soulève ses élytres et les frotte rapidement l'une contre l’autre. Le son produit est d'autant plus vif et plus fort, que le mouvement est plus rapide et la pression plus considérable. Si l’on se représente les deux élytres croisées et frottant l’une sur l’autre, on voit que l’archet de la supérieure passe sur la chanterelle de l’inférieure, et que ses stries, frottant sur les bords de celle-ci, y excitent des vibrations qui se répètent sur toute l’élytre par la loi acoustique de la communication des mouvements vibratoires. Par réaction, l’archet vibre lui-même et met en vibration l’élytre à laquelle il est attaché, en sorte que la stridulation résulte de la vibration simultanée des deux élytres. Les nervures transversales divisent la surface en un grand nombre

(4) Goureau, Essai sur la stridulation des Insectes (Ann. Soc. entomol. de France, 17e sér., 1837, t. VI, p. 31).

d’aréoles de formes variées, ayant chacune un son partiel, et la résultante de ces sons forme la stridulation. On peut donc comparer l’appareil musical du G. campestris à un tambour de basque qui serait divisé en un grand nombre de compartiments par des cordes incrustées dans la peau, et qui serait en outre traversé par une grosse corde à nœuds sur laquelle on passerait une lame élastique. Lorsque l'insecte croise ses élytres rapidement l’une contre l’autre, et qu’il fait passer l’archet dans toute sa longueur sur la chanterelle, il produit la stridulation vive et bruyante qu'on entend ordinairement, et qui est son chant d'appel; mais lorsqu'il frotte seulement la brosse contre le bord interne de la chanterelle de l’élytre inférieure, le chant devient doux et tendre, expression de contentement du mâle, joyeux d’avoir trouvé une femelle disposée à s'accoupler. On peut produire artificiellement le chant sur un insecte vivant ou sur un insecte mort dont les articulations ont conservé leur souplesse ; il faut pour cela soulever les élytres et Les frotter l’une contre l’autre à l’aide d’une épingle. On fait encore résonner l’archet en passant la pointe d’une épingle sur les stries dont il est rayé. Les sons ne sont pas aussiéclatants qu'à l’état de vie et de liberté, mais suffisent pour démontrer le mécanisme de la stridulation. On n’aperçoit aucune différence dans la structure des élytres du Grillon champêtre, parfaitement symétriques et qui peuvent rendre des sons, quel que soit l’ordre de leur croisement ; mais ordinairement, comme chez tous les Grylliens, l’élytre droite est placée au-dessus de la gauche.

Le Grillon champêtre se plait dans les terrains sablonneux et chauds, exposés au soleil. A la fin de l'été, près de Paris, plus tôt dans Les régions méridionales, les adultes se creusent ordinairement des terriers, bien que dépourvus d'appareils fouisseurs spéciaux. Un emplacement étant choisi, le Grillon enlève ou coupe les tiges des végétaux qui le gènent, et dispose ainsi une aire un peu inclinée à l'horizon. Puis il enlève la terre avec ses mandibules au point le plus bas et la transporte, en marchant à reculons et sans se retourner, jusqu'à l'extrémité de son petit domaine. Là il dépose son fardeau et le jette en arrière par un brusque mouvement des pattes postérieures. Il repart aussitôt, enlève un nouveau fragment de terre, l'emporte de la même manière et le jette toujours le plus loin possible. Il continue ainsi, s'aidant des pattes antérieures, sans s’interrompre ni se retourner, jusqu'à ce qu'il ait achevé son travail. Le terrier présente à son ouverture un espace assez large, souvent divisé en deux ou trois avenues par les touffes de gazon les plus voisines. La galerie souterraine, d'abord peu inclinée, s'enfonce brusquement, à 3 ou 4 centimètres de l'entrée, en décrivant une ligne plus ou moins sinueuse, de façon à garantir l'animal de la pluie. La profondeur totale est en raison de l’âge du Grillon (les larves et les nymphes se faisant aussi des terriers) et de la nature du sol elle varie de 13 à 22 centim. environ. La largeur lui permet d'ymarcher, mais non de s’y retourner. Quandil est effrayé, ils’y précipite la tête en avant ; mais,

GIRARD, ui, — 10

le plus souvent, c'est à reculons qu'il y entre, afin de pouvoir observer de l’intérieur ce qui se passe au dehors. Aussi, quand il est entré en avant, il ne tarde pas à s’en aller pour se retourner et rentrer en arrière. Les petits paysans s'amusent quelquefois à faire sortir l’insecte de son trou, en y introduisant un fil ou cheveu auquel ils attachent une Fourmi. Le Grillon suit ordinairement la Fourmi que l’on attire à soi devant lui; ou bien on enfonce une paille qu'il cherche aussitôt à couper avec ses mandibules, et si fortement, qu'on peutle tirer au dehors ; parfois, épouvanté, il se sauve, abandonnant sa retraite.

Les Grillons en liberté sont très-timides et craintifs, de sorte qu’il est difficile de les surprendre. Au moindre bruit, ils cessent leur chant et rentrent dans leur trou ; pour cela, il suffit des évolutions d'une Mouche ou d’une Araignée. Aussi Yersin ne croit pas qu'ils guettent leur proie à l’entrée du terrier, et les regarde comme vivant surtout de végétaux, de fruits, de jeunes tiges herbacées, qu'ils palpent avant de les manger. [ls aiment à boire de l’eau, mangent le sucre et la farine délayée dans l’eau. D’après Yersin, ils ne dévorent que les insectes morts ou écrasés, après les avoir longtemps palpés. Cependant j'ai constaté que le Grillon champêtre, en captivité il est vrai, attaque et mange des chenilles vivantes. Il peut supporter de longs jeünes, ce qui est le cas des insectes chassant à l’affût et non à la course ; son régime est certainement omnivore.

Le mâle adulte ne chante pas pendant les premières heures de la matinée. Il les passe au soleil, occupé à sa toilette. A cet effet, il promène ses pattes antérieures sur sa tête d'arrière en avant, saisit ses antennes à l’aide des crochets des tarses et les amène dans sa bouche; tandis qu'elles y passent de la base au sommet, les mandibules les frappent à chaque articulation, comme pour en chasser les corps étrangers. Nonseulement les antennes, mais toutes les pattes, même les postérieures, viennent chacune à leur tour se présenter aux organes masticateurs, qui répètent pour elles, avec le même soin, ce qu'ils ont fait pour les premières. Les efforts du Grillon et la bizarre posilion qu'il est obligé de prendre, lorsqu'il replie sa tête sous le corps pour atteindre les membres postérieurs, les contorsions de ceux-ci pour arriver dans la bouche,” offrent le spectacle le plus curieux, et dénotent une souplesse qu'on serait loin de supposer chez cet insecte massif. La femelle, comme le mâle, consacre chaque jour un temps assez long à ces soins de propreté, paraissant accompagnés chez l’insecte d’une certaine jouissance. Les Grillons nettoient aussi leurs cerques velus en les passantentre les épines qui garnissent l'extrémité des jambes postérieures.

Le mâle produit la stridulation aiguë et monotone qui constitue son chant d'appel, pendant la plus grande partie du jour et de la nuit. Il fait, pour rechercher les femelles, de petites promenades aux environs de son habitation, mais s’en éloigne très-peu. Lorsqu'une femelle, répondant au chant d'appel, s’approche du mâle, celui-ci marche aussi

tôt vers elle, les antennes en avant; le chant, au lieu des notes criardes de l'appel qui résonnent au loin, émet les noles tendres et douces du chant d'amour, entremêlées d’un son vif et bref qui revient régulièrement à des intervalles très-rapprochés. Quand les deux insectes se rencontrent, ils se frappent mutuellement de quelques coups d'antennes ; puis le mâle, sans cesser de chanter, se retourne et cherche à s’insinuer sous la femelle, qui lui facilite ce mouvement en se soulevant sur ses pattes. Il marche ainsi à reculons en relevant le bout de son abdomen, qui glisse le long du ventre de la femelle, jusqu'à ce qu'il en rencontre l'extrémité. Les pièces anales du mâle s’écartent alors, et du milieu d'elles surgit un corps de forme ovoïde, qui s'élève de bas en haut, et n'est bientôt plus retenu que par un pédicule grêle, trop faible pour lui conserver sa position verticale, A l'instant où, entraîné par son poids, ce corps se renverse en arrière comme pour tomber, le mâle, d'un mouvement rapide, et en un temps inappréciable, le crochet médian de l’armure génitale pénétrant dans la vulve, implante par le pédicule le spermatophore au-dessous de la base de l’oviscapte de la femelle, où il demeure suspendu. Avant de se séparer, les deux sexes restent encore quelques instants dans la même position directe et parallèle, le mâle sous la femelle, agitant vivement son abdomen, dont il frotte le ventre de celle-ci. Si le mâle n’est pas parvenu à fixer le spermatophore à la vulve de la femelle, ce qui arrive par exemple quand on le chasse, celui-ci, bien que le spermatophore ne tienne plus à son abdomen que par un mince pédicule, le fait rentrer à l'intérieur de son corps, et cela même à plusieurs reprises. Ce fait se lie à l'importance de la conservation de la liqueur séminale pour la vie du mâle. Cependant les mâles privés de femelle finissent par se débarrasser du spermatophore. Les cerques du mâle semblent, pendant la copulation, avoir joué le rôle d'organes tactiles pour diriger les mouvements de la partie postérieure de son corps. L'ardeur génitale des mâles de Grillons est excessive et l'emporte sur leur timidité habituelle. Si l’on renferme un mâle avec une femelle dans une boîte, aussitôt il exécute sa stridulation et cherche à charmer la femelle, sans se soucier ni des corps étrangers, ni du mouvement, Si un mâle rencontre un couple près de s'unir, il s’élance contre l’autre mâle avec tous les signes d’une violente colère, en poussant un cri trèsprécipité et très-intense, qu'on ne peut confondre avecson cri ordinaire. Un combat s'engage, les mâles cherchant à se mordre avec leurs mandibules ; le nouveau venu fuit presque toujours, parfois grièvement blessé. Le singulier spermatophore des mâles de Grillons a été d’abord étudié par Yersin (utricule séminale) (1), puis par Lespés (2). I est formé d’une

(1) Yersin, Diverses notes sur le G. campestris (Bull. Soc. vaudoise des sc, natur., 4852, t. III, p. 128; 1853, t. IV, p. 54 et 311, et n° 43).

(2) Lespés, Mémoire sur les spermatophores des Grillons (Ann. sc. natwr., Zoo, 4e sér., t. III, cahier n° 6, pl, 10),

vésicule d’un brun jaunâtre plus ou moins foncé, et a près de 4 millimètres dans sa longueur totale, offrant à une extrémité une papille blanche, à l’autre une longue lamelle mince de forme subquadrilatère, dont le milieu est un tube communiquant à la vésicule, et qui porte sur les côtés deux cartilages en dents d’hameçon, qui doivent fixer l'appareil dans le vagin de la femelle. L'intérieur de la vésicule est rempli de sperme blanc, ainsi que le tube central de la lamelle, et cette lamelle, si l’on retire le spermatophore de la vulve de la femelle, porte ordinairement un peu de sperme épanché. Celui-ci présente de très-petits zoospermes, filiformes, ayant environ 0®%,04 de longueur et 0,012 de largeur. La capsule formatrice du spermatophore dépend de l'armure génitale mâle, en arrière des crochets copulateurs, et se compose essentiellement d’une lame blanche, pliée en deux dans sa longueur, contournée en circuit irrégulier. Elle est renfermée dans une mince vésicule, largement ouverte en avant, au-dessous de l’armure génitale, et le canal déférent débouche près de l'ouverture ; à chaque accouplement, un nouveau spermatophore est sécrété par la lame formatrice. Nous retrouverons chez les Locustiens des spermatophores renfermés dans la vésicule copulatrice des femelles (Siebold).

L’abdomen remarquablement distendu de la femelle du Grillon indique la première ponte, qui a lieu huit ou dix jours après que l’insecte est arrivé à l’état adulte. Malgré la grosseur de son corps, la femelle se livre à une agitation continuelle, courant d’un endroit à l’autre, s’arrêtant tout à coup pour creuser une cavité peu profonde qu'elle comble aussitôt en y rejetant ce qu’elle en a extrait. C’est là qu’elle effectue un premier dépôt d'œufs. A cet effet, elle replie son oviscapte, et l’enfonce en entier et sans difficulté dans cette terre fraichement remuée. L’abdomen éprouve alors de violentes dilatations et contractions, dirigées d'avant en arrière ; elles ont pour effet de chasser l’œuf au dehors. Le léger gonflement de la partie encore visible de l’oviscapte permet de saisir l'instant de son passage. On peut ainsi s'assurer que la femelle en pond plusieurs dans le même trou, en les plaçant tantôt bout à bout, tantôt les uns à côté des autres. Pendant tout le jour elle ne cesse, pour pondre, de creuser des trous qu’elle recomble aussitôt. Elle s'arrête ensuite une à deux semaines, puis recommence ses pontes, et ne finit qu'à la mort, celle-ci survenant, pour notre pays, de la fin de mai à la fin de juillet, selon les latitudes et altitudes.

Une seule femelle confie ainsi à la terre plusieurs centaines d'œufs. Un jour ou deux après la ponte, ils sont presque cylindriques, longs de 9ùn,5 et larges de 0%%,5, d'un jaune clair et translucides. Ils restent en terre environ un mois avant d’éclore. Les petites larves issues de l’œuf ont 3 millimètres environ, sont testacées, et si délicates, qu’on s'étonne qu'elles aient la force desortir de terre. Elles apparaissent au milieu de Grillons adultes en pleine vigueur, et beaucoup de femelles continuent à pondre, entourées de leurs descendants qui ont déjà plusieurs fois

GRYLIUS. 149

changé de peau. Le Grillon naissant se colore rapidement, et au bout de quelques heures est devenu noir, avec les bords du pronotum, tout le mesonotum et les bords du dernier segment dorsal de l'abdomen d'un jaune-citron, la base des cerques jaunâtres, ceux-ci étant bruns à leur sommet. Le corps est relativement plus étroit, les antennes et les cerques plus longs que chez l'adulte. Les segments sont bordés de poils et les extrémités de l'abdomen encore identiques extérieurement dans les deux sexes. Les mues se succèdent rapidement, à peu près de semaine en semaine, jusqu'à ce que l'insecte ait acquis le degré de développement sous lequel il doit passer l'hiver. On peut reconnaitre les deux ou trois premières mues à des caractères certains, et de même celle qui précède l'âge adulte; mais il n’y a rien de net pour les mues intermédiaires, simples phénomènes d’accroissement, analogues à ce qui se passe chez les Crustacés. La taille, qui varie beaucoup, suivant l’alimentation, ne donne aucune indication certaine. La mue a toujours lieu par une fente longitudinale sur le milieu du dos, et la peau abandonnée porte constamment des débris de trachées fixés aux stigmates du thorax. On ne peut se fier à ces dépouilles pour évaluer le nombre de mues des Grillons qu'on élève en captivité, car l'insecte mange parfois la peau dont il vient de sortir. Après chaque changement de peau, l'insecte est testacé, surallongé, et, dans les premiers âges au moins, assez transparent pour qu'on puisse voir pendant plusieurs heures les mouvements du vaisseau dorsal et l'agitation qu'ils communiquent au sang. Les larves de Grillons sont omnivores comme les adultes, mangeant indifféremment de l'herbe fraiche, des insectes, de la farine, du pain, etc., et aimant à boire.

On les rencontre parfois en grandes troupes le soir, au crépuscule, traversant les chemins en sautant, soit qu'elles obéissent à un instinct nocturne, soit qu'elles fuient leurs terriers inondés par l’averse, car c’est surtout après l'orage qu'on observe ces migrations (Goureau, op. cit.). Les larves du Grillon champêtre se distinguent aisément de toutes celles des espèces du même genre par leur couleur noirâtre et le rouge dont est lavée la face inférieure des cuisses.

Dès leurs premiers àges, les Grillons s’assurent un refuge, soit en se rassemblant dans de vieux terriers abandonnés, soit en creusant chacun sa retraite. Très-souvent, à l'approche de l'hiver, ils se réunissent trois ou quatre dans une galerie ménagée sous une pierre, sans provisions pour l'hiver, saison qu'ils passent dans l’engourdissement. Yersin évalue de neuf à douze le nombre de mues qui précèdent l'âge d'hiver. A partir du troisième âge apparaissent de petits lobes sur les bords latéraux du mésothorax et du métathorax, avec quelques nervures peu distinctes. Ces premiers vestiges des élytres et des ailes sont d'abord disposés de haut en bas sur le prolongement des flancs. Puis ils se détachent, ne restent plus sur le prolongement des bords du mesonotum et

du metanotum, se repliant de bas en haut en foime d'écailles, couvertes

de la même pubescence que le reste du corps. Les élytres rudimentaires, arrondies à leur sommet, dépassent d'un millimètre et demi le bord du pronotum, et se prolongent d'une quantité égale sous cet organe, qui les recouvre ainsi en les cachant à demi. Leurs bords supérieurs sont distants sur le dos de 2 millimètres au moins. Les ailes, fixées un peu plus bas et en arrière, sont triangulaires et longues de 8 millimètres, leur bord supérieur recouvrant un peu les élytres. L’insecte est alors long d'environ 20 millimètres. C’est au cinquième âge qu’on peut distinguer extérieurement les sexes, en voyant que la dernière lame ventrale devient trilobée chez les femelles ; celles-ci, au sixième âge, montrent les premiers rudiments de l'oviscapte, sous forme de quatre petits mamelons coniques distincts les uns des autres, devenant aux autres âges quatre pièces contiguës. A l’âge d'hiver, qu’on peut nommer approximativement le dixième, l’oviscapte dépasse nettement l’extrémité de l'abdomen, et sa longueur totale atteint environ 2 millimètres.

C’est après l'hivernage, du mois d'avril au mois de juin, selon les climats, qu'a lieu l’avant-dernière mue, celle de nymphe.Quand l’insecte se prépare à cette mue, sa couleur devient d’un noir plus terne, ses écailles thoraciques se soulèvent un peu au lieu de rester appliquées sur le dos ; les aliments solides lui répugnent, et il est très-avide d’eau. Tout, jusqu'à la manière dontil porte les antennes, indique un malaise général. Le matin, il vient s’exposer aux rayons du soleil, et fixe sur le sol les crochets qui terminent ses tarses; puis il se contracte et se dilate violemment jusqu'à ce que le test du dos se fende suivant la ligne médiane.

L'ouverture commencée s'agrandit peu à peu ; puis on voit se dégager successivement de leurs gaînes le thorax, les premiers segments de l'abdomen, les pattes antérieures et médianes, la tête et les pattes postérieures. La taille s’est agrandie, ainsi que les fourreaux des élytres et des ailes, ces derniers recouvrant par leur bord supérieur la partie externe des élytres. Les nervures indiquent l’inversion desparties, eu égard à leur place chez l'adulte; le futur organe stridulant des élytres, au lieu d'être sur le dos, est rejeté au bord extérieur, caché en partie par les ailes, tandis que lu partie de l’élytre qui couvrira plus tard le flanc est placée le long de la ligne médiane; les ailes n’ont encore aucun plissement en éventail, mais forment une lamelle plane parcourue par des nervures divergentes de l’angle antérieur au côté opposé. L'oviscapte de la femelle s’est allongée, atteignant l'extrémité des cerques. La nymphe, d'abord testacée, devient en quelques heures d'un noir brun luisant, qui se conserve à peu près jusqu'au moment de la dernière métamorphose. Celle-ci a lieu au bout d'une quinzaine de jours, quoiqu'on trouve des nymphes en retard bien plus longtemps au milieu de nombreux adultes. Les élytres, se retournant, se placent au-dessus des ailes, d’abord blanches ou jaunâtres et froissées, puis se colorant peu à peu.

Le G. capensis éprouve des transformations analogues; seulement les ailes rudimentaires des dernières larves et de la nymphe sont, relativement.aux élytres, beaucoup plus longues que chez le Grillon champêtre.

Nous ajouterons la citation rapide de quelques Gryllus du même groupe. Tels sont le G. burdigalensis, Latr., long de 10 millimètres environ, ayant en outre chez la femelle un oviscapte de 6 millimètres, près de moilié moins grand que le G. domesticus, auquel il ressemble un peu. Il est en dessous d’un gris testacé, en dessus brun, un peu villeux, sauf la tête brillante et noire ; le corselet transverse, maculé de jaune ; les élytres d’un gris obscur, à peine de la longueur de l'abdomen dans les deux sexes; les ailes nulles; les appendices de l'abdomen, cerques et oviscapte, d'un gris jaunâtre; les pattes jaunâtres. Il habite l'Europe australe, ainsi le midi occidental de la France (Bordeaux, Saint-Sever, etc.), remontant jusqu'à Tours, en juin (Rambur), l'Espagne, près de Carthagène, la Sicile, près de Syracuse, en mai, etc.

Le G. melas, Charp., long de 12 millimètres, est d'un noir terne, avec la tête d'un noir luisant ; les élytres enfumées, recouvrant presque tout l'abdomen chez le mâle, à peu près la moitié chez la femelle; les ailes dans les deux sexes beaucoup:plus courtes que les élytres, subabortives, pâles ; les pattes brunes, les antennes noires, l'oviscapte noirâtre et aussi long que le corps, à valves renflées et bifides au bout. Cette espèce existe en Hongrie, en Turquie, dans le midi de la France, près de Montpellier, en Andalousie, en Algérie, près d'Oran (H. Lucas), peutêtre en Dalmatie et dans les Pyrénées. Le G. pipiens, L. Dufour, long de 12 millimètres o, de 14 à 16 @, a le corps glabre et luisant, d'un testacé pâle, les pattes testacées et luisantes. Le mâle offre des antennes plus longues que le corps, des cerques sétacés et velus, longs de 6 millimètres ; les élytres de la longueur de l’abdomen, transparentes, un peu obscures, plissées, fort ridées et comme chiffonnées dans presque toute leur étendue; les ailes nulles. La femelle n’a que des élytres rudimentaires, atteignant à peine le troisième segment abdomioal. Cette espèce n'est pas rare sur les collines de l’Aragon et de la basse Catalogne. L. Dufour, et c’est là le caractère curieux de ce Gryllien, dit que c’est surtout au crépuscule et à l'aurore qu'il fait entendre son chant. Ce n’est pas un cri de roulement, comme celui du G. campestris, ni un cri de froissement, comme celui de la Cigale ou des Criquets, mais ur sifflement bien clair et bien net, imitant tellement bien celui du Bouvreuil ou de la Grive, que, dans le lointain, les plus fins chasseurs y sont trompés.

Une dernière section des Gryllus proprement dits comprend des espèces à élytres et ailes nulles ou à peu près. Ainsi le G. squamiger. Fisch., Fr., à mâle inconnu, la femelle longue de 6 millimètres avec oviscapte de 5 millimètres, complétement aptère, couverte d’'écailles,

d’un jaune pâle, trouvée en Istrie, près de Raguse ; le G. apterus, Herrich Schæffer, dont les deux sexes ont 12 à 16 millimètres, avec des cerques de 8 millimètres et un oviscapte de 10 à 14 millimètres, aptère, d’un testacé vif, subglabre, ressemblant aux larves du G. domesticus, Les larves et les nymphes ne diffèrent de l'adulte que par la taille, l'oviscapte plus court, plus élargi, plus mou, les téguments du corps moins solides. Istrie, Dalmatie, Italie, Andalousie ? À rechercher en France.

Peut-être doit-on rappeler à la précédente espèce le G. longicauda, Rambur, d'Andalousie, trouvé aussi en Algérie en juin, sous les pierres, près de Constantine (H. Lucas). Il n'en diffère que par un oviscapte beaucoup plus long que les cerques, et presque de la longueur du corps.

Enfin, la même section renferme le G. bivittatus, Fisch., Fr., probablement d'Algérie, long de 16 millimètres (Q), avec cerques de 10 millimètres et oviscapte de 12, les yeux jaunes, deux larges bandes brunes sur la tête, et le mesonotum portant sur les côtés de petites élytres squamiformes, arrondies, à nervures longitudinales, ayant environ un millimètre. Toutes les rares espèces aptères ou subaptères de cette section méritent de fixer l'attention des amateurs.

Le second groupe des espèces du genre Gryllus, formant le sousgenre Nemobius (genre d'Audinet-Serville). Le premier article des tarses postérieurs n’est pas sillonné en dessus ou à peine (G. Heydeni), ni épineux ; les jambes antérieures peuvent manquer de tympan ; les élytres des deux sexes sont très-raccourcies, à nervures divergentes et droites chez les mâles, parallèles et droites chez les femelles ; les ailes nulles, les épines des jambes postérieures filiformes. Le type est le G. sylvestris, Fabr., de 8 millimètres G' et 9 millimètres Q, les cerques de 4 millimètres, l'oviscapte de 6. Il est brun, poilu, à tête noire avec les orbites jaunes, ainsi qu'un dessin pentagone sur le front ; le corselet jaunâtre, les côtés des élytres et de l'abdomen noirs; le dernier article des palpes maxillaires presque double en longueur du précédent et tronqué au bout ; les élytres très-courtes, plus longues que le corselet, et ridées et chiffonnées chez le mâle, à peu près de la longueur du corselet chez la femelle ; l'oviscapte brun et droit, dépassant beaucoup plus les cerques, qui sont d’un gris testacé et poilus, à valves comprimées, terminées en pointe, sans renflement sensible. On le trouve dans tous les bois de l’Europe moyenne, parfois si abondant en larves ou en nymphes, que leurs sauts sur les feuilles sèches imitent le bruit de la pluie. On le rencontre près de Paris, dans toute l'Allemagne, en Belgique, en Angleterre, en Hongrie, dans la Russie méridionale. Il ne se creuse pas de terriers, mais vit au jour, souvent en troupe, sous les pierres, sous les feuilles tombées et dans le gazon des lisières des bois, fuyant par des sauts très-rapides. Les larves et les nymphes sont communes en mai et juin, et les adultes depuis juillet jusqu'à l'hiver, certains individus hivernant et se montrant sous les pierres en février. Le mâle stridule,

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lés pattes étendues, caché sous les feuilles, sur un autre rhythme que le G. campestris, et son chant d'amour, quand il est près de la femelle, est un bruit faible et uniforme, privé de ce son vif et bref que le G. campestris fait entendre en pareille circonstance. La stridulation est très-forte et plus susceptible d’être notée qu'elle ne l'est en général chez les Dectiques et les Locustes. Bien que l'animal soit petit, on l’entend à une assez longue distance, non-seulement le soir, mais dans les heures de l'après-midi ; les mâles même, enfermés dans une boite et cachés sous les feuilles sèches, se mettent à striduler. Le son ne paraît pas pouvoir se produire si le croisement habituel des élytres est interverti, c'est-à-dire si l’élytre droite était recouverte par la gauche. En effet, l’élytre gauche est molle, blanchâtre, transparente, et l'élytre droite, qui la recouvre normalement, est dure et brune, avec ses nervures bien plus fortes. L'élytre offre l’archet, mais sans la brosse à son origine, ni cette partie triangulaire et transparente, qui est la chanterelle des G. campestris et domesticus; c’est le bord interne même de l'élytre qui en tient lieu. On trouve dans le succin une espèce homologue ou même identique avec G. sylvestris.

Le G. lineolatus, Brullé, est une espèce voisine, mais distincte du G.sylvestris par la couleur pâle des pattes, par les bandes longitudinales jaunes, au nombre de quatre, qu'on voit sur la tête, et qui sont beaucoup plus larges que les lignes obliques du G. sylvestris. Les cuisses postérieures ont des lignes brunes à peine visibles, et l’oviscapte des femelles est plus court que les cerques. Les élytres sont plus longues dans les femelles de cette espèce que dans celles du sylvestris; elles couvrent environ les deux tiers de l'abdomen, et le cachent presque en entier chez le mâle. Du midi de la France, Pyrénées, Landes, etc.

Enfin, une très-rare espèce du sous-genre Nemobius, que nous nous engageons à rechercher, probablement le plus petit Gryllus, est le G. Heydeni, Fisch., Fr., à mâle inconnu, et dont la femelle a été trouvée en Suisse par M. de Heyden, sur les pentes boisées du bord d'un lac, au commencement d'août. Elle est longue de 5 millimètres, avec des cerques très-velus de 3 millimètres, et un oviscapte plus court, de 2 millimètres, distinctement lancéolé. La couleur est d'un brun châtain; le corselet subcarré, avec une bande päle obsolète de chaque côté ; les élytres larges, arrondies et tronquées en arrière, à nervures droites, plus courtes que le tiers de l'abdomen, Ne serait-ce pas une nymphe ?

PLATYBELEMMUS, Aud.-Serv.— Tête singulière, plus large que la partie postérieure du corselet; vertex allongé, prolongé en cône obtus chez les femelles, orné chez les mâles de la plupart des espèces d’une lame membraneuse flexible pendante en avant comme une ombelle ; front plan et très-déprimé ; antennes longues, sétacées, multiarticulées, pubescentes, très-distantes afin de recevoir avant leur insertion la membrane flottante ; yeux arrondis ; ocelles très-peu apparents. Corselet subcarré. Élytres du mâle courtes, nervulées, ne recou-

vrant qu'une partie de l'abdomen; celles de la femelle avortées, squamiformes, plus courtes même que le mesonotum; ailes nulles dans les deux sexes. Pattes antérieures et intermédiaires asez courtes, épaisses, comprimées, à jambes biépineuses ; pattes postérieures courtes et robustes, à jambes comprimées avec carènes épineuses ; tarses de trois articles, le second court. à peine visible, les postérieurs à premier article épineux. Abdomen assez court. à cerques presque de sa longueur; oviscapte de la femelle presque droit, de la longueur de l’abdomen, élargi avant le sommet.

Les Platyblemmes sont de petits Grylliens très-curieux par le voile membraneux qui pend au devant de la tête des mâles. On nesait presque rien de leurs mœurs. L'espèce la plus anciennement connue est le P. umbraculatus, du nord de l'Afrique, long de 12 à 14 millimètres, noir luisant, ainsi que les antennes et les pattes, la tête et les palpes d’un rouge ferrugineux brillants, les élytres de 2 millimètres environ, noires, lisérées de blanc à l'extrémité. On ne connaissait que le mâle, à voile céphalique, mince et flexible, quand M. H. Lucas découvrit en Algérie la femelle, d’un brun roussâtre, à tête terminée en pointe arrondie. Cette espèce se rencontre en juin etjuillet sur les collines près de Constantine ; très-agile, elle échappe assez facilement à la main qui veut s’en emparer. Elle ne se creuse pas de terriers et se plaît sous les pierres et dans les fentes du sol qui, à cette chaude époque de l’année, est profondément fissuré. Nous citerons aussi le P. lusitanicus, Aud.-Serv., long dans les deux sexes de 14 à 18 millimètres, avec l’oviscapte ayant près de 12 millimètres, d’un noir brunûtre, plus fort que le précédent, avec quatre lignes jaunâtres longitudinales sur le vertex, les élytres d'environ 4 millimètres, arrondies au bout, blanches, à base noirûtre. Cette espèce est du Portugal et de l'Espagne. L. Dufour l’a prise en Espagne, près de Valence, dans les champs sablonneux, cohabitant volonliers avec le Gryllus campestris, se tenant sous les pierres et les tas d'herbes sèches: Le mâle est très-curieux par le long voile membraneux qu'il dirige en divers sens au devant de sa tête. Les Platyblemmes, au nombre de cinq ou six espèces, sont de l'Europe australe, d'Afrique et du Bengale. Nous engageons les amateurs à les rechercher dans les localités les plus chaudes et les plus sèches de la Provence ; ils auront peut-être la bonne fortune d'augmenter la faune française de ces insectes si intéressants.

TRIGONEDAUM, Aud.-Serv. — Corps petit. Tète courte, renflée entre les antennes, celles-ci un peu distantes, longues, sétacées, multiarticulées. Palpes maxillaires longs, avec le dernier article comprimé, en cône très-élargi, tronqué au bout, figurant un triangle (d’où le nom du genre). Corselet subcarré, tronqué ; écusson apparent. Élytres recouvrant le plus souvent l'abdomen, à nervures droites longitudinales, subtranslucides ou opaques; ailes ou nulles, ou dépassant les élytres, parfois en queue. Pattes robustes; les quatre jambes

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antérieures terminées par deux épines, les deux antérieures munies de tympans ;

cuisses postérieures renflées à la base ; jambes grêles, ayant sur les carènes des

épinées fines, mobiles, longues et filiformes, et quatre épines au bout; tarses de

trois articles, le second très-court, presque globuleux, les tarses postérieurs à

premier article biépineux. Abdomen court; cerques poilus ; oviscapte comprimé,

en forme de glaive, recourbé en dessus, acuminé au sommet.

Le type européen de ce genre est une jolie petite espèce d’un noir bronzé et submétallique, ayant dans les deux sexes 4 millimètres, avec un oviscapte de 2 millimètres, recourbé à l'instar de celui des Locustes. C’est le T. cicindeloides, Rambur, dont les élytres sont dures et coriaces, un peu retombantes, à la façon des Coléoptères. On dirait un peu une Cicindèle, à ses gros yeux et à ses élytres bronzées, surtout chez le mäle ; les ailes font défaut. On ne sait pas si le mâle stridule. L'espèce a été découverte en Sardaigne par Géné, sur les herbes et surtout les Jones, dans les lieux humides. Rambur l’a retrouvée en Espagne, dans les champs et lieux herbus, près de Malaga; on la rencontre aussi, selon lui, en Corse et dans le midi de la France. On la cite également des îles loniennes et des environs d'Alger, mais rare (H. Lucas). Elle doit exister dans toute l'Europe australe, et ses mœurs fourniront un attrayant sujet d'étude.

Il ya trois autres espèces, deux de l’île de France, une de Java, toutes trois ailées, à élytres un peu transparentes.

BRACHYTRYPES, Aud.-Serv.; Erichson. — Tête très-grosse, énorme chez les mâles, à front bombé ; antennes longues, sétacées, multiarticulées, insérées dans une cavité; yeux saillants, globuleux ; ocelles en ligne transversale sur le front. Mandibules très-fortes; palpes très-grands, surtout les maxillaires. Corselet transversal, non rebordé. Élytres dépassant l'extrémité de l'abdomen, à nombreuses nervures longitudinales obliques, saillantes et à nervures transversales distinctes; ailes dépassant les élytres en forme de lanières. Pattes robustes, les quatre antérieures velues; jambes terminées par quatre épines larges et minces, avec tympan recouvert d’une membrane blanche aux jambes antérieures; cuisses postérieures très-renflées et jambes postérieures garnies d’épines serrées et symétriques ; tous les tarses de trois articles, le premier des tarses postérieurs épineux et poilu. Abdomen à plaque subgénitale du mâle très-développée, à peu près aussi grande que les deux ou trois dernières plaques ventrales réunies, celles-ci aussi grandes que les plaques qui les précèdent ; plaque subgénitale des femelles très-étroite, plus petite que la dernière plaque ventrale ; dessous de l'abdomen des femelles à plaques diminuant graduellement de longueur ; cerques longs, sélacés, velus, flexibles ; oviscapte très-court, droit, atteignant à peine l’extrémité des élytres, à valves aiguës, peu ou pas renflées au bout.

Le type et l'espèce européenne de ce genre si remarquable, le plus

grand Gryllien propre d'Europe, est le B. megacephalus, Lefebvre, d’environ 40 millimètres dans les deux sexes, avec oviscapte de 2 millimètres. Le corps est jaunâtre ; la tête du mâle est énorme, démesurée, renflée, fortement comprimée d'avant en arrière, dépassant beaucoup la largeur de l'abdomen, et comme enchässée dans le prothorax; le corselet étroit, sillonné au milieu, rétréci en arrière, à bord antérieur et postérieur relevés et bruns, ayant au milieu une bande longitudinale brune ; les pattes et les antennes de la couleur du corps, les épines des pattes noires au bout. Il a été trouvé en Sicile par A. Lefebvre, au mois d'avril, à la partie la plus méridionale du Val di Noto, dans des buttes de sable près de la mer, entre Terra-Nova et le Bevajo, sur la direction de Vittoria. Il habite au sommet de ces monticules, à toutes les expositions, et dans des places dénuées d’arbustes, creusant le sol jusqu’à un mètre, en faisant parfois des amas de terre pareils à ceux des Taupes. Vers quatre heures du soir, le mâle se met à chanter au bord de son trou ; mais sa stridulation, au lieu d'être interrompue comme celle du Gryllus campestris, produit, pendant près d’une demi-minute, un roulement soutenu et continu, si intense et si sonore, qu'on peut l'entendre à près d’un mille. Loin d'être craintif comme ses analogues, il attend souvent pour se cacher le moment même où l’on va le saisir, et fuit en creusant le sol avec promptitude à mesure qu’on le poursuit. Sa voracité est extrême, et la force de ses mandibules non moins étonnante. A. Lefebvre a vu que, si l’on enferme ensemble plusieurs mâles, au bout de peu d’instants ils se dévorent, s’amputant les cuisses les uns aux autres d’un seul coup de leurs mandibules. On ne capture l’insecte que dans l’après-midi, jamais loin de sa demeure, presque toujours au bord de son trou, et le plus ordinairement tout au fond et non sans assez de difficultés. Puissent ces détails de mœurs aider les amateurs à retrouver ce remarquable Gryllien, dans le midi de l'Espagne ou du Portugal et en Algérie, en explorant des localités analogues à celles où ses gites ontété rencontrés en Sicile.

Une seconde espèce, d’un brun enfumé et de même taille, de Java,

SCHIZODACTYEUS, Brullé. — Tête forte, de la largeur du corselet; antennes sétacées, multiarticulées, glabres, beaucoup plus longues que le corps; yeux grands, oblongs, saillants ; ocelles indistincts. Corselet étroit, transversal, rebordé ; sternum large, rendant écartée l'insertion des pattes. Élytres et ailes très-grandes, beaucoup plus longues que l'abdomen, chargées de nombreuses nervures, embrassant à angle droit les côtés du ventre, la partie dépassant l'abdomen roulée en spirale dans le repos, pour les élytres et les ailes à la fois, et appliquée sur les appendices anaux. Pattes très-robustes, à cuisses glabres et mutiques, canaliculées en dessous pour recevoir la jambe; à jambes épaisses, fortement épineuses ; à tarses de quatre articles, les articles deux et trois émettant chacun latéralement de chaque côté un appendice étroit, aplati,

lancéolé, élargi et arrondi au bout (d’où le nom du genre), le premier article des tarses postérieurs aplati, dilaté de chaque côté en une large membrane triangulaire, le quatrième article de tous les tarses cylindrique, terminé par deux forts crochets, arqués et mobiles.

Le type et unique espèce de ce genre, à caractères sexuels mal précisés, est un insecte très-anciennement connu, le S. monstrosus, Drury, long de plus de 40 millimètres, des Indes orientales, du Bengale, à corps jaunâtre, tacheté de brunâtre, ainsi que les appendices. Ce Grillon monstrueux des vieux auteursest le seul Gryllien qui ait quatre articles à tousles tarses, ce qui forme un passage manifeste aux Locustiens. Les très-singulières dilatations des articles des tarses, qui les font ressembler aux doigts bordés de certains oiseaux aquatiques, comme les Grèbes, les Foulques, et la manière extraordinaire dont les élytres et les ailes se contournent dans le repos en plusieurs tours de spirale trèsserrés, sont deux caractères uniques qu’on ne retrouve nulle part, nonseulement dans les Orthoptères, mais chez aucun insecte. L'espèce creuse sur les bords du Gange un trou d’un mètre environ de profondeur, et yreste caché le jour, ne volant que la nuit.

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