‹ Traité élémentaire d'entomologie comprenant l'histoire des espèces utiles et de leurs produits des espèces nuisibles et des moyens de les détruire, l'étude des métamorphoses et des moeurs, les procédés de chasse et de conservationChapitre 34 sur 67 · LE HANNETON. A · texte numérisé non relu

LE HANNETON. A

MAcon, au point qu'on avait grand'peine à s'en garantir, en passant sur le pont, par les moulinets de canne les plus rapides, et qu'on les ramassa à la pelle dans certaines rues. M. K. Blanchard rapporte qu'une année, dans les environs de Blois, quelques enfants en recueillirent 14 000 en peu de jours.

A partir du milieu de mai s'opère l'accouplement, qui dure des journées entières. Le mrde monte sur le dos de la femelle et s'y cramponne. Le pénis du mâle, mou mais éreclile, est entouré d'un gorgeret dilatateur formé de deuv valves cornées, sortant du cloaque comme une sorte de tube rigide, mousse à l'extrémité. Après l'intromission dans le cloaque de la femelle, les valves sont maintenues écartées par des muscles tout le temps nécessaire, et les deux insectes sont fortement accolés. On observe quelquefois des accouplements contre nature entre deux mâles, excès d'ardeur garantissant la conservation de l'espèce. Le mâle, un peu plus petit que la femelle, est très-vif dans les préludes de la copulation; mais, une fois l'intromission opérée, tombe dans une sorte d'engourdissement léthargique, et la femelle le transporte avec elle, renversé, le dos en dessous et traîné à la remorque les pattes en l'air. 11 périt après l'acte, de faiblesse et de faim. L'existence isolée des Hannetons adultes est au plus de vingt jours; mais on en voit quelquefois pendant plus de deux mois, car leur éclosion à cet état ou sortie de terre se prolonge sur une durée de plus de trente-cinq jours.

Avant la fécondation, les œufs sont visibles dans le corps de la femelle comme de petites vessies plates, vides et agglomérées ensemble, ne se remplissant qu'après la fécondation et différant beaucoup de grosseur et d'avancement; cela tient à ce qu'une même femelle peut faire plusieurs pontes. Un plus ou moins grand nombre d'œufs demeurent inféconds, selon que la femelle a été plus ou moins nourrie. La femelle survit quelques jours à l'accouplement, et donne tous ses soins à la ponte. Elle quitte les arbres, et, presque exclusivement pendant la nuit, creuse la terre avec ses pattes de devant; là, au fond d'un canal de 1 à 2 décimètres, elle dépose environ trente ou trente-cinq œufs au plus, car on ne trouve guère que trente à trente-cinq œufs féconds par femelle; ils sont ovales et de la grosseur d'un petit grain de ehènevis.

Celte femelle donne une grande importance au lieu où elle dépose ses œufs. Elle ne s'adresse pas aux terres compactes et battues que les jeunes vers ne pourraient sillonner de leurs galeries, mais choisit les terres fumées, légères et aérées, ameublies par des labours récents et riches en racines : un instinct merveilleux lui fait pressentir que sa progéniture a besoin d'une habitation saine, ouverte aux influences de l'air et du soleil, exempte d'humidité. Elle fuit l'ombrage des grands arbres, les lieux marécageux, les terres fortes ou qui reposent sur un fond de glaise. Les Hannetons peuvent dévorer les feuilles des forêts,

fififl COT.ÉOPTÈRES. — SCARABÉIENS.

mais ne pondent pas dans leur intérieur ombreux ; les taillis serrés, les cultures touffues, sont exempts de larves par la même raison. Un arbre isolé peut préserver un certain nombre de plantes; dans les jardins, les groseilliers, les cassis et les arbustes dont les branches et les feuilles descendent jusqu'à ferre, échappent en général aux larves. La direction du vent a aussi de l'influence : les pontes se font bien en France par les vents du sud et de l'ouest, et mal par les autres. La prudence conseille donc aux cultivateurs de terrains légers et secs, de s'abstenir de fumer et labourer au printemps ; il vaut mieux remettre ces travaux après la ponte.

Les ceufs éclosent au bout de trois semaines, selon M. Vibert, d'un mois à six semaines, selon d'autres, et donnent la larve connue sous une foule de noms, suivant les pays (Ver blanc, Ver des jardins, Ver de blé, Ver matis, Ver turc ou Turc, Engraisse-poule, Ton, Man, Meunier, Terre, etc.). EWq est contournée en demi-cercle, comme toutes les larves de Scarabéiens, obèse, à segments boursouflés, d'un blanc un peu jaunâtre, à pattes plus longues que n'ont d'habitude les larves de cette tribu, plus propres à s'accrocher qu'à marcher. Sur la partie médiane du corps on aperçoit le vaisseau dorsal, dont les mouvements se distinguent parfaitement sous la peau, qui est assez transparente ; la partie postérieure du corps et le sac semblent noirâtres. Sur les parties latérales de chaque anneau, sauf le second, le troisième et le dernier, on aperçoit un stigmate, rendu très-visible par son péritrème corné, dont la couleur rouge tranche fortement sur la peau, blanche. La tête estécailleuse ; les pattes sont d'un rouge brunâtre, ainsi que les pièces buccales ; seules les mandibules sont noires à l'extrémité (voy. pi. xxvm, fig. 5, réduite). Les ravages des larves sont bien plus redoutables que ceuxcausés par les adultes, surtout à cause de la longue existence de celles-ci. Elles font peu de dégâts dans leur première année, qui est celle de leur naissance. De môme que beaucoup de jeunes chenilles, elles sont alors sociales pendant plusieurs mois, jusqu'à leur première mue, par l'instinct naturel aux êtres faibles et timides, et restent cantonnées près des trous où furent déposés les œufs. Au début de juillet, les petites larves ont environ 18 millimètres de long. Dans les deux premières semaines, elles ne vivent que de terreau^, et même on peut les garder vivantes pendant deux mois dans du terreau seul. Au bout d'un mois, elles commencent à attaquer les jeunes semis, mais on ne s'aperçoit de quelque ravage qu'à la lin de septembre de cette première année. A la lin d'octobre, elles ont de 27 à 30 millimètres de longueur et sont à peu près de la grosseur d'une petite plume d'oie.

Au début du mois de novembre, et même plus toi, elles s'enfoncent en terre, à iO ou 50 centimètres, pour échapper aux gelées de l'hiver, et font une petite cellule ronde et aplatie où elles restent engourdies, placées sur le côté et en cercle. Elles remontent au printemps de la seconde année, au commencement d'avril, et le besoin

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d'une nourriture plus ubundanle les oblige à se disperser. Klles creusent des galeries souterraines dans toutes les directions, et attaquent, alors surtout les racines des plantes annuelles et bisannuelles, céréales, colzas, betteraves, etc. Dans les jardins, elles recherchent d'abord, avec prédilection, les racines des fraisiers, des salades, des rosiers, surtout ceux des quatre saisons. Des pépiniéristes plantent des salades pour les attirer et protéger les jeunes arbres ; bientôt tout est atteint, et, dans leur voracité, les larves rongent rncine les bois morts, les bouts d'échalas. Les plantes atteintes ont les feuilles desséchées et flétries, viennent à la main dès qu'on les tire, le chevelu et le pivot de la racine n'existant plus. Les dévastations sont quelquefois incroyables. Des champs entiers de betteraves, de luzerne, dévastes prairies jaunissent et périssent sur pied ; des champs de blé ou d'avoine perdent le tiers ou la moitié de leurs épis, dont les chaumes tombent avant la maturité. Une nouvelle hibernation a lieu à la fin d'octobre. Les larves, parvenues aux quatre cinquièmes de leur taille, s'enfoncent sous terre; puis, au printemps de la troisième année, elles remontent encore et recommencent leurs ravages. Les larves, plus fortes, ne bornent plus leurs dég;\ts aux végétaux herbacés, mais elles s'attaquent aussi aux racines des plantes vivaces; il semble que leur corps contourné en arc soit prédisposé à entourer les racines des arbres. On voit tomber flétries les pousses nouvelles qui correspondent aux racines latérales, et l'arbre entier peut mourir si la racine principale est attaquée. A voir les racines coupées, on croirait à des morsures de rats, si l'on n'apercevait, pendants, des filaments irrégulièrement déchirés. Les plantes potagères, fraisiers, salades, etc., sont d'ordinaire coupées au collet. On a quelquefois ramassé un décalitre de Vers blancs autour d'une même souche. En 1854 un seul pépiniériste de Bourg-la-Reiue (banlieue de Paris) évaluait à 30 OUO francs les pertes que lui causait cette terrible larve. D'après M. Ralzeburg, un semis considérable de bois fut détruit en 1835, dans les dépendances de l'Institut forestier de Prusse. M. Deschiens rapporte qu'en cinq ans trois semis successifs de Chênes furent anéantis, sur six hectares de terrain, etc. Aussi ne doit-on pas s'étonner si les foudres de l'Église furent autrefois lancés sur les Vers blancs, et nous ne sommes pas beaucoup mieux armés contre eux qu'au temps de ces naïves et pieuses croyances. Un procès fut fait en Auvergne aux Hannetons, avec menace d'excommunication majeure. Les Vers blancs, cause d'uncî famine, furent cités en 1479 devant le tribunal ecclésiastique de Lausanne. In avocat de Lribourg fut mandé pour les défendre; il fut sans doute trop peu éloquent (ji>lrop mal à l'aise devant les méfaits de ses clienls, car le Iribunal, après mCa'c délibération, les bannit du territoire.

Chaque hiver les larves se sont engourdies dans une loge terreuse qui les abrite. C'est dès la fin de juillet qu'elles commencent à s'enl'oncer, soit pour changer de peau, soit pour hiverner et faire leur mue

tlU6 COLÉOPTÈRES. — SGARABÉIENS.

au réveil printanier , car les auteurs ne paraissent pas bien fixés sur ce point. Elles cessent de manger lors des mues. Enfin, à l'ordinaire après trois mues, à partir de la fin de juin de leur troisième été, leur peau devient d'un jaune terne, surtout sur le dos, et elles s'enfoncent plus profondément qu'elles ne l'ont encore fait, de 50 à 60 centimètres en hiver, pour se changer en nymphes. Elles commencent par se vider de leurs excréments, mais restent très-gonflées de graisse. Si Ton incise leur peau, il en sort une masse d'un tissu blanc comme de la crème, donnant par la chaleur une huile qui surnage si l'on fait bouillir ces larves: cette graisse est destinée à nourrir l'insecte pendant les six mois environ qui précèdent la sortie de terre de l'adulte. Le changement en nymphe se fait en août, septembre ou octobre, selon la température. La larve se construit une coque ovale, en terre gâchée et mêlée de salive glutineuse, mais sans fils de soie, comme l'ont dit à tort Latreille et quelques autres. La nymphe est d'une couleur pâle, d'un jaune roussâtre uniforme, avec deux petites pointes à l'extrémité du corps. C'est au bout de quatre à six semaines que l'adulte fend la pellicule nymphale et s'en débarrasse : mais il est^d'abord mou et jaunâtre ; peu à peu ses téguments se durcissent et se colorent, et il remonte lentement vers la surface du sol, attendant une chaleur suffisante pour sortir. On trouve des Hannetons éclos dès octobre, et même avant et pendant tout l'hiver, dans les labours et les plantations en verger. On comprend alors comment il peut se faire qu'on voie, dans les années chaudes, des Hannetons voler en automne, ainsi qu'on en fit la remarque en 1865, sur beaucoup de points de la France, et même dans les hivers trèsdoux, ce qui fut constaté dans le Wurtemberg et en Suisse, en janvier 183/i; mais, le plus généralement, les adultes ne commencent à remonter que dans le courant de février, pour sortir en avril et mai : ils sont en conséquence appelés Scarabées de mai par les Allemands. On voit donc que la durée totale de la vie du Hanneton est de trois ans, du moins en France, en Suisse et dans les provinces rhénanes, ce qui explique comment on a tous les trois ans une année à Hannetons, ceux des années intermédiaires provenant de quelque génération qui a subi un relard et dont la périodicité s'est déplacée. On ne doit guère compter sur ces trois ans que quinze mois d'activité, c'est-à-dire de dégâts, car il faut déduire neuf mois pour trois hivernages et environ six mois pour la nymphose. Dans d'autres pays, par suite de causes mal expliquées et tenant sans doute aux températures moyennes de l'hiver, le développement est plus lent et dure quatre années : ainsi dans laFranconie et le Brandebourg.

La vie entière du Hanneton, qui est en France de trois ans, peut se répartir à peu près de la manière suivante, les dates n'ayant j bien entendu, qu'un sens approximatif:

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