‹ Traité élémentaire d'entomologie comprenant l'histoire des espèces utiles et de leurs produits des espèces nuisibles et des moyens de les détruire, l'étude des métamorphoses et des moeurs, les procédés de chasse et de conservationChapitre 36 sur 67 · TEMPS DE VIE LATENTE OU DE NYMPHE · texte numérisé non relu

TEMPS DE VIE LATENTE OU DE NYMPHE

bu l'"' juillet au 1'"' mars de la troisième année. . S mois.

Hannetons adultes édos, demeurant en terre. . . 80 jours.

Hannetons hors de terre et dévorant les feuilles . 20 —

En œufs 20 —

120 jours. ... :'i mois.

Durée de la vie totale avec toutes ses métamorphoses. ;5G mois.

Le plus grand inlérOt que présente l'étude du AJ. vulgaris consiste à rechercher les moyens de le détruire. Malheureusement pour lui, comme pour beaucoup d'insectes nuisibles, Thomme est le premier auteurdu mal dont il est la victime nécessaire. Le Hanneton devait être assez rare dans la Gaule sauvage et couverte de forêts. Il a peine à percer une terre dure, et la charrue du laboureur ne met pas à découvert de Vers blancs dans les (erres qu'on défriche. Au contraire les terres anciennement cultivées, riches en engrais, et par suite en racines de plantes, meubles et aérées par les procédés de la culture intensive, où les larves peuvent vivre et étendre leurs galeries, sont infestées de Vers blancs. On observe, dans les années où les lisières des bois contre les champs cultivés sont dévastées par les Hannetons, que le centre de la forêt n'est jamais ravagé, et que le Hanneton diminue à l'intérieur, à mesure qu'on s'éloigne des cultures, et même devient peu commun. Pour parler notamment de la Krie, pays de grande culture où j'ai pu faire des observations personnelles, il y a une trentaine d'années les Vers blancs élaioiit peu répandus et leurs dommages médiocres. En effet, dans la culture de ce temps, une partie du sol se trouvait en jachère à l'époque delà ponte, et trop dur pour que les femelles lissent

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facilement leurs trous à œufs; actuellement ils abondent dans les mêmes localités, parce que les fourrages nécessités par un bétail beaucoui) plus nombreux ont obligé les fermiers à ne pas laisser la terre inactive un seul instant, et qu'au printemps, à côté des blés, se trou- \ent des colzas, des betteraves, des prairies artificielles, dont le sol meuble et riche en racines sollicite l'instinct maternel des femelles. Ce sentiment, on peut le dire, joue un très-grand rôle dans la multiplication de la race dévastatrice. Souvent on ne s'explique pas au premier abord comment il se fait que, de deux champs limitrophes, dans les mêmes conditions de voisinage de bois ou de vergers, l'un est infesté de Vers blancs, au point de perdre sa récolte, tandis que l'autre en est presque dépourvu et couvert d'une riche végétation : cela lient à ce que, lors d'une grande ponte, à la fin de mai, le premier était en prairie, abondant en racines, l'autre en jachère, labouré depuis longtemps en grosses mottes dures et sans plantes : les femelles se portent à l'envi sur le premier terrain et évitent le second, qui ne leur paraît pas pouvoir fournir la subsistance de leur progéniture.

Les meilleurs moyens opposés à la propagation des Hannetons sont ceux fournis par la nature même, en raison des circonstances météorologiques. Ainsi les sécheresses du printemps mettent obstacle à la sortie de terre des adultes ; ils s'épuisent en efforts pour percer une terre trop résistante^ et beaucoup meurent; les gelées tardives du printemps^ alors qu'ils sont près du sol, en font aussi périr beaucoup : mais comme elles ne sont pas moins nuisibles aux végétaux pleins de sève, l'avantage est plus que compensé. Les sécheresses prolongées de la fin de l'été sont funestes aux larves, dont beaucoup, selon M. Mulsant, s'enfoncent alors pour changer de peau, ne peuvent remonter, maigrissent et meurent ; d'autres, plus robustes, prolongent d'un an leur état de larve, et vivent quatre années. Enfin les chaleurs anormales de la fin de l'automne empêchent les Vers blancs de s'enfoncer assez profondément, et même les attirent près du sol, de sorte qu'une gelée subite les fait périr.

Les Vers blancs ont l'instinct de s'enfoncer plus ou moins, selon les conditions atmosphériques, afin de se mettre à l'abri de la gelée, du sec, de l'immide. Ils ne peuvent exister dans une terre trop sèche ou trop mouillée, et ils vivent des racines qui se trouvent dans la couche où ils sont condamnés à rester. Les pluies ou les arrosements les rapprochent de la surface du sol, sans que jamais ils s'exposent à l'air, laissant toujours plusieurs centimètres de distance entre eux et le sol. Lors des sécheresses, les Vers blancs s'enfoncent à environ 30 centimètres de profondeur. En général, les Vers blancs placés hors de'terre, et surtout exposés à l'insolation, meurent. D'habitude les gens employés à la récolte des Vers blancs se contentent, pour les détruire, de les jeter en tas sur les chemins d'exploitation des champs, à surface dure et battue. Les Vers blancs n'ont pas la force de creuser ce sol, se débattent, deviennent maigres et jaunes, et meurent. M. Vibert observa, à la fin de

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décembre, par une l'ortc gelée, sur la terre dure où du l'eu était allumé, que les Vers blancs, trompés par cette clialeur factice, se rapprochèrent très-près du sol échauffé.

L'étude de ces funestes larves offre encore des faits inexpliqués. M. Vibert rapporte avoir vu des Vers blancs vivant en quantités énormes dans des terres en jachère n'ayant que quelques racines desséchées, à trop peu de profondeur pour les nourrir, car ces vers, par la sécheresse, étaient Ibrcéà de rester loin du sol. Il a conservé pendant plusieurs mois, sans dépérissement sensible, des Vers blancs dans des pots remplis uniquement de terre prise assez profondément pour qu'elle ne contînt que très-peu de matière végétale décomposée.

Les Hannetons adultes sortis de terre sont très-sensibles au froid, supportent diflicilement les petites gelées du printemps; beaucoup périssent par les variations subites de l'atmosphère et par les pluies froides et prolongées. C'est le printemps qui décide du plus ou moins grand nombre de Vers blancs que les Hannetons nous laissent; les gelées tardives, les pluies prolongées, les vents de nord et d'est, en détruisent beaucoup ou les refoulent sur d'autres lieux. On peut dire, en général, dans le milieu de la France : Aimée de Vers blancs, (innée d'abondance; car ils sont le résultat de la douceur du printemps, qui décide souvent de l'année. Les gelées printanières changent parfois le retour triennal régulier des Hannetons en produisant une destruction insolite.

Dans un tout récent travail, présenté à l'Académie des sciences au commencement de 1868, M. J. Reiset s'est fortement préoccupé des ravages du Hanneton en 1865 et 1866 dans un département, la Seine- Inférieure. Il n'hésite pas à évaluer le désastre pour ce seul département, en 1866, à plus de 25 millions, et, dans le rapport du préfet au conseil général, la perte est évaluée à 2 638 702 francs pour cent soixante et une communes seulement. M. J. Reiset a étudié les diverses profondeurs occupées par l'insecte en larve ou en nymphe, en constatant, au moyen de thermomètres, les uns dans l'air, les autres enfoncés en terre, avec quelle exactitude les mouvements ascendants ou descendants des larves sous le sol sont liés aux élévations ou aux abaissements des températures.

Les larves se tiennent en hiver à une proibndeur où le thermomètre marque toujours une température supérieure à zéro degré, même alors que la neige couvre la terre et que l'air accuse des froids intenses de — 15 degrés. Cest ce qui fait qu'on ne peut nullement compter sur les gelées normales pour amener la destruction de ces funestes insectes, et cela est vrai au reste pour tous les insectes nuisibles. Ou bien ils résistent à des abaissements énergiques de la température, ou bien ils savent se mettre à l'abri. C'est ainsi que les Vers blancs montrent une véritable prévoyance instinctive. Comme l'a vu M. J. Reiset, ils devancent les indications du thermomètre quand ils quittant les couches

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superficielles du sol pour exécuter leur mouvement de migration vers les profondeurs.

Ainsi, en octobre 1866, ils commencèrent à descendre, alors que le thermomètre souterrain, enfoncé à 50 centimètres, marquait encore -|- 10 degi'és, ei remontèrent en février 1867, alors qu'il ne marquait que -j- 7 degrés, après èlre descendu en janvier à -|- 2°, 8.

M. J. Reiset conseille aux agriculteurs de se préoccuper beaucoup de la température, et, par suite, de l'enfouissement correspondant des Vers blancs au moment d'entreprendre un travail agricole, et de faire auparavant pratiquer quelques fouilles d'essai, pour savoir à quelle profondeur se trouve l'insecte qui existe dans sa terre. Supposons le cultivateur préparant les terres qui devront recevoir le blé et le colza en septembre et en octobre. A cette époque, la presque totalité des Vers blancs se trouve encore à la surface ; un premier labour très-superficiel, suivi d'un hersage énergique, peut assurer dans ce cas une destruction considérable, tandis qu'un labour profond, pratiqué dans ces conditions, aurait pour résultat de renfouir tous les insectes et de les soustraire ainsi au ramassage. Au contraire, les cultures données à la terre en février et en mars, pour les céréales de printemps et les racines, ne peuvent généralement mettre à découvert les larves qui ne sont pas encore remontées assez près de la surface. Si une fouille d'essai indique un grand nombre d'insectes stationnant au-dessous du labour, on ne devra pas hésiter à reculer le travail de quelques semaines, afin d'atteindre un ennemi qui, sans cela, saurait choisir le moment propice pour attaquer une récolte confiée trop tôt à la terre. M. J. Reiset préconise le ramassage à la main; il est vrai qu'il s'effraye de la pénurie croissante des bras pour l'agriculture. Les remèdes multiples à un état de choses aussi alarmant sortent du domaine de l'Entomologie appliquée.

Nous ne pouvons passer sous silence le moyen proposé par M. É. Robert sous le nom àe jjiéye à Hannetons, mais qui ne peut rendre quelque service que dans les pays où les champs cultivés alternent avec des bois. Considérant la prédilection des Hannetons adultes pour les lieux plantés d'arbres, M. É. Robert conseille de fumer et de cultiver avec soin tout autour des forets et des pépinières une bande de terrain de quelques mètres de largeur où les femelles de la contrée viendront en foule déposer leurs œufs ; de sorte qu'un labour fait alors que les larves encore jeunes et sociales, c'est-à-dire n'ayant que quelques mois, ne sont pas encore dispersées, en fera périr une multitude. L'auleur a été conduit à imaginer cette méthode en constatant que les environs de Vincennes soutiraient beaucoup plus des Hannetons depuis qu'on avait multiplié les défrichements sur des espaces autrefois boisés. Les bois de Meudon et de Montmorency, au contraire, ont peu de Hannetons et ne nuis(înt pas par ce fait aux propriétés voisines; cela lient à ce que le sol argilo-siliceux de ces forêts et des terres d'alentour durcit beaucoup pendant les années sèches.

LE HANNETON. /l5l

M. Hecquet d'Urval a été tellement etlrayé des ravages du Ver blanc en Picardie, qu'il n'a pas hésité à proposer, comme moyen radical de destruction, une année entière de jachère intercalée entre les assolements, et où cinq labours et de nombreux hersages amèneraient les larves à la surface du sol, où le soleil et les oiseaux en feraient prompte justice. En outre, la jachère fertihsele sol par les éléments réparateurs de l'atmosphère, les pluies à sels ammoniacaux, et les labours l'aèrent et le débarrassent des plantes parasites. On peut répondre avec raison que la perte d'une année de récolte, avec frais de main-d'œuvre, est un dommage énorme, et que les cultures de plantes sarclées et les engrais commerciaux sont préférables à la jachère pour la bonification du sol.

Aux causes naturelles ou artiticielles de destruction du Hanneton, il faut ajouter l'action continue de certains animaux avides des larves, les Porcs, les Taupes, qui, malheureusement, gênent la culture par leurs amas de terre et leurs galeries , les Musaraignes, les Corneilles et les Pies, les Courtilières, les Carabes, que les jardiniers ont le grand tort de tuer. La destruction insensée des Taupes, près de Paris, a beaucoup accru le nombre des Vers blancs. Les adultes ont pour ennemis les Renards, les Fouines, les Belettes, les Blaireaux, les Hérissons, les Chauves-Souris, les Engoulevents. D'après l'examen des estomacs par Florent-Prévost, c'est l'Engoulevent qui consomme le plus de Hannetons adultes, et cet oiseau, beaucoup trop rare et que la loi devrait protéger, nous débarrasse aussi de Lépidoptères nocturnes très-nuisibles. Puis viennent les Geais, les Mésanges, les Pies, les Pies-grièches, les Étourneaux, les Perdrix et quelques Échassiers. 11 ne faut pas méconnaître les services, contre les Vers blancs, de beaucoup de petits Passereaux, Rossignols , Fauvettes , Rouges-gorges , Hirondelles, Bergeronnettes, Loriots.

Les Choucas nourrissent leur jeune couvée des Hannetons adulte;^ qu'ils saisissent; et, au pied des vieilles tours où ils nichent, on peut voir les nombreux débris de tètes et d'élytres. Parmi les autres oiseaux qui s'en repaissent, on doit encore citer les Moineaux, utiles au printemps seulement, et les oiseaux de basse-cour, friands aussi des larves.

L'humme est bien mal armé contre ce redoutable insecte. Beaucoup de cultivateurs font suivre les laboureurs par des femmes et des enfants qui ramassent les Vers blancs à mesure qu'ils sont à découvert dans le sillon. Dans l'été si pluvieux de 1866, où les Vers blancs dévastèrent les récoltes dans la Brie, j'ai vu jusqu'à huit lèmmes employées par un fermier dans un seul champ ; on peut juger de la dépense. 11 est vrai que celte année fut une des plus mauvaises; des champs d'avoine et de betteraves furent retournés en certains endroits, la récolte étant entièrement perdue. On a essayé aussi, suivant une ancienne et théorique indication de Parmeatier, de faire suivre la charrue par un trou-

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peau (le Dindons, très-avides de Vers blancs ; mais ces Dindons ne peuvent guère s'employer qu'assez près des fermes ; il faut un conducteur, et ces volailles sont d'élevage difficile. Ce moyen a été perfectionné par un cultivateur habile, bien connu par ses succès dans les comices agricoles, M. Giot, de Chevry-Cossigny, canton de Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne), réalisant ainsi l'idée de Parmentier.

Je crois utile d'entrer ici dans quelques détails sur l'emploi des poulaillers roulants de M. Giot, qui figurèrent à Paris, à l'tlxposition agricole de 1860 et à l'Exposition universelle de 1867, et qui peuvent servir contre les larves terricoles des insectes nuisibles aux champs. J'ai étudié longuement sur place ce système dans l'exploitation de M. Giot. Les Poules sont enfermées la nuit dans une voiture divisée en compartimenispour la ponte et munie de perchoirs. Elles sont lâchées tous les malins, la porte s'abattant en pont-levis, qui leur permet d'entrer et de sortir sans fatigue. On roule la voiture de place en place, soit après la moisson pour nourrir les Poules avec les grains échappés, soit lors des labours, alors que les Vers blancs son mis à découvert, d'abord par la charrue, puis par la herse. On voit toujours un certain nombre de Poules, plus affamées que les autres, suivant immédiatement la charrue dans le dernier sillon tracé. C'est du grand matin jusqu'à midi qu'elles sont avides de ces larves; passé celte heure, elles mangent beaucoup moins, et leur usage est bien moins efficace. Les Poules sont, en outre, inégalement friandes de ces larves ; il est important que le poulailler soit assez nombreux. Les mouvements que font les Vers blancs excitent beaucoup la gloutonnerie des Poules, qui ne mangent pas aussi volontiers les animaux morts ; on peut s'en convaincre en voyant avec quelle avidité ces oiseaux se jettent sur une grenouille ou sur une souris vivante, tandis qu'elles n'y touclient que dédaigneusement si ces bêles mortes ne remuent plus. L'emploi des Poules contre les Vers blanc? est très-avantageux avant la moisson, alors que les Poules ne sont pas gorgées de grains dont la digeslion est lente ; les Vers blancs, au contraire, sont promptement digérés, et les déjections de ces Poules sont peutêtre la meilleure manière d'employer les Vers blancs comme engrais. il faut bien remarquer que les Poules se dégoûtent vite des Hannetons ou des Vers blancs qu'on leur apporte à la basse-cour et qu'on leur jette comme nourriture exclusive. Il a été reconnu, sur des Poules auxquelles on donnait à la ferme des Vers blancs comme seul aliment, qu'au bout d'une quinzaine de jours de ce régime , se déclarait une grande mortalité, sans doute en raison de l'état plus ou moins avarié de ces larves, et que la perte cessait en supprimant les Vers blancs ; mais il n'en est pas de même avec les poulaillers roulants : car, aux champs, les Poules, rendues, en outre, vives et robusles par le grand air, mêlent aux Vers blancs de l'herbe et des graines, et varient ainsi leur régime, condition importante d'hygiène ; de plus, les Vers blancs, qui sont dans; un. état de bonne santé parfaile, et mangés avec

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