Traité élémentaire d'histologie
Lecteur, quelle est votre pensée en ouvrant ce livre? Elle est peut-être bien différente de celle d’un autre lecteur, votre voisin, qui y jette les yeux en même temps que vous. Il nous eût été difficile de prévoir les désirs de chacun. Mais désir et besoin sont deux choses distinctes. Ne pouvant donc satisfaire aux désirs de tous, nous avons songé à subvenir aux besoins d’un certain nombre en publiant un Traité élémentaire d’ Histologie. Nous ne possédons actuellement aucun ouvrage où se trouvent réunies les précieuses leçons que fait depuis longtemps M. le professeur Ch. Robin, notre savant micrographe, le père et le propagateur de l’histologie en France. Veut-on connaître ses idées
sur Ici ou tel tissu, sur tel ou tel élément, on est forcé de courir cà et là, de bibliothèque en bibliothèque, de dictionnaire en dictionnaire, de sociétés en sociétés, de journaux en journaux, etc., etc. ; de la sorte on finit bien par se faire une opinion, mais incomplète souvent, et toujours longue et pénible; et pourtant beaucoup de personnes de l’art, beaucoup d’étudiants en médecine qui préparent des examens, n’ont ni le temps ni les moyens de se procurer tel ou tel ouvrage, telle ou telle monographie. Nous avons cru être utile aux uns et aux autres en résumant le plus brièvement possible, tout en cherchant cependant à être toujours compréhensible, les opinions que M. Ch. Robin professe à Paris depuis un grand nombre d’années. Pour rédiger ce livre, nous avons puisé dans divers mémoires que notre professeur a publiés, dans ses leçons particulières et dans le cours qu’il a fait en 1 863 à la Faculté de Médecine de Paris.
Avant de signaler quelques points importants de notre ouvrage, qu’il nous soit permis d’en faire connaître le plan.
Nous l’avons divisé en cinq sections :
solides et liquides, figurés et non figurés, qui entrent dans la composition des tissus. Ce dévelop-
peinent de ces éléments, leurs transformations, 1erminent cette étude.
Dans la deuxième section, nous avons étudié les corpuscules microscopiques qui existent dans les liquides.
Les tissus proprement dits forment la troisième section, l’une des plus complètes, et à laquelle nous avons apporté beaucoup de soins, persuadé que nous sommes qu’elle est une des plus utiles. Chaque tissu forme un chapitre distinct dans lequel nous avons eu soin de ne jamais confondre les descriptions. Nous sommes en général resté très-fidèle à notre méthode, et cela n’a pu avoir lieu sans sacrifier quelquefois l’élégance du style à la clarté du langage. En effet, dans quelques points, on trouvera des mots peut-être trop souvent répétés, mais qui ne permettent pas d’équivoque.
La quatrième section traite des parenchymes glandulaires et non glandulaires, que nous avons étudiés avec autant de soin que les tissus.
La peau et les muqueuses forment la cinquième section.
Dans l’une de ces sections, les épithéliums trouvaient difficilement une place ; nous les avons placés entre les tissus et les parenchymes. Nous avons jugé à propos de les décrire avant ces derniers, parce
qu’ils s’y rencontrent à chaque pas et en abondance, et que leur élude facilite celle des parenchymes.
Nous prévoyons les objections que l’on pourra nous adresser.
On ne manquera pas de demander pourquoi ce livre ne contient pas un résumé des opinions des principaux micrographes , pourquoi il est justement fait d’après les idées de notre savant professeur. À cela nous répondrons : 1° notre faible expérience ne nous permet pas de juger par nousmême des questions aussi difficiles; 2° ce que nous a montré M. Ch. Robin dans ses cours nous a paru être l’expression de la vérité; 3° ce que nous avons pu voir par nous -même s’accorde parfaitemenl avec les idées de ce savant; 4° il n’appartenait pas à un livre aussi élémentaire que celui-ci, mais à un traité complet d’histologie, de citer les opinions des divers savants, de les juger, de les critiquer: 5° nous avons aussi voulu présenter un ouvrage rédigé avec une méthode qu’il eût été impossible de faire accorder avec de plus grands détails, et mettre entre les mains des étudiants en médecine un livre qui leur permît d’apprendre en peu de temps les éléments de cette science.
Nous avons évité, autant que possible, de dési-
gncr le même élément anatomique sous plusieurs noms, persuadé que l’ambiguïté et la confusion de certaines descriptions tiennent à l’emploi de nombreux synonymes ; nous n’en avons indiqué qu’un, le plus connu, celui dont se sert M. Ch. Robin dans ses cours.
Nous reprochera-t-on de ne pas avoir intercale des planches dans le texte ?
Nous avons cru qu’il fallait, avant tout, que ce livre fût à la portée de toutes les bourses. D’un autre côté, il existe un ouvrage entre les mains de chaque étudiant en médecine et de chaque docteur, le Dictionnaire de Nysten, corrigé par MM. Littré et Ch. Robin , où l’on trouve toutes les ligures en rapport avec les descriptions de notre ouvrage ; ou y trouvera une ou plusieurs figures pour chaque élément, pour chaque tissu, pour chaque parenchyme. Il nous eût été impossible de présenter des planches aussi bien exécutées et s’accordant mieux avec les descriptions. Du reste, nous étions pressé par le temps, désirant livrer cet ouvrage avant répugne des examens et cédant aux instances de nos élèves.
Avant de terminer cette préface, nous demanderons au lecteur quelque indulgence. Nous savons que ce livre, écrit à la hâte, renferme quelques
imperfections de langage : qu’on nous les pardonne !
Que M. le professeur Ch. Robin reçoive nos .sincères remercinicnls pour les renseignements et les savantes leçons que nous avons reçus de lui.
■î juillet 1803.
On appelle histologie la science qui s’occupe cle l’étude des tissus.
Tissu. Par tissus, on entend des parties solides du corps formées par la réunion d’éléments anatomiques dont quelques-uns ont entre eux des rapports invariables pour chaque tissu. 11 résulte de cet assemblage des éléments anatomiques que, avec une certaine habitude du microscope, on peut arrivera déterminer certains tissus par les rapports des éléments entre eux, lors même que l’élément anatomique fondamental viendrait à manquer.
Élément. Par élément anatomique, on entend :
1° De petits corps microscopiques, arrondis, allongés, etc., qui ont une forme et une structure déterminées, et qui se comportent avec les réactifs chimiques d’une manière invariable pour chaque élément.
2° Une substance interposée entre la plupart d’entre eux, qu'on a désignée sous le nom de ma-
ticrc amorphe, clcs petits grains microscopiques appelés granulations ou poussière organique, et des liquides qui humectent les uns, qui remplissent les autres. On désigne ces liquides sous les noms de plasma et de blastèmes.