INFLUENCE DES HABITUDES DANS LA PRODUCTION DES MALADIES
Certaines habitudes, par le seul fait de leur existence, d'autres parleurexcès ou parleur abus, peuvent déterminer le développement d'un certain nombre d'affec;.ions morbides.
Dans l'appareil digestif, l'habitude de trop manger, non-seulement fatigue l'estomac et détermine des maladies spéciales, mais encore elle agit sur l'ensemble de l'organisme et produit, soit une pléthore sanguine accidentelle, soit un embonpoint exagéré, et toutes les conséquences de ces deux états.
L'habitude de prendre trop peu de nourriture a d'autres inconvénients ; elle débilite l'économie, amène l'amaigrissement et favorise l'action des causes morbides.
L'habitude des aliments trop excitants favorise le développement de gastralgies, de gastrites chroniques, ou, s'il y a une prédisposition héréditaire, du cancer de l'estomac.
L'usage d'aliments trop peu nourrissants ou trop peu stimulants peut déterminer des dyspepsies et des gastralgies, avec productions gazeuses plus ou moins considérables.
L'habitude des alcooliques a de terribles conséquences, que je ne manquerai pas de décrire plus tard.
La constipation habituelle dispose a certaines maladies du tube ntestinal ; elle favorise la production d'hémorrhoïdes.
L'habitude de retenir les urines détermine souvent l'inertie de la vessie et des rétentions d'urine, ainsi que toutes leurs conséquences.
L'habitude de la masturbation a de graves conséquences , sur lesquelles j'insisterai plus tard. Rappelons seulement ici, pour mémoire, l'inertie précoce des fonctions génitales, l'affaiblissement général, les pertes séminales involontaires , les affections chroniques de la moelle épinière.
J'ai cité seulement les effets des habitudes les plus vulgaires. Ces exemples pourraient être beaucoup multipliés.
Règles hygiéniques. —Pour établir l'hygiène des habitudes, une première question se présente d'abord à décider : L'habitude exerce -t-elle une influence favorable sur la santé? Lui est-elle indifférente? Ou bien peut-elle avoir, par suite de son existence, de fâcheuses conséquences pour l'économie ? Il n'est pas difficile de répondre à ces questions.
Les habitudes qui exercent une influence favorable sur la santé, et qui sont la conséquence de l'éducation, de la vie commune et de la profession, sont en général le résultat d'une hygiène bien entendue, et reposent sur l'exercice modéré et régulier des principales fonctions delà vie matérielle et intellectuelle. Le médecin doit non-seulement les respecter, mais encore les favoriser et même les régler.
Un certain nombre d'autres habitudes sont indifférentes, et n'exercent aucune iniluence fâcheuse sur l'ensemble de la santé et sur la régularité des divers actes physiologiques qui la constituent. Elles peuvent être désagréables ou incommodes pour les individus qui les ont contractées, ou pour les personnes avec lesquelles ils se trouvent, mais l'hygiéniste n'a rien à y voir et aucun conseil à donner.
Il est enfin des habitudes dangereuses et dont la persistance ne peut manquer de troubler, d'une manière plus ou moins fâcheuse, la santé générale et la régularité des divers appareils. Le devoir du médecin est de chercher à les faire disparaître : ce qui n'est pas toujours facile. Pour y parvenir, il sera d'abord nécessaire d'avoir égard aux circonstances d'âge, de sexe et de
tempérament indiquées plus haut. On devra ensuite mettre en pratique quelques-uns des principes généraux suivants :
1° Si l'habitude est décidément vicieuse et funeste à l'individu, comme la masturbation, il faut de suite chercher à la supprimer.
2° Si cette habitude est vicieuse et fortement enracinée, comme l'abus des alcooliques, ce n'est que progressivement qu'on peut chercher à la faire disparaître ; car la soustraction immédiate des boissons fermentées ou distillées pourrait avoir de graves inconvénients.
3° Si l'habitude est fâcheuse par ses effets trop répétés sur l'organisme, et si en même temps elle est inhérente à l'exercice de la profession de l'individu, comme le chant, les travaux exigeant l'application de la vue, etc., on doit chercher à l'atténuer ou à la modifier, afin d'en diminuer les inconvénients. On ne doit, en effet, conseiller à un individu de renoncer à des habitudes qui font sa vie et sa fortune, que lorsque des expériences infructueuses, répétées plusieurs fois, et des accidents ou des maladies survenues en ont imposé l'obligation.
4° Dans le cas où les habitudes contractées n'ont que des inconvénients de peu d'importance et qui ne font redouter leurs conséquences que pour un avenir assez éloigné, comme l'habitude de la bonne chère et d'aliments trop abondants, il faut engager les sujets à modifier lentement leur manière de vivre, afin d'arriver progressivement à la sobriété.
S0 Lorsque les habitudes fâcheuses dépendent des fonctions des organes des sens ou de la vie de relation, il faut chercher à les remplacer par d'autres convenables et méthodiques.
Dans tous ces cas divers l'individualité domine; et quand on a à donner un conseil pour la conservation ou la suppression d'une habitude, ce n'est qu'après avoir étudié avec soin l'âge, le sexe, le tempérament, les goûts, les instincts et les passions des personnes qu'on pourra donner avec fruit le conseil de modifier d'une manière quelconque les habitudes en question.