I. Absence ou privation de lumière. — La privation ou l'ab
sence de lumière longtemps prolongée, détermine l'étiolement. C'est ce qui arrive aux individus retenus longtemps dans des prisons obscures, aux ouvriers mineurs, qui passent une partie de leur vie dans les entrailles de la terre, et à l'abri de la lumière solaire. Voilà tout ce qu'on trouve dans les auteurs ; mais il est nécessaire d'aller plus loin, et de préciser la valeur pathologique de ce qu'on est convenu d'appeler étiolement.
Etablissons d'abord que l'influence de la privation de la lumière ne peut jamais être étudiée d'une manière parfaitement isolée. Presque toujours elle est liée, comme chez les mineurs, a des conditions d'humidité ou de froid, et, comme chez les prisonniers, à ces deux conditions réunies, auxquelles il faut joindre de plus le défaut d'exercice et l'influence morale. On ne saurait toutefois méconnaître, qu'en l'absence même de toutes ces conditions, la privation de la lumière solaire ne soit capable d'exercer une certaine influence; elle agit surtout en décolorant des objets ; la preuve en est dans la couleur blanche des êtres organisés qui habitent les régions polaires, et subissent une nuit de six mois. On n'a qu'à se rappeler également le teint blanc mat des hommes du Nord, la couleur blanche des animaux, tels que les ours, les rennes, etc., la perte de la vivacité des nuances dans les êtres organisés, végétaux, etc., qui sont le produit de cette longue obscurité.
Quoi qu'il en soit, l'influence de la privation de la lumière seule ou bien unie au froid , à l'humidité, quelquefois au défaut d'exercice, détermine l'étiolement.
L'étiolement a pour caractère une modification spéciale du sang, qui consiste dans la diminution simultanée de ses trois éléments principaux, la fibrine , l'albumine et les globules, et dans l'augmentation de l'eau. Cette quadruple modification du sang explique les phénomènes qui caractérisent l'étiolement.
4. La diminution de proportion des globules rend compte de la teinte anémique qui vient se joindre à la décoloration mate de la peau, et elle explique les bruits de souffle cardiaque et vasculaire qui se développent alors.
2. La diminution de proportion de l'albumine du sérum de sang rend compte de la tendance aux hydropisies générales, de l'œdème sus-malléolaire et de la bouffissure légère de la face, et plus tard, dans les cas où cette diminution devient plus considéra-
ble, elle explique la production des hydropisies elles-mêmes.
5. La diminution de proportion de la fibrine est plus rare en pareille circonstance ; elle n'arrive guéres que lorsque la privation de la lumière est complète et prolongée. La production d'hémorrhagies en est la conséquence.
Cette modification survenue dans les principaux éléments du sang vient-elle à se prolonger, et les causes qui l'ont produite persistent-elles, des maladies organiques plus graves peuvent alors se développer. Tels sont les scrofules , les tubercules et toutes leurs conséquences.
Une autre altération qu'on observe chez les individus soustraits longtemps à Faction de la lumière est celle qui survient dans l'organe de la vue. D'une part, cette soustraction rend les yeux plus subtils, plus fins, et leur permet quelquefois de distinguer les objets dans l'obscurité. D'autre part, elle met les individus qui ont éprouvé cette influence dans l'impossibilité de supporter l'impression d'une lumière un peu vive et quelquefois même d'une lumière ordinaire.
Règles hygiéniques. — 4° La privation de lumière dans les prisons est un fait heureusement très-rare à l'époque actuelle, et ies progrès de l'hygiène publique ont introduit dans la construction des maisons de détention nouvelles des conditions d'après lesquelles il n'y a plus d'obscurité dans les cellules. Le médecin doit favoriser cette disposition des autorités et signaler les inconvénients et les maladies qui peuvent résulter d'un tel état, de choses là où il existe encore, c'est-à-dire dans les cachots.
2° Chez les ouvriers mineurs, les conseils du médecin doivent intervenir pour modifier les conditions qui viennent s'ajouter à celle de la soustraction de la lumière. Il doit chercher à soustraire l'ouvrier à l'humidité, au froid. Sous ce rapport, on ne saurait trop recommander les dispositions déjà adoptées clans quelques mines, et d'après lesquelles les ouvriers, disposés par escouades, travaillent alternativement une semaine dans les mines, une semaine à l'air libre. Il serait bon que l'organisation des ouvriers dans ces établissements permît l'exécution de ces mesures importantes sous le point de vue hygiénique et humanitaire.
II. Lumière directe en excès. — L'impression vive de la lumière olaire ne peut être séparée de celle des rayons calorifiques
qui l'accompagnent. Nous en avons précédemment étudié les effets, et nous avons signalé les congestions cérébrales, les hémorrhagies, les méningites, les morts subites, etc., qui en sont les conséquences.
Son action, longtemps continuée et plus adoucie, détermine l'augmentation de quantité de la matière colorante de la peau et rend sa couleur plus foncée, de même que celle de tous les êtres organisés qui habitent dans les climats où s'exerce cette influence.
L'action habituelle d'une lumière trop vive sur les yeux peut déterminer des ophthalmies graves, des amauroses , et médiatement, dans quelques cas, des accidents cérébraux plus graves, de la nature de ceux qui ont été signalés tout à l'heure.
Règles hygiéniques. — 1° La première règle à suivre est d'éviter l'exposition directe aux rayons solaires.
2° Dans le cas où cette exposition serait nécessaire, la modérer à l'aide de verres colorés en bleu ou en vert plus ou moins foncé, suivant l'intensité de la lumière que les yeux ont à supporter.