CHAPITRE X
ates vêtements (i).
L'homme, dès les premiers temps de la création, a éprouvé le besoin de garantir la surface de son corps des influences physiques nombreuses auxquelles il pouvait être exposé. Telle fut l'origine des vêtements, qui, d'abord simples et grossiers, se perfectionnèrent à mesure que la civilisation fit des progrès.
On peut définir les vêtements, les substances diverses que l'homme emploie pour se couvrir, dans le but de modifier l'influence des agents extérieurs.
Nous commencerons par examiner les diverses substances qui servent à former les vêtements.
Nature des diverses substances qui servent à former les vêtements.
On a beaucoup discuté la question de savoir si, dans l'origine des sociétés, les premiers vêtements avaient été faits avec des matières végétales, ou avec des matières animales, telles que les peaux, les fourrures que l'homme trouvait, pour ainsi dire, toutes préparées.
Cette question, intéressante peut-être sous d'autres rapports que sous celui de l'hygiène, importe peu ici.
11 est probable que l'homme habita dans les premiers temps les climats de l'Orient et que, n'ayant pas besoin de vêtements bien chauds pour se préserver des influences climatériques d'un pays a température élevée, il fit d'abord usage de substances végétales.
Les matières employées pour la confection des vêtements proviennent des trois règnes de la nature, c'est-à-dire qu'elles peuvent être de nature minérale, végétale ou animale.
Le règne minéral ne fournit guère qu'une substance, l'asbeste, amphibole de Haûy, linum vivum de Pline, qui paraît avoir servi
(i) Nous sommes heureux d'avoir jpu emprunter une partie des détails relatifs aux Yètemenls et aux cosmétiques a l'excellente thèse de M. Ménière,
dans l'antiquité à beaucoup plus d'usages que de notre temps, et qui aujourd'hui est d'un emploi excessivement restreint.
Substances végétales . — On y trouve des matières extrêmement importantes pour les vêtements. L'écorce de chanvre, celle de lin. — On emploie encore, mais moins, celle du phormium tenax, et celle du bois à dentelle. Le régne végétal fournit encore le coton, ou bourre végétale qui entoure le fruit du gossypium arboreum.
Quelques substances végétales sont d'un usage plus restreint. Ainsi on emploie pour faire des chapeaux la paille de quelques graminées, telles que le triticum, l'oryza, les stipes des cypéracées, des joncées, des typhacées. — Des chaussures ont également été faites avec ces dernières.
Substances animales. — C'est d'abord la laine fournie par les moutons, et qui est maintenant d'un usage à peu prés général chez les diverses nations du globe ; — c'est encore le poil de la chèvre, et celui du chameau dont l'emploi est moins général. — Toutes ces substances, du reste, peuvent être travaillées, et, avant d'entrer dans la confection des étoffes, être réduites en fil.— Le crin du cheval, le poil du bœuf ont aussi été employés quelquefois dans les vêtements.— Le poil fin et soyeux de quelques animaux rongeurs, comme le lièvre, le lapin, est quelquefois mis à profit. La peau de beaucoup d'animaux sert presque exclusivement à la confection des gants, des chaussures, etc.
La soie fournie par la chenille du bombyxmori, presque inconnue des anciens, et dont on ne peut faire remonter l'usage presque général qu'à quelques siècles ; le duvet de certains oiseaux ; le byssus fourni par quelques mollusques, entrent aussi dans la confection de certains vêtements.
Pouvoir conducteur de ces substances.
Les substances diverses qui viennent d'être passées en revue ne se comportent pas toutes de la même manière àl'égard du calorique. Les unes reçoivent et perdent la chaleur rapidement, les autres avec lenteur; les premières sont dites bons conducteurs, et les secondes mauvais conducteurs. Ces dernières entrant dans la confection des vêtements, emprisonnent, pour ainsi dire, la chaleur animale et garantissent bien du froid. Les premières, au contraire, c'est-à-dire lesgcorps bons conducteurs, la laissent échapper. Voici l'ordre de conductibilité, du plus au moins , des sub~
stances le plus généralement employées dans la confection des vêtements : 4° le lin ; 2° le coton ; 3° la soie; 4° la laine. Tout ce qui est de laine, comme le drap, le mérinos, tient donc plus chaudement que ce qui est de soie ; les vêtements de soie, plus que les calicots et les indiennes qui sont de coton; et ceux de coton, plus que les toiles et les batistes qui sont de lin.
La plume et, à fortiori, le duvet sont de mauvais conducteurs du calorique. Une courte-pointe de duvet est, par son extrême légèreté et sa très-faible conductibilité, un objet précieux pour les malades.
Les poils, lorsqu'ils entrent dans le tissage d'une étoffe, sont plutôt de bons conducteurs que lorsqu'ils sont à l'état de fourrure. Le bois, le liège sont des corps essentiellement mauvais conducteurs.
Le cuir et les peaux parées sont de très-mauvais conducteurs, et, sous ce rapport, ils viennent après la laine.
Texture des matières qui servent aux vêtements.
On savait depuis longtemps que les corps en même temps trèslégers et très-épais donnaient la sensation de chaleur, tandis queles corps à tissu très-serré, mais très-mince, donnaient celle du froid.
Les expériences de Rumfort permirent d'établir, comme fait positif, que le refroidissement avait lieu d'autant moins vite que les tissus servant d'enveloppe offraient plus de laxité, de mollesse, et d'épaisseur. Ainsi, la laine, largement tissée et disposée de manière à contenir une certaine quantité d'air dans les interstices de ses mailles, est peut-être V étoffe qui conduit le moins bien la chaleur, isole mieux l'homme, et s'oppose le plus au refroidissement de la surface de son corps. Le lin, au contraire , tissé en fil et servant à former des toiles fines et délicates, est un tissu très-bon conducteur et qui tend à mettre l'homme en équilibre de température avec le milieu qui l'entoure .
Couleur des vêtements.
La couleur des vêtements n'est pas sans influence, et des expériences nombreuses ont été tentées pour en apprécier la valeur. — Ces expériences ont prouvé que les substances diversement colorées s'échauffaient et se refroidissaient d'une manière différente sous l'influence des rayons solaires. Franklin, Davy, s'étaient déjà livré à des expériences intéressantes sur ce sujet; mais c'est à Stark que l'on doit les recherchés les plus nombreuses et
CHàP. X. — DES VÊTEMENTS. 521
les plus susceptibles d'applications immédiates aux vêtements.
Dans une série d'expériences, et pour laisser monter la boule d'un thermomètre qu'elle entourait de 10° à 70», la laine noire a mis 4 minutes 15 secondes; la laine vert foncé, 5 minutes; la laine écarlate 5 min. 30 sec. ; la laine blanche 8 minutes.
Dans une autre série d'expériences et avec un thermomètre à air gradué à 4/10 de pouce en série descendante, et dontla boule a été successivement teintée de nuances différentes, Stark a constaté que, dans le même espace de temps, la boule du thermomètre colorée d'une nuance diverse se refroidissait d'une manière essentiellement différente. Ainsi, dans le même espace de temps, la boule colorée en noir est descendue de. . . i à 83
— en brun foncé, de i à 71
— en rouge orange, de 1 à 58
— en jaune, de 1 à 55
— en blanc, de 1 à 13
Il résulte de ces expériences, que la laine colorée est bien plus perméable au calorique que la laine blanche.
La conclusion générale à tirer de tout ce qui précède, touchant la nature du pouvoir conducteur, du tissage et de la couleur des substances employées dans la confection des vêtements, c'est que les vêtements de laine blanche, faits avec une étoffe souple, moelleuse, légère et en même temps épaisse, et contenant beaucoup d'air dans ses mailles, sont les plus mauvais conducteurs du calorique, ceux qui isolent mieux le corps de l'influence des agents extérieurs, et enfin qui conservent mieux la caloricité du corps.
Des circonstances d'âge et de sexe qui modifient l'emploi des vêtements.
L'homme produit d'autant moins de calorique qu'il est plus jeune; il est alors plus incapable de résister aux abaissements de température. Ce défaut de résistance est très-considérable chez l'enfant qui vient de naître; il est donné au jeune être, il est vrai, de se réchauffer facilement; mais, aussi, la mort est souvent la conséquence de son exposition au froid. Il est donc nécessaire de couvrir d'une manière suffisamment chaude un jeune enfant qui vient de naître. On emploierai cet effet des vêtements souples , moelleux et mauvais conducteurs du calorique. — Tels sont les langes chauds, fréquemment renouvelés et ne l'entourant que d'une manière lâche. On ne saurait trop
s'élever contre l'usage ancien et que quelques familles conservent encore, des maillots étroits dans lesquels on emprisonnait les enfants. Leurs inconvénients consistent à obliger les membres à se tenir dans une extension continue sans pouvoir exécuter aucun mouvement. Ils les condamnent de plus à une immobilité absolue, compriment leur thorax et leur abdomen et en empêchent leur développement à un âge où il est si indispensable qu'il se fasse en toute liberté.
A un âge plus avancé, au collège, l'enfant résiste mieux aux. abaissements de température, et on voit souvent les mouvements qu'il exécute, en raison de la vivacité qui lui est propre, développer assez de calorique pour lui permettre de mettre habit bas dans la saison la plus froide, afin de se livrer â ses jeux en toute liberté. A cet âge, ce qu'il y a de mieux, ce sont les vêtements en laine moelleux et assez souples pour ne pas gêner leurs mouvements; ils doivent être maintenus propres et secs.
Dans l'âge adulte, les vêtements de l'homme doivent être en rapport avec ses sensations et ses besoins. Malheureusement, celui qui travaille exposé au froid et à l'humidité, et qui a le plus besoin de vêtements chauds qui lui permettent d'y résister, ne peut se les procurer ; il est heureux que chez lui l'habitude supplée au défaut de précautions hygiéniques que son peu d'aisance lui empêche de prendre.
Les vieillards se rapprochent des enfants, leur caloricité est diminuée, et ils sont vivement impressionnés par les brusques variations de température ; il est donc utile de conseiller aux personnes avancées en âge des vêtements chauds et qui les mettent suffisamment à l'abri du froid.
Le sexe modifie profondément la forme des vêtements , et la différence qu'il détermine dans leur disposition , chez l'homme et chez la femme, est un fait bien général , car il se retrouve dans tous les temps et dans tous les pays.
Ces différences tiennent à la faiblesse de la femme, à son moindre degré de résistance au froid, à sa caloricité plus faible. Dans l'enfance, ces différences se font déjà sentir dans les deux sexes, et il est nécessaire de couvrir les petites filles de vêtements plus chauds et plus mauvais conducteurs du calorique. On emploie de préférence pour elles des étoffes soyeuses, pourvues de poils, ou des fourrures, des étoffes de tricot de laine ou
de bourre de soie, et on préfère la couleur blanche. A la puberté et pendant toute l'époque de la virilité, ces différences, qu'il eût été peut-être nécessaire de conserver, disparaissent complètement devant l'empire de la mode , que les femmes reconnaissent seul, et qui seul règle leur conduite. Les femmes âgées, chez lesquelles la mode n'exerce plus la même influence et oùl'impressionnabilité au froid est, de même que dans l'enfance, plus caractéristique, sont conduites à se couvrir de vêtements plus chauds ; souvent même ces vêtements sont insuffisants, et elles sont obligées d'avoir recours à l'usage des chaufferettes et des poêles pour maintenir la température de leur corps à un degré convenable.
«APPORTS ENTRE LA FORME DES VETEMENTS ET LES DIVERSES PARTIES DU CORPS.
Tête. — Les Grecs et ies Romains ne se couvraient la tête que dans des circonstances exceptionnelles : à la guerre, en voyage, ou bien quand ils étaient malades ; il en était de même des Gaulois. C'est au régne de Charles VIII que l'on fait généralement remonter l'usage des couvre-chefs qui , d'abord uniquement employés à la guerre et pour se garantir des violences extérieures, s'introduisirent peu à peu dans la vie civile. On comprend qu'à une époque de troubles et de guerres presque continuelles et où on avait tout à redouter, même au sein d'une paix apparente, l'usage de se préserver la tête par des moyens spéciaux soit devenu général.
Dans l'enfance, il est de toute nécessité de préserver la tête des jeunes sujets contre les violences extérieures et contre les chutes presque continuelles que détermine leur marche encore incertaine. L'usage de bourrelets, mais surtout de bourrelets faits avec des tiges de baleine flexibles, et qui constituent une coiffure légère, aérée et fraîche, en même temps qu'elle sert à amortir l'effet des chutes, est une chose excellente. On doit se garder avec soin de comprimer la tête des enfants ; la déformation facile à opérer sur des os flexibles, peu épais et unis par des membranes cartilagineuses ne tarde pas à se produire, et des accidents fâcheux peuvent survenir (Foville).
La coiffure des enfants un peu plus avancés en âge doit toujours
être légère : telles sont les qualités des chapeaux de paille, des casquettes de formes et d'étoffes diverses que l'on fabrique actuellement. Si on n'observait cette condition , on pourrait avoir à redouter des congestions cérébrales. Pour la nuit, la coiffure que l'on doit préférer pour les enfants est un serre-tête en toile fine attaché sous le menton avec un cordon.
Dans l'âge adulte, il faut également distinguer la coiffure du jour de celle de la nuit. — Le jour, et à notre époque, l'homme adulte fait généralement usage, pour garantir sa tête des variations atmosphériques, du plus mauvais genre de coiffure qu'on puisse imaginer : c'est le chapeau. Cette coiffure lourde, disgracieuse, recouvre très-incomplétement la tête , préserve très -mal les yeux de l'action des rayons solaires, ne protège pas les oreilles et comprime le front. Malheureusement l'habitude ne permet pas de le changer, et tout ce que l'on peut faire est d'atténuer le plus possible ses nombreux inconvénients. En été, on a pris l'habitude des chapeaux de feutre gris et légers, des chapeaux de paille et des casquettes légères, qui constituent pendant les chaleurs un genre de coiffure bien préférable à nos chapeaux noirs.
La nuit, si l'habitude de coucher la tête nue n'a pas été prise dès l'enfance et si on ne veut pas se soumettre à l'usage excellent mais peu gracieux des serre -tête, il faut bien employer les madras ou les foulards, qui ont cependant le sérieux inconvé-* nient de ne rester sur la tête qu'au prix d'une constriction quelquefois assez forte.
Les vieillards, ayant perdu la plupart du temps leurs cheveux et ayant la tête dégarnie, doivent la protéger d'une manière plus efficace que dans l'âge adulte ; c'est dans ce but que l'on a imaginé les perruques, dont on ne saurait trop conseiller l'usage aux personnes âgées; elles les préservent de céphalalgies opiniâtres, de coryzas chroniques, de névralgies dentaires et souvent d'affaiblissements de la vue et d'ophthalmies rebelles; toutes ces maladies peuvent, en effet, se développer comme conséquences de l'action habituelle du froid sur la tête des sujets âgés et impressionnables. Pour la nuit, les hommes âgés auraient bien tort de se priver de l'usage du bonnet de coton, qui ne mérite pas la défaveur dont il est l'objet et qui en définitif est, pendant qu'on est au lit, le meilleur couvre-chef qu'on puisse imaginer.
Pour la femme, il n'y a rien de positif à dire sous ce rapport.
La coiffure de jour, qui consiste à rester la tête nue ou à l'orner de bonnets ou de chapeaux dont la forme et la disposition varient chaque année et à chaque saison, est entièrement soumise aux caprices et aux exigences de la mode, à laquelle l'hygiène n'a en général rien à voir; il est heureux que la longue et épaisse chevelure qui couvre leur tête serve d'une manière efficace à la mettre à l'abri des variations atmosphériques et de l'action du froid. La nuit, la coiffure des femmes consiste en général en un bonnet léger attaché sous le menton avec un cordon, et cette coiffure est excellente sous le rapport de l'hygiène.
Face. — La face n'a pas besoin d'être couverte, et elle ne l'est pas habituellement, à moins que ce ne soit pour se garantir d'une chaleur trop ardente ou d'un froid trop intense ; encore n'est-ce que l'exception.
Cou. — L'habitude de porter des cravates ne date guère que du commencement du dix-huitième siècle. Beaucoup de peuples et en particulier ceux des pays chauds, tels que les Orientaux, n'ont pas adopté cette coutume : aussi les angines sont plus rares chez eux que dans nos climats tempérés. Il est digne de remarque, en effet, que l'habitude de couvrir le cou rend cette partie tellement impressionnable, que lorsque accidentellement on vient à la découvrir, on a beaucoup plus de chances de contracter une pharyngite ou une laryngite que dans les circonstances opposées.
Les cravates sont en général de coton, de fil ou de soie ; on met presque toujours dans leur intérieur une sorte de carcasse en baleine très-fine, dans les intervalles de laquelle sont placés des poils de sanglier.
Les cravates trop dures, trop rigides, celles qui sont trop serrées et compriment le cou, ont de sérieux inconvénients qui sont encore beaucoup plus grands chez les vieillards. Cette compression gêne en effet la circulation dans les gros vaisseaux du cou et peut contribuer à déterminer soit des congestions, soit des hémorrhagies cérébrales. Les cravates doivent réunir les deux conditions de souplesse et de chaleur; les cols de satin que l'on porte généralement en hiver remplissent assez bien ces conditions. En été, des cravates de mousseline, de batiste ou de toile, avec un léger col intérieur pour les empêcher de se rouler en corde, sont celles que l'on doit préférer. Les femmes ne font pas en général usage de cravates ; en hiver, toutefois, un grand nom-
bre se préservent du froid et de la rigueur de la saison en plaçant autour du cou quelques fourrures ou des fichus de formes variables.
Tronc, membres. -— Nous allons examiner maintenant les pièces de vêtement les plus importantes, celles peut-être qui ont subi le plus de variations depuis l'antiquité jusqu'à nos jours.
Les Orientaux sont les seuls qui aient conservé les vêlements amples et consistant en draperies larges et flottantes. En Europe, au contraire, et depuis bien des siècles, on tend sans cesse à rétrécir le costume et à l'adapter aux formes du corps.
Le changement le plus important, introduit par la civilisation, est l'usage du linge de corps. Cette coutume, que l'on peut faire remonterai! douzième ou treizième siècle, a mis de longues années à se généraliser. C'est, du reste, à l'usage habituel du linge de corps que l'on doit la révolution que remploi des bains a subie en passant de l'antiquité jusqu'à nous. Chez les Grecs et les Romains, les bains faisaient partie des usages habituels de la vie et étaient destinés à débarrasser la peau des produits de l'exhalation cutanée qui s'y accumulaient. Aujourd'hui, le linge de corps remplit en grande partie cette destination et absorbe les produits de la sécrétion de la peau à mesure qu'ils sont versés à sa surface; les bains, tout en étant utiles et excellents, sont donc loin d'être aussi indispensables que dans l'antiquité.
Chemise. — La principale pièce du linge de corps est la chemise, dont la forme a beaucoup varié et varie encore chaque jour. Les chemises sont faites en toile de lin, de chanvre, ou en coton; elles ne doivent être ni trop légères, car elles ne pourraient absorber tout le produit de r exhalation cutanée, ni trop épaisses et trop dures, car elles irriteraient la peau. La chemise s'étend du cou qu'elle ne doit pas trop fortement étreindre, aux genoux. La nature de l'étoffe qui la constitue en fait un corps bon conducteur du calorique; ainsi, lorsqu'elle s'imbibe du produit de la sécrétion cutanée et que ce dernier vient à s'évaporer, elle cause une sensation de froid qui pourrait avoir des inconvénients si elle n'était corrigée par l'adjonction d'autres vêtements plus chauds, plus mauvais conducteurs du calorique et qui empêchent l'iniluence fâcheuse de cette évaparation trop rapide et de ce froid.
Le changement de chemise doit être fréquent, deux à trois
fois par semaine au moins. C'est une chose bonne et salutaire que d'avoir une chemise différente pour le jour et pour la nuit; les produits de sécrétion dont la chemise s'imbibe dans la période de jour ou de nuit ont le temps de se dessécher complètement pendant qu'elle n'est pas en contact avec la peau, et lorsqu'on fait de nouveau usage de la chemise, elle a repris toutes ses qualités premières. Dans beaucoup de pays chauds, les individus peu aisés ont l'habitude de se dépouiller le soir de lfcur chemise, de l'étendre pour la sécher, et de se coucher nus. Le lendemain, ils la remettent sèche et fraîche. Cette habitude est saine relativement à l'impossibilité où ils sont d'en changer matin et soir, et elle est bien certainement préférable à l'usage de la conserver d'une manière continuelle.
Culotte. — La culotte, qui autrefois s'étendait seulement de la ceinture aux genoux, est maintenant destinée à recouvrir le tronc et les membres abdominaux. Elle est supportée par des bretelles, usage infiniment préférable à celui qui existait autrefois et qui consistait à retenir la culotte à la base du thorax à l'aide d'une ceinture qui en faisait partie et qui la maintenait en la serrant autour de la taille. Cet usage, que l'on a essayé à plusieurs reprises de faire revivre, a pour inconvénients de comprimer la base du thorax, d'empêcher son libre développement, de gêner les mouvements respiratoires, de troubler la digestion, enfin, de favoriser le développement des hernies. Ces divers accidents, que contribue encore à développer la constriction exercée par les autres parties d'une culotte trop étroite, sont souvent accompagnés d'un autre plus médiat, mais qui cependant peut être la conséquence de la compression du thorax et de l'abdomen : c'est la congestion cérébrale. L'attache de la culotte autour du genou avait également des inconvénients sérieux ; elle facilitait la stase du sang dans les membres inférieurs, et déterminait des varices ou des ulcères variqueux souvent incurables. La culotte se fait en général en laine, et spécialement en drap, dans les climats froids et dans la saison froide des pays tempérés; celles qui se font en toile, en fil, en coton, ne sont guère usitées que dans les plus grandes chaleurs de l'été; encore est-il préférable de les avoir en laine légère et souple.
Les culottes trop larges ont un autre inconvénient; non-seulement elles laissent pénétrer l'air et sont plus froides, mais
elles ne soutiennent et ne protègent pas les testicules, et peuvent être la cause prédisposante et déterminante des varicocéles.
Caleçon. — Le caleçon, assez généralement employé, surtout en hiver, est plutôt une affaire de propreté; sa destination est d'absorber le produit de l'exhalation cutanée et d'empêcher son imprégnation dans le pantalon qui est de drap ou de laine et qu'on ne lave pas souvent. 11 a, du reste, les mêmes inconvénients que les anciennes culottes lorsqu'il est attaché à l'aide d'une ceinture trop étroite ou lorsqu'il étreint trop fortement les genoux autour desquels il s'insère.
Gilet. — Le gilet est destiné à remplir, à l'égard du thorax, les fonctions du pantalon relativement au tronc, et il se trouve dans les mêmes conditions que ce dernier. Autrefois, il était assez généralement composé d'étoffes légères, de coton, de toile ou tout au plus de soie, et plus rarement encore de mérinos. Actuellement, ces étoffes ne sont plus guère employées qu'à l'époque des grandes chaleurs, et on a pris la bonne habitude de se servir pour les gilets comme pour les pantalons, de tissus de drap, qui conservent beaucoup mieux la chaleur naturelle.
Habit. — L'habit est destiné à remplir des fonctions protectrices analogues à celles du gilet, mais plus générales et plus importantes; il recouvre le thorax dans toute son étendue et protège en même temps toute la région lombaire, les épaules ainsi que les membres thoraciques. C'est le vêtement qui a subi peut-être les variations les plus nombreuses avant d'arriver à la forme étroite et disgracieuse qu'il a actuellement. Tout disgracieux qu'il soit, reconnaissons toutefois qu'il s'accommode assez bien à la rapidité et à la liberté des mouvements, et que son inconvénient le plus réel réside dans l'étroitesse des manches.
On a raccourci l'habit de manière à en faire la veste qu'il est indispensable d'adopter dans certaines professions, bien qu'elle ait le désavantage de ne protéger ni les lombes, ni le bassin.
L'habit a été allongé de manière à faire la redingote, vêtement évidemment bien préférable au premier. Indépendamment de ses dimensions plus grandes, de son ampleur plus notable, on peut ajouter qu'il est plus décent et qu'il protège bien plus efficacement la moitié supérieure des membres abdominaux.
Manteaux. — Dans la saison froide et rigoureuse, ainsi qu'à l'époque des brusques variations de température, l'habit ne suffit
pas pour protéger l'homme et pour l'isoler du froid de l'atmosphère ambiante; on a imaginé, à cet effet, deux vêtements particuliers, l'un le manteau, et l'autre le pardessus, autrement dit paletot. Tous deux sont communément en drap et doublés d'une autre étoffe destinée à les rendre plus épais et plus mauvais conducteurs du calorique. Ils constituent tous deux des vêtements fort bons et fort avantageux; le deuxième, toutefois, paraît sous la protection de la mode actuelle et est plus généralement adopté. Il serait à désirer que le bas prix des étoffes de drap permît de vulgariser l'emploi de ces vêtements surnuméraires et de les propager dans les classes peu aisées. Dans les climats méridionaux et surtout dans les contrées tropicales, le manteau est employé clans un but différent que dans notre pays. Il est trés-ample, en laine blanche peu épaisse, douce et moelleuse, et il est destiné à isoler le corps de l'homme et à le protéger contre les ardeurs d'un soleil brûlant et d'une chaleur excessive.
Ceintures. — L'usage des ceintures compte actuellement peu de partisans dans nos pays. Dans plusieurs contrées méridionales où on en fait usage, on a recours à des étoffes souples et cependant résistantes, qui, passées plusieurs fois autour de la base du thorax et de l'abdomen, sont un soutien pour les viscères abdominaux et un point d'appui solide et d'une grande utilité dans les mouvements énergiques et étendus.
Gants. — Les mains et les pieds réclament des vêtements particuliers. Aux mains, ce sont les gants, destinés autant à ménager l'a souplesse et la finesse de l'organe du tact, qu'à protéger contre les froids rigoureux la peau de ces parties sur lesquelles cet agent détermine des engelures, des érosions, des fissures souvent extrêmement douloureuses. On fait les gants en fil, en coton, en soie, mais surtout en peau qui, bien que douce et souple, offre plus de résistance et une garantie plus certaine contre le froid.
Bas. — - Les bas sont maintenant d'un usage général ; leur destination est non-seulement de protéger les jambes et les pieds contre l'action du froid elles variations de température, mais encore de se charger du produit de la transpiration cutanée abondante que la marche et l'exercice déterminent aux membres inférieurs. Les bas, qui sont ordinairement en lin, en chanvre ou en coton, plus rarement en soie et assez souvent en laine dans la
saison rigoureuse, sont un des vêtements qui doivent être le plus souvent renouvelés.
Chaussures. — Les chaussures sont destinées à protéger les pieds contre les violences extérieures et à supporter le poids du corps ; elles doivent réunir les conditions de solidité et de rigidité à un certain degré de souplesse, qui leur permette de se ployer aux diverses courbures de pied, sans toutefois le blesser. On ne saurait méconnaître que la plupart des affections du pied, telles que les cors, oignons, durillons, sont presque toujours la conséquence des chaussures trop étroites ou trop dures.
Il y a deux espèces de chaussures assez généralement employées ; ce sont les sabots et les souliers ou les bottes.
Les sabots sont la chaussure des habitants des campagnes et souvent même celle des personnes plus aisées qui se livrent aux travaux des champs et qui y passent une partie de leur vie. Les sabots sont en bois ; ils sont mauvais conducteurs du calorique et en même temps secs, mais ils sont durs, inlîexibles, ne suivent pas et ne permettent pas la liberté des mouvements des pieds aux courbures desquels ils ne peuvent se prêter. Ils exposent à toutes les lésions épidermiques de ces parties, déterminent un épaisissement considérable de la peau des pieds, émoussent une partie de la sensibilité de cet organe; enfin, rendent fréquentes des chutes qui peuvent être suivies d'accidents plus ou moins graves. Les sabots, en raison de leurs inconvénients nombreux, ne doivent jamais être employés, quand on peut faire autrement.
Les bottes complètes ou incomplètes sont une importation de la vie militaire dans la vie civile. D'abord, exclusivement portées par les cavaliers, les bottes sont devenues d'un usage général et elles constituent une chaussure commode, souple, facile à porter, et qui garantit les jambes et les pieds aussi bien des violences extérieures que de l'humidité et du froid. Ajoutons, toutefois, que l'usage de bottes plus souples, appelées bottines et attachées avec des boutons, paraît se généraliser et se substituer avec avantage à celui des bottes anciennes. C'est donc l'emploi de l'une de ces deux chaussures que F hygiène doit recommander, en insistant surtout sur l'adjonction, pendant les temps froids et humides, de doubles semelles dont l'une est en liège ; elles maintiennent les pieds chauds et secs. On emploie maintenant des souliers par-
dessus en caoutchouc, qui préservent parfaitement du froid et de l'humidité
Les femmes ont pour chaussure habituelle des souliers ou des bottines en peau beaucoup plus fine, plus souple, plus flexible, mais en même temps plus mince que celle employée pour les chaussures de l'homme ; c'est un inconvénient, et de semblables chaussures, perméables à l'humidité, peuvent déterminer chez les femmes des bronchites, des laryngites, des angines, des coryzas, etc.
Dans l'intérieur des habitations, les deux sexes font usage de pantoufles simples ou fourrées, que l'hygiène ne peut qu'approuver.
Vêtements de la femme.
La disposition générale des vêtements de la femme est essentiellement mauvaise et défectueuse. Les robes et les jupons, ouverts par le bas et flottants pour ainsi dire, laissent agir sur les parties inférieures le froid et l'humidité. Or, qui pourrait affirmer que les nombreux dérangements de la menstruation et les affections de l'utérus si nombreuses et si variées qui atteignent la femme après la puberté, ne soit pas le résultat de l'action de ces agents physiques? On ne saurait trop recommander aux femmes l'usage de caleçons de toile, destinés à protéger ces organes contre le froid et l'humidité, et dont l'usage commence très- heureusement à se répandre et même à se généraliser.
Corset. —Le corset de la femme est la partie de son vêtement contre laquelle se sont élevées le plus de clameurs et à laquelle les critiques les plus vives ont été adressées.
Voici en quelques mots les reproches qu'on lui fait :
Employé avant la puberté, le corset comprime la base du thorax, déforme la taille et la poitrine dont il empêche le développement, gêne les fonctions du foie et de l'estomac, s'oppose au libre jeu des poumons et du cœur, et est une des grandes causes sous l'influence desquelles se développe ia prédisposition aux maladies chroniques des poumons et du cœur; enfin, on l'a accusé de produire souvent des déviations de la taille.
Après la puberté, on lui objecte de continuer tous les effets
qu'il a déjà commencé de produire, et, de plus, de s'opposer au libre développement des seins, à l'ampliation convenable du thorax, et de favoriser le développement de la chlorose, des palpitations , des gastralgies et des troubles divers de la menstruation.
!' Quelques-uns de ces reproches sont vrais, d'autres sont exagérés, d'autres complètement injustes. On doit admettre qu'un corset trop étroit, emprisonnant le thorax et serré énergiquement autour de la taille, s'oppose au libre développement du thorax et peut, surtout si d'autres causes viennent s'y joindre, comme cela existe presque toujours, favoriser le développement de la phthisie pulmonaire, déterminer des gastralgies, des digestions pénibles, peut-être des palpitations et une disposition aux syncopes : c'est là tout, et du reste c'est bien assez. Quant à la chlorose et à ses suites, c'est une maladie qui se développe bien souvent à cet âge, sans que cette condition ait existé. Pour la déviation de la taille , M. Bouvier, d'après ce que rapporte M. Ménière , n'a pas trouvé une seule fois la réalité de cette cause dans 380 cas.
Quelles sont, cependant, les circonstances qui militent en faveur du corset? Les voici :
A mesure que la femme se développe, les seins s'accroissent , prennent du volume et ont besoin d'être soutenus. De plus, lorsqu'une grossesse et un accouchement, et par conséquent plusieurs, sont venus déformer la taille, les seins et l'abdomen 'de la femme, il y a nécessité indispensable d'y remédier par quelques moyens artificiels, afin de ramener ces parties à un état aussi semblable que possible à celui dans lequel elles étaient auparavant. Devons-nous encore ajouter qu'il faut tenir un peu compte des idées répandues et admises sur la beauté des formes de la femme? Il est enfin une autre considération non moins importante, c'est que les femmes, dans notre état social actuel, menant une existence sédentaire et exerçant peu leur système musculaire, sont en général débiles et ne peuvent rester longtemps debout ou faire de longues courses sans se fatiguer. Toutes ces raisons réunies expliquent pourquoi on a imaginé d'établir autour ds corps de la femme un lien circulaire et solide, au-dessus et audessous duquel on a disposé, sous forme d'étui solide, un système de baleines et de lames métalliques minces, dont la partie supé-
rieure sert de soutien aux seins et au thorax, et la partie inférieure couvre la partie supérieure de l'abdomen. C'est cet appui solide auquel on a donné le nom de corset, qui sert d'appui au tronc et au corps de la femme, l'empêche de s'affaisser et s'oppose à ce qu'elle ressente aussi aisément la fatigue.
Voici maintenant ce qu'en bonne hygiène il faut admettre ou rejeter du corset.
Avant l'établissement de la puberté, le corset doit être formellement proscrit ; ce n'est que lorsque le développement de la jeune fille est à peu prés complètement achevé, qu'on peut commencer à y avoir recours.
Les corsets qu'on doit employer ne doivent pas comprimer, mais contenir et soutenir ; il faut donc défendre vivement et empêcher ces moyens qu'emploient tant de jeunes personnes pour avoir des tailles minces et fines.
Le corset doit permettre la liberté des mouvements et ne s'opposer en rien à la plénitude de la respiration. L'étoffe qui le constitue doit être souple et résistante, et seulement garnie de baleines. Les lames métalliques ne doivent pas y trouver place. Les épaulettes doivent être complètement rejetées. Devons-nous encore ajouter qu'il ne faut pas de corset pendant la grossesse et l'allaitement ?
Dans le système actuel d'habillement de la femme, les jupes s'attachent au-dessus des hanches, dont la largeur et le volume leur servent de soutien ; ce point d'attache a presque toujours lieu au corset qui, s'il est bien fait, s'oppose à ce que ce nouveau lien comprime la base du thorax.
Il est une dernière particularité du costume de la femme , à l'égard de laquelle l'hygiène doit intervenir, et qu'on ne saurait blâmer d'une manière trop sévère : cette particularité, c'est l'habitude qu'ont tant de femmes de se découvrir, même dans la saison rigoureuse, le cou, la partie supérieure delà poitrine et les épaules; je dis qu'on ne saurait s'élever trop sévèrement contre cette déplorable habitude, qui engendre chez la femme plus d'angines, de laryngites, de bronchites, de pneumonies et de pleurésies que toutes les autres causes réunies peut-être, et qui est souvent la cause occasionnelle du développement de la phthisie pulmonaire. On doit donc conseiller le plus possible l'usage des
robes montantes, des pèlerines, et si on ne peut l'obtenir, les fichus et les châles doivent être recommandés avec soin.
Influence du climat, des saisons et des professions sur les vêtements.
Les modes françaises ont envahi la plupart des contrées du monde civilisé et les formes dernières de nos vêtements ont été successivement adoptées partout, et partout en même temps disparaissait le costume national qui prêtait tant à la physionomie des peuples de chaque contrée. Il y a cependant des nations, et parmi elles, les Orientaux et les habitants du nord de l'Afrique, chez lesquels les exigences d'une température élevée ont maintenu l'ancien costume qui les préservait de l'intensité de la chaleur. Le costume militaire seul a varié dans ces contrées et a subi la conséquence de l'importation de nos habitudes. Les vêtements des Orientaux sont larges, amples et donnent un libre et facile accès à l'air. La tête est couverte, et le moindre fellah a sur la tète une calotte de laine blanche ou noire. Les gens plus aisés ont d'abord sur la tête une calotte de toile , recouverte ellemême d'une seconde calotte de laine rouge : par-dessus et autour est placé le châle de laine ou de coton formant le turban (hemma). Tels sont les Turcs. Chez eux, le cou est nu, le tronc est couvert d'une large blouse de laine ou de coton qui est Tunique vêtement des classes pauvres. Ceux qui sont plus à leur aise ont une chemise de toile, un caleçon , puis une robe ou kaftan de soie ou de coton broché : par-dessus est une espèce de redingote à manches , appelée gebba , puis le burnous ou léger manteau en laine blanche. Les pauvres marchent pieds nus; les gens plus aisés ont une espèce de soulier grossier, appelé marcoub. Ceux qui sont riches ont d'abord des bas de laine ou de coton, puis le mazde, espèce de brodequin léger, par-dessus lequel se met le marcoub.
Les Arabes ont des vêtements différents ; les Bédouins portent encore l'antique kamise fendue par devant; ils ont encore la grande couverture (le heram), qui s'attache autour de la tête, et de là enveloppe le corps entier. Les plus aisés portent de plus le burnous. Les gens riches ont d'abord des bas (charal),
une espèce de culotte courte (cherail), une petite veste (souderi), puis une autre veste à manches (demi-coubran), le turban, le burnous, puis une large ceinture (hezam) ; ils ont bien souvent en outre le grand manteau d'hiver (habaia) ; tous ces vêtements sont en laine blanche, souple, légère, et leur ensemble forme un poids qui est loin d'égaler celai des vêtements des habitants de nos contrées.
Dans les contrées chaudes de l'Amérique, dans les Antilles, au Mexique, au Pérou, etc., etc., le costume est composé des mêmes pièces que les nôtres , mais il est plus simple, plus léger, de couleur plus claire, et au lieu d'être confectionné en drap, il est fait avec des étoffes de toile, de fil ou de coton, ou mieux encore avec un tissu fin de laine.
Les habitants de ces contrées ont, du reste, moins besoin de ces dernières étoffes que les Arabes du désert, car ils ne cherchent pas comme eux à braver les ardeurs du soleil ; leur but unique, au contraire, est de s'y soustraire, et de consacrer au repos et à la tranquillité les instants de la journée où la chaleur est le plus considérable.
Dans les Indes, les vêtements présentent le reflet des coutumes britanniques, mêlées aux modes indigènes.
Une règle hygiénique importante à établir, c'est de conseiller, dans les pays chauds, l'emploi de vêtements de laine, légers, souples et moelleux, pour qu'ils isolent le corps et qu'ils le soustrayent à la température élevée de l'atmosphère ambiante. Ils servent en même temps à préserver l'homme des différences considérables de température qui existent entre le jour et la nuit, et du froid assez intense qui règne pendant cette dernière.
Dans les pays froids, les indigènes ont disposé leurs vêtements de manière à pouvoir résister à l'abaissement considérable de température de ces climats glacés. Ces vêtements se composent de fourrures épaisses, superposées les unes aux autres, et dont on augmente ou on diminue le nombre selon la rigueur du froid ou la douceur de la saison. Une autre condition que les habitants des pays froids ne manquent pas de remplir, c'est l'étroitesse des vêtements, combinée à une forme qui leur permet de s'appliquer exactement à la surface du corps, et ne laisse en aucun point accès à l'air.
Dans les climats tempérés, la nature, la forme, la couleur et
l'épaisseur des vêtements varient avec la saison ; il est cependant un certain nombre d'hygiénistes, et M. Méniére est de ce nombre, qui pensent que dans nos contrées les vêtements doivent être toute l'année de même espèce, c'est-à-dire en laine ou en drap, ce qui permet de mieux résister aux variations de température, qui sont le caractère de nos contrées ; ils s'appuient sur ce fait, que depuis que cet usage a été appliqué à l'armée , la mortalité y a notablement diminué.
L'influence des saisons se fait plus particulièrement sentir sur la classe ouvrière, qui ne jouit pas d'une aisance assez grande pour modifier ses vêtements aussi fréquemment que l'indiqueraient les variations des saisons. Ce n'est, en effet, qu'en s'habillantde telle façon que les variations atmosphériques ne puissent agir sur le corps, et que les vêtements employés contrebalancent leur influence, que l'on peut espérer obtenir ce résultat.
Je regarde comme d'une bonne et saine hygiène de changer la nature des vêtements l'hiver et l'été, et de les adapter à la température delà saison dans laquelle on se trouve. — Ainsi, dans la saison froide et rigoureuse, les vêtements doivent beaucoup se rapprocher de ceux des habitants des climats froids. De même, dans la saison des chaleurs, ils doivent se rapprocher beaucoup de ceux qui sont en usage dans les climats chauds. Il est bien entendu que ces changements n'auront pas lieu brusquement, mais par des transitions qui sont elles-mêmes en rapport avec les conditions des deux saisons intermédiaires, le printemps et l'automne.
Professions. — Les professions exercent une influence sur la qualité des vêtements. Les ouvriers qui travaillent exposés à une température élevée, tels que les verriers, les fondeurs et même les boulangers, n'en tiennent pas assez généralement compte; ils se découvrent bien en présence de la chaleur dégagée dans les foyers devant lesquels ils sont placés, mais, en quittant cette atmosphère, ils ne prennent pas le soin de se couvrir de vêtements plus chauds qui les empêchent d'être impressionnés par le contraste de température.
Les ouvriers qui travaillent en plein air, exposés à toutes les intempéries de l'atmosphère, devraient être couverts de vêtements plus chauds, plus secs et moins hygrométriques, afin de
ne pas être impressionnés par elles. C'est un soin qu'ils ne prennent cependant généralement pas. On peut dire la même chose des ouvriers mineurs, qui sont, toutefois, un peu plus soigneux du choix , de la qualité et de la disposition de leurs vêtements.'
Les marins ont, en général, des vêtements appropriés aux conditions hygrométriques de l'air dans lequel ils séjournent continuellement; l'étoffe est en grosse laine, et le tissu assez épais pour les préserver de l'humidité.
Il est des professions spéciales dans lesquelles un vêtement particulier est de règle. L'habit séculier des religieux, observé dans toute sa rigueur, n'est nullement en rapport avec les conditions climatériques de nos contrées; il n'est pas assez chaud pour l'hiver, trop chaud pour l'été. La discipline ecclésiastique tolère heureusement certains relâchements dans la sévérité du costume et permet des modifications heureuses qui ont été adoptées depuis le commencement de ce siècle. On doit signaler, en particulier, l'usage habituel du pantalon.
L'habit militaire a subi et subit chaque jour encore de nombreuses modifications, qui sont plutôt le résultat de la variation des idées des administrateurs que la conséquence des conseils de l'hygiène. En prenant le costume de nos troupes tel qu'il existe actuellement, examinons rapidement ses qualités et ses inconvénients.—Le shako, déjà bien amélioré et plus léger qu'il n'était autrefois, est cependant encore trop lourd ; il devrait être remplacé par l'espèce de casquette appelée képi, et qui nous est importée d'Afrique. Cette coiffure, légèrement modifiée, remplirait toutes les conditions hygiéniques désirables.
Le col est, en général, trop dur, trop raide et détermine souvent des adénites aiguës et chroniques des ganglions du cou.
La grande capote chaude, qui permet une grande liberté des mouvements et ne gêne ni le thorax ni l'abdomen, est bien préférable à la tunique, plus gracieuse cependant.
Dans la cavalerie, l'usage des casques et des cuirasses, qui ne semble plus en rapport avec nos mœurs et nos habitudes militaires actuelles, comptent, parmi leurs nombreux inconvénients, la raideur, la dureté, le poids, la bonne conductibilité du calorique, réchauffement facile; nous ne pouvons que signaler d'une manière générale la fatigue qu'ils produisent chez les cavaliers.
Influence de Vétat de santé et des maladies sur les vêtements. — L1 usage de vêtements convenables peut modifier certaines prédispositions morbides. Ainsi, chez des enfants nés de parents scrofuleux ou tuberculeux et présentant les attributs du tempérament lymphatique, l'usage de vêtements chauds et secs sert à les préserver du froid et de l'humidité, et peut, aidé des autres moyens hygiéniques, modifier leur tempérament et empêcher le développement des maladies auxquelles ils sont prédisposés. Chez les enfants placés encore dans les mêmes conditions, l'usage de vêtements trop rudes, trop grossiers, favorise quelquefois le développement des affections de la peau ; l'irritation continuelle produite par le frottement rude du tissu qui sert à les former en est la cause. L'insuffisance de ces mêmes vêtements, la malpropreté qui est la conséquence de leur renouvellement trop peu fréquent, contribuent encore à augmenter ces irritations, à les entretenir et à les faire passer à l'état chronique. C'est en modifiant de tels vêtements qu'on peut prévenir les maladies chroniques de la peau.
Avant l'invention du linge de corps, le frottement habituel et le contact ordinaire des étoffes de laine avec la peau favorisaient le développement des affections cutanées ; depuis la généralisation de l'usage de ce linge, les dermatoses sont devenues et moins graves et moins fréquentes.
L'usage de la laine mise en contact avec la surface cutanée doit attirer notre attention, car elle joue un grand rôle dans nos habitudes hygiéniques actuelles.
L'application de la laine sur la peau excite la sensibilité de cette membrane, active ses sécrétions et détermine un mouvement analogue dans toutes les parties de l'organisme qui sont en rapport sympathique avec elle.
Cette propriété explique son utilité dans certains cas; mais, pour bien la comprendre, il faut se reporter un instant à l'influence du froid et de l'humidité sur la peau.
L'action de ces deux agents sur le tégument externe a pour effet d'en modifier les fonctions, d'en diminuer l'activité et de réduire au minimum le produit de l'exhalation cutanée. Par suite de cette réduction et en vertu de la loi de balancement des sécrétions, l'exhalation pulmonaire est augmentée d'une manière proportionnelle à la diminution de l'exhalation cutanée , et les
fonctions des poumons redoublent d'activité. Dans l'état parfait de santé, et en l'absence de prédispositions morbides spéciales, cet accroissement d'activité n'a pas d'inconvénient, ou bien seulement il rend l'appareil respiratoire un peu plus impressionnable, et un peu plus accessible aux causes morbifiques ; mais s'il s'agit d'individus disposés aux maladies de l'appareil respiratoire, aux bronchites aiguës et chroniques, aux pneumonies, aux pleurésies, nul doute que l'accroissement d'activité des poumons ne favorise le développement de ces affections. Les inconvénients seraientplus graves encore chez les individus prédisposés aux tubercules pulmonaires ; car l'influence du froid humide sur la peau, en augmentant l'activité respiratoire , aurait pour effet de favoriser le développement de ces produits accidentels. C'est pour remédier à ces conséquences de balancement des organes, pour porter au maximum l'activité secrétaire de ia peau et réduire en proportion l'exhalation pulmonaire, que l'usagedesgilets, des camisoles, des caleçons de laine, et en particulier de flanelle, s'est généralisé, et on doit avouer qu'ils atteignent parfaitement ce but. On ne saurait donc trop conseiller leur emploi. L'usage des frictions de laine vient souvent en aide aux tissus de même substance appliqués sur la surface cutanée. Il n'est pas utile, à mon avis, de porter en toute saison de la laine sur la peau. Il est d'une bonne hygiène de les enlever dans les grandes chaleurs pour les reprendre au milieu de l'automne ; on en sent alors plus vivement l'heureuse influence.
A mesure que l'homme avance en âge, l'utilité des vêtements de laine, destinés à l'isoler et à conserver sa température propre, devient plus grande. Il en est de même chez les individus épuisés et atteints par une vieillesse anticipée, ainsi que dans la convalescence de la plupart des maladies, et surtout des affections aiguës et chroniques de l'appareil respiratoire. Les vêtements de laine sur la peau ne doivent pas être conseillés aux sujets pléthoriques et sanguins, car ils diminuent l'activité de l'appareil respiratoire en augmentant celle de la peau. L'usage du coton a longtemps été regardé comme mauvais par nos ancêtres. C'est un préjugé trop complètement tombé dans l'oubli à l'époque actuelle, pour qu'il soit même utile d'en parler.
Lits. — Le lit est le vêtement de l'homme malade. C'est dans le lit que l'homme bien portant passe la moitié ou au moins le
tiers du temps de son existence. L'examen des éléments divers qui le composent ne manque donc pas d'importance. Il y a, en effet, des différences très-grandes et des intermédiaires multipliés entre la dalie sur laquelle s'étend le Napolitain ou le Sicilien et le lit somptueux des habitants riches de nos contrées, et ces différences en impliquent dans les matières nombreuses qui les constituent et leur disposition réciproque ; c'est ce qu'il s'agit d'examiner.
La partie avec laquelle le corps de l'homme est immédiatement en contact est constituée par les draps, qui sont en toile ou en coton. Les draps, dont l'usage est analogue à celui que remplit le linge de corps, sont destinés à absorber le produit de l'exhalation cutanée ; aussi doivent-ils être changés le plus souvent possible, et leur emploi est-il indispensable chez les peuples qui se couchent dépouillés de leurs vêtements, comme dans nos contrées. Il n'en est pas de même dans les climats chauds, où les habitants ne s'en débarrassent qu'incomplètement pour se coucher et ne mettent pas leur peau en contact immédiat avec les draps. Ils peuvent même s'en passer.
Les couvertures doivent être simplement en laine, ou en laine et coton. Deux couvertures de laine, ou une de laine et une de coton suffisent en hiver. Une seule de laine au printemps et en automne. Une seule de coton, ou même les draps seuls dans les chaleurs. Voilà ce qu'il y a de préférable pour l'hygiène. Les couvrepieds, les édredons, les fourrures ne doivent pas, autant que possible, être employés, surtout par l'homme. Il faut les laisser à quelques femmes frêles et délicates. Les matelas sont ordinairement remplis avec de la laine, du crin , avec un mélange de laine et de crin, ou bien encore avec de la plume. D'après les recherches de Stark, les matelas de crin devraient être préférés, parce qu'ils s'imprègnent moins facilement des produits de l'exhalation cutanée. Après le crin viendrait la laine, et en dernier lieu la plume. L'habitude, en France, est de se servir de matelas faits avec la laine seule ou mélangée d'un peu de crin. C'est là un coucher doux, élastique, et reposant bien. Les matelas de plume, qui sont d'un usage à peu près exclusif dans certaines localités, ne doivent pas être employés seuls. Ils sont trop chauds et s'imprègnent trop facilement des émanations du corps, ainsi que de l'humidité. On est assez dans l'usage, en France, de placer sous
les autres un matelas fait avec de la plume ; il augmente un peu la mollesse du lit, et son emploi du reste est sans inconvénient.
L'usage des traversins et des oreillers est avantageux; ils maintiennent la tête élevée ; c'est en crin qu'il faut les préférer. On remplit souvent les matelas avec certains végétaux qui remplacent la laine d'une manière assez avantageuse ; tels sont la balle d'avoine, les spathes du maïs, les fougères, certaines mousses moelleuses, les goémons, un zostère foliacé. Ces productions végétales doivent toutefois être renouvelées plus souvent que la laine.
Les individus jeunes ont besoin d'un coucher ferme et épais. Pour eux surtout, il faut rejeter les couvre-pieds volumineux et les édredons. C'est le contraire pour les vieillards. Un coucher trop mou et trop chaud énerve les personnes qui s'y livrent, prolonge le sommeil , affaiblit le système musculaire, et rend la digestion pénible et languissante.
La femme a besoin d'un lit plus doux, plus chaud, ainsi que d'un sommeil plus prolongé que l'homme.