CHAPITRE IL
Des sens internes.
Les sens internes ne peuvent être définis d'une manière exacte, car on ne connaît ni leur siège positif, ni leur nature. Le système nerveux qui y préside n'offre pas de modifications appréciables, et rien n'indique qu'il y ait dans les principaux viscères aucune circonstance d'organisation capable de rendre compte des sensations singulières qui y ont leur siège. On ignore, du reste, si ce siège est bien réel et si ce n'est pas le cerveau lui-même qui éprouve le sentiment général du besoin, lequel serait à son tour modifié par l'action directe de chaque organe en particulier.
Ces sens internes sont ainsi appelés, parce qu'ils se rapportent aux fonctions des principaux viscères des grandes cavités, et que leur action a pour but d'indiquer les besoins de l'économie. La plupart de nos fonctions organiques s'exécutent sans notre volonté. Ainsi, l'on respire, le cœur bat, sans que ces actions viscérales dépendent de nous ; tandis que d'autres fonctions, comme la digestion, ont besoin que nous leur fournissions tous les matériaux nécessaires. Or, il fallait qu'une sensation intérieure nous indiquât la nécessité de donner aux organes les éléments de cette réparation indispensable, et c'est cette sensation que Ton nomme le sens de l'appétit. La soif est dans le même cas. L'hygiène doit s'occuper de régler les conditions de santé de ces instincts divers.
De la faim.
De tous les sens internes, le premier, le plus impérieux, celui qui se reuouvelle plus souvent, c'est le besoin de manger, c'est l'appétit qui précède la faim. Celte sensation varie suivant les âges, la constitution, les habitudes, les climats, et une foule d'autres circonstances locales ou individuelles.
\o Age. — Les enfants éprouvent le besoin de se nourrir beaucoup plus souvent que les adultes; l'accroissement rapide du corps exige une nutrition trés-active; aussi l'enfant nouveau-né mange sans cesse. Cet énergique sentiment d'appétit ne diminue que quand le corps a acquis tout son développement, et alors il n'est plus qu'en proportion des pertes journalières. Les hommes robustes, qui font une grande dépense de force musculaire, éprouvent le besoin de manger plus fréquemment que ceux qui sont en repos et d'une faible constitution. Dans la vieillesse, on mange moins encore, en raison des pertes moins nombreuses que l'on fait d'une part, et de l'autre, en raison de la prédominance du mouvement de décomposition interstitielle des tissus sur celui de composition.
2° Sexe. — Le sexe ne détermine sur le sentiment de la faim d'autre influence que celle qui résulte pour la femme du défaut d'exercice et de travail physique ainsi que la force moins grande de la constitution. Ces conditions font moins souvent naître chez elle le sentiment de la faim.
3o Habitudes. — Les habitudes déterminent bien souvent, â l'égard delà faim, des besoins artificiels, qui, une fois développés, doivent être satisfaits. En pareil cas, les heures de repas sont marquées par l'apparition de ce besoin, et beaucoup de personnes éprouvent un vrai tourment quand on ne le fait pas cesser par l'ingestion des aliments.
45 Climats. — Les climats exercent une notable influence sur le sentiment de la faim; la chaleur l'atténue singulièrement, elles habitants des contrées chaudes se voient souvent obligés de faire naître un appétit artificiel par l'usage de condiments énergiques. Dans les climats froids, c'est le contraire ; la faim devient un sentiment vif et impérieux, qui engage les habitants à prendre fréquemment une quantité considérable de nourriture, qui leur
permette de développer la chaleur animale nécessaire pour résister à la basse température de la contrée.
o° Maladies. — La plupart des maladies abolissent le sentiment de l'appétit, comme si la nature prévoyante engageait l'homme à s'abstenir d'aliments inutiles ou dangereux. Les animaux qui obéissent à l'instinct font diète avec une exactitude bonne à imiter. Le retour du sentiment de la faim annonce la convalescence, et l'on sait avec quelle intensité se manifeste le besoin de manger, surtout chez les jeunes sujets, qui ont été épuisés parle mal et par les pertes qu'il a entraînées. La faim des convalescents exige les plus grandes précautions, et il faut surtout se garder de la satisfaire dans certaines maladies, comme la fièvre typhoïde par exemple.
Dans quelques circonstances rares, l'appétit est factice, c'està-dire fondé sur un prétendu besoin. Tel est ce qu'on observe dans certaines gastralgies, et, en pareil cas, si l'individu cède à cette suggestion de ses organes malades, il ne tarde pas à sentir de vives douleurs d'estomac ou à rejeter les aliments qu'il a pris. Dans d'autres cas, plus remarquables encore, la faim devient une sorte de monomanie, dans laquelle on observe des boulimies, des polyphagies fort extraordinaires. Quelquefois l'appétit se déprave, et il porte des individus à manger des substances d'un goût détestable ou nul.
Les plaisirs que cause l'action de manger sont vifs, et le sentiment de bien-être engage à recommencer cette opération plus souvent que ne l'exige le besoin réel. La gourmandise en est la conséquence, et on peut dire que c'est maintenant une des plaies de notre société. L'histoire consacre des faits qui surprennent. Les Romains se faisaient vomir pour manger de nouveau. On voit encore de nos jours des Romains de ce genre. Il est aussi mauvais de solliciter un appétit factice que de refuser de satisfaire un besoin quand il se développe. Des établissements religieux ont souvent imposé de grandes tortures aux estomacs, en prescrivant des jeûnes plus ou moins rigoureux, dans le but de diminuer la pléthore produite par une alimentation abondante. On a souvent dépassé le but, et beaucoup de maladies ont été le résultat de telles pratiques. Il est bon, sans doute, de régler les besoins, et de les restreindre dans des limites, convenables ; mais
il ne faut pas imposer des lois, dont l'observation est presque impossible.
Soif.
La soif est une sensation analogue à la faim, et qui peut donner lieu aux mêmes observations. Elle se fait sentir d'une manière différente, en raison [des âges, des climats, des habitudes, etc.
1° Age. — Les enfants boivent beaucoup plus, proportion gardée, que les adultes, et leur nourriture doit être sous forme liquide, pour s'accommoder aux facultés digestives de leurs organes. Dans l'adolescence, les mouvements continuels et les pertes nombreuses qui se font exigent à la fois, et beaucoup d'aliments et beaucoup de boissons. Le sang a besoin d'eau pour conserver toujours au sérum la même composition, car la plupart des sécrétions lui en enlèvent beaucoup. Plus tard, les travaux fatigants, les grands exercices auxquels se livrent les adultes, rendent les liquides fort nécessaires. A mesure qu'on arrive à la vieillesse, la soif devient moins impérieuse, et on peut se dispenser de recourir aussi souvent aux liquides.
2° Le sexe, la constitution, le tempérament ne présentent rien de particulier à noter sous le rapport de la soif.
3° Habitudes. — De même que pour la faim, les habitudes jouent un grand rôle à l'égard du sentiment de la soif. Elles font contracter l'habitude de boire, a de certaines heures, des quantités de liquides déterminées, et lorsqu'on ne satisfait pas à des habitudes ainsi contractées, elles deviennent un besoin factice très-impérieux.
Climats. — Dans les pays chauds, les pertes continuelles qui se font par les surfaces cutanée et pulmonaire font naître le besoin impérieux de boire abondamment pour réparer ces pertes, et la sensation de la soif se fait sentir avec une énergie extrême. On sait tout ce que souffrent les personnes qui parcourent les déserts brûlants de l'Afrique, et l'importance que l'on attache aux sources trop rares qui rafraîchissent ces pays brûlants.
Le sentiment de la soif est plus pénible que celui de la faim, et ceux qui ont éprouvé les plus grandes privations ont enduré ce dernier beaucoup moins difficilement. Les personnes qui ont
résolu de se laisser mourir dé faim ne peuvent presque jamais résister au désir de boire. La privation absolue de liquide donne lieu à une fièvre ardente accompagnée de délire, et qui est probablement la conséquence d'une gastro-entérite aiguë.
Certaines maladies exaltent singulièrement le besoin de boire. Toutes les grandes pertes ont ce résultat; les grandes hémorrhagies sont encore dans ce cas. Chez les hydropiques, alors qu'une sécrétion anormale enlève au sang la plus grande partie de son sérum, la soif s'allume avec force. Chez les diabétiques, ce besoin est continuel, et il devient un tourment insupportable.
En résumé, il faut, en bonne hygiène, donner aux organes digestifs la quantité nécessaire de liquides ; il faut que cette sensation capricieuse soit satisfaite, car la santé en dépend. On observe quelquefois des personnes qui ne paraissent pas éprouver le sentiment de la soif, et qui ne boivent presque jamais. Cela est rare. On sait que les bains et les lotions remplacent l'action de boire, et que la peau absorbe une grande quantité de liquide. La présence d'une plus ou moins grande quantité de vapeur d'eau répandue dans l'atmosphère donne lieu à des variations dans le sentiment de la soif.
Du coït.
Le besoin de perpétuer l'espèce constitue Une nécessité non moins spontanée et non moins impérieuse que celle de la faim et de la soif. L'instinct de la propagation est naturel à l'homme, et si les conditions sociales y apportent des modifications, quant aux formes du moins, le fond reste parfaitement le même.
i o Influence de Vâge, du sexe, de la constitution et du climat sur le coït.
io Age. — On sait que la puberté n'arrive pas à la même époque de la vie dans les deux sexes ; que ce phénomène d'évolution de l'appareil génital est placé sous l'influence de la chaleur du climat, de la nourriture, et de beaucoup d'autres modificateurs externes. Les différentes races qui occupent les pays offrent une précocité qui varie, et qu'il faut connaître. Mais
quel que soit l'âge où apparaissent ces symptômes d'une virilité complète, il importe beaucoup de ne rien faire pour en hâter l'apparition, car ces développements précoces sont presque toujours suivis d'une vieillesse anticipée. Ainsi donc, le meilleur système d'éducation physique sera celui dans lequel un régime et les soins convenables fortifieront l'économie, et laisseront les organes génitaux dans un repos complet. Il ne faut jamais solliciter leur action avant le terme fixé par la nature ; il faut que celte fonction s'établisse spontanément, et sans aucune provocation physique ou morale. Plus l'imagination des enfants restera étrangère à ces impressions, plus l'économie aura le temps d'acquérir de la force, et de pourvoir aux pertes que nécessitera, plus tard* l'accomplissement de ce grand acte.
La puberté, bien qu'elle annonce l'époque de la possibilité de la reproduction, ne doit cependant pas engager au coït; il faut attendre, en général, que le corps ait acquis son accroissement. Tous les législateurs de l'antiquité avaient reculé l'époque du mariage, et rien en effet ne- donne d'aussi pauvres résultats que ces unions précoces.
L'homme, dans nos climats tempérés, est arrivé au point de complète organisation physique vers l'âge de vingt ans, et c'est alors seulement tout au plus qu'il est apte à procréer des enfants robustes. Il serait à désirer que l'on attendît plus, longtemps qu'on ne le fait d'habitude, pour marier les femmes, car les accouchements précoces sont une cause de la faible santé des enfants. Ce n'est guère que lorsque les femmes ont vingt ans accomplis qu'elles sont capables de donner le jour à des enfants vigoureux, et de les nourrir, Souvent, il est vrai, on peut trouver des exceptions à cette règle, et ces exceptions sont en faveur des individus d'une jeon s titu lion robuste; dans la grande majorité des cas, toutefois, on fera bien d'attendre que les organes aient atteint leur entier développement.
Si l'exercice du coït est fâcheux pour les individus très-jeunes, il l'est plus encore pour ceux qui ont atteint un âge avancé. Chez les vieillards, en effet, cet acte est suivi de graves accidents, qui sont en particulier les congestions et les hémorrhagies cérébrales, l'apoplexie pulmonaire. Dans le cas de maladie organique du cœur antécédente, ou même simplement d'ossifications un peu considérables de l'endocarde, on voit quelquefois la rupture du
cœur, ou celle de poches anévrysmales de l'aorte, s'opérer pendant l'acte du coït et déterminer une mort rapide. Une syncope plus ou moins grave est encore un. des accidents qui peuvent se développer en pareil cas. Les vieillards doivent donc s'abstenir du coït. Quant à fixer l'âge, cela est difficile ; il dépend de beaucoup de circonstances , qui sont la constitution robuste, la continence observée pendant une partie de la vie , la bonne santé antérieure, l'absence d'excès. Lorsque ces conditions se présentent, l'âge où l'on doit cesser le coït est nécessairement reculé, tandis que dans les circonstances contraires il est avancé. On peut , en tout cas, fixer en moyenne à soixante ans le maximum de l'âge auquel l'homme doit cesser d'exercer le coït. En général, du reste, le sentiment de ce besoin ne se fait guère sentir que dans la période moyenne de la vie, et tout ce qui dépasse ce terme entraîne souvent des dangers.
En bonne hygiène, on doit proscrire le plaisir et ne permettre cet acte que comme satisfaction d'un besoin. Par malheur, les circonstances dénaturent cette sensation ; on en fait une chose habituelle qui, sous ce rapport, occasionne des besoins factices et souvent dangereux. A défaut de conventions sociales et d'intérêts moraux , il y a de très-bonnes raisons en faveur de la chasteté et de la continence, et le médecin peut prêcher une doctrine que ne désavoueraient pas les casuistes les plus sévères. Oui, il y a de grands avantages à ne se liver au coït que quand le besoin s'en fait sentir; il y a de grands avantages à ne pas provoquer des besoins artificiels, par une habitude ou des stimulants appropriés, et sous ce rapport, le Traité de macrobiotique d'Hufeland est parfaitement fondé. Mais cette doctrine ne plaît à personne, et le plus grand nombre ne consent pas à se soumettre au régime que nous préconisons. Dès l'adolescence, les sociétés, les lectures, l'exemple de chacun excitent les désirs des jeunes gens des deux sexes, la puberté est provoquée, accélérée par tous les moyens imaginables; le délire des passions accroît ce feu, et la déplorable facilité que l'on trouve partout à satisfaire ce besoin impérieux, augmente son exigence et ne permet pas d'y résister. Il est vraiment déplorable d'entendre dire à des jeunes gens de quinze à dix-huit ans, qu'ils ne peuvent se passer de femmes, et le dégoût que cause cette dépravation morale plus encore que physique ne peut être égalé que par celui que produit la lubricité
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d'un grand nombre de vieillards. De part et d'autre , il y a une honteuse aberration de sensibilité, qui entraîne les lésions les plus graves.
Le coït n'appartient donc qu'à la période moyenne de la vie , alors qu'il y a nécessité pour l'homme de se donner des successeurs et de perpétuer son nom. Ce besoin physique reçoit une impulsion plus rapide par suite du sentiment moral qui détermine un choix , une prédilection spéciale. En effet , la répugnance qui naît entre deux êtres efface bientôt ce sentiment, et Thomme le plus robuste peut être nul en pareil cas ; toutes les impressions morales un peu vives peuvent avoir ce résultat, et l'on connaît un grand nombre d'exemples d'un anéantissement complet des facultés viriles d'hommes jusque-là bien portants.
Il faut donc qu'en vertu d'une sorte de consensus toutes les autres sensations cérébrales favorisent l'action du coït; car il n'en est aucune qui puisse offrir des changements plus considérables que cette dernière sous l'influence des agents moraux ou nerveux.
2° Sexe. Quant aux femmes, leur action étant presque toujours nulle dans ce travail, elles peuvent demeurer passives, sans que cela nuise à son accomplissement; aussi n'y a-t-il rien de particulier à en dire.
3° Constitution. La sensation de plaisir qu'occasionne le coït a toujours été considérée comme ayant une influence très-grande sur l'état du cerveau ; on sait, en effet, qu'après des excès dans ce genre, les fonctions intellectuelles sont notablement affaiblies, que les sens eux-mêmes sont dans le même cas, et que, par conséquent, c'est le cerveau lui-même qui souffre de cette violation d'un bon régime. D'un autre côté, l'accomplissement régulier et modéré de cette importante fonction a de notables avantages, et beaucoup d'hommes doués d'une certaine énergie vitale ne peuvent s'en abstenir longtemps sans un trouble évident de toutes les fonctions sensitives. On doit donc avoir égard à la constitution de l'individu, à son âge, à ses prédispositions organiques, et ne pas exposer l'organisme à des lésions qu'il est toujours facile de prévenir.
Certaines fonctions ont une influence remarquable sur le coït. Les actions excessives de tous les organes de la vie de relation détruisent les désirs, et l'on sait depuis longtemps que le travail prolongé laisse peu de place aux idées d'amour physique. D'un
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autre côté , ce genre de sensations a l'inconvénient de troubler des fonctions importantes ; le phénomène de la digestion, par exemple, ne peut s'accomplir régulièrement quand on pratique le coït peu de temps après le repas ; il en résulte souvent des accidents sérieux, tels que de violentes indigestions ou des congestions cérébrales. Quoique des gens robustes et jeunes puissent se permettre de tels écarts de régime, sans beaucoup d'inconvénients, il faut cependant se régler sur les faits généraux et non pas sur les exceptions.
4° Climat. — Dans l'appréciation des circonstances qui peuvent exercer une influence sur le besoin du coït, on ne doit pas oublier l'action des climats. La chaleur, ainsi que cela a déjà été dit plus haut, augmente la sécrétion spermatique, excite le besoin du coït, favorise les excès vénériens, et conduit les habitants des pays chauds à des abus qui sont la cause de la polygamie, de la sodomie, etc. Ce sont ces excès qui, malgré la grande fécondité des peuples méridionaux, amènent la décadence physique et morale des habitants de ces contrées. Dans les climats froids, on observe précisément le contraire ; le besoin du coït se fait moins sentir, le froid engourdit les facultés génitales, et la nécessité de les satisfaire est plus rare. Il en résulte une génération plus robuste et plus active.
2° De V abstinence du coït.
La privation du coït peut-elle déterminer des accidents spéciaux ? La solution de cette question n'est pas aussi simple qu'on pourrait le croire. Si l'on met d'abord de côté les individus à constitution faible, débile et délicate, à tempérament lymphatique, il est incontestable que la privation des plaisirs vénériens ne saurait avoir aucune influence fâcheuse sur la santé de pareils sujets. Mais chez des individus d'une constitution forte, robuste, il en est autrement.
Dans le plus grand nombre des cas de ce genre, aucun accident particulier ne se développe, et des pollutions nocturnes abondantes, accompagnées de rêves erotiques, viennent presque toujours rétablir l'équilibre et servir de phénomènes critiques. Il est rare qu'il n'en soit pas ainsi, mais enfin cela peut être, et quand les pollutions critiaues n'arrivent pas, on peut observer certains
phénomènes sur la nature desquels tous les médecins ne sont pas d'accord, et qu'on attribue généralement à la pléthore spermatique.
Ces accidents sont: un sentiment général de torpeur, de malaise et d'impatience ; des érections fréquentes et répétées se développent spontanément à la simple vue d'une femme ou sous l'iniluence de stimulations de diverse nature; ces érections constituent fréquemment les principaux accidents, et elles sont quelquefois tellement violentes qu'elles peuvent conduire celui qui les présente, à des actes de folie criminelle.
Si la pléthore spermatique est portée au dernier degré, le caractère change, s'altère déplus en plus, et la plupart des médecins s'accordent à reconnaître que de véritables accès de folie peuvent se développer. On ne saurait trop répéter toutefois que de tels accidents sont rares, et que, la plupart du temps, des pollutions nocturnes critiques servent en quelque sorte de soupape de sûreté à la pléthore spermatique.
5° Abus du coït.
A quel instant finit l'usage raisonnable, et commence l'excès ? C'est la première question à décider, et cela n'est pas toujours facile. Doit-on s'appuyer sur la persistance ou la cessation des érections? Evidemment non, car elles se montrent bien souvent énergiques et persistantes chez les gens épuisés et à la seule vue ou à l'attouchement de l'objet qui les a déjà provoquées. Il est plus juste de faire commencer l'excès à l'instant où l'accomplissement du coït n'est plus le résultat d'un besoin, mais la conséquence de provocations de toutes sortes.
Le coït nécessaire est accompagné d'un sentiment de bien-être général, d'un renouvellement delà vigueur et de la souplesse du corps. Un coït inutile est suivi au contraire de fatigue, de courbature, d'affaissement des facultés physiques et intellectuelles.
Un grand nombre de circonstances conduisent aux excès vénériens. Parmi les plus importantes, on doit citer les suivantes : l'organe génital qui se développe à l'époque delà puberté; une constitution forte, sanguine, avec une disposition prononcée au coït; un tempérament nerveux; le développement sexuel
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(ce développement n'est pas toujours suivi de désirs vénériens bien énergiques); la fréquentation habituelle des femmes; le contact incessant d'un objet aimé; la mauvaise compagnie; les mauvais conseils ; l'oisiveté; souvent la forfanterie, qui pousse tant d'hommes à vouloir montrer une vigueur dont ils ne sont pas toujours capables, et qu'ils sont obligés de provoquer par des excitations anormales.
Les excès vénériens produisent sur la santé des effets fâcheux qu'on ne saurait méconnaître.
En premier lieu, ce sont les changements physiques qui surviennent dans la constitution et qui se traduisent parles caractères suivants : la peau devient pâle, le teint d'un blanc mat, l'embonpoint disparaît, les yeux s'entourent habituellement d'un cercle noir, le visage est triste, languissant, les yeux mornes et sans expression, la démarche traînante; la résistance au froid et à la fatigue est peu considérable; en revanche, l'appétit est augmenté et la digestion s'opère avec facilité; l'exercice physique est difficile et pénible; le caractère change ; l'apathie, F indifférence arrivent, l'intelligence est paresseuse. Chez ceux qui excellaient par la vivacité de leur esprit, il ne paraît plus que de rares éclairs.
En résumé, l'abus du coït détermine un affaiblissement simultané dans les forces physiques et dans les facultés intellectuelles.
D'autres accidents ne tardent pas à se montrer. On observe la difficulté des érections, l'impuissance, la stérilité par modification dans la composition du sperme et par disparition des spermatozoaires.
Plus tard, des gastralgies, des palpitations nerveuses, des névralgies de diverse nature, enfin une hypocondrie véritable, ne tardent pas à survenir. En même temps les sujets sont disposés à contracter plus aisément toute espèce de maladie, et ils sont plus facilement impressionnés par toutes les causes morbifiques. Plus tard enfin, l'abus des plaisirs vénériens conduit au mal de Pott (consomption dorsale des anciens), et à la phthisie pulmonaire.
On voit, d'après ce tableau abrégé, quelle sobriété il faut apporter dans l'exercice du coït, et quelle résistance on doit présenter à toutes les séductions que présente la constitution de la société à notre époque.
4° Des pollutions.
Les pollutions se distinguent en pollutions nocturnes et pollutions diurnes.
Les pollutions nocturnes sont utiles ou nuisibles. Elles sont utiles quand elles se produisent chez des individus forts, bien constitués, et qui usent avec une très-grande sobriété des plaisirs vénériens. Elles sont alors un véritable bien ; on reconnaît que tel est leur caractère, à ce qu'elles sont abondantes, accompagnées d'une érection énergique de l'orgasme vénérien, et enfin à ce qu'elles ne sont pas suivies de fatigue et de courbature.
Les pollutions nocturnes sont nuisibles quand elles se répètent trop souvent, quand elles ont lieu chez des sujets débiles, ou bien chez des individus bien constitués, mais qui usent déjà assez largement du coït; elles sont encore nuisibles, lorsqu'elles sont provoquées par des conversations ou des idées licencieuses, et lorsqu'elles sont suivies de courbature et de fatigue.
La limite entre les unes et les autres est souvent assez difficile à établir ; et on la franchit quelquefois insensiblement. C'est par exemple ce qui arrive lorsque des pollutions, d'abord nécessaires, se produisant ensuite par le seul fait de leur première apparition, deviennent habituelles, et, parleur renouvellement trop fréquent, débilitent les sujets qui les présentent.
Lorsque les pollutions nocturnes dépassent le caractère critique qu'elles auraient dû conserver, il faut essayer de les faire cesser. On y parvient souvent en faisant coucher sur un lit plus dur, en conseillantdes couvertures moins chaudes etmoins épaisses, en éloignant les lectures, les conversations et les contacts qui peuvent les provoquer. On se trouve encore très-bien en pareil cas des bains froids ; ou si la saison ne le permet pas, de lotions froides. L'usage du vin, du café et des liqueurs doit en même temps être interdit.
Les pollutions diurnes semblent être d'une autre nature que les précédentes. Elles constituent plutôt un acte passif, quiseproduit sans érection, sans orgasme vénérien, et dont on a bien certainement exagéré la fréquence. En pareil cas, tantôt lesperme sortavec les urines, d'autres fois en même temps qu'une selle; plus rarement, il s'écoule spontanément par le canal derurètre et sans qu'on en ait
la conscience. Les causes qui peuvent les produire sont mécaniques, ou bien elles résultent d'un état général de l'organisme. Parmi les premières, on place la constipation opiniâtre, les calculs de la vessie, la présence d'oxyures vermiculaires dans le rectum, les diverses maladies de cet intestin, les affections de la prostate; on y range encore l'équitation habituelle.
Parmi les causes générales, on place la débilité congéniale delà constitution et l'épuisement déterminé par la masturbation ou l'abus du coït. Enfin, les causes qui les produisent peuvent être inconnues.
Les effets des pollutions diurnes sont exactement les mêmes que ceux qui sont amenés par les excès de masturbation et du coït, dont ils ne sontpour ainsi dire qu'un des modes d'expression. Quant à leur traitement, l'hygiène doit indiquer l'emploi des bains froids et surtout des bains de mer, l'entretien de la liberté du ventre, la suppression de l'exercice du cheval, une vie sobre, régulière, et l'éloignement de toutes les causes capables d'exciter les organes génitaux. Le reste appartient à la thérapeutique.
5° De quelques autres sensations spéciales.
Au nombre des sensations qui sont du ressort de l'hygiène, qui n'appartiennent ni aux sens externes, -ni aux sens internes, et qui ne peuvent se rapportera aucune des modifications locales des organes et surtout du système nerveux, se trouvent certains sentiments non pas moraux, puisqu'ils se rencontrent chez les animaux, mais cependant bien voisins de ces derniers, et se joignant aux facultés de l'âme pour donner lieu aux plus nobles élans de notre intelligence. De ce nombre sont les deux instincts d'association et d'imitation, celui de la famille qui en dérive et celui de la paternité qui sert de base à tous les autres. Ces modifications particulières delà sensibilité constituent des sentiments qui ne sont pas positivement du domaine de l'intelligence, mais qui sortent des sensations purement physiques. Comme l'hygiène a souvent l'occasion de diriger ces instincts, il importe de les connaître, de savoir quelles sont leurs conséquences dans l'ordre social et dans la vie particulière, afin de favoriser leur développement, ou de les restreindre quand ils menacent d'aller à l'excès.
Il y a en effet des individus qui sont évidemment destinés à vivre en public, dans des rapports continuels avec leurs semblables; qui sont organisés de façon à contracter un mariage et à déployer toutes leurs facultés viriles, par conséquent, à vivre comme époux et comme pères, Si l'on détourne cet individu de la voie indiquée par sa constitution physique et parles prédispositions sensitives qui en résultent, on compromet grandement et sa santé et son bonheur : il faut donc donner une grande attention aux signes extérieurs qui indiquent ces caractères, afin de donner une direction utile à ceux qui demandent des conseils à cet égard.
Il est encore quelques sensations internes , dépendant d'une modification particulière du système nerveux, ou peutêtre développées dans les organes généraux sans que les nerfs soient modifiés. On ne connaît pas bien toutes les fonctions que remplit cet appareil, et certaines manières d'être ne sont peutêtre que le résultat de son existence. Ainsi les instincts, les sympathies, les antipathies appartenant à tous les animaux comme à l'homme, sont des sens internes fort remarquables et qui ont des résultats du plus haut intérêt pour la conservation des individus. Il en est de même de la douleur et du plaisir, deux modes de sensation fort différents et qui impriment une puissante impulsion à nos mouvements. Ces phénomènes divers doivent être l'objet d'une étude toute spéciale de la part des médecins hygiénistes, parce qu'ils influent sur tout l'organisme et que l'on peut soit les exciter, soit les diminuer, soit, enfin, leur imprimer une autre direction par un mode spécial d'éducation ; de plus, on peut aussi les modifier par des habitudes nouvelles, et pour y arriver il est nécessaire d'agir avec beaucoup de force sur l'ensemble de l'organisation.