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un local ne peut être déterminé d’une manière absolue ; on doit établir ses limites entre 12 à 18° centigrades. Quant au point fixe, il varie, d’une part, selon l’intensité du froid intérieur et le degré d’humidité, et d’une autre, selon la constitution, le tempérament et l’âge des sujets.
Les individus à constitution faible, à tempérament lymphatique, les enfants, les vieillards, les convalescents, ont besoin d’une chaleur artificielle plus forte ; il en est de môme des individus à profession sédentaire et qui séjournent constamment dans le môme local sans se livrer à aucun exercice.
Procédés de chauffage.
Les procédés actuels sont au nombre de trois : le poêle, la cheminée et le calorifère.
Le poêle. — Le poêle est un bon moyen de chauffage lorsqu’il existe un courant suffisant, et que la prise d’air est convenable et bien entendue. Dans ces conditions, et si le poêle est bien construit, une chambre s’échauffe rapidement. Ce mode n’est cependant pas dénué d’inconvénients. Ainsi, le poêle dessèche un peu trop l’air de la pièce qu'il est destiné à chauffer : on y remédie, il est vrai, en plaçant dessus un vase rempli d’eau, destinée, par son évaporation, à maintenir constamment dans l’air un degré d’humidité convenable.
Le dégagement d’une certaine quantité d’acide carbonique, dans une pièce chauffée par un poêle, n’est à redouter que dans le cas où la prise d’air est insuffisante ; car alors la combustion s’effectue aux dépens de l’oxygène contenu dans la chambre.
L’usage des poêles en fonte donne souvent une odeur désagréable, et qui peut amener des céphalalgies, des vertiges, quelquefois des syncopes.
Les poêles servent encore à faciliter la ventilation des grands édifices, en échauffant les tuyaux d’appel.
La cheminée. — La cheminée est un des moyens de chauffage les plus salubres et les plus simples, mais elle ne peut échauffer qu’en renouvelant l’air d’un appartement sur une grande surface. Parmi les inconvénients attachés à l’emploi des cheminées, on doit signaler la perte d’une quantité considérable de calorique, et, par conséquent, de combustible. Les 9/10 de la chaleur produite dans une cheminée sont, en effet, perdus, et ne contribuent qu’à échauffer le courant d’air ascendant qui s’établit dans le tuyau de cette cheminée. On diminue un peu, il est vrai, la perte de ce calorique, en plaçant dans le fond de la
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!t 0 2 DEUXIÈME PARTIE. — MATIÈRE DE L’HYGIÈNE.
cheminée une plaque métallique, destinée à réfléchir et à renvoyer dans la chambre les rayons calorifiques. Une cheminée échauffe l’air situé à côté d’elle, et laisse à une basse température les parties plus reculées de la chambre. L’impression que ressentent les individus qui s’en approchent pour en recueillir la chaleur est plutôt une température trop élevée par devant, et une sensation de froid dans le dos.
Les grandes cheminées à manteau élevé, comme les faisaient nos pères, échauffent parfaitement de grands appartements, mais il faut des quantités énormes de combustible.
L’inconvénient le plus sérieux de la cheminée est la fumée, et il est souvent bien difficile de le faire disparaître. L’action de la fumée sur les habitants d’un appartement a souvent pour résultat des céphalalgies rebelles, des toux fatigantes, et parfois des bronchites ou des laryngites légères, des ophthalmies qui persistent fréquemment d’une manière chronique.
Les moyens proposés pour s’opposer à la fumée ont tous pour but d’activer la combustion et de la rendre plus complète. Ils se rattachent à deux principaux :
1° Le premier consiste à donner à la cheminée une prise d’air considérable ; le courant arrive alors par deux tuyaux qui puisent l’air au dehors et l’amènent sur les parties latérales de la cheminée.
2° Le second est la diminution de calibre du tuyau de la cheminée, en même temps que l’augmentation de sa longueur.
La fumée qui se produit sous l’influence de vents violents, qui refoulent le courant d’air ascendant et s’opposent à son libre développement, ou bien qui est due à des pluies qui agissent dans le même sens, disparaît souvent en plaçant au sommet du tuyau de la cheminée un chapiteau mobile, tournant selon le vent comme une girouette, et capable de prendre ainsi une position qui s’oppose à l’action du vent et à la pénétration de la pluie.
[On y a aussi adapté des appareils d’aspiration (appareils Venant, Nouailher, etc.) qui activent la combustion et aident puissamment au renouvellement de l’air dans la pièce où se trouve la cheminée.]
On emploie quelquefois les cheminées pour brûler les gaz ou les matières qui ont échappé à la combustion, et qui, sortant librement par les tuyaux ordinaires, iraient incommoder ou même produire des accidents dans les lieux circonvoisins. On se sert pour cet usage d’appareils très-simples, qui conduisent dans le foyer les gaz qui ont échappé à la combustion (appareils de Darcet).
[Une ordonnance de police en date du 11 octobre 18o4, et
exécutoire pour le département de la Seine, oblige les propriétaires d’usines où l’on fait usage de machines à vapeur, de brûler complètement la fumée produite par les fourneaux de ces appareils, ou de les alimenter avec des combustibles ne produisant pas plus de fumée que le coke ou le bois. Cette ordonnance a donné lieu à l’invention d’une foule de systèmes, ayant la plupart pour but de faire passer la fumée de la houille récemment placée dans le foyer à travers des masses incandescentes de houille déjà parvenue à l’état de coke. Du reste, ces divers appareils, dus à MM. Boquillon, Dumery, Tailler, Perrot, etc., offrent dans l’application certaines difficultés qui rendent les résultats très-variables.]
Le moyen le plus généralement employé pour mettre à profit une partie du calorique perdu dans la combustion des cheminées et des poêles, et le faire servir ainsi à réchauffement d’un appartement ou d’une pièce, consiste dans la disposition des bouches de chaleur. On entend par bouche de chaleur l’extrémité d’un tuyau ouvert par ses deux bouts, et placé dedans ou autour du foyer, de manière à s’échauffer notablement et à échauffer avec lui l’air qui le traverse. L’air entre froid par une dés extrémités, s’échauffe en le parcourant, sort chaud par la bouche de chaleur, et se mêle alors à l’atmosphère de la pièce dont il contribue ainsi à élever rapidement la température. En combinant des bouches de chaleur bien construites avec des prises d’air à la partie supérieure d’une chambre, on a un renouvellement facile de l’atmosphère, une pureté plus grande de l’air, et, par conséquent, la réunion des conditions les plus satisfaisantes de salubrité et d’échauffement.
Calorifères. — On en connaît plusieurs espèces. Les plus simples, et ils ont été variés à l’infini, consistent dans l’emploi de poêles ou de cheminées portatives, dont toutes les dimensions sont calculées de manière à ce que la combustion y soit complète et active. De plus, leurs parois contiennent des tuyaux simples ou contournés, dont la construction est analogue à celle des bouches de chaleur.
La disposition de ces tuyaux et des’bouches de chaleur qui en émanent, le mode de leur construction, ont été modifiés de toutes les manières, et ont donné naissance à une branche d’industrie, objet actuel d’une grande concurrence. L’usage de ces diverses espèces de calorifères, combiné avec de bonnes prises d’air, constitue un moyen de chauffage excellent. Un des appareils de ce genre les plus simples, les meilleurs, et qui est trèsemployé actuellement, est susceptible de s’adapter à une cheminée ordinaire. Il consiste simplement à remplacer l’âtre du foyer par des tuyaux de fonte parallèles entre eux, rapprochés
les uns des autres, et sur lesquels s’opère la combustion. Ces tuyaux, ouverts en avant au-dessous du foyer, laissent pénétrer l’air froid : cet air s’échauffe en traversant les conduits, et, de là, se répand dans l’appartement, en sortant par l’extrémité supérieure et libre également de ces mômes tuyaux, qui s’ouvrent sous forme de bouches de chaleur. Ce procédé très-simple permet de chauffer à. peu de frais de vastes appartements.
Les calorifères destinés à chauffer les grands édifices sont au nombre de trois : 1° les calorifères à air chaud ; 2° les calorifères à vapeur; 3° les calorifères à eau chaude.
1 . Calorifères à air chaud. — C’est un poêle de grande dimension, placé en général dans la cave : on y adapte des tuyaux, de distribution terminés par des bouches de chaleur. L’air provenant de l’intérieur s’échauffe en traversant des tuyaux placés dans le poêle, et il est ensuite distribué dans les différentes parties de l’établissement. Ce calorifère, peu dispendieux, est généralement employé dans les habitations privées et dans les édifices publics de petite dimension.
2. Calorifères à vapeur. — Ils se composent d’un générateur de vapeur avec tous ses accessoires, et de tuyaux qui, après avoir fait circuler la vapeur, la dirigent dans des condensateurs d’où partent ensuite des tuyaux qui la ramènent dans la chaudière. — Il y a, en outre, des compensateurs placés en vue des changements de dimension que les variations alternatives de température produisent dans les tuyaux, et des souffleurs pour expulser l’air qui remplit les tuyaux au moment de l’arrivée de la vapeur. Ce genre de calorifère est généralement dispendieux et compliqué ; c’est à lui qu’on objecte les fuites, la crainte d’explosion et le refroidissement immédiat, dès que la vapeur cesse d’arriver.
3° Calorifères à circulation d'eau chaude. — Le système de M. Duvoir en étant le type, nous nous bornerons à en donner une description rapide.
M. Duvoir a perfectionné le système des calorifères à circulation d’eau chaude, et il les a fait, en même temps, servir à une ventilation régulière. Son système est fondé sur ce principe de physique, que le changement de densité de l’eau, produit par son chauffement, est capable de la mettre en mouvement. L’appareil de M. Duvoir comprend : 1° une cloche à chaudière placée dans la partie inférieure de l’édifice; 2° un réservoir situé à la partie supérieure; 3° deux tuyaux intermédiaires, dont l’un sert à l’ascension de l’eau jusqu’au réservoir, et l’autre la ramène à la chaudière, après qu’elle a parcouru les conduits secondaires, les récipients, les poêles, les réservoirs et les étuves qu’elle a échauffés dans ses circuits. — Les conduits
sont enveloppés dans de larges tuyaux excentriques de zinc, entourés eux-mêmes d’une tresse de foin couverte de plâtre, destinée à empêcher le calorique de se perdre. M. Du voir a employé le chauffage à air chaud dans les pièces voisines des calorifères, et il réserve pour celles qui sont les plus éloignées la circulation d’eau échauffée. Un système de ventilation disposé d’une manière particulière fait partie intégrante de ce système. Nous l’avons décrit plus haut, page 394.
Influence sur l’homme.
L’emploi des cheminées et des poêles n’a pas sur l’homme une influence aussi pernicieuse qu’on pourrait le craindre, dans le cas de mauvaise construction. L’asphyxie est à peu près impossible, par la raison que ces deux moyens de chauffage ne peuvent fonctionner que par le renouvellement de l’air. Si ce renouvellement n’est pas facile et ne peut alimenter le tirage, ou le combustible cesse de brûler, ou bien il se dégage une quantité considérable de fumée qui irrite le larynx, les bronches, et s’oppose à ce qu'on séjourne dans une pièce ainsi remplie.
Un poêle contenant de la braise encore allumée et dont on vient à fermer le tuyau, peut, par la suppression du tirage, déterminer de graves accidents. La combustion a lieu alors aux dépens de l’oxygène de la chambre ; à mesure qu’elle s’opère, l’acide carbonique se dégage, et si l’on ne facilite immédiatement le renouvellement de l’air, l’asphyxie peut arriver. Il existe dans la science de nombreux exemples d’asphyxies survenues en pareille circonstance pendant le sommeil.
[Tels sont les inconvénients généralement reconnus aux poêles de fonte, mais M. Carret, de Chambéry, est allé beaucoup plus loin. Dans une note transmise à l’Académie des sciences le 17 avril 1865, il attribuait à l’usage, généralement adopté en Savoie depuis quelques années, des poêles en fonte, l’apparition d’épidémies d’hiver très-graves, désignées sous les noms de méningite cérébro-spinale , de typhus cérébral , de fièvres rémittentes graves , et qui, selon lui, ne seraient autre chose que des intoxications par le gaz oxyde de carbone dégagé des poêles de fonte. Cette assertion ne manqua pas de soulever de nombreuses objections tant de la part des membres de l’Académie que de celle des confrères de M. Carret, pratiquant dans les mêmes localités. Nous n’avons pas à exposer ici les faits et les observations contradictoires mis en avant à l’occasion de
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cette opinion; rappelons seulement qu’après plusieurs années de discussions, une série d’expériences faites en 1869 au Conservatoire des Arts et métiers de Paris démontra : 1° que les poêles en fonte dégagent toujours une certaine proportion d’oxyde de carbone ; 2° que les poêles neufs en dégagent plus que les poêles vieux ; 3° que l’enduit de plombagine sur la fonte augmente notablement la proportion d’oxyde contenu dans l’air; 4° que la présence de poussières remises en circulation par le balayage produit le même effet; o° qu’il se forme moins d’oxyde de carbone dans un air humide que dans un air sec. — Enfin le sang de lapins mis en expérience dans des localités où ils respiraient l’air chauffé par des poêles en fonte, a présenté de 0cc,7o à lcc,9o d’oxyde de carbone sur 100 centimètres cubes de sang. L’action nuisible ne saurait donc être contestée ; il restera à l’apprécier.
Pour obvier à ces inconvénients, M. Carret a proposé l’emploi des poêles tout en tôle, dont il a constaté la parfaite innocuité. — Pour les principales communications qui ont eu lieu à cet égard, voir la bibliographie .]
L’emploi des calorifères a bien des détracteurs, et voici les principaux reproches qu’on leur adresse : ils déterminent souvent une élévation de température trop considérable, qui peut occasionner des céphalalgies, des vertiges, de la dyspnée, parfois même une syncope ou des congestions cérébrales chez les individus prédisposés. Cet inconvénient est réel, et il ne peut être atténué que par une ventilation convenable.
Combustibles.
Il existe des combustibles de plusieurs sortes et qui doivent être successivement étudiés.
1° Bois . — Les bois secs, denses et gros, sont ceux qui rayonnent le plus de calorique ; tandis que ceux qui sont légers, verts, humides, rayonnent moins. Les premiers échauffent donc beaucoup mieux.
2° Charbon. — Le charbon de bois présente les différences les plus grandes, et qui dépendent de l’essence du bois avec lequel il a été fabriqué. Un charbon fait avec du bois dur peut peser jusqu’à 10 ou 12 fois plus qu’un charbon fait avec un bois léger. Lé pouvoir rayonnant du premier est considérable, celui du deuxième l’est beaucoup moins.
3° Houille. — La houille est un excellent combustible, mais il est rare qu’elle brûle complètement, et elle a, de plus, l’inconvénient de dégager une huile empyreumatique nauséeuse,
ainsi qu’une fumée épaisse, preuve de sa combustion incomplète. Son pouvoir calorifique est considérable.
D’après Darcet, 1 kilogr. de bonne houille échauffe de 20 1,085 mètres cubes d’air. Dans la pratique, il ne faut en admettre que 900. Un kilogr. de houille équivaut à 2 kilogr. de bon bois. La houille distillée ou le coke ne donne pas d’odeur, mais aussi il échauffe peu.
La tourbe, composée de matières végétales putréfiées, mélangées avec le limon des marais, rayonne plus que le bois ; à poids égal, si elle donne un peu plus de chaleur, l’odeur qu’elle dégage contre-balance bien cet avantage (t).
■Bibliographie. — (Pour les procédés dans lesquels le chauffage est combiné avec la ventilation, voir plus haut.) — Chauffage : Keslar (Fr.), Épargne du bois , 1619. — Gaugbr, Mécanique du feu, ou l’Art d’en augmenter les effets et d’en diminuer la dépense , lra part., pl. 12. Paris, 1713, in-12. — Franklin, Description des nouveaux chauffoirs de Pensylvanie, où l’on explique les principes de leur construction , leur usage et leurs avantages sur tous les autres moyens d’échauffer une chambre, fig. (publié en 1745), in Œuvres, trad. de l’angl. par Barbeu-Dubourg. Paris, 1773, t. II, p. 81, in-4°. — Du même, Lettre sur l'usage des cheminées tant en été qu’en hiver (publiée en 1758), in Œuvres, t. II, p. 200.
— Rabours (G. de), præs., Basseville (J. -B.), prop. An fumus cespitum inflammabilivm (Picardis Tourbes) sanitati noxius? (Resp. affirm.). Th. de Paris, 1751, in-4°.
— Fbrard, Caminologie, ou Traité des cheminées. Dijon, 1756. — Genneté, Cahier présenté à MM. les membres de V Acad, des sciences de Paris sur la construction et les effets d’une nouvelle cheminée qui garantit de la fumée, etc., 1 pl. Paris, 1759, in-8°. — Baumer (J. Ph.), Beschreibung eines sur Esparung des Holses eingerichteten Stuben-Ofens (Mém. cour.). Berlin, 1765, in-4°. — Montalembert (le marquis M. R. de), Cheminée-poêle ou poêle français. Paris, 1766, in-4° (et lïescript. avec tig. par le chever de Jaucourt; article Cheminée, in Encyclopédie de Diderot). — Morand, Mém. sur la nature, les effets, propriétés et avantages du feu de charbon de terre, fig. Paris, 1770, in-8°. — Bourdois de la Motte, An diu focis ardentibus assidere malum? (Resp. affirm.) Th. de Paris, 1777, in-4°. — Fortin, Nouv. fourneau de salubrité très-économique, etc. Paris, 1791, in-8°. — Halle (J. N.), Bapp. sur l’ouvrage du citoyen Clavelin, concernant les principes de la statique de l'air et du feu appliqués à la construction des cheminées, in Ann. de chim., lre sér., t. XXXIII, p. 172, an VIII. — Rumfort (B. de), Essai sur la meilleure construction des cheminées, 2e édit. Genève, 1801, in-8°. — Du même, Divers essais (IV à XV), trad. fr. par Seignette. Paris, 1806, in-8°. — Guvton-Morveau, Description d’un poêle sur les principes de la cheminée suédoise, avec bouches de chaleur, in Ann. de chimie, lre sér., t. XLI, p. 79, an X. — Chamseru et Chapotin, Bapp. sur les augustines, ou nouv. chauffe-pieds économiques, in J. de méd. de Corvisart, t. XXXIII, p. 133, 1815.
(1) M. Lévy^a donné, dans son Traité d’hygiène, le tableau suivant :
Désignation du combustible. Puissance calorifique. Pouvoir rayonnant.
Bois sec 3,600 0,28
Bois ordinaire, 00,20 d'eau. 2,880 0,25
Charbon de bois 7,000 0,50
Tourbe sèche 4,800 0,25
Tourbe, 00,20 d’eau 3,600 0,25
Charbon de tourbe 5,800 0,50
Houille moyenne 7,500 Plus que le charbon de bois.
Coke, à 0,15 de cendre. . . 6,000 —
— Gérard, L’art d'empêcher les cheminées de fumer, et de chauffer économiquement, etc. Paris, 1827, iu-12. — Amelung, Nachricht über die Heizung eines neuen ti chaude am Hospital Hofheim am Darmstadt , mit erwdrmter Luft, etc., in Henke’s Ztschr. Erghft., t. XIII, p. 238, 1830. — Klose (C. L.), Jst die sogenannte Heizung mit erwdrmter Luft in Medicinal-polizeilicher Hinsicht-Empfehlungswerths oder oerwerflich? in Henke’s Ztschr ., t. LXII, Hft 4, et Schmidt’s Jahrbb., t. XXXIX, p. 93, 1843. — Ardenni et Julia de Fontenelle, Nouveau manuel complet du poêlier- fumiste, ou Traité, etc. Nouv. édit. rev. par M. F. Malepeyre. Paris, 1850, in-18, pl. — GiLLAno, Chauffage de Paris à bon marche. Paris, 1856, in-4o. —
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Accidents : Devergie (A.), Consultation médico-légale à l’occasion d'un cas remarquable d’asphyxie par la carbonisation des poutres, in Ann. d’hyg., lre sér., t. XIII, p. 442, 1835. — Ollivier (d’Angers’, Recherches et observations relatives à une double asphyxie par la vapeur du coke, ibid., t. XXV, p. 290, 1811. — Bayard et Tardieu, Rapport sur une double asphyxie par la carbonisation des poutres, ibid.,
t. XXXIV, p. 369, 184b. — Chevallier (A. J, Des accidents déterminés par le y as résultant de la combustion du bois et du charbon, et des dangers qui résultent des calorifères portatifs, etc., in Ann. d’hyg., 2® sér., t. XXII, p. 48, 1864. — Carret, Sur l’apparition+d'une nouvelle espèce d’épidémie en Savoie, in Compt. rend. Acad, des sc., t. LX, p. 793, 1865. — Du même, Addit. à la noté précédente, ibid., t. LXf, p. 417, 1865. — Du même, Du chauffage des magnaneries par la tôle, comme moyen de juger, etc., ibid., t. LXVI, p. 808, 1868. — Du même, Mém. sur l'insalubrité des poêles en fonte. Chambéry, 1869, in-8°. — Michaux, Réponse à la note de M. Carret , in Compt. rend. Acad, des sc., t. LX, p. 966, 1865. — Du même, Les poêles en fonte exercent-ils, etc., ibid., t. LXVI, p. 271, 1868. — Boissièue, Note relative à l’insalubrité des poêles en fonte, ibid., p. 346. — Décaissé, Fièvre typhoïde se développant à la suite d’une intoxication lente, etc., ibid., p. 346, et Gaz. des hôp., 1S68. — Lontin, Note sur la cause, etc., ibid., p. 846. — Morin (ie général', De l’insalubrité des poêles de fonte, etc., ibid., t. LXVIII, p. 1006, 1869. — Coulikr, Note sur les poêles en fonte, in Bull. Acad, de méd, t. XXXIII, p. 722, 1869. — Vernois (M.), Rapp. sur le mém. précédent, ibid., t. XXXIV, p. 16, 1869.
— Popper, Die Heizung vom Standpunkte der Hygieine , in Œsterr. Zeitschr. f. prakt. Heilk ., n°s 24 et 25, 1874.
Éclairage artificiel.
Dans les longues nuits d’hiver de nos climats, et dans les mois d’obscurité des pays septentrionaux, l’absence prolongée de la lumière solaire exige la création de moyens artificiels destinés à éclairer l’homme et à lui permettre, soit de s’occuper aux travaux domestiques,, soit de se livrer à la culture de son intelligence. De plus, à mesure que la civilisation fait des progrès dans un pays et que la vie devient plus active, plus remplie, l’homme cherche à mettre à profit le plus complètement possible le temps d’obscurité qu’il ne consacre pas au sommeil, •et, ici, le plaisir réclame souvent la part la plus large. Dans ces cas divers, c’est la lumière artificielle seule qui permet à l’homme d’obtenir ces résultats (1).
La privation de lumière solaire pendant les nuils de nos climats, ou pendant les mois d’obscurité des régions polaires, n’a d’autre inconvénient que celui de condamner l’homme à l’inaction pendant ce temps. Ce n’est donc pas pour prévenir des accidents que l’hygiène intervient dans la question de l’éclairage artificiel, mais pour guider l’homme dans le choix des moyens qu’il doit employer à cette intention, et apprécier l’influence qu’ils peuvent exercer sur sa santé.
Dans les temps reculés, l’homme s’éclairait à la lueur du foyer domestique. Plus tard, les progrès de la civilisation se firent sentir, et l’éclairage artificiel prit naissance. Du temps des Grecs et des Romains, il consistait dans des vases de forme
(1) Voir la bonne thèse de M. Briquet sur l’éclairage artificiel, thèse à laquelle mous avons emprunté beaucoup de détails.
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diverse, en général élégants, remplis d’huile dans laquelle une mèche était plongée directement, et enflammée.
Tel fut le mode général d’éclairage pendant le rpoyen âge, et ce ne fut que plus tard que les chandelles furent imaginées.
A la fin du dernier siècle, les divers modes d’éclairage artificiel comprenaient : 1° les chandelles ; 2° la cire ; 3° les lampes remplies d’huile dans laquelle plongeait une mèche cylindrique pleine. Argand imagina la lampe à double courant d’air, et ce fut là le point de départ des nombreux perfectionnements que subit l’éclairage artificiel. En 1785, Lebon eut l’idée d’employer à l’éclairage le gaz provenant de la distillation du bois. En 1800, Murdoch rendit ces procédés plus pratiques. Ce ne fut guère, toutefois, que de 1815 à 1830 que ce mode d’éclairage se répandit dans Paris et dans les principales villes de France.
Les substances qui servent maintenant à l’éclairage artificiel sont le suif, la cire, les résines, les huiles grasses, les huiles essentielles, et enfin le gaz provenant de la distillation de la houille. Nous allons rapidement passer en revue ces différents modes d’éclairage et leur influence sur la santé.
1° Suif. — Chandelle. — Le suif est constitué par de la graisse de mouton ou de bœuf; il est composé d’oléine, de margarine et de stéarine. L’intensité de lumière d’une chandelle de 6 à la livre n’est pas considérable ; comparée à celle d’une bonne lampe Carcel représentée par 100, elle n’est que 10, et cette intensité décroît encore à mesure que la mèche s’allonge et que la combustion devient plus incomplète.
La flamme de la chandelle présente des vacillations presque continuelles, qui sont dues à l’agitation de l’air déterminée par réchauffement et la dilatation des couches immédiatement en rapport avec la portion en combustion, et leur remplacement par des couches d’air plus froides.
La combustion incomplète d’une chandelle donne des vapeurs dans la composition desquelles entrent une huile empyreumatique, quelques traces d’acides stéarique, oléique etmargarique, non décomposés, de l’hydrogène carboné, de l’oxyde de carbone, du charbon. Ces vapeurs, inspirées par l’homme, sont irritantes : elles déterminent souvent du larmoiement, du picotement à la gorge et de la toux.
La combustion complète du suif donnerait de l’eau et de l’acide carbonique.
La combustion de 1 gramme de suif, d’après Lavoisier et Laplace, élève 83 gr. d’eau de 0 à 100°.
Une chandelle de 8 à la livre, en brûlant complètement, élève de 0 à 100° 2,648 gr. d’air, ou, en mètres cubes, 27,29 cent, cubes de ce même air.
Cil AP. IX.
Les lampions, les torches, présentent la même combustion, seulement elle est beaucoup moins complète, et les vapeurs empyreumatiques et irritantes qui s’en échappent produisent, en les exagérant, les effets d’une chandelle qui brûle incomplètement.
2° Cire. — Bougies. — On range dans les bougies : 1 0 celles qui sont fabriquées avec de la cire provenant des abeilles ou celle qui provient de la cire fournie par un arbre, le myrica cerifera : cette cire est composée de cérine et de myricine ; 2° les bougies faites avec l'acide stéarique; 3° les bougies faites avec la cétine.
Comparée à la lumière d’une Carcel, représentée par 100, l’intensité de la lumière d’une bougie (6 à la livre) donne les résultats suivants :
Bougies de cire d’abeilles 13,61
— d’acide stéarique 14,30
— de cétine 14,40
La combustion de la cire est, en général, plus complète que celle du suif; elle donne naissance à beaucoup moins de vapeur et ne produit que des traces presque insensibles d’huile empyreumatique. A l’époque actuelle, les bougies dites stéariques ont à peu près exclusivement remplacé toutes les autres, en raison de leur prix peu élevé. Lorsqu’on commençait à se livrer à leur fabrication en grand, on employait, parmi les moyens d’épuration, une certaine quantité d’acide arsénieux. Dans la crainte que la volatilisation d’une petite partie de ce composé, qui aurait pu rester dans les bougies, ne causât des accidents, l’autorité interdit l’emploi de l’arsenic dans la fabrication des bougies stéariques : je ne sache pas cependant que, même à cette époque, elles aient déterminé des accidents réels.
D’après Lavoisier et Laplace, la combustion de 1 gramme de cire blanche peut élever 10 o gr. d’eau de 0 à 100°.
La combustion de cette même quantité de cire peut élever de 0 à 100° 32m,85 cent, cubes d’air.
3° Résines. — L’emploi de la résine pour l’éclairage et pour la fabrication des torches peut avoir de mauvais effets sur la santé. Les vapeurs épaisses et piquantes que produit sa combustion, toujours incomplète, déterminent facilement de la toux.
4° Huiles grasses . — Les huiles grasses le plus généralement employées pour l’éclairage sont : 1° huile de colza ; elle est trèsbelle et très-bonne pour cet usage, quand elle a été purifiée par l’acide sulfurique, qui en sépare les mucilages végétaux qu’elle
contient presque toujours. L’emploi de ce procédé a fait craindre qu’il n’y restât un peu d’acide, qui, venant à se décomposer et à se dégager pendant la combustion, aurait pu déterminer des accidents ; on n’en cite cependant aucun exemple. 2° L’huile d’œillette, extraite du pavot; elle est un peu visqueuse. 3° L’huile de chènevis, jaune, âcre et visqueuse. 4° Enfin l’huile de noix, plus visqueuse et plus âcre encore.
Les lampes. — Les premières lampes consistaient dans des mèches pleines, plongées immédiatement dans l’huile. Avant l’invention d’Argand, toutes dérivaient de ce principe. L’introduction du double courant d’air en a changé toute l’économie, et depuis les inventions nouvelles se sont tellement multipliées, qu’on ne pourrait songer à en tracer l’historique.
Disons cependant quelques mots des principales lampes actuellement en usage :
lü La lampe dite solaire. — Cette lampe est la plus simple; elle consiste dans une mèche circulaire plongée immédiatement dans l’huile, qui y monte par voie de capillarité. Elle se rapproche, sous ce rapport, des lampes anciennes, mais elle en diffère essentiellement, en ce qu’elle est à double courant d’air : courant intérieur passant à l’intérieur de la mèche, et courant extérieur passant entre la flamme et la paroi interne du verre. Ces lampes éclairent bien, échauffent beaucoup, et brûlent, pour un bec de 14 lig. , 60 à 75 grammes d’huile par heure.
2° La lampe à double courant d’air et à niveau supérieur. — Ces lampes ne sont plus guère employées que pour les travaux de cabinet ou les quinquets suspendus dans les escaliers.
Ces lampes, en brûlant, donnent les intensités de lumière suivantes :
Comparée à une Carcel donnant 100 de lumière, une lampe astrale donne 30,40, tandis qu’une lampe à mèche plate ne donne que 12,5. Une lampe à mèche plate brûle 14 grammes d’huile par heure; une lampe astrale, 26,71, et une forte lampe à niveau supérieur, 45 grammes d’huile.
3° Les lampes dites à modérateur sont toujours des lampes à double courant d’air, mais dont le réservoir d’huile est situé audessous de la mèche. Le liquide y parvient sous l’influence d’un piston poussé par un ressort à boudin, qui comprime l’huile lorsqu’il est au haut de sa course. Elles donnent une lumière aussi intense que celle des lampes Carcel; mais il faut nécesr sairement les remonter très-souvent; cet inconvénient est dû à ce que le piston arrive rapidement au bout de sa course.
4° Les lampes Carcel sont, de toutes, les meilleures. L’huile, placée dans un réservoir inférieur, parvient à la mèche sous l’intluence d’un mouvement d’horlogerie. Ce sont elles qui don-
nent la clarté la plus vive, la chaleur la plus intense; ce qui est dû à ce qu’elles déterminent la combustion la plus complète de l’huile. Les lampes Carcel consomment, en général, pour un bec de 15 lig. de diamètre, 60 grammes d’huile par heure. Une lampe Carcel est capable d’élever en une heure de 0 à 100°, 45m,48 cent, cubes d’air.
Éclairage dit à gaz liquide. — Le liquide employé dans les lampes dites à gaz liquide est un mélange, en proportions définies, d’alcool et d’huile essentielle de térébenthine. La combustion en est complète ; elles brûlent un litre de liquide en 15 heures. Le prix du litre est de 1 fr. 35 c. à Paris, et 1 fr. hors Paris. Elles consomment donc pour 9 centimes par heure; la lumière est très-blanche, très-pure, mais elle n’a pas une intensité très-considérable. L’emploi de ces lampes exige de grandes précautions, et il y a eu plusieurs exemples dans lesquels la flamme s’est communiquée de la mèche au liquide du réservoir, et a ainsi déterminé de violentes détonations et de graves accidents.
Lampes à huile essentielle de schiste. — Ces lampes ont une grande analogie avec les précédentes, mais elles sont infiniment moins dangereuses. La lumière est très-belle, très-pure, presque blanche, et extrêmement intense. Ces lampes sont peu dispendieuses. Une lampe de calibre ordinaire brûle un litre de liquide en 20 heures. Le prix du litre est de 1 fr. : elles brûlent donc pour 5 centimes de liquide par heure. Les seuls inconvénients qui y sont attachés résïdent dans la manipulation du liquide, qui est odorant, et dans une légère odeur empyreumatique résultant de la combustion. Les avantages qui y sont attachés compensent tellement les inconvénients, qu’on a du reste fait disparaître presque complètement par la purification de l’huile essentielle, que ce genre de lampes et le liquide qui lefe alimente sont destinés à un bel avenir.
[Lampes à huile de pétrole. — L’huile de pétrole (huile de pierres ou de rochers) est un produit naturel connu depuis longtemps, qui se trouve en sources plus ou moins abondantes dans beaucoup de localités de l’ancien et du nouveau monde. Ce liquide n’avait guère, jusqu’à présent, été employé pour l’éclairage à cause de sa rareté; mais des sources d’un rendement très-considérable (de 1,000 à 1,200 barriques de 190 litres chacune) ayant été récemment découvertes dans l’Amérique du Nord, l’huile de pétrole, qui jouit d’ailleurs d’un pouvoir éclairant très-remarquable, pouvant être vendue à bas prix, devient depuis quelques années d’un usage à peu près général. Elle a cependant de très-graves inconvénients, elle s’enflamme trèsfacilement, détone avec violence. Aussi a-t-elle souvent donné
lieu à des brûlures quelquefois mortelles et à des incendies dont quelques-uns ont pris des proportions formidables. L’emploi de celte substance, pour ceux qui se décideront à en faire usage, doit donc être entouré de grandes précautions ; et ne parlant ici que de l’application à l’éclairage des maisons particulières, il faut suivre les prescriptions qui ont été données par le conseil d’hygiène et par M. le docteur Const. Paul, dans un excellent travail sur ce sujet. On n’emploiera que de l’huile rectifiée, qui est beaucoup moins inflammable que l’huile brute. Elle sera conservée dans des bidons enfer-blanc, fermés par un bouchon de métal à l’aide d’un pas de vis. Le récipient de la lampe doit être large, peu profond, et fait d’une substance transparente (verre ou porcelaine), de manière qu’on puisse voir le volume de l’huile qu’il renferme. Le pied en sera large et pesant, afin de donner de la stabilité à la lampe. Le bec des lampes doit être assez long, pour qu’entre la flamme et la surface du liquide il y ait au moins 6 centimètres ; s’il étaitbeaucoup plus long, la mèche brûlerait mal; s’il était plus court, on courrait risque de voir la lampe s’échauffer trop et la soudure se fondre. C’est surtout quand on verse de l'huile dans le récipient qu’il faut redoubler de précautions. Cette opération sera faite autant que possible pendant le jour ; si l’on était obligé de remplir la lampe le soir, il faut se tenir éloigné de tout corps en combustion. Pour éteindre, on baisse graduellement la mèche, et quand il ne reste plus qu’une petite flamme bleue, on souffle pour achever deTéleindre. On ne fait pas descendre entièrement la mèche, parce que si elle tombait dans l’intérieur du récipient, elle pourrait déterminer une explosion. Si le verre vient à casser, il faut éteindre immédiatement, afin d’empêcher réchauffement des garnitures métalliques, qui pourrait produire la vaporisation de l’huile contenue dans le réservoir; cette vapeur, en prenant feu au contact de la flamme, amènerait également une explosion. Le sable, la terre, le grès sont préférables à l’eau pour éteindre les huiles minérales en combustion. On voit à combien de soins il faut s’assujettir quand on veut user de cette dangereuse substance !]
Les lampes dites à gaz oxygène, imaginées par M. Rousseau, sont destinées à se répandre dans le public, maintenant que l’inventeur est parvenu à pouvoir livrer de l’oxygène à bas prix.
Cette lampe consiste dans le remplacement du courant d’air situé à l’intérieur de la mèche, par un courant d’air enrichi d’oxygène contenu dans un gazomètre. Elle donne une lumière blanche magnifique, d’un éclat tel que l’œil ne peut le supporter, et qui dépasse de beaucoup celui du gaz. Cette intensité
est si grande que, mesurée au photomètre et comparée à celle du bec d’une lampe Carcel de même diamètre, qui serait représentée par 100, celle-ci est de 800; elle a, de plus, le grand avantage de ne pas brûler aux dépens de l’oxygène contenu dans la pièce dans laquelle elle est placée, mais exclusivement aux dépens de l’oxygène du gazomètre. Ce gaz, contenu dans un gazomètre peu volumineux, de toile imperméable, ne peut jamais produire d’explosion ni d’émanation nuisible.
Une autre espèce de lampe est la. lampe électrique, imaginée parM. Soleil, et dont le principe est basé sur l’expérience de Davy, qui consiste, comme on le sait, dans le passage d’un courant électrique intense entre les pointes de deux cônes de charbon. Cette lampe est d’un prix très-élevé et exige une pile énergique, dont la manipulation est également très-chère. Sa lumière est plus intense et plus blanche encore que celle de la précédente, mais elle est infiniment plus dispendieuse (t).
Tels sont les divers systèmes de lampes imaginés successivement : il faut maintenant étudier leurs influences sur l’homme.
La combustion d’une chandelle, d’une bougie, et surtout d’une lampe, dans la chambre d’une habitation privée, peut, dans certaines circonstances, avoir de sérieux inconvénients. Si cette chambre est bien close, s’il n’y a pas de cheminée, de poêle ou de prise d’air quelconque, la combustion se fait alor aux dépens de l’oxygène de l’air de la pièce, l’acide carbonique qui en procède y séjourne, et il arrive un instant où la respiration devient impossible. C’est en pareil cas que l’on voit d’abord se produire la céphalalgie, les vertiges, et finalement l’asphyxie, qui arriverait infailliblement si l’air n’était pas renouvelé; il est probable que c’est à cette cause qu’il faut rattacher les vertiges, les maux de tête et le commencement d’asphyxie signalés par Ramazzini co mme la conséquence de la combustion de l’huile.
Lorsque la chandelle, la bougie ou la lampe brûlent dans une
(1) On a cherché à diverses reprises, dans ces derniers temps, à utiliser la lumière électrique, sinon pour l’éclairage privé, du moins pour l’éclairage public. Paris a été témoin et peut l’être souvent, le soir, des essais que l’on fait à cet égard. Jusqu’à ce jour, « le véritable obstacle à l’adoption de ce mode d’éclairage public, dit M. Lévy, est dans la concentration d’une quantité prodigieuse de rayons lumineux ; tandis que la clarté due à la combustion de l’huile, des bougies, se dissémine dès le moment de sa production, la source lumineuse qui naît de la pile voltaïque accumule en un point unique une masse énorme de rayons, perce les brumes et les brouillards, et se projette à des distances très-considérables. Ce mode d’illumination, excellent pour les phares et les signaux, pour la télégraphie aérienne nocturne, ne convient pas à l’éclairage des places, des rues. Au centre et jusqu’à une certaine distance de ce point son éclat serait perdu : l’effet utile ne se produirait qu’à la circonférence de la région illuminée.» Ajoutons que cette lumière, dont le foyer est d’un éclat éblouissant, produit sur la vue des effets très-nuisibles. E. Bgd.
4 16 DEUXIÈME l'ARTIE. — MATIÈRE DE L’HYGIÈNE.
chambre dans laquelle la ventilation est bien établie, elles n’ont d’autres inconvénients que ceux qui pourraient résulter de la construction vicieuse de l'appareil d’éclairage, ou de la combustion incomplète de la substance employée.
Tl est un certain nombre d’individus qui changent à leur égard l’ordre naturel, qui dorment le jour et veillent la nuit. Cette vie nocturne est consacrée par les uns aux exigences de leur état, de leur profession ; parles autres, à leur plaisir. Dans ces deux cas, mais surtout dans le dernier, la fatigue et l’épuisement jouent un grand rôle; aussi est-ce avec réserve que l’on doit attribuer à la seule influence de la vie nocturne les modifications survenues dans l’organisme et que M. Briquet caractérise ainsi : peau pâle, traits tirés, yeux fatigués, paupières rouges et gonflées, sentiment d’âcreté à la gorge, irritation folliculaire des bronches et des fosses nasales, digestions languissantes, faible degré de résistance au froid, épuisement sans cause suffisante, usure des organes de la vie.
5° Éclairage au gaz. — Le gaz dont on fait usage provient : 1° de la houille ou de l’huile de houille; 2° des huiles grasses; 3° des résines ou des huiles de résine; 4° des eaux ayant servi au dégraissage et qu’on soumet ensuite à la distillation dans des appareils destinés à cet usage.
Produit dans des cornues de fonte chauffées au rouge, dans lesquelles ces matières sont décomposées, le gaz est porté de là par des tuyaux particuliers dans le gazomètre, d’où il est distribué dans les différentes parties de la ville qu’il doit éclairer.
La distillation des huiles grasses donne de l’hydrogène protoet bicarboné, de l’hydrogène pur, des carbures d’hydrogène, de l’oxyde de carbone et un peu d’azote; il reste dans les cornues du charbon et du goudron.
La distillation de la houille donne de l’hydrogène proto- et bicarboné, de l’hydrogène pur, de l’oxyde de carbone, de l’acide carbonique et quelque peu d’ammoniaque; le résidu est du coke et du goudron.
Les résines et les huiles de résine donnent les produits intermédiaires.
Le gaz produit est dépouillé d’une partie des composés étrangers qu’il contient par les lavages que Ton opère dans des réservoirs spéciaux, qu’il traverse en passant des cornues dans le gazomètre. Les conduits qui le portent dans les lieux qu’il doit éclairer sont en plomb.
La fabrication du gaz expose les ouvriers qui y travaillent à des accidents particuliers : ainsi, la chaleur considérable qu’ils éprouvent en vidant les cornues à distillation détermine quelquefois des congestions cérébrales et des brûlures, etc. Les
émanations qui s’échappent du gaz avant le lavage, peuvent exercer une action fâcheuse, qui va quelquefois jusqu’à l’asphyxie.
Dans son trajet à travers les tuyaux de plomb destinés à le distribuer, le gaz s’échappe quelquefois par les fissures qui existent au point de jonction et de soudure des deux tuyaux. En sortant ainsi, tantôt il s’exhale à l’air libre et manifeste sa présence dans l’atmosphère par une odeur caractéristique; d’autres fois, le gaz, à sa sortie du tuyau, s’infiltre dans le sol, l’imprègne complètement avant d’arriver à sa surface et de se répandre dans l’atmosphère. En pareil cas, on n’a guère à redouter que la mauvaise odeur.
Dans d’autres circonstances, la fuite de gaz a lieu dans une chambre, un magasin, un lieu fermé quelconque. Lorsqu’il en est ainsi, on doit redouter l’asphyxie des individus qui y habitent ; ou bien, il peut produire une conflagration et une détonation par suite de l’approche d’un corps en ignition. Ces deux sortes d’accidents ont été bien souvent observés.
Les auteurs varient d’opinion sur la quantité de gaz d’éclairage qui doit être mélangé à l’air atmosphérique pour s’enflammer à l’approche d’un corps en ignition. D’après M. Devergie, il en faudrait 1/H ; d’après d’autres, 1/4.
[Au total, l’odeur de gaz', dans un appartement, exige que l’on s’empresse d’y éteindre les corps en ignition et que l’on n’y pénètre point avec une lumière qui, dans le cas où le mélange du gaz aurait lieu en proportion convenable, amènerait une explosion. Une ordonnance de police, en date du 27 octobre 185o, a formellement défendu de chercher, dans les localités closes, le point par lequel a lieu la fuite au moyen du flambage, procédé qui consistait à promener le long des conduits une bougie allumée ; le gaz, en s’enflammant au niveau de sa sortie par la fissure, indiquait le siège précis de la fuite, mais il en résultait souvent de graves accidents. L’ordonnance prescrit l’emploi d’appareils propres à déceler le point d’issue accidentelle du gaz à l’aide d’une disposition particulière. On se sert habituellement d’un mécanisme fort ingénieux, imaginé par Maccaud et qui a reçu l’approbation du Conseil de salubrité, de la Société des architectes, etc.]
Le gaz, arrivé au bec où il doit brûler pour servir à l’éclairage, traverse une plaque circulaire percée de trous extrêmement fins au-dessus desquels il s’enflamme. Cette disposition met à l’abri des détonations.
[Un pharmacien de Paris, M. Guyot, a imaginé une modification très-simple du brûleur, qui rend les explosions encore moins à craindre et modère d’une manière très-économique la
A. Becquerel, 6e édition. 27
418 DEUXIÈME PARTIE. — MATIÈRE DE i/llYGlÈNE.
combustion du gaz. De son côté, M. le docteur Knudsen, en s’occupant de l’éclairage par le gaz, dans l’intérieur des appartements, exige une épuration plus complète qu’on ne la fait d’ordinaire, et un tirage plus actif au-dessus de la flamme, ce que l’on peut obtenir à l’aide d’un aspirateur. De la sorte, la combustion est plus complète et laisse moins de résidus nuisibles à la santé.]
La flamme d’un bec ordinaire, comparée à celle d’une bonne Marcel représentée par 100, est de 127. La combustion complète du gaz ne devrait donner que de l’acide carbonique et de l’eau ; il est loin d’en être ainsi, et les produits sont bien plus compliqués. M. Briquet donne à cet égard les résultats suivants, calculés d’après les chiffres de M. Dumas :
Un bec de gaz d’huile distillée consume 38 litres de gaz par heure : il absorbe 63 litres 2/3 d’oxygène, et forme 42 litres 1/2 d’acide carbonique et 23 3/810 d’eau. Un bec de gaz de houille brûle 158 litres de gaz par heure; il absorbe dans le même temps 234 litres d oxygène, et donne 128 litres 1/2 d’acide car bonique et 69,660 d’eau. La flamme de ce gaz]donne presque tou « jours un peu de charbon, qui se dépose sur les objets voisins.
La combustion du gaz dégage une énorme quantité de chaleur; car, d’après les mêmes calculs, un bec brûlant 138 litres de gaz par heure peut élever de 0 à 100°, 32,420 litres d’air ou 154 mètres cubes d’air. D’après ces calculs, la quantité énorme d’oxygène que le gaz doit absorber, pour brûler la quantité proportionnelle d’acide carbonique qui en résulte, explique la raison pour laquelle l’éclairage au gaz ne saurait être employé dansl’intérieurdes habitations privées ; il doit être réservé pour les cours, les escaliers, les grands vestibules, les rues, les places publiques, partout enfin où le renouvellement continuel de l’air fournit de l’oxygène en proportion suffisante pour la combustion et pour entraîner la grande quantité d’acide carbonique produit.
Les influences spéciales que le gaz d’éclairage peut exercer sur l’homme sont les suivantes :
1° Le séjour continuel dans un lieu où brûle le gaz d’éclairage détermine souvent de la toux, une irritation bronchique, et peut, s’il y aune prédisposition, favoriser le développement de maladies plus graves des poumons, et en particulier des tubercules.
2° Le séjour continuel, la nuit et le jour, dans un magasin, un atelier où brûle du gaz, produit quelquefois l’étiolement des sujets qui y sont exposés. On sait que, par étiolement, on doit entendre l’altération du sang, qui consiste dans la diminution simultanée et progressive de ses trois principaux éléments constitutifs (albumine, globules, fibrine).
3° La petite quantité d’acide sulfureux, de sels ammoniacaux
et de charbon non brûlé qui existe dans l’atmosphère d’un lieu éclairé au gaz, peut déterminer de la toux; c’est la présence de ces gaz qui est probablement la cause des accidents dont il a été question plus haut ; il en est de môme du sulfure de carbone qui peut également s’y trouver.
4° ha présence dans l’air d’une petite quantité d’acide sulfhydrique, qui se produit quelquefois dans la combustion du gaz de l’éclairage, peut amener des accidents plus graves et même l’asphyxie.
o° Enfin, l’asphyxie est la conséquence de l’inspiration du gaz d éclairage qui remplit une pièce de manière à enlever la quantité d’air atmosphérique et d’oxygène nécessaire pour entretenir la respiration.
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Objets placés dans l’intérieur des habitations privées.
1° Fleurs. — Les fleurs placées dans une chambre peuvent exercer deux actions différentes. L’une consiste dans l’influence produite sur l’homme par l’acide carbonique qu’elles exhalent pendant la nuit, et l’autre dans celle déterminée sur lui par des émanations odorantes. Les effets de l’acide carbonique peuvent être atténués ou anéantis par un renouvellement suffisant de l’air; il faut, du reste, que les végétaux soient bien abondants dans une chambre, et cette chambre elle-même bien étroite et bien close, pour que la quantité d’acide carbonique venant de cette source soit capable de déterminer l’asphyxie. — Si cette influence était la seule à combattre, on en triompherait facilement par l’établissement d’un courant d’air destiné à renouveler l’air et à expulser l’acide carbonique. L’enlèvement des végétaux est, du reste, la première chose à faire. L’action des émanations odorantes, l’influence de l’acide carbonique, complètement mises de côté par le facile renouvellement de l’air dans la pièce, est loin d’être nulle ; il existe dans la science de nombreux exemples d’accidents produits par les odeurs végétales. Ces accidents, plus communs chez les femmes nerveuses et impressionnables, ont été observés très-souvent : ils consistent dans la céphalalgie, les vertiges, les éblouissements, les syncopes, les spasmes nerveux et des attaques hystériformes.
La conclusion est qu’il faut proscrire d’une manière absolue la présence des végétaux, et surtout des fleurs odorantes, dans une chambre habitée, la nuit surtout, même quand il existe un facile renouvellement d’air.
2° Animaux. — Les animaux placés dans l’intérieur des appartements altèrent l’atmosphère de la même manière que l’homme; et souvent, quand ils sont de grande taille, la viciation qu’ils produisent est presque aussi forte. 11 est nécessaire de tenir compte de cette circonstance, et d’exiger une capacité plus grande de la chambre dans laquelle on veut faire coucher un chien, par exemple, à côté de soi. Il est préférable, toutefois, de ne pas contracter cette habitude, et de toujours reléguer les animaux vivants dans des pièces autres que celles où l’on habite. — Il peut se faire, en outre, que, chez le chien, la rage vienne à se développer, soit spontanément, soit à la suite de la morsure d’un autre chien, morsure qui aura échappé à l’observation du maître.
Il est un usage généralement suivi en France dans les fer-
mes, les établissemenls d’agriculture, ainsi que dans les grandes écuries où sont logés les chevaux en nombre considérable, c’est celui d’y faire coucher un ou plusieurs garçons d’écurie. Indépendamment des maladies contagieuses qu’ils peuvent y contracter, et dont il sera question plus lard, le choix d’un tel coucher a tous les inconvénients attachés aux conséquences de l’encombrement et à la viciation de l’air par renouvellement insuffisant. Il est probable, toutefois, que si cet usage n’est pas plus souvent suivi d’accidents, c’est que l’air vicié par la respiration de tant d’animaux réunis peut se renouveler par les ouvertures libres et nombreuses que présentent, la plupart du temps, les écuries et les étables. Il y aurait lieu, cependant, d’examiner si, en hiver, où l’on bouche une partie de ces ouvertures, une telle habitation n’est pas plus malsaine qu’à toute autre époque de l’année.
3° Aliments conservés dans l' habitation. — Ils ne sauraient avoir d’autres inconvénients que ceux qui résultent de leur putréfaction, et il en a été question à propos de l’influence des matières putrides sur la santé. Malgré le doute que des travaux récents ont pu jeter sur la nocuité de cette influence, il est d’une bonne hygiène de faire rejeter des habitations privées tout aliment corrompu et capable d’altérer l’air par les émanations putrides qui s’en dégagent.
niblioftrapliic. — Boyle (R.), Exercitatio de mira suhtilitate effluviorum. — Du même, De natura determinata effluviorum. — Du même, De insigni efficacia effluviorum, in Opp. varia, t. II. Genevæ, 1693, in-4°. — Triomph (4. H.), De aromaticorum natura, usu et abusu. Jenæ, 1695, in-4°. — Triller (D. G.), De morte subita, ex nimio violarum odore oborto. Wittebergæ, 1762, in-4°. — Seligius (G. H.), De odoribus. Erljmgæ, 1766, in-4°. — Kirwan (A. A. P. A.), De l’odorat et de l’influence des odeurs sur l’économie animale. Th. de Paris, 1812, in-4°, no 47. — Barthélemy (J.), Essai sur les fleurs et sur leurs effets pernicieux. Th. de Paris, 1812, in-4°, n° 158. — Cloquet (H.), art. Odeur, du Dict. des sc. méd., t. XXXVII. — Du même, Osphrésiologie, ou Traité des odeurs, du sens’ et des organes de l’olfaction. Paris, 1821, in-8°. — Chevallier (A.), Sur les émanations des fleurs et des fruits, et sur les accidents qu’elles peuvent déterminer, in Ann. d’hyg., 2e sér., t. XXII I, p. 295, 1865.
Annexes de l’habitation proprement dite, et contenues à peu près constamment dans son intérieur.
Alcôves , rideaux de lit. — Un usage à peu près général existe en France, môme dans les habitations les moins aisées, c’est celui de renfermer le lit dans une alcôve, ou de l’entourer de rideaux épais capables d’en faire le tour et de créer ainsi une atmosphère artificielle d’air confiné. — Cet usage, qu’il serait à peu près inutile de chercher à déraciner, en raison môme de sa généralité, est mauvais et funeste à la santé ; il s’oppose au
CU Al’. IX. — DES HABITATIONS. 4 2 3
renouvellement facile de l’air ; il concentre dans un espace resserré le produit des exhalations pulmonaire et cutanée, et vicie l’air qui est respiré immédiatement par la personne couchée dans le lit.
Ces inconvénients de l’alcôve ou des rideaux épais sont plus sérieux encore quand il s’agit d’individus malades; car le produit des exhalations pulmonaire et cutanée de ces derniers, concentré dans un air non renouvelé, et absorbé ensuite par les memes voies qui l’ont fourni, est capable d’aggraver la maladie des individus placés dans le lit, et de la compliquer d’une manière beaucoup plus fâcheuse. Enfin, cette habitude s’oppose à la liberté de la respiration des personnes atteintes de maladies chroniques du poumon et du cœur, et elles sont presque toujours obligées d’y renoncer.
L’hygiène doit donner le conseil de rejeter toute alcôve qui ne serait pas largement ouverte ; elle doit également engager à ne faire usage que de rideaux légers et incomplets, destinés plutôt à servir d’ornement qu’à s’opposer au facile renouvellement de l'air. [Ces rideaux seraient d’ailleurs relevés tous les soirs au moment du coucher.]
Quant aux malades, on ne saurait trop engager les personnes qui les entourent à débarrasser leur lit des rideaux, à moins que ces derniers n’aient pour destination spéciale d’empêcher l’action directe d’un courant d’air sur le malade.
Les soupentes, les cabinets obscurs, étroits et sans croisées, dans lesquels on place bien souvent des lits, ont tous les inconvénients des chambres petites et non ventilées ; on doit en rejeter l’usage, en raison de l’influence fâcheuse qu’ils ne manqueraient pas d’exercer sur la santé. Quant aux lits eux-mêmes, voy. plus bas Vêtements.
Cuisines. — Les cuisines exposent les personnes qui y séjournent habituellement- à une cause spéciale de maladie : c’est celle qui résulte de la combustion d’une grande quantité de -charbon de bois, du dégagement d’acide carbonique et de l’asphyxie qui peut en être la conséquence. — Les moyens à employer pour prévenir ces accidents sont les suivants :
1° Donner à ces pièces l’étendue la plus grande possible, dans toutes les dimensions ;
2° Y placer un dallage en pierre plutôt qu’un plancher en bois ;
3° Établir une ventilation énergique et facile, à l’aide de grandes croisées;
4° Prolonger la hotte de la cheminée jusque sur les fourneaux spécialement destinés à la combustion du charbon, de manière ■à leur constituer une voie d’appel considérable.
Latrines. — Dans l’antiquité, les maisons avaient déjà des la- Irines spéciales, et on les retrouve parfaitement conservées dans les maisons découvertes de Pompéi.
Dans un grand nombre de villages et d’habitations rurales, il n’y a, pour toutes latrines, qu’un trou creusé en terre, ce qui laisse toute facilité, pour se dégager, aux émanations qui en proviennent.
Dans les villes, il ne saurait en être ainsi, et chaque appartement a ses latrines spéciales. Elles sont presque toujours une source incessante d’infection qui résulte de la présence du suifhydrate d’ammoniaque uni à une petite quantité d’acide suifhydrique ; ces gaz peuvent se dégager sur un des points suivants :
1° Les endroits mômes où sont placées les latrines ;
2° Les fissures qui peuvent exister dans un point quelconque du trajet des tuyaux de faïence ou de terre qui servent à la conduite des matières dans la fosse ;
3° La soudure incomplète qui a lieu au point de jonction des tuyaux de fonte employés pour le meme usage ;
4° Enfin, ces gaz peuvent sortir de la fosse où sont conduites les matières fécales et dans laquelle elles séjournent.
Ces émanations, toujours plus considérables par les temps chauds et humides, peuvent-elles exercer une influence fâcheuse sur l’homme ? L’étude des phénomènes et des maladies qui se développent chez les vidangeurs peut seule éclairer la question. Si l’on met de côté l’asphyxie dont ils sont si souvent atteints dans leur profession et les ophthalmies spéciales dont ils peuvent être affectés, les médecins sont bien loin d’être d’accord sur la nature des autres maladies. A l’exemple de Parent-Duchâtelet, beaucoup de médecins nient complètement cette influence pernicieuse, et n’admettent que la possibilité de l’asphyxie et des ophthalmies. D’un autre côté, l’observation des maladies qui régnent à Montfaucon et à Bondy, où sont déposées les matières fécales de Paris, n’y démontre ni une fréquence ni une gravité plus grandes que partout ailleurs ; il n’y a pas non plus une mortalité plus considérable.
En opposition à cette négation d’accidents possibles, on cite quelques cas dans lesquels des effets nuisibles auraient été produits, effets dont la nature ne serait cependant pas bien déterminée. Tels sont les trois cas de mort survenus successivement chez les individus qu’on avait fait coucher dans une pièce où existaient des émanations sorties par la fissure d’un tuyau de conduite de matières fécales passant dans l’épaisseur du mur (Darcet).
La question des accidents qui peuvent survenir, tout indécise
Cil AP. IX. — DES HABITATIONS. 425
qu’elle soit, n’en doit pas moins être prise en sérieuse considération, et l’on doit chercher, sinon à détruire complètement, du moins à réduire au minimum les inconvénients attachés aux émanations des latrines. Voici, à cet égard, les dispositions les plus favorables à prendre.
Placer les latrines dans un cabinet isolé, aussi grand que possible, et loin des chambres à coucher et du centre des appartements. — Donner à ce cabinet un jour sur la cour, ou, au moins, sur l’escalier.
Le système qu’on doit, préférer est celui des lieux d’aisances dits à l’anglaise : ils consistent, ainsi qu’on le sait, en une soupape à bascule capable de fermer hermétiquement l’ouverture supérieure du tuyau de conduite. La combinaison avec un réservoir d’eau supérieur est ce qu’il y a de préférable. Si, malgré cela, il y avait encore dégagement d’odeur, il faudrait avoir recours aux chlorures désinfectants.
Les tuyaux de conduite doivent être en fonte; on donnera un soin particulier aux points de jonction et de soudure.
La disposition de la fosse est importante à considérer; on conseille généralement de la voûter et de la ventiler à l’aide d’un tuyau dit tuyau d’évent, partant de sa partie supérieure et s’étendant jusqu’à une hauteur qui dépasse celle des cheminées les plus élevées; son point de départ de la fosse doit se trouver à un niveau supérieur à celui d’arrivée des tuyaux de conduite.
[Ces tuyaux d’évent sont quelquefois plus nuisibles qu’utiles. Ainsi, quand la température des cabinets est supérieure à la température extérieure, quand les tuyaux de chute sont dans le voisinage d’un conduit de cheminée, quand les cabinets ouvrent sur une cage d’escalier où existe un courant ascensionnel rapide, alors l’appel se fait par les tuyaux de chute : les gaz de la fosse s’y précipitent, et l’air extérieur descendu par le tuyau d’évent remonte à son tour vers les cabinets chargé des produits fétides exhalés parles matières de la fosse; ce courant ascendant devient continu tant que la cause persiste. Enfin, quand il se produit des fissures, des fentes dans le tuyau d’évent, il en résulte des infiltrations de gaz infect dans les logements au niveau desquels existent ces fissures.]
Un système qui commence à se répandre beaucoup est celui des fosses mobiles ; il consiste dans des tonneaux placés dans une cave spéciale et auxquels on fait aboutir l’extrémité d’un tuyau de conduite. Les tonnes une fois remplies, on les enlève, et on les remplace par d’autres, que l’on retire ensuite à leur tour, lorsqu’elles sont pleines. M. Piorry, qui vante beaucoup ce système, dans son intéressante dissertation sur les habitations privées, lui reconnaît les avantages suivants : les tonnes
'»26 DEUXIÈME PARTIE. — MATIÈRE DE l’üYGIÈNE. •
no dégagent aucune odeur, épargnent les frais de construction, d’entretien et de curage de la fosse ; enfin, les frais auxquels elles entraînent sont beaucoup moins élevés que ceux de ces trois opérations. C’est une question à étudier ; mais, en tout cas, on ne peut guère appliquer ce système aux maisons de construction ancienne.
Le curage des fosses d’aisances produit souvent des accidents chez les ouvriers qui l’exécutent : telle est spécialement l’asphyxie, dont on a eu de si nombreux cas à déplorer.
Ces accidents sont devenus beaucoup plus rares depuis qu’on est parvenu, à l’aide de cheminées d’appel et de tuyaux d’aspiration, à mettre à profit la formation du vide pour enlever la totalité des matières liquides contenues dans la fosse; depuis lors, les hommes sont bien moins exposés lorsqu’ils y descendent. Dans ce dernier cas meme encore, un emploi judicieux des chlorures prévient les accidents et empêche l’asphyxie.
Les applications faciles et peu dispendieuses des moyens de désinfection aux matières fécales ont déterminé l’administration à rendre une ordonnance de police par laquelle il est interdit à tout entrepreneur de vidanges de commencer le curage d’une fosse avant d’avoir préalablement désinfecté la masse de matières qu’elle renferme. La mise à exécution de ce moyen et son emploi judicieux préviendront probablement, dans la suite, tous les accidents; il consiste dans l’emploi, soit du peroxyde de fer, soit du charbon. Le premier de ces agents surtout paraît se généraliser, ce qu’il doit à son prixpeu élevé, joint aux bons résultats qu’il produit. L’emploi des chlorures réussit bien également, mais il est plus dispendieux.
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Cil AP. IX. — DES HABITATIONS.
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Annexes de l’habitation privée placées en dehors.
Escalier. — Les escaliers sont une des parties les plus importantes des habitations privées. Cette importance est plus grande encore quand il n’existe pas de cours intérieures. Un des principaux usages des escaliers est de contenir une vaste colonne d’air, en quelque sorte mobile, se renouvelant facilement, et dans laquelle les appartements intérieurs viennent puiser une partie de l’air qui leur est nécessaire, et quelquefois même la lumière. On doit donc rechercher dans un escalier l’espace, l’étendue, une bonne construction, une pénétration et une sortie faciles de l’air. On ne saurait trop recommander à cet égard des fenêtres larges, hautes, aussi nombreuses que possible, et qui restent ouverles une partie de la journée, surtout à l’époque de la belle saison.
Cours. — Les cours intérieures constituent toujours une condition meilleure de salubrité pour une habitation privée. Pour offrir cet avantage, cette cour ne doit être ni trop étroite, ni trop encaissée ; il faut qu’elle donne un libre accès à l’air et à la lumière, et que les eaux ménagères ou bièn les fumiers qui proviennent des écuries n’y séjournent pas ; on doit enfin recommander de la laver, le plus souvent possible, avec l’eau provenant des puits et des pompes.
On a pris l’habitude, dans plusieurs quartiers populeux et industriels des villes, de couvrir les cours, lorsque toutefois elles n’ont pas une étendue trop considérable, d’un vitrage qui les transforme ainsi en un vaste magasin. Cet usage n’aurait d’inconvénients qu’en tant qu’il s’opposerait à la libre circulation de l’air dans la partie de la cour située au-dessous du vitrage, à sa pénétration dans l’escalier, et qu’il nuirait à l’écoulement des eaux ménagères au dehors.
Lorsqu’il n’existe pas de cour, l’allée d’entrée, qui conduit de la porte au bas de l’escalier, doit, autant que possible, être
large, aérée, claire, et donner un passage facile à la colonne d’air qui va renouveler celui de la cage de cet escalier.
La porte d’entrée, lorsqu’il n'y a qu’une allée sans cour, doit donner passage à l’air. On obtient ce résultat à l’aide d’un grillage en fer qui tient la place des panneaux.
La loge du portier, dans les grandes villes, et surtout dans les quartiers populeux et encombrés d’habitants, est un logement insalubre, malsain, où le jour et l’air ne pénètrent souvent qu’indireclement et par l’intermédiaire de l’allée ou de l’escalier. Il y aurait, dans le système de ces loges, non pas simplement des améliorations, mais une réforme complète à effectuer, et il est à craindre qu’elle ne se fasse attendre bien longtemps.
Écuries , étables , poulaillers. — La plupart de ces annexes de l'habitation sont mal construites, trop petites, trop peu aérées. Elles laissent presque toujours dégager dans les cours où elles existent une odeur extrêmement désagréable, et quelquefois infecte. Les préceptes hygiéniques à observer, lorsqu’on ne peut remédier à leur mode de construction, sont les suivants :
1° Renouveler l’air aussi souvent et aussi largement que possible ;
2° Enlever chaque jour les fumiers ;
3° Multiplier les lavages à grande eau.
On devra surtout éviter d’y renfermer un nombre d’animaux plus considérable que celui que comporte l’espace dont on peut disposer.
llihliograpliie. — Vicq d'Azyr, Recueil d’obs., d’instruct. et d’avis sur les différentes méthodes , etc., et sur les différentes manières de désinfecter les étables, etc. Paris, 1775, in-4°. — Huzard, Des ventouses d’aération dans les bergeries , vacheries et écuries, in Ann. de l’agric. fr., 1855. — Gayot (Eug.), Des meilleures dispositions à donner aux écuries, in Journ. de Vagricv.lt. prat ., 1858-59, et Paris, 1859, in-8°. — Mansuy, Hygiène des étables , conférence , etc. Remiremont, 1869, in-12.
JE aux ménagères. — Les eaux ménagères sont celles qui proviennent des reliquats des nombreux usages domestiques auxquels l’eau est employée ; elles doivent nécessairement être expulsées, d’abord de l’appartement, ensuite des maisons ; car elles exhalent l’odeur infecte et caractéristique des matières animales et végétales en décomposition : de plus, cette odeur, pénétrant ainsi dans les appariements, y produit, sinon des accidents positifs et bien déterminés, du moins une incommodité extrême. Pour y obvier, il faut avoir soin de diriger les eaux de l’évier, ou jetées directement dans la cuvette de plomb placée en dehors et destinée à cet usage, vers les tuyaux en fonte qui doivent les conduire au bas de la maison. L’odeur est
évitée à l’aide des lavages fréquents opérés, soit avec de l’eau jetée directement dans le plomb, soit à l’aide des eaux pluviales qui y sont conduites. Dans les grandes chaleurs, pendant les- ' quelles l’odeur de décomposition organique acquiert une intensité plus grande, on peut avoir recours à l’usage des chlorures.
[Un bon procédé pour empêcher l’entrée dans les appartements des émanations provenant des puisards, et remontant par les tuyaux de chute, c’est de couvrir l’abouchement de celui-ci à l’évier, avec une calotte métallique dont les bords se placent dans une rainure circulaire creusée autour du trou, et mantenue remplie d’eau.]
Une fois au bas de la maison, les eaux ménagères peuvent être dirigées vers les ruisseaux, pour, de là, être conduites soit dans les égouts, et c’est, la plupart du temps, ce qu’il y a de préférable ; soit dans les puisards établis dans les cours particulières. Ces puisards sont des trous à parois perméables, et qui sont destinés à recevoir et à absorber les eaux pluviales ou les eaux ménagères. Pour les premières, il n’y a aucun inconvénient, aucun obstacle ; mais pour les secondes, il n’en est pas de même, et l’absorption des eaux ménagères par les parois des puisards a pour résultat de laisser infiltrer dans le sol toutes les matières organiques qu’elles contiennent, et de l’infecter, ainsi que les puits voisins, jusqu’à une certaine distance.
Les puisards doivent donc être évités autant que possible, à moins qu’on ne puisse les creuser de telle sorte que leur niveau soit au-dessous de la seconde nappe d’eau. On ne peut, du reste, la plupart du temps, obtenir ce résultat, en raison des grandes dépenses qu’il entraînerait. La désinfection des puisards doit être faite avec des chlorures ; je ne sache pas qu’on y ait encore appliqué le peroxyde de fer. [A Paris, on exige que les puisards soient à parois étanches et recouverts d’une cuvette à siphon. La vidange en est pratiquée comme celle des fosses d’aisances. ]
Les conditions de salubrité et d’insalubrité des habitations privées résultent de tous les détails dans lesquels nous sommes entrés ; nous n’y ajouterons rien, sinon une ordonnance et une instruction du préfet de police, à Paris, ordonnance et instruction émanées du Conseil de salubrité, et dans lesquelles sont parfaitement résumés les causes d’insalubrité des habitations et les moyens d’y remédier. L’utilité de ce document nous engage à le rappeler ici.
Aut. 1. Les maisons doivent être tenues, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, dans un état constant de propreté.
',3 2 DEUXIÈME PARTIE. — MATIÈRE DE i/llYGIÈNE.
Ai\t. 2. Les maisons devront être pourvues de tuyaux et cuvettes, en nombre suffisant pour l’écoulement et la conduite des eaux ménagères. Ces tuyaux et cuvettes seront constamment en bon état ; ils seront lavés et nettoyés assez fréquemment pour ne jamais donner d’odeur.
Art. 3. Les eaux ménagères devront avoir un écoulement constant et facile jusqu’il la voie publique, de manière qu’elles ne puissent séjourner ni dans les cours ni dans les allées ; les gargouilles, caniveaux, ruisseaux destinés à l’écoulement de ces eaux seront lavés plusieurs fois par jour et entretenus avec soin. Dans le cas où la disposition du terrain ne permettrait pas de donner un écoulement aux eaux sur la rue ou dans un égout, elles seront reçues dans les puisards, pour la construction desquels on-se conformera aux dispositions de l’ordonnance de police du 20 juillet 1838.
Art. 4. Les cabinets d’aisances seront disposés et ventilés de manière à ne pas donner d’odeur. Le sol devra être imperméable et tenu dans un état constant de propreté. Les tuyaux de chute seront maintenus en bon état et ne devront donner lieu à aucune fuite.
Art. 5. Il est défendu de jeter ou de déposer dans les cours, allées et passages, aucune matière pouvant entretenir l’humidité ou donner de mauvaises odeurs.
Partout où les fumiers ne pourront être conservés dans des trous couverts ou sur des points où ils ne compromettraient pas la salubrité, l’enlèvement en sera opéré chaque jour, avec les précautions prescrites par les règlements.
Le sol des écuries devra être rendu imperméable dans la partie qui reçoit les urines ; les écuries devront être tenues avec la plus grande propreté ; les ruisseaux destinés à l’écoulement des urines seront lavés plusieurs fois par jour.
Art. 6. Indépendamment des dispositions prescrites par les articles qui précèdent, il en sera pris à l’égard des habitations, et notamment de celles qui sont louées en garni , telles autres spéciales qui seraient jugées nécessaires dans l’intérêt de la salubrité et de la santé publiques.
Il est d’ailleurs expressément recommandé de se conformer à l’instruction du Conseil de salubrité, annexée à la présente ordonnance.
Le Préfet de police y Piétri.
Conseil d hygiène publique et de salubrité du département de la Seine.