NOMBRE D’HABITANTS PAR KILOMÈTRE CARRÉ POUR LA FRANCE ENTIÈRE
d’après le dernier recensement, 67,088.
DEPARTEMENTS
HABITANTS
DEPARTEMENTS
HABITANTS
tnq r* L' i 1 r»m n>/i
1 Seine 2,870,64
2 Nord 199,51
10 Côtes-du-Nord 93,52
20 Sarthe 76,39
30 Charente-Inférieure 71,50
40 Jura 63,62
par Kiioin. carre.
50 Ariége 59,48
60 Meuse 52,40
70 Côte-d’Or 46,30
80 Cher 40,86
86 Basses-Alpes 22,95
Le premier donne le relevé de la population spécifique des divers États de l’Europe, d’après Balbi ;
Le deuxième, celui de quelques États des autres parties du monde, d’après de Humboldt. Le troisième donne une sorte de spécimen de la population spécifique des départements les plus riches, de ceux qui le sont le moins et de ceux qui tiennent le milieu. Dans l’échelle des 86 départements envisagés sous ce rapport, j’ai choisi un département de 10 en 10.
2° Mortalité. — En France, la mort frappe annuellement 800,000 individus. C’est, pour 1845 et 1846, 1 décès sur 45 habitants. On en comptait, en 1772, 1 sur 25.
D’après Boudin, la mortalité a été en Russie, en 1842, 1 décès sur 28 habitants; en Autriche, en 1840, 1 décès sur 33 habitants; en Prusse, en 1840, 1 décès sur 38 habitants; en Angleterre, en 1841, 1 décès sur 45 habitants.
3° Accroissement de la population. — Une question d’une haute importance à examiner est celle de l’accroissement de la population. S’il est, en effet, une chose bien prouvée, c’est qu’à l’époque actuelle et dans les pays civilisés, la population tend sans cesse à s’accroître; les relevés statistiques le prouvent d une manière irrécusable. Or, quelle est la cause de cet accroissement de population ?
Les recherches statistiques faites en France et dans d’autres pays, démontrent qu’il faut l’attribuer à l’excès du nombre des naissances sur celui des décès.
Malthus, dans un ouvrage qui a fait beaucoup de bruit dans ces derniers temps, a émis sur l’accroissement de la population une doctrine dont il est utile de dire quelques mots ici. En voici le résumé très-court.
Ie La population, si aucun obstacle ne s’y oppose, se développe incessamment, suivant une progression géométrique et sans limites assignables, 2, 4, 8.
2° Les moyens de subsistance, au contraire, ne peuvent jamais se développer que suivant une progression arithmétique, comme 2, 3, 4.
11 résulterait de là un accroissement illimité de la population, si un certain nombre de causes ne venaient s’y opposer et la faire renircr dans des limites beaucoup plus restreintes. Ces obstacles au développement de la population sont de deux espèces : 1° les obstacles préventifs, qui empêchent les naissances ; et 2° les obstacles répressifs, qui détruisent l’homme avant le terme habituel de son existence.
Les obstacles préventifs sont la débauche, la misère, et, comme conséquence de ces deux causes générales, l’incontinence, la promiscuité, la prostitution, la polygamie.
Les obstacles répressifs sont les lieux insalubres d’habitation, la malpropreté, la mauvaise nourriture, les vêlements insuffisants, l’abus des liqueurs, la débauche, la faim, les maladies nombreuses qui sévissent sur l’homme.
Cette loi est certainement vraie, en tant qu’elle rend compte des faits et qu’elle est en rapport avec les résultats de la statistique. L’accroissement incessant mais lent et sans limites de la population est un fait incontestable. On doit, toutefois, observer qu’il est des pays où les obstacles qui s’opposent à l’accroissement extrêmement rapide et sans limites de la population n’existent pas, en raison de l’immense étendue du pays relativement au nombre des habitants qu’il renferme, de la fertilité du sol dans beaucoup de points de son étendue, enfin du génie des habitants qui l’occupent. C’est ce qui a lieu, par exemple, aux États-Unis, où la population a doublé en *25 ans, et quadruplé en 50. Quant aux moyens indiqués par Malthus pour équilibrer la population avec la production, ce n’est pas ici le lieu de s’en occuper.
[L’accroissement de la population en France a été l’objet d’une très-intéressante discussion à l’Académie de médecine, en 1867. D’après les documents authentiques, M. Broca a établi que la population, chez nous, était :
En 1801, de 27.349,003
Ainsi, depuis le commencement du siècle, la population s’est accrue de 10 millions, et cependant, comme nous allons le voir, le chiffre de la natalité a baissé ; suivant la remarque de M. J. Guérin, l’accroissement n’a pas été en progressant depuis
(1) Non compris les provinces annexées de la Savoie et de Nice.
CnAP. II. — DES AGES.
le commencement du siècle, il subit môme depuis un certain nombre d’années un mouvement relativement rétrograde ; c’est ce que montre le tableau suivant, où l’accroissement constaté par les recensements quinquennaux est divisé en deux périodes.
Accroissement
Pour
Période
Population.
annuel.
100 habitants.
de doublement.
' de
En
En
' de
En
En
Si maintenant on examine, sur les mêmes bases, le rapport des naissances aux décès, on a pour les deux périodes :
Excédant annuel
Rapport p. 100 avec
Période
des naissances.
la population
de doublement.
De 1801 à 1841
initiale.
De 1846 à 1866
La diminution de la natalité ne pouvant expliquer l’accroissement de la population, M. J. Guérin croit pouvoir, mais sans preuves directes, l’attribuer à l’immigration ; M. Broca me semble l’apprécier plus justement en le rapportant à l’allongement de la vie humaine.
Voici, en effet, un tableau qui montre les chiffres de la population aux différents âges dans les principaux États de l’Europe. On voit que la France est au premier rang pour les adultes et les vieillards.
De 0
De 14
De 60
à 14 ans.
à 60 ans.
et au delà.
France
Belgique
Suède
Autriche
Saxe
Espagne
Grande-Bretagne
Prusse
Ainsi la Prusse et la Grande-Bretagne conservent mieux leurs enfants, nous les adultes.
La durée du temps nécessaire pour amener la population d’un pays au double de ce qu’elle est dans un moment donné, ou période de doublement, accuse de toute évidence le degré
de rapidité de l'accroissement dans cette même population. Ici la France, comparée aux principaux États de l’Europe, est dans un état d’infériorité très-marqué. C’est ce que l’on peut voir dans le tableau su?' mt
Accroissement pour 100.
Saxe 1,53
Angleterre 1,43
Prusse 1,30
Russie 1,24
Suède 1,10
Écosse 0,91
.M'ériode
de
doublement.
Suisse
Accroissement pour 100.
Période
de
doublement.
Italie
Espagne. . .
Bavière. . . .
France. . . .
Autriche.. .
Les éléments de la population sont évidemment les rapports qui existent entre les naissances et les décès, ou, dans le langage de la statistique, entre la natalité et la mortalité.
Natalité. — On appelle ainsi le rapport des naissances à la population qui les a fournies dans l’unité de temps, c’est-à-dire dans l’année moyenne. Elle se détermine en divisant le nombre annuel des naissances vivantes par la population moyenne. Chez nous, au milieu de notre siècle, de 1840 à 1860, la natalité oscille entre 0,0261 et 0,0266, ou 261 à 266 naissances vivantes sur 10,000 vivants (Bertillon).
En France, nous l’avons vu, le chiffre des naissances a baissé d’une manière notable, quoique moindre qu’on ne l’avait dit. Le tableau suivant montre, d’après M. Broca, la diminution de la fécondité des mariages depuis le commencement du siècle ; il ne s’agit, on le comprend, que des enfants légitimes. Il y eut, par mariage, aux trois époques suivantes :
De 1800 à 1805 4,24 enfants.
Comme l’a fait observer M. Broca, l’augmentation de l’aisance générale est sans doute la cause de cette diminution. Les nouvelles conditions sociales résultant de l’abolition du droit d’aînesse, du développement de l’industrie font reculer pour beaucoup d’individus l’époque du mariage. Ajoutons que l’allongement de la vie moyenne retarde aussi la mise en possession de l’héritage. Et, chez les prolétaires, le célibat militaire a été beaucoup agrandi par les énormes levées de ces dernières années.
Il faut aussi, pour chiffre total des naissances, tenir compte du célibat religieux qui enlève à la population un grand nom-
cnAP. il.
DES AGES
bre de producteurs. Ce chiffre qui, pour la France, était en 1856 de 137,000 environ, s’était élevé à 198,774 en 1864 (Dis- Cuss.acad.).
Mortalité , durée de la vie humaine. — Suivant M. Bertillon, il existe un grand nombre de procédés pour évaluer la durée de la vie humaine. Or, elle a quatre périodes fort différentes : la première enfance (de 0 à 5 ans), la seconde enfance (de 5 à 15), l’âge de travail et de fécondité (de 15 à 60), l’âge de retour ou la vieillesse (60 et au delà); suivant que la mesure adoptée sera parliculièrement influencée par l’une de ces périodes ou sera la traduction synthétique de toutes, les grandeurs et l’ordre de la vitalité seront différents. Ainsi les uns calculent l’âge moyen des décès établi d’après les listes mortuaires (M. Legoyt), on obtient un résultat complexe influencé par une foule de circonstances. D’autres prennent le quotient de la population par
les naissances
, mais cette formule n’est exacte que pour
une population invariable dans tous ses mouvements depuis au moins un siècle. D’autres prennent le quotient de la popu-
lation divisée par les décès
d’autres enfin ont cherché un
milieu entre ces deux valeurs (Price, Dupin), etc. Mais la vie moyenne ne peut être calculée que pour chaque période d'âge , et ■comme le dit l’auteur dont nous analysons le travail, la vie moyenne pour chaque individu doit être déterminée d’après les chances de vie et de mort qui pèsent actuellement sur chacun des âges qui leur restent à parcourir. C’est à l’aide de cette définition et de cette formule que M. Bertillon a trouvé 40,15 ans pour la vie moyenne en France d’après les éléments de la mortalité à chaque âge pour la période de 1840-59. D’une manière générale, la mortalité s’obtient en divisant la somme des dé-
cédés de tout âge par la population qui les a fournis
. On
a ainsi pour toute la France 230 à 240 décès pour 10,000 vivants. Mais si la vitalité restait invariable à chaque âge, dans cinquante ou soixante ans la mortalité augmenterait par le fait de l’augmentation du nombre des vieillards qui fournissent nécessairement une mortalité plus considérable.
Quant à la vie probable , c’est un âge médian auquel les chances de mort agissant dage en âge réduiraient à la moitié le nombre des naissances d’où l’on est parti. C’est une mesure qui n’a égard qu’au nombre des survivants et non aux années vécues.
Des morts-nés. — Ils entrent comme éléments très-intéres-
A. Becquerel, 6e édition.
sanls et à part dans l’élude de la population. On peut en faire deux catégories : 1° les véritables morts-nés, c’est-à-dire morts avant d’avoir respiré ; 2° ceux qui dans le sens légal sont morts avant d’avoir été déclarés et peuvent avoir respiré, vécu et môme pendant un ou deux jours. Suivant M. Bertillon, les premiers formeraient à peu près le quart du total. Un fait trèscurieux établi par le môme statisticien, c’est que le nombre des morts-nés masculins l’emporte sur ceux de l’autre sexe dans le rapport de 6 à 4 (art. Morts-nés in Dict. de Littré et Robin). Voici d’après Œslerlen le tableau des morts-nés en rapport avec le nombre de naissances et de décès dans les principaux États de l’Europe.
RAPPORT
RAPPORT
sur
sur
sur
sur
100 naissances.
100 décès.
100 naissances.
100 décè;
Norwégc. . .
Suède
Saxe
France. . . .
Belgique
Rn viè.ro . . . •
Prusse
Autriche. . .
Si l’on excepte l’Autriche dont les chiffres sont manifestement trop faibles, on a pour moyenne générale de tous les États européens (nous n’avons donné ici que les plus importants) 3,79 p. tOOdes naissances, et 4,75 p. 100 de tous les décès.
Un fait certain, c’est l’augmentation progressive des mortsnés. On le voit d’après les chiffres suivants donnés par M. Legoyt pour des périodes un peu différentes de celles qui ont servi à former le tableau de M. QEsterlen. Nous ne prendrons que les pays suivants :
France ....
Belgique...