‹ Traité élémentaire d'ophtalmologieChapitre 12 sur 443 · ÉRYSIPÈLE · texte numérisé non relu

ÉRYSIPÈLE

L'érysipèle des paupières est toujours simultané avec celui , de la face et présente les mêmes symptômes que sur les autres parties du corps. Son étude n'ofFre d'intérêt spécial que par les complications locales qu'il peut provoquer. C'est que sa nature infectieuse trouve dans cette région un terrain éminemment favorable pour sa propagation.

Il est naturel d'observer des blépharites, des conjonctivites, car l'œdème considérable des paupières, provoqué par l'érysipèle, amène un boursouflement des bords libres qui retentit sur les follicules pileux et atteint les bulbes ciliaires dans leur nutrition. Cette mèm£«*gération du volume des voiles palpébraux entraîne leur occfatfkm, de sorte que les conjonctives sécrèlàiàl aaonaaleflMiit par suite des phénomènes congestiîs, dont elles sont le siège, subissent une irritation permanente par le contact des liquides qui ne peuvent se déverser à l'extérieur. 11 est tout naturel alors de voir survenir des inflammations du sac lacrymal avec suppuration

Mais les véritables complications directes de l'érysipèle de la face et des paupières sont celles qui peuvent résulter des phlegmons des paupières ou de l'orbite. Le phlegmon se développe soit pendant, soit après l'érysipèle. 11 peut être localisé aux paupières ou envahir tout l'orbite. C'e&t à la suite de la propagation de l'infection au tissu cellulaire des paupières ou de l'orbite qu'il se produit, propagation qui trouve sa voie dans les lymphatiques ou la veine ophtalmique et qui quelquefois même, poursuivant sa marche, gagne les méninges.

Quand il est localisé aux paupières, il peut, par compression, provoquer des ulcérations de la cornée ou une inflammation de l'iris. Quand, au contraire, le tissu cellulaire de l'orbite est envahi, fortement œdématié, distendu, il produit, en outre, l'exophtalmie, et, étranglant en quelque sorte le nerf optique dans sa terminaison, il l'atrophie. En 1881, l'un de nous a publié dans le Recueil d'ophtalmologie, un cas très intéressant de ce genre.

Le phlegmon peut exister avec ou sans suppuration. C'est-à-dire que, dans certains cas, l'œdème et l'infiltration du tissu cellulaire entrent dans la période de résolution sans donner lieu à une production de pus d'une manière apparente, car s'il existe, il se résorbe sur place. Dans d'autres cas, au contraire, la suppuration devient très abondante et provoque des douleurs très violentes tant qu'elle n'a pu se faire jour à l'extérieur. Parfois alors on a vu survenir la phlébite des veines frontales et temporales pouvant se communiquer au sinus caverneux. Dans ce cas le pronostic devient très grave, car il peut se déclarer subitement une thrombose des sinus dont les symptômes caractéristiques : délire, convulsions, coma, sont les avant-coureurs d'une lin prochaine.

Quand l'infection a dépassé le trou optique, la méningite, qui d'ailleurs est assez fréquente dans l'érysipèle de la face, vient compliquer la scène et déterminer du côté de l'œil des phénomènes nouveaux tels que : névrite optique, paralysies musculaires.

Le traitement de l'érysipèle des paupières est le même que celui de l'érysipèle de la face : Saupoudrer les paupières avec de la poudre d'amidon ou mieux de la poudre d'acide borique, si l'affection est en

pleine évolution; si on assiste à son début, essayer de l'enrayer par des badigeonnages avec du collodion ou des lavages avec une solution de sublimé au millième ; à l'intérieur, prescrire soit un vomitif, soit un purgatif et le sulfate de quinine.

Mais notre rôle devient plus important si les complications oculaires ou orbitaires surviennent. Une pensée doit dominer netre thérapeutique, celle, le phlegmon déclaré, d'enrayer sa propagation et d'empêcher le plus possible l'étranglement de l'œil. Aussi pensons-nous qu'il y a grand avantage, malgré l'absence de tout signe de fluctuation à ouvrir de bonne heure la cavité orbitaire pour permettre des lavages antiseptiques. Ce débrideraent, par le seul fait de la déplétion sanguine qu'il produira, amènera une détente dans les phénomènes inflammatoires et diminuera d'autant les chances de compression des nerfs optico-ciliaires. Si, malgré tout, il se produisait des altérations du côté de la cornée et de l'iris nous devrions instituer le traitement ordinaire de chacune d'elles.

5° ORGEOLET — FURONCLE — ANTHRAX

L'orgeolet est une petite tumeur rouge, douloureuse, dure, développée dans une des glandes sébacées du bord libre des paupières. Elle tire son nom de sa forme qui est celle d'un grain d'orge. Son évolution a de quatre à six jours de durée. Elle se termine par suppuration ou résolution.

Les symptômes de l'orgeolet varient suivant la partie de la paupière où il siège. Plus il se rapproche de l'angle externe, plus l'afTection aune apparence de gravité. Cela tient au passage à ce niveau de la plupart des vaisseaux des paupières qui, par le fait de l'orgeolet, subissent un certain degré de compression et amènent par suite une infiltration séreuse du voisinage.

En effet, le gonflement des paupières, qui toujours l'accompagne, est d'ordinaire localisé à son pourtour. Il devient général si l'orgeolet est situé près de l'angle externe.

La conjonctive correspondante s'injecte. Quand l'œdème palpébral est général, il y a chémosis.

Parfois le ganglion préauriculaire est engorgé et douloureux au toucher.

L'orgeolet peut avoir deux terminaisons : ou il suppure et le pus s'ouvre un passage par la peau ou la conjonctive, ou il s'enkyste et forme un chalazion.

La blépharite ciliaire. la conjonctivite catarrhale chronique, toute cause enfin qui entretient l'irritation du bord libre des paupières facilite l'apparition des orgeolets.

Le lymphatisme, l'anémie, la convalescence (Tune affection aiguë, tout état physiologique entraînant une modification nutritive générale, tel que : la grossesse, la parturition, l'allaitement y prédisposent.

L'orgeolet simple ne présente pas de grandes difficultés de diagnostic. En effet, quel que soit l'œdème palpébral, si Ton promène le doigt sur l'étendue de la paupière on arrive toujours sur un point plus empâté, douloureux à la pression, qui est le siège de la glande enflammée.

Mais l'orgeolet de l'angle externe, accompagné de l'œdème général des paupières avec chémosis séreux et engorgement ganglionnaire, peut en imposer et faire croire à une affection plus grave. On peut penser à une ophtalmie purulente au début; l'absence de toute sécrétion et l'apparition lente des phénomènes physiques suffisent pour établir le diagnostic différentiel. Enfin le toucher de la paupière qui sera toujours indolore, si ce n'est dans un point, donnera un signe précieux.

On pourrait aussi prendre cet état pour une inflammation de la glande lacrymale, mais la dacryadénite amènerait un empâtement douloureux surtout dans la partie supérieure de la paupière et se continuant sous le rebord orbilaire externe et supérieur. Dans l'orgeolet, l'empâtement existe près du bord libre et diminue vers la région orbilaire.

Le traitement du début doit être aborlif : cautérisation de la peau avec un crayon de nitrate d'argent, pulvérisations phéniquées ou applications de gâteaux de coton hydrophile trempés dans une solution phéniquée à 1/100.

Si malgré ces précautions l'orgeolet évolue, il faut hâter sa marche par l'application de compresses chaudes éinollientes ou de cataplasmes que l'on fera le plus antiseptiques possible, c'est-à-dire on délayera la fécule dans une solution d'acide phénique ou de sublimé et on enveloppera la pâte dans de la gaze à l'iodoforme ou au salol.

Enfin, quand l'orgeolet sera à maturité, on pratiquera l'incision et on fera des lavages au sublimé.

Cette affection a une tendance très marquée aux récidives. Pour les prévenir, il faut soigner le bord ciliaire dont le mauvais état est la •cause la plus fréquente de sa venue, s'assurer de l'intégrité des fonctions lacrymales, qui, mal accomplies, entretiennent l'irritation ciliaire. Enfin, s'il y a lieu, il faut modifier l'état général.

Au point de vue anatomo-pathologique le furoncle et Yanthrax •ont absolument les mêmes caractères que l'orgeolet. Ils n'en diffèrent que par l'étendue des lésions. Le furoncle englobe à la fois plusieurs glandes du bord libre et V anthrax est constitué par l'apparition simultanée de plusieurs furoncles sur le même point. Gliniquement les symptômes physiques qu'ils présentent sont donc toujours plus graves que -ceux de l'orgeolet. Ici, l'œdème palpébral est toujours très prononcé ;

l'empâtement très étendu peut occuper la paupière entière ; le chémosis est très intense et recouvre l'œil presque en entier. Les ganglions sont toujours engorgés.

Il faut se hâter de débrider largement pour éviter le sphacèle de la paupière et faire des lavages soit à l'acide phénique, soit au sublimé, et maintenir en permanence un pansement aussi antiseptique que possible après avoir saupoudré d'iodoforme toute la paupière.

6° ABCÈS. — PULEGMON

V abcès ou phlegmon des paupières s'observe à la suite de contusions, de blessures avec ou sans pénétration de corps étrangers, ou consécutivement à des inflammations du sac lacrymal et des parois osseuses constituant l'orbite.

On peut le rencontrer après l'érysipèle de la face ou certaines fièvres éruptives.

Il est plus fréquent chez les enfants et occupe plus spécialement la paupière supérieure.

Dans certains cas, la suppuration, qui a débuté dans la paupière supérieure, fuse à travers les tissus, développe l'inflammation de proche en proche et gagne la paupière inférieure.

Le gonflement anormal de la paupière, les douleurs vives dont elle est le siège, la coloration rouge, luisante et l'amincissement de la peau, la fluctuation, constituent la symptomatologie de cette affection.

Le phlegmon de la paupière peut être confondu, s'il est accompagné de chémosis, avec l'ophtalmie purulente , mais l'absence de sécrétion conjonctivale établira le diagnostic différentiel.

Enfin, on peut le prendre pour un abcès du sac. Le siège bien limité de la fluctuation, difficile parfois à saisir dans le dacryocystile, la douleur provoquée par la pression dans l'angle interne au niveau du tendon de l'orbiculaire permettront d'éviter toute confusion. D'ailleurs nous avons dit que la suppuration du sac peut, dans certains cas rares, amener sa perforation non pas à l'extérieur inais en haut ou latéralement, et s'ouvrir une voie dans le tissu cellulaire des paupières, d'où phlegmon consécutif.

Il faut toujours ouvrir et assez largement le phlegmon des paupières, mais l'incision doit être faite de façon à laisser le moins possible de traces apparentes, c'est pour cela qu'on la pratiquera toujours dans le creux orbito-palpébral, après s'être préalablementbien assuré de la position du globe. On devra parfois avant d'atteindre les points suppures introduire une sonde à bord mousse qui écartera le tissu cellulaire et ouvrira un passage au pus.

On fera ensuite des lavages antiseptiques en ayant bien soin d'éviter

de pousser brusquement le liquide dans la cavité orbitaire. Un pansement antiseptique et compressif que Ton renouvellera plusieurs fois par jour avec les injections achèveront la guérison. Si la suppuration est trop profonde, on placera un drain dans la plaie.

Si l'incision répugne trop au patient, on se résoudra à la remplacer par un séton fait avec du crin de Florence et couvert d'un pansement compressif.

Dans le cas où le phlegmon a eu pour point de départ la pénétration d'un corps étranger, il est bien entendu que son extraction doit être tentée en premier lieu.

De même dans les cas de dacryocystite, on doit ouvrir largement le sac et rétablir la perméabilité des voies lacrymales.

Enfin dans le cas d'ostéite ou de périostite, l'état de l'os doit régler notre conduite; il ne faut pas hésiter à débrider largement pour faire un raelage, s'il est utile, et pour extraire le séquestre que l'exploration à fait reconnaître,

Page 1