‹ Traité élémentaire d'ophtalmologieChapitre 149 sur 443 · I. — CONTUSION, HEMORRHAGIE ET RUPTURE DE LA CHOROÏDE · texte numérisé non relu

I. — CONTUSION, HEMORRHAGIE ET RUPTURE DE LA CHOROÏDE

La contusion de la choroïde résulte d'un choc direct sur le globe oculaire ou d'une contusion transmise à cet organe par les parties qui l'entourent. Tantôt il y a épanchement sanguin, apoplexie traumati que de la choroïde, tantôt rupture de la membrane.

V ecchymose choroïdienne se présente comme une tache d'un rouge vif ou sombre, à contours nets, éloignée de tout vaisseau rétinien, ou nettement sous-jacente à l'un de ces vaisseaux intacts, tache elliptique dont le grand axe est parallèle au cercle scléro-cornéen et par là même bien différente d'aspect des ecchymoses rétiniennes plutôt allongées en flammèches. Ces hémorrhagies se rencontrent communément dans la zone ciliaire ou dans la région de la macula.

Lorsque le sang est non plus infiltré, mais épanché, alors il peut exister une collection sanguine intra-choroïdienne ou un véritable décollement traumatique de la choroïde, le sang étant extravasé entre cette membrane et la sclérotique, entre elle et la rétine. A l'ophtalmoscope la proéminence de pareils épanchements n'échappe pas à l'observateur.

Enfin la contusion dans certains cas provoque une rupture de la choroïde et de la rétine, le sang s'épanche alors dans le vitré. Cette lésion sera étudiée à propos des altérations du corps vitré.

En général, les épanchements sanguins de la choroïde causent peu de troubles fonctionnels. Quand ils siègent dans les parties antérieures de la membrane, l'ophtalmoscope permettra de poser le diagnostic, pourvu que la lésion ne soit pas trop périphérique et que le sang n'ait pas troublé la transparence du vitré. Peut-être aussi l'examen du champ

LESIONS TRAUMATIQUES

visuel périphérique donnera lieu alors à quelque indication. Quand la région maculaire se trouve intéressée, le trouble visuel attire davantage l'attention.

D'ordinaire l'ecchymose disparaît sans laisser de traces ; une petite collection sous-rétinienne peut, elle aussi, être résorbée et les parties décollées de la rétine reprendre leurs fonctions. Il n'en est plus de même si la lésion s'enflamme à la suite des altérations consécutives de la rétine, alors persiste souvent une tache blanche, atrophique, bordée de pigment.

Fig. 106.

Rupture de la choroïde.

Les ruptures de la choroïde s'observent surtout au voisinage du pôle postérieur de l'œil, en dehors du nerf optique, près de la région maculaire; parfois aussi la rupture a lieu vers l'ora serrata, et dans certains cas la membrane est déchirée en plusieurs points.

Ces lésions sont produites par des contusions directes ou indirectes du globe de l'œil sous l'action d'un corps contondant; on les a vues survenir à la suite de chutes sur la tète. Dans un cas la rupture résultait de la fulguration.

Plus souvent unique, la rupture se présente concentrique à la papille, ou plus rarement oblique et transversale, elle rayonne de la papille comme d'un centre; elle simule un arc, quelquefois un angle ou une croix. En largeur elle ne dépasse pas de règle le tiers ou la moitié du diamètre papillaire; sa longueur atteint trois ou quatre fois ce diamètre. Parfois à l'une de ses extrémités la rupture se bifurque, parfois il s'en détache à angle droit des prolongements effilés qui peuvent s'anastomoser à des déchirures voisines (fig. 106).

2t>8 CHOROÏDE

Le mécanisme de 'ces lésions choroïdiennes est différemment interprété par les auteurs. Les uns prétendent, et cela est vrai pour certains cas, que la rupture résulte du choc direct d'un corps mousse qui déprime la sclérotique sans la perforer. D'autres invoquent un véritable contre-coup comme pour les fractures du crâne. Vraisemblablement la déchirure se produit consécutivement à un aplatissement du globe de l'œil; le contenu en étant incompressible, et la choroïde étant fixée en avant (zone ciliaire), à sa partie moyenne (veines choroïdiennes et vaisseaux ciliaires), enfin en arrière (nerf optique), cette membrane se déchire dans les parties intermédiaires aux circonférences que décrivent ses attaches et concentriquement à elles.

Immédiatement après l'accident, si un épanchement de sang ne trouble pas la transparence des humeurs aqueuse ou vitrée, la plaie choroïdienne apparaît à l'ophtalmoscope comme une traînée rougeàtre h bords ecchymotiques. Il est souvent difficile de se prononcer sur l'intégrité de la rétine au niveau de cette déchirure ; sans doute les couches les plus profondes en sont altérées, parfois cette membrane elle-même est déchirée et le sang s'épanche alors dans le corps vitré. Enûn on peut voir les vaisseaux rétiniens passer sans déviation pardessus la fente choroïdienne, ou bien constater leur rupture à son niveau.

Ultérieurement la lésion se présente avec sa forme primitive, mais remarquable par l'éclat et le brillant de la teinte blanc jaunâtre du tissu sclérotical mis à nu. Parfois à son pourtour il existe des dépôts de pigment, traces de l'infiltration sanguine, et à sa surface certains points brunâtres semblent être des débris de la choroïde.

Les troubles fonctionnels consécutifs aux ruptures de la choroïde dépendent et du siège de la lésion et de l'hémorrhagie qui l'accompagne. Très accusés au début, ils dépendent de l'hémorrhagie rétinienne et vitréenne qui altère la couche sensorielle et empêche l'impression lumineuse. Plus tard, si la région maculaire est atteinte directement ou par la rétraction cicatricielle, de telle sorte que la macula soit altérée, il persiste ou une abolition de la vision, ou un scotome central. On a encore signalé une échancrure périphérique du champ visuel, l'apparition d'une raie noire dans le champ du regard, enfin des phénomènes de métamorphopsie, c'est-à-dire de déformation apparente des objets. Ces derniers seraient dus au déplacement des éléments rétiniens consécutif à la rétraction cicatricielle.

La persistance de ces désordres, comme aussi la possibilité d'accidents inflammatoires immédiats (choroïdite, névro-rétinite), doivent faire réserver le pronostic.

Quant au traitement, il consiste à prévenir la venue des phénomènes inflammatoires et à favoriser la résorption du sang épanché par le

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repos, les antiphlogistiques, voire même dans quelques cas l'application de quelques sangsues à la tempe et les révulsifs intestinaux. Les injections sous-cutanées de pilocarpine sont ici d'un excellent effet.

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