I. — IMPRESSION LUMINEUSE RÉTINIENNE
Les fonctions spéciales de la rétine, qui seront plus loin étudiées sous les noms de sensibilité lumineuse, sensibilité chromatique et de faculté isolatrice, présentent leur maximum de développement au niveau de la région maculaire. Or, l'anatomie a montré qu'en ce point la rétine se trouve à peu près réduite à la couche des cônes, il est par suite naturel d'attribuer à ces éléments et à leurs congénères les bâtonnets une importance physiologique toute particulière.
Une expérience très simple vient encore à l'appui de cette manière de voir. Les vaisseaux rétiniens situés dans les couches antérieures de la rétine projettent leur ombre sur les couches postérieures de cette membrane, cela sans que le sujet en ait conscience. Mais si, dirigeant le regard vers un fond obscur, on place une bougie allumée en dehors de la ligne de visée, les rayons lumineux, qui en partent, sont concentrés par le cristallin sur un point de la zone équatoriale de l'œil. Là ils sont réfléchis et vont éclairer le fond de l'œil, comme l'indique la figure 167; il en résulte que l'ombre portée des deux vaisseaux V et V se peint sur les couches postérieures de la rétine en dehors des points habituels, par suite le sujet en a conscience et il perçoit dans son champ visuel r éclairé d'un rouge jaunâtre, un réseau sombre qui représente le réseau
Situation des vaisseaux rétiniens dans l'épaisseur de la rétine.
des vaisseaux rétiniens et auquel on donne le nom d'arbre vasculaire de Purkinje.
Par un procédé mathématique, dont il ne saurait être autrement question ici, Helmholtz a pu reconnaître que la membrane sensible, qui perçoit ces ombres, est éloignée des vaisseaux, qui les produisent, d'une distance précisément égale à celle que les mensurations microscopiques sur les coupes de la rétine font trouver entre la couche où se trouvent les vaisseaux et celle des cônes et des bâtonnets.
Les éléments sensibles de la rétine occupent donc une des couches postérieures de cette membrane, par suite il ne suffit pas de dire que la rétine est un écran sur lequel se peignent les images des objets extérieurs En réalité, les rayons lumineux traversent sans les impressionner toutes les couches rétiniennes et arrivent ainsi" jusqu'à la surface de contact des bâtonnets et de l'épithélium pigmentaire rétinien doublé par la choroïde ellemême pigmentée. Sur cette surface noire ils sont réfléchis ou absorbés. Gomme le centre de l'appareil dioptrique coïncide sensiblement avec le centre de courbure de la rétine, la réflexion d'une partie de ces rayons a lieu sensiblement dans la direction de Taxe des bâtonnets et des cônes. La lumière réfléchie les pénètre, mais rencontre d'abord leurs segments externes, composés de petites lamelles superposées, qui, vu leur structure et leurs propriétés optiques, ne peuvent être considérés comme des éléments impressionnables. Ils modifient simplement la lumière et produisent une véritable transformation de force ; le mouvement lumineux devient à leur niveau mouvement nerveux.
Cette transformation de force parait être en relation avec un acte chi mique qui, lui aussi, se passe près de la surface postérieure de la couche des cônes et des bâtonnets. IL s'agit de la destruction dans les parties frappées par les rayons lumineux du pourpre rétinien découvert par Boll, matière rouge dont se chargent les segments externes des bâtonnets, du fait de leurs échanges nutritifs au sein de l'obscurité.
Les segments internes des cônes et des bâtonnets seraient donc les organes essentiellement impressionnables à la lumière ; mais de plus les bâtonnets percevraient seulement les différences d'intensité que peut présenter la lumière, tandis que les cônes seraient impressionnés par les différences qualitatives de la lumière, c'est-à-dire par les couleurs.
D'après Parinaud il existe deux espèces de sensibilité oculaire pour la
lumière. La première nous donne une sensation lumineuse diffuse, indépendante de toute perception de couleur et de forme, c'est la sensation de clarté. Elle est l'attribut des bâtonnets et du pourpre. La seconde, qui est l'attribut des cônes, nous donne les sensations lumineuses définies, qui concourent à la perception des objets, laquelle repose essentiellement sur la propriété de ces éléments de recevoir des impressions lumineuses géométriquement distinctes et de transmettre au sensorium des différences très délicates d'intensité lumineuse et chromatique. Les cônes, dépourvus de pourpre, reçoivent directement de l'agent lumineux une excitation de nature plus spécialement physique; les bâtonnets, dont l'excitation se fait par l'intermédiaire du pourpre, sont le siège d'un processus de nature chimique. C'est l'impression des cônes, qui se spécialise en sensation de couleur, et c'est à ces éléments que la rétine doit ses propriétés isolatrices sur lesquelles repose Vacuité visuelle proportionnelle ou distinction des formes.