‹ Traité élémentaire d'ophtalmologieChapitre 266 sur 443 · CHAPITRE XCI RÉFRACTION STATIQUE. — REMOTUM · texte numérisé non relu

CHAPITRE XCI RÉFRACTION STATIQUE. — REMOTUM

Considéré comme instrument d'optique, l'œil n'est autre chose qu'une chambre noire armée d'un appareil dioptrique ; sur sa paroi postérieure vient se peindre l'image réelle et renversée des objets placés en avant de son ouverture antérieure, et en vue d'en assurer la netteté, la puissance de réfringence de l'appareil dioptrique. oculaire est susceptible d'être modifiée par la contraction du muscle accommodateur. Il y a par suite lieu d'étudier lare fraction de l'œil, suivant qu'il est au repos (réfraction statique) ou qu'il est accommodé (réfraction dynamique).

ŒIL EMMÉTROPE. - ŒIL MTOPE. - ŒIL HYPERMÉTROPE

L'appareil dioptrique de l'œil se compose de plusieurs milieux réfringents, séparés les uns des autres par trois surfaces réfringentes, savoir :

1° Une surface convexe, la cornée, qui sépare l'air, dont l'indice de réfraction est 1, de l'humeur aqueuse, dont l'indice est 1,3365 ;

2° Une deuxième surface convexe, la face antérieure du cristallin, interposée entre l'humeur aqueuse (indice 1,3365) et la substance même du cristallin, dont l'indice total atteint 1,4371 ;

3° Une surface concave, face postérieure du cristallin, interposée entre la surface cristallinienne et l'humeur vitrée, qui a le même indice (1,3365) que l'humeur aqueuse.

Pour simplifier l'étude de la réfraction oculaire, cet appareil complexe sera considéré comme constitué par une seule lentille convexe, interposée entre deux milieux de même indice de réfraction, et placée en avant

NIMIER ET DESPAGNET 36

d'une surface sphérique concave représentant la rétine. La figure 216 en fournit Je schéma.

Or, si l'on recherche quelles positions la rétine peut occuper par rapport au foyer principal postérieur

Fig. 216.

de la lentille L, Ton voit :

1° Qu'elle peut couper Taxe principal de la lentille précisément à ce foyer (F) ; l'œil est alors dit emmétrope (E). La longueur focale postérieure de la lentille est de 19mm,875, soit 20 millimètres ; 2° Qu'elle est située en arrière du foyer principal (M); l'œil est dit myope;

3° Qu'elle se trouve placée entre le foyer L et la lentille (F), l'œil est dit hypermétrope.

Œil emmétrope. — Dans l'œil emmétrope, la rétine se trouve en moyenne à 20 millimètres en arrière du centre de la lentille ou au foyer principal postérieur de l'appareil dioptrique (fig. 217) ; autrement dire,

Fig. 217.

Fig. 218.

les rayons parallèles viennent former leur foyer sur la rétine, et, réciproquement, les rayons émanés de la rétine sortent de l'œil en parallélisme (fig. 218). ' "

Le remotum, c'est-à-dire le point d'où émanent les rayons qui vont former leur foyer sur la rétine de V œil emmétrope au repos, se trouve à l'infini, car seuls sont parallèles les rayons émanés de l'infini.

Œil myope. — Précédemment, il a été établi qu'on appelait œil myope un œil dont la rétine se trouve en arrière du foyer principal postérieur de l'appareil dioptrique. Relativement à la longueur focale de sa lentille, l'œil schématique serait trop long; c'est là la myopie dite axile, pour rappeler l'excès de longueur de l'axe antéro-postérieur de l'œil (fig. 219). Mais il peut se faire qu'un œil présentant la rnéme longueur que l'œil type (l'œil emmétrope) soit myope; cela parce que son appareil de réfringence est trop fort. La longueur focale postérieure de sa

RÉFRACTION STATIQUE — REMQTUM

lentille est plus courte que la distance de la rétine à son centre (fîg. 220). C'est la myopie de courbure, ce qui veut dire que la myopie est due non à un allongement de l'œil, mais à un excès d'action de ses milieux réfringents. Comparé à l'œil emmétrope, l'œil myope par excès de cour-

Fig. 219.

Fig. 220.

bure est un œil qui possède un excès de réfringence ; en effet, ainsi que l'indique la figure 221, son appareil de réfringence, placé à 20 millimètres en avant de la rétine, peut être dédoublé en deux lentilles : Tune ayant la valeur réfringente de la lentille (E) de l'emmétrope et l'autre (M) traduisant l'excès de réfringence constituant l'amétropie.

Un simple coup d'œil jeté sur les figures précédentes montre que les rayons parallèles ne viennent pas former leur foyer sur la rétine de l'œil myope; le remotum de l'œil myope n'est donc pas à l'infini. Pour préciser sa position, c'est-à-dire pour trouver le point d'où émanent les rayons lumineux, qui viennent former leur foyer sur la rétine de l'œil myope au repos, il suffit sur la figure 222 de considérer un rayon émané du point

Fig. 221.

Fig. 222.

rétinien A ; il se présente en L pour pénétrer dans la lentille emmétrope dont le foyer est précisément en A. Au sortir de cette lentille, le rayon \M sera donc parallèle à l'axe et par suite après avoir traversé la lentille M, il viendracouper l'axe principal au pointF,foyer principal de la lentille M, laquelle, par construction, traduit l'excès de réfringence ou la myopie de l'œil. Au point F est le remotum cherché ; tous les rayons qui en émanent viennent se concentrer sur la rétine en A. Il en résulte que dans l'œil myope le remotum se trouve au foyer de la lentille qui traduit l'excès

de la réfraction de l'œil myope au repos. Il est réel et situé en deçà de l'infini, à une distance finie en avant de l'œil.

Cette distance naturellement varie suivant le degré de la myopie. Or, comme la longueur focale d'une lentille est en raison inverse de sa puissance réfringente, c'est-à-dire que plus le foyer est éloigné, moins la lentille est puissante, la myopie sera d'autant plus faible que son remotum sera situé plus loin de l'œil.

Connaissant la longueur du remotum d'un œil myope, on en peut déduire la myopie M et, réciproquement, connaissant la myopie d'un œil, on en peut préciser la position du remotum. Ainsi, un œil dont le remo. tum est de 33 centimètres a une myopie de ~ ou de 3 dioptries. Un œil myope de 3 dioptries a son remotum situé à -J? ou 33 centimètres !.

Fig. 223. Fig. 224.

Œil hypermétrope. — A l'inverse de l'œil myope, l'œil hypermélrop? est un œil dont l'axe antéro-postérieur est trop court, sa rétine se trouve placée en avant du foyer de son appareil dioptrique (fig. 223) ou bien cet appareil dioptrique est relativement trop faible pour la longueur de l'œil, son foyer principal postérieur se trouve en arrière de la rétine. 11

(1) On désigne sous le nom de dioptrie Vunilè de valeur réfringente. La dioptrie est la puissance réfringente de la lentille dont la longueur focale est Vunilé de mesure, le mètre.

La dioptrie est positive, quand elle s'applique à la mesure de la force réfringente d'une lentille convexe; elle est négative, quand il s'agit d'une lentille concave.

Dans les boîtes d'essais adoptées par les ophtalmologistes, il existe deux séries de verres (convexes et concaves) qui sont numérotés d'après leur puissance réfringente exprimée en dioptries. Elles commencent à la lentille de 0,25 D et se continuent par quarts de dioptries jusqu'à 2,50 D, puis par demi-dioptries jusqu'à 6 et enfin par dioptries jusqu'à 20 D.

Etant donnée la valeur positive ou négative des lentilles il est facile de les additionner ou de les retraucher ; ainsi les deux verres de -+- 6D et + 2D donnent un total de -J- 8D ; les deux verres de + 6D et — 2D donnent -|- 4 D.

Sachant que la longueur focale d'une lentille est en raison inverse de sa puissance réfringente et que la lentille unité ou de une dioptrie a une distance focale de 100 centimètres, on calcule facilement la longueur focale d'une lentille donnée, il suffit d-* diviser 100 par le numéro de cette lentille. La lentille de 4 dioptries a pour longueur focale -~ = 25 centimètres.

Inversement, on connaît la longueur focale d'une lentille, pour en trouver la puis sance réfringente c'est-à-dire son numéro on divise encore 100 par la longueur focal.connue ; soit une lentille ayant 20 centimètres de foyer, elle vaut -™ ou 5 dioptries.

y a donc hypermétropie axile dans le premier cas, hypermétropie de courbure dans le second.

Comparé à l'œil emmétrope, l'œil alteint d'hypermétropie de courbure est un œil qui présente un déficit de réfraction et par suite il sera représenté (fig. 224) par une rétine située à 20 millimètres en arrière de la lentille emmétrope (E), devant laquelle se trouve la lentille biconcave (H) qui traduit le déficit de réfraction de l'œil hypermétrope.

Puisque le remotum de l'œil myope est en deçà de l'infini, celui de Y emmétrope à V in fini, le remotum de l'œil hypermétrope ne peut être qu'au delà de V infini, ou, comme on le verra, il est virtuel et placé non plus en avant, mais en arrière de l'appareil dioptrique de l'œil. De même, par le simple raisonnement, on est en droit d'admettre que si les rayons divergents vont se concentrer sur la rétine de l'œil myope, si les rayons parallèles aboutissent sur celle de l'emmétrope, les rayons convergents seuls peuvent venir former leur foyer sur la rétine de l'hypermétrope.

Fig. 225.

Pour trouver ce remotum, que l'on suive (fig. 225) un rayon émané du point A, par construction foyer de la lentille E; il sort de cette dernière parallèle à l'axe, rencontre la lentille biconcave H et en sort avec une direction telle que, prolongé en arrière, il viendrait couper Taxe principal au foyer principal de cette lentille. Donc le remotum de Vœil hypermétrope se trouve aussi au foyer de la lentille qui traduit le déficit de réfraction, V hypermétropie de Vœil. Il est virtuel et l'on peutle définir : le point vers lequel tendent les rayons convergents émanés d'au delà de l'infini, qui vont former leur foyer sur la rétine de l'œil hypermétrope au repos.

De même que pour la myopie, la distance entre le remotum et l'œil hypermétrope varie suivant le degré de l'hypermétropie et, ici encore, plus la distance est grande, plus la longueur focale de la lentille qui traduit le déficit est éloignée, plus l'hypermétropie est faible. Enfin la connaissance de la longueur du remotum de l'œil hypermétrope permet de calculer la valeur de son déficit de réfraction, et inversement, delà connaissance de ce dernier, on déduit la longueur du remotum. Un hypermétrope qui a un remotum de 33 centimètres a 3 dioptries d'amétropie (!3°30 = 3), et, réciproquement, un hypermétrope de 3 dioptries a un remotum de 33 centimètres (y = 33) .

Si l'œil n'était pas muni d'un appareil [appareil accommodateur), qui lui permet d'augmenter dans une certaine limite sa puissance de réfraction, Userait au point pour une seule position des objets. Au delà ou en •deçà d'elle, ces derniers formeraient sur la rétine des images confuses et par suite seraient mai perçus. L'emmétrope ne verrait nettement que les objets placés à l'infini ; pour le myope, ils devraient se trouver précisément à la dislance de son remotum réel; quant à l'hypermétrope, il ne pourrait rien voir nettement, aucun objet ne pouvant se trouver à son remotum puisqu'il est virtuel.

Au repos, l'œil possède son minimum'de puissance réfringente (réfraction statique)] mais grâce aux modifications.de courbure des surfaces du cristallin sous l'effort du muscle accommodateur, cette puissance augmente (ré f l'action dynamique) dans une certaine mesure. Or, comme toute action musculaire, l'effort du muscle accommodateur est limité, plus ou moins énergique suivant les sujets et pour le même individu sous des influences multiples (âge, santé, etc.). Au point de vue théorique, il est intéressant denvisagerle maximum d'effet produit et d'opposer à l'état de l'œil au repos l'état de l'œil au maximum d'accommodation. Précédemment, on a vu que l'œil au repos était accommode pour un point appelé remotum; c'est-à-dire que tous les rayons émanés de ce point formaient leur foyer sur la rétine ; actuellement, il y a lieu <le rechercher la position du point pour lequel est accommodé l'œil au maximum d'accommodation, point dit proximum. Le proximum est le point d'où émanent les rayons lumineux qui viennent foi%mer leur foyer sur la rétine, l'œil étant au maximum d'accommodation.

Œil emmétrope. — L'appareil de réfringence de l'œil emmétrope, au maximum d'accommodation, peut être représenté schématiquement par la lentille (E) admise comme représentation de l'appareil réfringent au repos, plus une seconde lentille (Ac), qui traduit l'excès de réfraction dû à la contraction du muscle accommodateur (fig. 226).

Si maintenant Ton cherche d'où émanent les rayons lumineux, qui

forment leur foyer sur la rétine après avoir traversé les deux lentilles (fig. 226), Ton constate que le rayon AE adù pénétrer dans la lentille E, parallèle à Taxe principal, puisqu'il le coupe au niveau de la rétine c^est-à-dire au foyer même de cette lentille. De plus, le rayon EAc,

Fig. 226.

parallèle à Taxe au sortir de la lentille Ac, ne peut émaner que du foyer F de cette lentille; donc le proximum de l'œil emmétrope se trouve au foyer de la lentille qui traduit l'excès maximum de réfraction dû à la contraction du muscle ciliaire.

11 est encore utile de remarquer que la lentille Ac a donné au rayon émané du proximum, avant son entrée dans la lentille E, la direction qu'il aurait eue s'il était venu directement du remotum, autrement dire qu'il l'a rendue parallèle à l'axe.

Fig. 227.

Œil myope. — L'œil myope au maximum d'accommodation présente schématiquement trois lentilles que, par abréviation, l'on peut appeler : la lentille emmétrope, la lentille myope, la lentille d'accommodation. La première (E) a toujours son foyer postérieur sur la rétine, la deuxième (M) traduit l'excès de réfraction qui caractérise la myopie, la troisième (Ac) traduit l'excès de réfraction qui résulte de l'action du muscle accommodateur.

Pour trouver la position du proximum, c'est-à-dire du point d'où émanent les rayons lumineux qui, après avoir traversé cet appareil dioptrique, viennent faire leur foyer sur la rétine, l'on suit {îïg. 228) à partir du point A le rayon AE qui sort de la lentille E, parallèle à l'axe, pénètre dans la lentille M, en sort dirigé vers son foyer (F ou R) qui est le remotum de l'œil myope, puis rencontre la lentille Ac. Comme le rayon pénètre dans cette lentille déjà convergent, il vient couper l'axe

principal en deçà de son foyer F. Ainsi le proximum de l'œil myope n'est pas, comme cela s'observe dans l'œil emmétrope, au foyer de la lentille qui traduit l'excès de réfraction dû à l'accommodation, il est en deçà de ce point. Il se trouve au foyer d'une lentille égale à la somme des deux lentilles Ac et M, c'est-à-dire des lentilles qui traduisent l'effort

E M Ar.

Fig. 228.

d'accommodation et l'excès de réfraction statique ou la myopie de l'œil; en effet, après avoir traversé ces deux lentilles, le rayon émané de P devient parallèle et par là même aboutit au foyer de la lentille E.

La figure 229 démontre que l'effort accommodateur se traduit par la valeur réfringente de la lentille dont le foyer est au proximum diminuée de la valeur réfringente de la lentille myope.

Admettons, en effet, que P se trouve au foyer de la lentille C, le rayon PC émerge de cette lentille parallèle à l'axe et naturellement, s'il

Fig. 229.

continue sa marche, il sera rendu convergent par la lentille M, tombera en convergence sur la lentille E et viendra couper Taxe principal en avant de la rétine qui, elle, est au foyer de la lentille E. Pour qu'il aboutisse sur la rétine, il faut que, avant de pénétrer dans la lentille M, il prenne la direction qu'il aurait s'il émanait du remotum ; autrement dire, puisque, au sortir de la lentille C, ce rayon est parallèle, il faut le rendre divergent. Dans la moitié inférieure de la figure, cette condition est réalisée par la demi-lentille concave (D). Or, cette lentille a précisément la même valeur réfringente que la lentille M, puisqu'elle a même longueur focale. Son foyer, en effet, est en R, ainsi qu'on peut le voir eu prolongeant le rayon divergent, qui en sort après y être entré parallèle (il va de soi que les deux lentilles devraient théoriquement être superposées et

non écartées, comme l'exige la clarté de la figure). On pourrait encore dire : le rayon, qui sort parallèle de la lentille G, aboutira sur la rétine au point A si Ton supprime la lentille M, puisqu'il arrivera parallèle dans la lentille E. Or, pour supprimer la lentille convexe M, il suffit de placer la lentille concave D, de même valeur qu'elle, ou, ce qui revient au même, de diminuer la force réfringente de la lentille C d'une quantité égale à la force réfringente de la lentille M.

L'effort d'accommodation produit par l'œil myope pour concentrer sur sa rétine les rayons émanés de son prtaimum équivaut donc à la valeur réfringente de la lentille, qui a pour îaçgueur focale la longueur du proximum, diminuée de la valeur réfringent de la lentille qui a son foyer au remotum (lentille qui traduit l'excès dé réfraction dû à la myopie — lentille M). De là résulte que le myope, pour voir un objet placé à son proximum, fait un effort moindre que l'emmétrope chez lequel en effet l'effort se traduit par toute la valeur réfringente de la lentille qui a son foyer au proximum.

Soit, par exemple, un myope de 3 dioptries, dont le proximum est situé à 10 centimètres en avant de l'œil ; pour voir un objet situé à ce point, il doit non pas ajouter à son œil la force réfringente d'une lentille de 10 centimètres de longueur focale, c'est-à-dire de 10 dioptries, mais seulement la force réfringente de cette lentille de 10 dioptries, diminuée de la fçrce réfringente de la lentille qui traduit sa myopie ou 3 dioptries. Au total, son effort d'accommodation maximum e'quivaut à 7 dioptries. L'emmétrope, au contraire, doit ajouter à son œil la lentille qui a son foyer à son proximum, c'est-à-dire à 10 centimètres, soit la lentille de

10 dioptries.

Œil hypermétrope. — L'appareil de réfringence de l'œil hypermétrope au maximum d'accommodation présente schématiquement trois lentilles : la lentille emmétrope (E), la lentille (H) qui traduit le déficit de réfraction de l'œil ou lentille hypermétrope, et la lentille (Ac) qui traduit l'excès de réfraction dû à l'effort maximum du muscle accommodateur.

Un rayon lumineux, qui impressionne en A la rétine située au foyer de la lentille E, a dû entrer dans celle-ci parallèlement à l'axe du système optique et plus loin il avait avant son entrée dans la lentille Hune direction divergente telle que, prolongé, il aurait coupé l'axe au remotum (voir la fig. 230). Or ce rayon est convergent par rapport à la lentille Ac, d'où il sort, donc il n'émane pas de son foyer F, mais d'un point P situé au delà de ce foyer. Le proximum de l'œil hypermétrope est donc situé au delà du foyer de la lentille qui traduit l'effort accommodateur.

11 se trouve au foyer d'une lentille égale à la somme des deux lentilles Acet H, mais l'une est une lentille convexe, l'autre une lentille concave; leur somme égale la différence de leur valeur réfringente, le proximum

de l'œil hypermétrope est par suite au foyer de la lentille, qui traduit la différence entre la lentille d'accommodation et la lentille d'hypermétropie. La figure 230 du reste le démontre; la lentille Ac est trop forte, car elle rend convergent le rayon lumineux émané du proximum, et, il faut que la convergence produite par elle soit diminuée par la divergence

Fig. 230.

que cause la lentille divergente H. On retranche donc de la valeur réfringente de la lentille Ac la valeur réfringente de la lentille il.

La figure 231 fait voir que l'effort accommodateur maximum de l'œil hypermétrope équivaut à la valeur réfringente de la lentille C, qui a son foyer au proximum, augmentée de celle d'une lentille C, convexe qui a son foyer au remotum. En effet, un rayon émané du point P, foyerde la lentille C, sort de cette lentille parallèle à Taxe, rencontre la lentille C et en sort convergeant vers le foyer (R) commun des lentilles II et G\

Fig. 231.

Par suite la lentille biconcave II en le faisant diverger le rend parallèle et finalement le rayon aboutit en A, foyer de E.

On peut donc dire que l'hypermétrope, qui accommode, fait un premier effort pour rendre parallèles les rayons émanés de son proximum, puis un second pour leur donner la direction qu'ils auraient s'ils émanaient de son remotum. L'effort total est relativement plus grand que celui produit par l'œil emmétrope, qui fixe son proximum. Soit en effet un œil hypermétrope de 3 dioptries, dont le proximum se trouve à 10 centimètres en avant de l'œil. Il lui faut faire un premier effort de 3 dioptries pour corriger son déficit de réfraction, et alç>rs il se trouve dans les mêmes condi-

tions qu'un œil emmétrope, c'est-à-dire qu'il doit encore produire un effort de 10 dioptries pour ramener sur sa rétine les rayons émanés de son proximum situé à 10 centimètres de son œil, effort qui seul suffirait pour un œil emmétrope ayant le même proximum.

Parcours d'accommodation. — Puissance d'accommodation. — Après avoir étudié l'œil d'abord au repos, puis au maximum d'accommodation, il est utile de s'en occuper lorsqu'il se trouve dans les états intermédiaires à ces conditions extrêmes. L'œil en effet ne s'adapte pas seulement pour deux points distants l'un de l'autre, son remotum elson proximum. L'effort musculaire, qui modifie son état de réfraction, peut être dosé de telle sorte que les rayons émanés d'un point quelconque, situé entre le remotum et le proximum, viennent former leur foyer sur la rétine.

On appelle parcours d'accommodation la distance linéaire qui sépare le remotum du proximum; ainsi le parcours d'accommodation de l'emmétrope s'étend de l'infini jusqu'à une certaine distance de l'œil appelée longueur du proximum. Chez le myope il est plus restreint, puisqu'il va du proximum toujours voisin de l'œil au remotum qui, lui, est en deçà de l'infini; tandis que, théoriquement au moins, il est plus long pour l'hypermétrope, dont le remotum se trouve au delà de l'infini.

Par puissance d'accommodation on entend le pouvoir que possède l'œil d'augmenter la réfringence de son appareil dioptrique; cette puissance varie suivant les sujets et chez un même individu suivantdes conditions multiples, qui seront ultérieurement étudiées. De ce fait que la puissance d'accommodation est variable elle doit être mesurée, et non seulement il y a lieu de chercher à évaluer l'effort qu'elle produit, lorsqu'elle se développe en entier, mais on peut se rendre compte de la valeur qu'elle prend, lorsque l'œil est accommodé pour un point quelconque du parcours d'accommodation.

Précédemment il a été dit que chez l'emmétrope la valeur réfringente, ajoutée à l'œil par l'effort maximum d'accommodation, équivaut à la valeur réfringente d'une lentille dont le foyer situé au proximum a pour longueur focale la longueur du proximum. Chez le myope l'effort accommodateur maximum se mesure par la valeur réfringente de la lentille, qui a pour longueur focale la longueur du proximum diminuée de la valeur réfringente de la lentille dont le foyer se trouve au remotum. Enfin, pour l'hypermétrope, en ajoutant les valeurs réfringentes des lentilles, qui ont leur foyer l'une au proximum, l'autre au remotum f on a la mesure de la puissance accommodatrice maxima.

Dans les explications précédentes il a encore été démontré que la lentille d'accommodation maxima avait donné aux rayons émanés du prdxP mum la direction qu'ils auraient eue s'ils étaient partis du remotum.Orle

vtâ

même effet doit être produit par la lentille d'accommodation, qui met l'œil au point pour les rayons émanés d'une position quelconque intertermédiaire entre le proximum et le remotum. Les trois figures 232, 233,

Fig. 232.

234, le démontrent. De plus, en les comparant aux figures 227, 228, 230, on constate que l'effort nécessaire pour accommoder l'œil aux rayons émanés d'un point situé entre le R et le P se traduit par la même formule que l'effort maximum avec ce correctif, que, à la place de la longueur

Fig. 233.

du proximum, on doit donner la distance du point lumineux à Vœil pour longueur focale de la lentille.

Il a été déjà établi que l'œil myope fait un effort plus faible et l'œil hypermétrope un effort plus puissant que l'œil emmétrope quand ils

s'accommodent pour un proximum situé à la même distance ; or la même différence, en moins pour l'un, en plus pour l'autre, persiste lorsque les yeux myope, hypermétrope et emmétrope, sont accommodés pour un même point.

L'œil hypermétrope travaille donc plus que l'œil emmétrope et celuici plus que l'œil myope.

Enfin soit trois yeux : emmétrope, myope et hypermétrope, doués

d'une égale puissance d'accommodation, soit iO dioptries : leur parcours <3C accommodation mesurera des longueurs fort différentes. En effet Y emmétrope au repos sera au point pour l'infini; en développant peu à peu

Fig. 235.

son pouvoir d'accommodation, il s'accommodera pour des points de plus en plus rapprochés jusqu'à son proximum, qui se trouve au foyer de la lentille de 10 dioptries ou à 10 centimètres de son œil. Son parcours d'accommodation va donc de l'infini à 10 centimètres de l'œil.

Fig. 236.

Le myope, qui par exemple a 2 dioptries de myopie, au repos a son remotum à 50 centimètres de son œil (50 centimètres = longueur focale de la lentille de 2 dioptries) et, quand il a développé ses 10 dioptries d'accommodation, il a son proximum au foyer de la lentille qui équivaut à la somme de sa lentille de myopie (2 dioptries) et de sa lentille d'ac-

Fig. 237.

commodation (10 dioptries), au total 12 dioptries[; la longueur focale de la lentille de 12 dioptries est de 8 centimètres 33. Son parcours d'accommodation s'étend donc de 50 centimètres à 8%33 en avant de l'œil. Quant à ^hypermétrope de 2 dioptries par exemple (fig. 235), son remotum est situé à 50 centimètres au delà de l'infini, il dépense 2 dioptries d'accommodation pour corriger ce déficit d'accommodation et par

suite il ne lui reste plus que 8 dioptries pour se mettre au point pour une source lumineuse qui de l'infini marche sur lui, c'est-à-dire qu'il pourra s'accommoder jusqu'à un proximum situé à 42 centimètres 5 de son œil. Sou parcours d'accommodation s'étend donc de 50 centimètres au delà de l'infini à 42c,5 en avant de l'œil.

Si le proximum de l'emmétrope (sauf s'il n'a plus d'accommodation) comme du myope se trouve en deçà de l'infini, le proximum de l'hypermétrope peut, suivant le rapport qui existe entre le déficit et l'excès de réfraction de son œil au repos et en action, se trouver en deçà de l'infini, à l'infini ou au delà de ce point. L'exemple signalé dans les lignes précédentes prouve la première hypothèse. Soit maintenant un hypermétrope de 2 dioptries, qui n'a à sa disposition que 2 dioptries d'accommodation (fig. 236) ; il est bien évident, qu'après avoir accommodé et corrigé son déficit de réfraction, il lui sera impossible de se mettre au point pour un objet situé en deçà de l'infini. Enfin l'hypermétrope précédent n*a plus d'accommodation, ou il ne peut produire qu'un effort équivalent à une dioptrie (fig. 237), dans l'un et l'autre cas il ne saurait corriger son amétropie et par suite il ne se trouvera au point que pour des rayons convergents, autrement dire son remotum sera au delà de Tinfini.

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