‹ Traité élémentaire d'ophtalmologieChapitre 30 sur 443 · X. - CHALAZION · texte numérisé non relu

X. - CHALAZION

• 'Le chalazion ou granulome a pendant longtemps été considéré comme le résultat de la transformation d'une glande de Meibomius dont le canalicule excréteur se serait obstrué. Le kyste par rétention qu'amenait cette obstruction provoquait une inflammation de la poche 'de la glande, et la prolifération des parois qui s'ensuivait, donnait naissance au chalazion.

Aujourd'hui tout le monde est d'accord pour admettre que le chalazion ne se développe nullement à l'intérieur de la glande, mais bien à sa périphérie dans le cartilage tarse lui-même. Mais s'il ne se forme pas aux dépens de la glande de Meibomius, cette dernière contribue cependant beaucoup à son évolution. Le chalazion n'est en effet qu'un produit inflammatoire résultant de l'irritation prolongée des parties Voisines du tarse. Irritation provoquée, pour bon nombre d'auteurs, par une infection microbienne et dont les glandes de Meibomius par les modifications pathologiques dont elles peuvent être le siège, sont les agents principaux. Lorsqu'il a acquis un certain développement, il peut envahir la glande voisine et faire corps avec elle. C'est pour cette raison que pendant longtemps on l'a considéré comme un kyste meibomien.

L'opinion de Robin sur sa constitution histologique est généralement acceptée. Ce serait une tumeur à cytoblastions ou éléments embryonnaires. Le chalazion est en effet formé de cellules embryoplastiques en grand nombre , avec quelques éléments fusiformes beaucoup plus rares. En un mot il présente la constitution d'un bourgeon charnu.

D'après de Vincenti, le point de départ du chalazion résiderait dans l'inflammation d'un ou de plusieurs follicules d'une glande meibomienne, engendrant une prolifération cellulaire qui gagne le tissu même du tarse. Les cellules géantes qu'il renferme ont pour origine l'épithélium des glandes de Meibomius, le chalazion se composant de deux parties distinctes dont l'une, l'enveloppe, serait la plus importante et dont l'autre, le contenu, représenterait en quelque sorte une dépendance du tarse.

Si son évolution est lente, il s'étale peu à peu à la surface externe du tarse et fait saillie du côté de la peau. Au contraire, se développe-t-il

rapidement, il envahit les glandes, amincit le tarse et devient apparent sous la conjonctive. Dans le premier cas, ce n'est que très tard qu'il se ramollit, mais avec le temps il amène un amincissement de la peau, qui devient rouge, luisante, et s'excorie facilement. Dans le second cas, son contenu est vite liquéfié. Par transparence on aperçoit à travers la conjonctive une coloration brunâtre qui marque et son étendue et sa direction. L'incision laisse écouler une certaine quantité de liquide, suivie de matière pultacée que l'on évacue par la pression.

Macroscopiquement le chalazion forme une petite tumeur globuleuse, arrondie, dure, quelquefois saillante sous la peau et visible à l'œil nu, d'autres fois perceptible au toucher seulement. Le plus souvent il est sans réaction et indolore à la pression, parfois, au contraire, il s'enflamme et suppure. Il est plus fréquent à la paupière supérieure où le cartilage tarse est plus développé et les glandes de Meibomius plus nombreuses qu'à la paupière inférieure. On peut en rencontrer plusieurs sur la même paupière.

Il est une variété de granulome qui mérite une mention spéciale à cause de son siège, c'est celui qui se développe sur le bord libre et est appelé chalazion marginal. Il fait suite d'ordinaire à quelque orgeolet, qui a irrité le col de quelques glandes voisines dont l'inflammation s'est transmise au tissu cellulaire ambiant.

Si, dans ce cas, on prend le bord libre entre les doigts et qu'on le presse, on peut constater la perméabilité de tous les canaux excréteurs par la sécrétion dont on provoque immédiatement la sortie.

Le lymphatisme prédispose aux chalazions, mais il est nécessaire qu'il se produise une irritation locale pour en provoquer Téclosion. Les conjonctivites à répétition, les orgeolets, la blépharite peuvent amener une altération des glandes de Meibomius qui, à leur tour, enflammeront le tissu cellulaire péritarsien où prendra naissance le chalazion.

Nous avons dit qu'il pouvait se liquéfier ou suppurer. Il peut aussi disparaître par résorption. Enfin, et c'est le cas le plus commun, il est susceptible d'un certain accroissement et reste ensuite indéfiniment stationnaire.

Son indolence, sa fixité, son siège ne permettent pas d'erreur de diagnostic.

On peut essayer de l'enflammer et de provoquer sa suppuration ou son avortement, s'il est d'origine récente, par des massages que Ton fera en se servant d'une pommade à l'iodure de plomb ou de potassium, ou au précipité rouge. Mais on ne réussira que dans des cas assez rares.

Le plus souvent le granulome nécessite une petite opération qui varie suivant qu'il est saillant sous la peau, ou plus rapproché de la conjonctive.

Sur la paupière supérieure, où le tissu cellulaire est peu abondant, il

suffit généralement d'inciser la tumeur par la conjonctive, perpendiculairement au bord libre; puis à l'aide d'une curette demi-mousse, d'en faire le curettage. Quand la tumeur sera trop voisine de la peau qui, ayant subi le contre-coup de l'inflammation, sera amincie, on pourra, après avoir saisi le chalazion entre les branches d'une pince de Desmarres (fig. 16), faire une incision cutanée parallèle au bord libre, disséquer ensuite minutieusement la tumeur et l'exciser. Un point de suture réunira les lèvres de la plaie et on fera un petit pansement antiseptique et compressif.

Quand le chalazion siège dans la paupière inférieure, on peut, aussi, essayer le curettage, mais il est moins facile qu'à la paupière supérieure, et réussit d'ordinaire moins bien. Le mieux est de traverser la tumeur avec un petit crochet, de l'attirer fortement à soi et de la disséquer ensuite en respectant le plus possible la muqueuse. II sera inutile d'appliquer une suture.

Le chalazion opéré donne lieu parfois à une petite hémorragie, surtout s'il siège du côté de l'angle externe, à cause du passage dans cette région des vaisseaux palpébraux. Pour en avoir raison il suffira de faire, pendant quelques instants, une compression directe sur la plaie, soit en saisissant l'épaisseur de la paupière entre les doigts, soit entre les branches de la pince de Desmarres.

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